PREFACE
C'est ce petit ouvrage que j*ai tenté de consacrer à l'école de notre pays, cette école partout connue et célèbre sous le nom d'École flamande.
D'autres sans doute, pour cette série publiée par MM. Desclée et de Brouwer, sous le titre si bien trouvé « Connaître », donneront aux jeunes gens, aux élèves des Académies et des Ecoles de dessin, aux garçonnets et atix fillettes qui ont la curiosité et l'amour instinctif, de l'art, d'autres petits volumes consacrés aux écoles étrangères, l'Italienne, la Hollandaise, la Française, l'Espagnole, l'Anglaise, aux quelques artistes qui ont compté en d'autres pays, Allemagne et Autriche, Portugal, Scandinavie, etc.
Puissent ces indications satisfaire le désir de ceux auxquels je les destine, augmenter leur amour pour les belles œuvres des peintres, accroître de connaissances historiques et techniques leur sensibilité innée, leur faire comprendre toujours mieux le rôle idéal de l'art, ce grand consolateur des laideurs et des tristesses de la vie.
Ceux qui ne sentent pas le charme de l'art et ceux qui ne voient pas la splendeur de la nature, ne vivent pas sur les plans supérieurs et ne connaissent jamais les véritables joies de la vie. On ne peut que les plaindre.
Note préliminaire.
Le grand nombre d'artistes qui ont marqué dans rhistoire de TArt en Belgique pendant une longue suite de siècles, la prodigieuse quantité de chefs-d'œuvre qui furent produits sur notre sol, rendent l'étude de cette histoire et de ces œuvres à la fois attrayante et un peu effrayante pour ceux qui n'ont pas l'intention de se spécialiser dans ces matières et désirent se contenter de notions générales. Toute personne cultivée se doit de ne pas ignorer l'essentiel et devra apprendre à connaître tout au moins les noms des plus grands maîtres de notre école, et savoir comment ceux-ci se succèdent chronologiquement. A cette fin il convient d'examiner avec attention les reproductions des œuvres les plus célèbres dues à ces artistes, œuvres glorieusement recueillies et conservées dans les Musées, dans les églises, dans les grandes collections tant en Europe qu'en Amérique.
Ces œuvres, en devenant familières à ceux qui les auront étudiées, fixeront dans leur mémoire des traits généraux, des caractères d'époque et de style qui leur fourniront d'importants points de repère.
Pour tracer les grandes lignes et le plan du présent ouvrage j'indiquerai quelques jalons avant d'aborder les détails.
On a coutume de prendre comme point de départ d'une histoire de Tart belge l'apparition de Hubert et de Jean Van Eyck auxquels on attribue la découverte de la peinture à l'huile.
Il convient d'observer qu'il existait une peinture européenne avant celle des Van Eyck. Ces derniers ont porté à un rare degré de perfection un art plus ancien dans lequel se constatent des influences diverses, internationales. L'art des Van Eyck est donc un aboutissement plutôt qu'un point de départ. Gand et Bruges ne sont pas les premières villes du Nord où la peinture fut cultivée avec succès.
Les Van Eyck firent école. Le XV^ siècle est une période extrêmement féconde dans notre pays. Nous voyons apparaître bientôt ces peintres dont les noms sont glorieux, Eoger Vander Weyden qui travailla à Bruxelles, Thierry Bouts venu de Hollande et dont l'atelier est à Louvain, Petrus Christus, Hugo Vander Goes, Hans Memlinc, venu de Mayence à Bruges, Gérard David, Jérôme Bosch. Au début du XVI^ siècle Quentin Metsys établi à Anvers porte très haut le renom de l'école que Jean Gossart de Maubeuge, appelé communément Mabuse, Patinir, Bernard d'Orley illustrent à la même époque.
La personnalité exceptionnelle de Pierre Bruegel l'ancien relie Jérôme Bosch au groupe des maîtres du XVII* siècle, aux Rubens, aux Van Dyck, aux Jordaens, à tant
es a»
rt
pa
fi
d'autres de leurs contemporains et continuateurs qui, à Anvers, connurent une gloire que seuls les Van Eyck en Flandre avaient précédemment obtenue.
Les élèves et continuateurs de notre grande école du XVII* siècle n'ont pas eu, au XVIII® siècle de successeurs très notoires. Il serait cependant excessif de prétendre que l'art de peindre n'a plus été pratiqué avec talent en Belgique à cette époque. Plusieurs artistes intéressants ont continué les belles traditions anciennes et les ont transmises à ceux qui au XIX^ siècle, ont fait s'épanouir une troisième elïlorescence brillante de l'art dans notre pays.
Le nom de Pierre Verhaegen mérita d'être mentionné dès à présent parmi ceux des hommes de talent de notre XVIII® siècle. En même temps Ton peut faire cette remarque que l'influence de Rubens et de Van Dyck fut surtout féconde au dehors, l'école française du XVIII' siècle avec Antoine Watteau, l'école anglaise avec Reynolds et Gainsborough, dérivent ouvertement de ces maîtres.
Les chapitres du présent petit traité seront donc: