ANTOINE VAN DYCK
cette époque qu'il exécuta de grandes compositions religieuses et mythologiques, sans préjudice toutefois des portraits qu'une clientèle brillante ne cessait de lui commander. On s'accorde à penser que ceux peints au cours de ce séjour sont parmi ses plus parfaits. Ils témoignent d'une complète maîtrise et sont moins superficiels que ceux de la fin de la carrière de l'artiste.
L'un des plus délicieux est celui de Marie de Tassis (Collection du Prince Liechtenstein à Vienne). Mais Londres continuait à attirer Van Dyck. Il y retourna temporairement puis décida de s'y fixer.
Le Roi Charles I'" le nomma peintre de sa cour.
En 1632 il est définitivement installé dans sa charge officielle. Il ne peignit plus guère alors que des portraits. Afin de pouvoir donner suite aux commandes dont il était sans cesse accablé il s'attachait un groupe d'élèves et de collaborateurs. Ceux-ci préparaient, d'après les esquisses du maître, les dessous et les fonds, les accessoires, les vêtements puis il y mettait la dernière main, ne touchant le plus souvent de ses brosses que les visages et les mains.
De cette façon l'atelier de Van Dyck produisit en quelques années un nombre incroyable d'effigies, répétant souvent plusieurs fois les mêmes. La série des portraits du roi Charles P^ de la reine Henriette-Marie, des enfants royaux est extrêmement copieuse. Les collections du château de Windsor et de Buckingham Palace en sont abondamment pourvues, sans préjudice de tous les portraits de ces souverains et de ces princes qui ornent les musées et les collections du monde entier.
Parmi les principaux collaborateurs d'Antoine Van Dyck à Londres il faut citer Corneille Jonson van Ceulen, Sir Peter Lely, de son vrai nom Pierre Vander Faes.
L'art d'Antoine Van Dyck n'a pas la fougue, la virilité, le prodigieux renouvellement d'invention, la variété de celui de Rubens mais il se caractérise par une suprême distinction, un goût exquis, une mesure parfaite dans la composition et dans la couleur. Van Dyck avait le sens de l'allure aristocratique et donnait à ses portraits un charme mondain qui n'a jamais cessé de plaire.
Si l'on compare les portraits des personnalités qui furent peints précédemment par d'autres artistes avec les portraits que Van Dyck fit d'après les mêmes modèles, sans en excepter ceux de Charles I*' et de Henriette-Marie d'Angleterre, on constate combien l'interprétation du maître anversois a su conférer de prestige et d'élégance à des créatures humaines qui n'en étaient pas en réalité bien pourvues.
Le choix .des attitudes gracieuses et nobles, la beauté affinée des traits, spécialement la forme et la finesse des mains — qui d'ailleurs passent pour avoir été copiées presque toutes d'après celles d'un même modèle de profession et ne pas appartenir aux personnes représentées, — l'agrément des accords de colorations raffinées et rares, le choix des ajustements et des détails, tout concourt à la séduction de ces belles œuvres.
La carrière d'Antoine Van Dyck fut brève. Il ruina sa santé par l'excès de ses travaux et aussi par le surmenage d'une vie de plaisirs. Pour complaire au Roi, son protec-
p. p. RuBENs. — La Vierge remettant une chasuble à S. Ildephonse.
Triptyque commandé par l'Infante Isabelle Claire-Eugénie pour la paroisse de la
Cour à Bruxelles. (Musée de Vienne.)