‹ L'art FlamandChapitre 20 sur 28 · JACQUES JORDAENS · texte numérisé non relu

JACQUES JORDAENS

tudes et des types. On regrette généralement que leurs dimensions importantes ne soient pas en rapport avec rintérêt de ces scènes de genre qui auraient gagné à être traitées en petit format.

Quand Jordaens s'attaque à d'autres sujets, scènes religieuses, mythologiques, allégoriques, portraits mêmes, il n'y apporte pas, en général, un autre esprit ; ses figures nues sont lourdes, disgracieuses, la graisse formant sous leur peau des bourrelets, des plis épais.

La beauté des colorations éclatantes et somptueuses atténue heureusement le manque d'agrément de ces ouvrages.

Le succès que les contemporains de Jordaens firent à ses tableaux explique d'ailleurs qu'il se soit complu à les multiplier et même à les recopier sans plus de recherche ni de raffinement. Il avait formé un groupe de collaborateurs qui exécutait sous sa direction les commandes dont il était toujours largement pourvu. Il mettait la dernière main à ces peintures par quelques retouches brillantes.

C'est au Musée de Bruxelles que l'on peut le mieux et le plus complètement se rendre compte de la valeur de Jacques Jordaens en tant qu'exécutant et coloriste.

Sa technique est merveilleusement souple et son habileté étourdissante. Les quelque quinze ouvrages par lesquels il est représenté à Bruxelles montrent les diverses faces de son talent.

Dans le S. Martin exorcisant un possédé, grande page de sa jeunesse, composition théâtrale par la mise en scène, il montre avec un excès de complaisance sa science de

ranatomie et son acquis dans le rendu des musculatures. Ses personnages, comme les amis de Tartarin de Tarascon, ont de doubles muscles. Le parti pris des colorations, à base de rouges éclatants, est soutenu dans toute Tharmonisation de cette vaste toile et sonne comme une fanfare.

Jordaens résume ses meilleures qualités dans T Allégorie de la Fécondité (ou l'abondance), qui est certes Tun de ses chefs-d'œuvre les plus incontestés. Une autre version de cette composition est au Musée Wallace à Londres. L'éclat merveilleux des chairs des Nymphes se marie à celui des amoncellements de fruits et de légumes que son collaborateur Franz Snyders y a ajoutés.

De tous les Anversois du XVII" siècle Jordaens fut certes le plus obstinément flamand, le moins influencé par les modes venues d'Italie. A ce point de vue son tableau « Pan et Syrinx », une de ses plus belles pages du Musée de Bruxelles, constitue une exception, car très évidemment on y relève l'imitation des procédés du Caravage. La nymphe est svelte, presque élégante, et ses chairs ivoirines, d'une pâleur chaude et ambrée, font une heureuse diversion aux rougeur ssanguines habituelles au maître.

Une esquisse pour les panneaux décoratifs de la maison du Bois près de La Haye, apothéose du Stadhouder Frédéric Henry de Nassau, commandés à Jordaens par Amélie de Solms, Veuve du Prince, résuma un autre aspect du talent du peintre.

Dans les portraits que l'on connaît de lui il n'a nullement poétisé ses modèles. Tandis que Van Dyck leur con-

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