LES PRÉCURSEURS DES VAN EYCK
ques anciennes mais qui subit les influences du dehors. A première vue on daterait le tableau d'avant les Van Eyck; un examen plus approfondi révèle des analogies avec certaines figures de TAdoration de l'Agneau.
Ce document de très grande importance au point de vue de l'histoire de l'art pourrait provenir du Limbourg et se rattacher à ce groupe de peintres dont Hubert Van Eyck avait peut-être subi l'influence au moment de sa formation.
Son entrée au Musée de Bruxelles est un événement heureux.
Hubert et Jean Van Eyck
Malgré l'admiration immense que suscitèrent les œuvres des illustres frères et l'enthousiasme de leurs contemporains nous savons très peu de chose les concernant. La mémoire des hommes est courte, et les faits les plus mémorables tombent dans l'oubli après une ou deux générations.
Il semble acquis que les deux Van Eyck vinrent du pays d'Eyck (sur Meuse), (Maeseyck) à Gand.
Furent-ils frères? Une grande différence d'âge paraît avoir existé entre eux. Peut-être étaient-ils demi-frères, oncle et neveu ou même père et fils, ou cousins. On nous promet de prochaines révélations sur ce point. On sait avec précision qu'en 1424 et 1425 Hubert Van Eyck est à Gand, tandis que Jean, depuis 1422, est à La Haye oîi il travaille pour Jean de Bavière, comte de Hollande (Jean de Bavière avait été auparavant Prince Evêque de Liège et pouvait avoir connu les Van Eyck dans le pays mosan).
Hubert Van Eyck est mort à Gand le 18 septembre 1426. Il fut inhumé avec de grands honneurs. Jean Van Eyck est à Bruges depuis le 19 mai 1425, il est peintre et valet
de chambre au service de Philippe le Bon, Duc de Bourgogne.
Philippe le Bon a employé à diverses reprises Jean Van Eyck 'à des missions personnelles, ambassades ou pèlerinages. Evidemment il appréciait autant ses qualités de diplomate que son talent de peintre.
Nous pouvons suivre Jean Van Eyck à Lille en 1425, nous savons qu'à la mort d'Hubert il était à l'étranger, envoyé en mission secrète. Revenu en octobre 1426 il repart en 1427, on constate qu'il passa à Tournai, à Lille et qu'en 1428 il se rendit en Portugal pour y peindre le portrait d'Isabelle de Portugal et négocier les fiançailles do cette Princesse avec Philippe le Bon, déjà veuf de Michèle de France et de Bonne d'Artois. Cette ambassade dura jusqu'à la fin de 1429. A partir de cette époque on suit assez bien la carrière de Jean Van Eyck à Bruges, parce que plusieurs de ses tableaux et portraits sont datés. Le 6 mai 1432 le polyptyque de l'Agneau commencé par Hubert et achevé par Jean est placé à l'église St-Jean (depuis St-Bavon) à Gand.
Nous sommes certains que les deux grands maîtres ne se sont pas bornés à peindre des tableaux ou des portraits mais aussi qu'ils ont colorié des statues destinées aux églises ou à la façade de l'Hôtel de ville de Bruges.
En 1441 le 9 juillet Jean Van Eyck meurt.
On sait en outre que sa femme, dont il nous a laissé un si prodigieux portrait, se nommait Marguerite. On ignore son nom de famille. Ils eurent au moins deux enfants et bien que Jean Van Eyck eût acquis en 1432 une maison à
Bruges (au moment où il achevait T Agneau Mystique) sa veuve se trouva dans une situation difficile après son décès. Leur fille Lievine devint religieuse au couvent de Ste- Agnès à Maeseyck.
Le grand chef-d'œuvre de l'atelier est le polyptyque de l'Agneau Mystique, qui après bien des vicissitudes, fut reconstitué en 1919, conformément aux stipulations du Traité de Versailles, et se trouve actuellement au complet dans la chapelle de la cathédrale St-Bavon à Gand pour lequel Josse Vydt, notable bourgeois de la ville, et Isabelle Borluut, sa bonne femme, commandèrent qu'il fût terminé. On ne sait pas si c'est eux qui le firent commencer.
Hubert, l'aîné des deux peintres, en conçut l'ensemble. Il mourut avant de l'avoir achevé. Jean, son cadet de plusieurs années, paracheva l'ouvrage. Commencé à Gand il fut terminé à Bruges.
L'ensemble, conforme à l'apocalypse de S. Jean, se compose de vingt panneaux qui forment une partie centrale et deux volets lesquels sont peints sur leurs deux faces.
Si nous examinons le polyptyque ouvert, la partie centrale comporte une grande composition représentant l'adoration de l'Agneau Mystique et la Fontaine de Vie. Cette composition est surmontée de trois panneaux sur lesquels sont figurés le Christ triomphant entre la Vierge Marie et Saint Jean-Baptiste. La plupart des auteurs ont voulu voir le Père tout-puissant dans cette figure frappante du Christ.
Les volets, comme la partie centrale montrent des pein-
tures superposées. La rangée inférieure représente les milices du Christ, les Juges intègres, les Pèlerins et les Ermites. Au-dessus, des Anges chanteurs et musiciens glorifient le Seigneur tandis que près d'eux Adam le premier homme et Eve la première femme, nus et conscients de leur indignité, symbolisent l'œuvre du créateur.
Au revers des volets la rangée inférieure contient les images de S. Jean-Baptiste et celle de S. Jean TEvangéliste peintes en grisaille, tandis que les portraits des donateurs peints au naturel occupent les dernières places.
Au-dessus se déroule l'Annonciation, l'Ange et la Vierge devant un curieux paysage flamand.
Enfin des figures de prophète et de sibylles, annonciateurs de la venue du Rédempteur, occupent quelques petits compartiments de ces volets extérieurs. Au total douze panneaux à l'intérieur et huit au dehors parmi lesquels il est impossible de déterminer la part de chacun des deux frères. Les hypothèses les plus divergentes ont été émises et discutées.
Le détail infini et la perfection des visages, des mains, des vêtements, des ornements est un sujet habituel d'émerveillement, de même que la minutie du paysage, semé de fleurettes que l'on admire à la loupe, et étoffé dans les fonds de végétaux méridionaux, — palmiers, orangers, i cyprès, — que Jean Van Eyck eut l'occasion d'observer quand il se rendit en Portugal pour y peindre le portrait 1 d'Isabelle, troisième fiancée de Philippe le Bon.
Il faut savoir qu'au cours des XVIII® et XIX' siècles des panneaux des volets furent détachés puis vendus et
qu'en 1914, au moment où la guerre éclata, le Musée de Berlin possédait par légitime acquisition, les deux volets au complet, à l'exception des panneaux d'Adam et d'Eve qui étaient au Musée de Bruxelles.
Par un article du traité de Versailles, car les hommes d'Etat et les diplomates représentant les puissances alliées comprirent l'importance de l'immortel chef-d'œuvre, l'ensemble fut reconstitué, l'Allemagne fut condamnée, en compensation des pertes artistiques que la guerre avait fait subir à la Belgique, à lui livrer les six panneaux double- face dont le musée de Berlin tirait tant de vanité. Ces panneaux ont été, durant leur séjour en Allemagne, très habilement sciés dans le sens de leur épaisseur, de façon à disjoindre les deux faces de la peinture. Fixés sur des boiseries parquetées ils purent être exposés en montrant simultanément la partie intérieure et la partie extérieure.
Après une brève expostion de l'ensemble dans la primeur de sa reconstitution au Musée de Bruxelles le polyptyque fut replacé à St-Bavon où d'ailleurs des copies anciennes par Michel Coxcie, assez fidèles, remplaçaient jusqu'alors les peintures que les chanoines ignares et cupides avaient vendues à vil prix en 1816 à un marchand hollandais.
Si Hubert Van Eyck, comme il est possible, peignit d'autres chefs-d'œuvre, aucun n'est bien indiscutablement authentifié. Sans doute le tableau célèbre de la Collection Cook à Richmond <( Les^ trois Marie au tombeau du Christ » peut lui être très vraisemblablement attribué. Peut-être aussi est-il l'auteur de deux tableaux (( Cruci-
fixion et Jugement dernier » qui sont au Musée de FErmitage (Petrograd) et d'une Vierge dans l'église (Musée de Berlin)
De Jean Van Eyck au contraire nous connaissons des œuvres certaines.
Le Musée de Bruges conserve la belle Madone près de laquelle est agenouillé le Chanoine Georges Van de Paele qui commanda au maître cette page importante. Jamais portrait plus fidèle et plus vivant ne fut exécuté avec une sincérité si impitoyable d'observation et de rendu, si ce n'est peut-être le portrait de la femme de l'artiste, Marguerite, que ce même Musée brugeois abrite dans son misérable local, indigne de si prodigieuses et inappréciables merveilles.
Le Musée d'Anvers possède aussi deux petites pages délicieuses de Jean Van Eyck qui furent léguées par ce grand bienfaiteur que fut le Chevalier van Ertborn, bourgmestre de la ville.
A une époque où les chefs-d'œuvre de nos peintres du XV® et du XVI* siècles n'étaient ni compris ni goûtés (on les traitait dédaigneusement de <( Gothiques » c'est-à-dire barbares), cet homme sensible et avisé réunit une nombreuse série de ces peintures surprenantes puis les laissa par testament à sa ville natale.
Que sa mémoire soit éternellement bénie! Sans lui ces incomparables ouvrages se trouveraient à cette heure de l'autre côté de l'Atlantique, et notre patrimoine national déjà tant de fois appauvri, serait diminué aussi de ce trésor inestimable!
Les autres œuvres principales de Jean Van Eyck, quelques compositions religieuses et une vingtaine de portraits sont dispersés dans les grands musées d'Europe. L'une de ces peinturés est à Melbourne, d'autres aux Etats-Unis. La plus célèbre et la plus parfaite, le portrait double de Giovanni Arnolfini et de sa femme dans un intérieur, une merveille d'observation et de rendu, est à Londres (National Gallery).
Le Maître de Flémalle ou de Mérode (Robert Campin?)
V II est un maître inconnu dont quelques œuvres présentant de fortes analogies entre elles ont été étudiées et forment le noyau d'un catalogue.
Selon que les érudits considèrent que l'œuvre type est l'un des panneaux conservés à l'Institut Stàdel à Francfort et qu'on a cru, sans raison, provenir de l'abbaye mosane de Flémalle — ils l'appellent <( Le Maître de Flémalle », tandis que s'ils prennent comme prototype le petit triptyque appartenant à la Comtesse Jeanne de Mérode à Bruxelles, ils le baptisent « Le Maître de Mérode ».
A un certain moment la critique a voulu identifier le Maître de Flémalle ou de Mérode avec Jacques Daret, compagnon d'atelier de Roger Vander Weyden chez Robert Campin. Actuellement on penche à supposer que Robert Campin lui-même et le Maître de FlémaUe ne font qu'une seule et même personnalité, et cette hypothèse est assez généralement adoptée.
' Cependant certains auteurs rapprochent les peintutes de l'Institut Stàdel des panneaux de la rangée supérieure
de la partie centrale du polyptyque de FAgneau et soulignent leurs analogies avec le style d'Hubert Van Eyck. Le petit triptyque Mérode n'offre point cette allure monumentale. Par la similitude des visages on peut affirmer qu'il est de la même main qui peignit un panneau — La Nativité — conservé au Musée de Dijon, la Vierge glorieuse du Musée d'Aix en Provence, la Vierge à l'enfant de la National Gallery (ancienne collection Salting), la Sainte Trinité (Musée de Louvain), les panneaux de Madrid et de Berlin.
R. Vander Weyden
Roger Vander Weyden (Maître Roger ou Rogier) est l'un des grands maîtres du XV* siècle en Belgique.
On s'accorde à penser qu'il est né à Tournai vers 1400 et que de son vrai nom il s'appelait de la Pasture. On en fait rélève de Robert Campin, que l'on identifie avec le maître de Mérode ou de Flémalle. On lui donne comme camarade d'atelier chez Robert Campin Jacques Daret dont quelques œuvres sont parvenues jusqu'à nous. Il est probable que Memlinc dans sa jeunesse a travaillé dans l'atelier de Roger Vander Weyden.
Roger s'est fixé à Bruxelles. Il y habite en 1436. C'est là qu'il accomplit sa brillante et harmonieuse carrière. Il eut son atelier où se trouve à peu près actuellement le carrefour des rues St- Jean, de l'Empereur, Montagne de la Cour, etc..
Inscrit parmi les artistes flamands,peintre de la ville,