L'ARCHITECTURE MODERNE
L'art archi tectonique est de tous les arts le plus étroitement lié aux nécessités de la vie humaine. Né du besoin commun à tous les hommes de chercher un refuge assuré contre les intempéries de l'air, il est partout le premier en date, et partout ou l'art est venu à défaillir, il a trouvé dans l'architecture son dernier représentant. Associé dès sa naissance aux nécessités sociales les plus diverses, il s'est fait l'interprète de tous les besoins et a suivi leurs modifications dans sa course à travers les âges, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. C'est ce qui explique le peu de succès qu'ont obtenu, le peu de sympathie qu'ont recueilli les architectes, qui, comme Fontaine et Percier, ont essayé pendant les dernières années du xvine siècle de
faire revivre l'architecture qui avait sa raison d'être au temps de Vitruve et d'Auguste. Pendant près de vingt ans, l'école de la réaction architectonique réussit, à l'instar de David, à imposer le style dit impérial à la France et à l'Europe. Aujourd'hui, tous les monuments classiques les plus servilement et les plus complètement empruntés à l'antiquité se trouvent, par la loi éternelle et fatale du progrès, honnis et méprisés. Les artistes ont compris que copier n'était nullement créer, que tout plagiat, quel qu'il fût, devait être banni honteusement du domaine de l'art , et que notre époque ayant sa vie, ses mœurs et son individualité propres, devait avoir une architecture nationale qui ne fût pas plus la bâtai de du Parthéuon que des ruines de Pestum ou de Possidonia.
Partout où des croyances nouvelles surgissent, l'art architectonique, en conservant ses bases éternelles, se transforme et se rajeunit. Dans les temples grecs, encore pleins des souvenirs païens, le christianisme est dépaysé. Le fétichisme asiatique avait eu les pagodes de l'Inde et de TYucapan; l'Egypte ses hypogées, ses obélisques et ses pyramides ; le pagnanisme grec et romain eut ses temples : toutes ces rénovations étaient naturelles et logiques.
Quand le monde chrétien eut conquis le droit d'ensevelir ses martyrs ailleurs que dans les ténèbres de ses catacombes, et de célébrer à la face du ciel les mystères solennels de son culte, l'art byzantin se leva.
Entre l'art archi tectonique chrétien et l'architecture romaine, il y a tout l'espace qui sépare le monde ancien du monde moderne. Si la scission n'est pas absolue et radicale, c'est qu'entre une civilisation morte et une civilisation régnante, il y a toujours un point de contact. L'architecture byzantine est à l'architecture romaine ce que la langue française est à la langue latine. L'architecture ogivale ou gothique n'en fut que le développement et le perfectionnement.
Au temps de saint Louis , le style gothique, déjà presque universellement adopté en France, en Allemagne et en Angleterre, était dans toute sa fleur et réalisait aussi complètement que possible l'idéal architectonique tel que nous aimons à le concevoir. En effet, l'art gothique, particulièrement expressif, n'est nullement entravé par les règles abstraites de simplicité, d'unité et d'harmonie qui arrêtaient impérieusement l'essor de Farchitecture grecque et romaine. Poétiser est son but unique. Ses créations les plus bizarres sont autant de symphonies admirables sur un thème éternellement varié où les mélodies les plus diverses se réunissent, s'appellent, se rassemblent pour former un hymne à la louange de Dieu. Les règles fondamentales n'y sont point éludées, elle ne sont qu'habilement dissimulées, de manière à contribuer puissamment à la beauté de l'ensemble. C'est là que, sans effort apparent, sans combinaison puérile et préméditée, l'unité se trouve dans la variété. C'est là que les conceptions les plus hardies
se réalisent comme par miracle sous la main des pieux artistes du moyen-âge ; là, que le sentiment qui les in» spire se poursuit sans gêne et sans fatigue au travers d'un prodigieux assemblage de détails incohérents dont pas un ne détonne; là, que le spectateur émerveillé embrasse d'un seul coup d'œil un poëme gigantesque, écrit dans une langue que le vulgaire ignore et que les artistes de tous les pays savent comprendre.
Pendant bien longtemps, cette langue merveilleuse cessa d'avoir cours. Au xvie siècle, les artistes étrangers, appelés à la cour de France par la munificence de François Ier, imposèrent aux nôtres le type de la renaissance italienne. Diverses circonstances favorisèrent cette introduction et cette intronisation d'un style étranger dans la construction de nos édifices religieux. D'abord il plut par sa nouveauté, qui devait d'autant plus attirer sur lui les regards, que le style gothique, malheureusement exagéré à mesure qu'il prenait plus de consistance, avait beaucoup perdu de sa grandeur et de sa simplicité primitives. Il eut, en outre, le mérite de l'utilité, car il convenait mieux que le genre ogival aux monuments civils, qui devenaient tous les jours plus importants. Pour ces derniers, la nature du style avait moins de portée, mais pour les églises, elle était capitale, car elle changeait non-seulement l'apparence extérieure, mais le plan intérieur réglé par les exigences du culte. Toutefois, comme la question du beau doit seule nous occuper ici, nous n'examinerons pas davan-
tage ce côté, d'ailleurs très-intéressant, de notre sujet.
Ce qu'il nous importe de constater, c'est qu'au point de vue même de Fart, la renaissance italienne, adoptée avec tant d'empressement au xvie siècle, vint détrôner un genre de style que le culte catholique s'était assimilé, et dont l'élévation était en parfaite harmonie avec la sienne. Les monuments de la renaissance, d'un style si mesquin en comparaison de la beauté du style ogival, ne tardèrent pas, du reste, à perdre le peu de simplicité qui faisait leur seul mérite : prétentieux et maniérés au xvne siècle, ils devinrent d'une exagération si boursouflée et si ridicule au xviue, qu'ils justifièrent bientôt la nouvelle réaction tentée, vers 1797, par les restaurateurs de l'art antique.
Ce faux art antique, dont l'école romantique nous a si heureusement débarrassés, n'a pas perdu tous ses partisans. Dernièrement encore, un célèbre archéologue de l'école classique entreprenait de démontrer à ses auditeurs que l'art gothique était un art éphémère, né de l'ignorance et de la barbarie, qui avait fait son temps et ne devait pas être continué. Selon lui, l'architecture ogivale n'est ni essentiellement religieuse ni nationale. Nous répondons à M. Beulé que cette architecture est religieuse, puisqu'elle est le développement adopté par l'Église de l'art byzantin, né avec le christianisme; qu'elle s'associe mieux qu'aucune autre à son caractère et à ses besoins, et que le christianisme, ayant répudié Part romain dans son principe, n'a nul intérêt
à se l'approprier aujourd'hui. En outre, elle est nationale, c'est-à-dire née sur le sol français, ce qui est surabondamment prouvé parle témoignage des archives et toutes les dates dûment vérifiées de la construction de nos vieilles cathédrales. Si l'arc en ogive s'est rencontré en Orient et même dans l'antiquité avant de se produire en France, ce n'est que comme accident et non comme type. Quant aux Allemands, qui ont voulu aussi le revendiquer, sur la foi de M. Boiserée, il y a longtemps qu'ils ne font plus montre de leurs prétentions. Ce second point est, du reste, tout à fait accessoire ; car, que l'arc en tiers-point soit ou non français, peu importe à la religion catholique, qui est européenne et n'a que faire d'une vaine question de nationalité.
Nous croyons donc que le style ogival est le style religieux par excellence, et que seul il doit être employé encore de nos jours à la construction des édifices catholiques Que si une religion nouvelle yient à se produire, alors, mais seulement alors, nous comprendrons la nécessité d'une nouvelle forme architecturale en rapport avec ses tendances, et qui assurément devra moins que toute autre être une imitation ou même une dérivation de l'antique. D'ici là, la forme adoptée au moyen âge nous paraîtra toujours la seule bonne. Imiter le moyen âge ou imiter l'antique, c'est toujours imiter, nous diton. Nullement. Le style gothique diffère essentiellement du style grec, en ce que, par sa nature, il laisse le champ entièrement libre à l'inspiration individuelle de
chaque artiste. Les cathédrales gothiques dont le sol de la France est couvert ne se ressemhlent pas plus qu'un homme ne ressemble à son voisin, et nous sommes loin de conseiller à nos architectes de copier les plus belles qui se puissent trouver. Tout ce que nous demandons, c'est que, les étudiant avec le môme soin scrupuleux qu'on a apporté si longtemps à l'étude de l'antique, et se pénétrant à fond de leur caractère et de leur esprit, ils arrivent à créer une architecture nouvelle, fille avouée de l'architecture ogivale, et qui soit au gothique ce que le gothique était lui-même au byzantin. Telle est, en attendant une rénovation complète dont l'heure est loin d'avoir sonné, la physionomie que nous espérons voir se développer bientôt dans le type architectural moderne.
Nous aurions voulu pouvoir appuyer les idées que nous émettons par de nombreux exemples tirés des œuvres exposées dans la galerie réservée à l'architecture; malheureusement nous sommes forcé d'avouer que la matière n'est pas assez riche pour justifier un long et minutieux examen. Celte galerie, peu fréquentée des visiteurs, contient à peine cinq ou six projets originaux. La plupart de nos architectes sont maintenant des archéologues très-savants, qui connaissent à fond l'art monumental égyptien, hindou, chinois, mauresque, aztèque ou polynésien, mais en théorie comme en pratique, ils ne se hasardent pas volontiers à produire quelque chose de nouveau. Rien
ne montre mieux le vide de l'enseignement actuel dans cette branche de l'art, que cette faculté accordée à tous les architectes d'exposer en place de créations personnelles, non-seulement des projets de restauration, mais même de simples copies des monuments anciens ou modernes. Dans toutes ces reproductions trèshabiles, du reste, de temples ou d'églises, de thermes ou d'abbayes, il n'y a rien qui appartienne en propre à l'artiste dont le nom est inscrit au catalogue. Sans doute, la plupart de ces œuvres sont très-intéressantes à consulter, mais, encore une fois, ce n'est pas ici leur véritable place.
Nous admettons plus volontiers, bien que la création et l'individualité artiste n'aient rien à y avoir, la restauration, devenue presque partout nécessaire, des édifices du moyen âge. L'extrême simplicité des monuments grecs, bâtis d'ailleurs sous un ciel clément, garantissait leur durée, mais il n'en pouvait pas être de même de l'ait gothique. Ceux qui refusent la science aux fondateurs du style ogival ignorent sans doute quels prodiges d'équilibre il leur a fallu réaliser pour contre-balancer l'énorme poussée horizontale de la voûte sur les murs de soutien, force encore décuplée par le poids des tours et des clochers dont i!s sont surchargés. Joignez à cela l'empîoi ordinaire de matériaux de mauvaise qualité et la rigueur de notre climat, et vous ne songerez plus à vous étonner que tant de réparations soient devenues urgentes. Le zèle éclairé qu'on
y apporte aujourd'hui est en tout point digne d'éloges. Jadis on n'hésitait pas à remplacer par un portique grec un portail qui menaçait ruine ; aujourd'hui, à quelque école qu'on appartienne, on s'attache surtout à restituer aux édifices délabrés leur style et leur caractère propre. C'est ce qu'ont fait avec beaucoup de tact et d'habileté M. Delacour, dans son projet de restauration de l'abbaye de Bonneval, ordre de Cîteaux; M. Lejcune, pour l'achèvement du château impérial de Saverne, et M. Alphonse Durand pour la restauration de la cathédrale de Langres et des églises Notre- Dame de Vernon (Eure), du Grand-Àndelys (Eure), et de Mantes. Cependant, pour ce dernier monument, il nous semble que le travail de M. Durand a moins de légèreté et d'originalité que le dessin primitif. Le portail de la tour à gauche de la façade principale, qui était plein de détails charmants, a été maladroitement supprimé. C'est une faute. Que ce portail ait été ajouté postérieurement à la construction originaire de l'édifice, peu importe; il suffisait que la base fondamentale du style n'en fût pas altérée Aucun des édi fices du moyen âge n'a été bâti d'un seul coup, et toutes les additions postérieures jusqu'à la renaissance, quand elles ne sont pas choquantes, doivent être respectées.
M. Viollel-le-Duc, auteur du Dictionnaire de Varchiteciure gothique, et M. Lassus, auteur de la nouvelle ilèche de la Sainte-Chapelle, occupés tous deux à
la restauration de Notre-Dame de Paris, n'ont pas exposé de projets. Le seul reproche que nous ferons à ceux de nos architectes qui ont bien voulu envoyer leurs productions originales est d'avoir suivi trop à la lettre les données du moyen âge. L'art monumental moderne doit être pour les édifices religieux la continuation et le développement, mais non la reproduction intègre du style gothique. Or, le cachet moderne n'est peut-être pas assez indiqué dans les œuvres, du reste très-remarquables, de MM. de Curte, Leblan, Charles et Emile Dussillon et Morey. A part cela, nous n'avons que des éloges à donner au caractère vraiment grandiose et à la beauté réelle des édifices projetés. Les vues perspectives, les plans géométraux et les coupes longitudinales et transversales, dessinées avec une grande perfection , permettent d'en étudier les détails avec beaucoup plus d'intérêt et de fruit que nous ne pourrions le faire dans une analyse raisonnée.
Le seul édifice religieux qui nous ait paru avoir un caractère tranché et indépendant est le projet d'église sous levocablede laPassion, de MM. François etLucien Douillard, et, malgré notre désir de rénovation, nous sommes forcé d'avouer qu'il est loin d'être satisfaisant. L'élévation principale nous montre une porte romane étroite, flanquée de deux tours massives et surmontée d'un fronton triangulaire, sur lequel plane lourdement la coupole éle\ée au-dessus du chœur. Du côté du chevet, l'abside a l'aspect obèse d'un vieux burg aile-
mand, retranché dans son épaisseur toute primitive. Les deux coupes nous offrent un intérieur plus franchement byzantin et qui ne manquerait pas d'une certaine grandeur, s'il n'était déjà écrasé sur le papier par la richesse exagérée des peintures et des dorures de toute espèce, comme cela a lieu dans la plupart des basiliques bavaroises et russes.
Cet essai encore informe , mais susceptible d'être perfectionné, nous rappelle un autre projet bien plus important et d'un caractère bien plus moderne, que nous regrettons de ne pas trouver au Salon de 1857. La forme architecturale à voussures imbriquées et à nervures butantes, proposée par M. Boileau, présentait assez de garanties pour mériter un encouragement sérieux. Outre la nouveauté des formes, il avait pour avantages ^directs, d'une part, une économie notable dans la construction, en supprimant à l'intérieur tous les murs pleins et les arcs-boutants au dehors, et de l'autre, une grande solidité obtenue au moyen de la neutralisation respective des diverses poussées. De plus, la relation entre les parties intérieure et extérieure de l'édifice projeté était de nature à pouvoir être considérée comme une sorte de repoussé offrant en concave au dedans ce qui était convexe au dehors, relation suffisante pour caractériser un style nouveau. On sent qu'il nous est impossible d'exposer ici dans tous ses détails un système d'architecture complet dans son ensemble, différant radicalement de ce que tout le
monde connaît, et qui d'ailleurs ne figure pas parmi les œuvres exposées. Noire intention était uniquement de le rappeler à l'attention de ceux de nos lecteurs qui ont déjà pu en prendre connaissance.
Nous ne passerons pas sous silence, dans ce trop rapide aperçu, un élément entièrement nouveau des constructions modernes, qui paraît appelé à rendre des services immenses à l'art archi tectonique; nous parlons de l'introduction de la fonte dans l'ossature intérieure, rendue possible parles progrès de la science métallurgique. On a beaucoup parlé des difficultés et des dangers pratiques résultant de la dilatation et de la contraction de la fonte. Bien que le maximum de dilatation ne soit guère que d'un millième, il y avait là, en effet, un péril sérieux si la fonte devait adhérer à la pierre de taille. Mais l'emploi de la fonte à l'intérieur seulement, c'est-à-dire à l'abri des variations de l'atmosphère , les deux matières restant indépendantes l'une de l'autre, rend ce prétendu péril entièrement chimérique. C'est ce que l'expérience a déjà suffisamment démontré dans les piincipales gares de chemin de fer, à la bibliothèque Sainte-Geneviève, et dans les halles centrales de Paris.
On objecte encore, au point de vue purement esthétique, que si une tige de fer a autant de solidité réelle qu'un pilier en pierres de taille, elle n'a pas cette solidité apparente que l'œil réclame impérieusement en faveur de l'harmonie d'un édifice. Il ne s'agit pour
répondre à cette nouvelle objection que de mettre toutes les parties de la construction en rapport avec la ténuité de la fonte, ce qui sera toujours facile et sans danger aucun, puisque, dans l'ensemble, la force pourra désormais suppléer à la masse.
Ace sujet, tous les praticiens pourront examiner avec intérêt les dessins des halles centrales de Paris, pour le présent et pour l'avenir, exposés par M. Victor Baltard. Ils se divisent en deux projets : « L'un en conservant et adaptant à l'usage de certaines denrées qui demandent plus d'ombre et de fraîcheur, le système de quatre ou de huit pavillons en pierre et fer; l'autre, tout en fer et en fonte, conformément au corps principal récemment exécuté. » Nos lecteurs y verront ce que les halles, qui étaient autrefois d'affreuses masures et des foyers perpétuels de pestilence, gagnent à ce système nouveau en élégance et en salubrité.
A l'égard des monuments civils et des maisons particulières qui surgissent du sol à mesure que le marteau des démolisseurs accomplit sa tâche, il est bien entendu que nous ne prétendons pas leur appliquer ce que nous avons dit de la continuation et de la rénovation du style gothique, en parlant des édifices religieux. La forme qui convient le mieux à ces sortes de constructions est évidemment celle qui donne la distribution intérieure la plus commode et la plus ménagère d'espace, et qui, en même temps, les rallie par un plan uniforme extérieur au système de bâtisse généralement
adopté. (Voir le projet d'un nouvel hôtel pour l'installation des Caisses d'amortissement, par M. Godebœuf.) Tout le perfectionnement qu'on peut leur demander consiste dans l'économie du dedans et dans l'uniformité du dehors.
Mais c'est principalement dans les édifices consacrés au culte que le progrès est appelé à se manifester. C'est par eux que notre époque imprimera à l'ait monumental son cachet caractéristique et individuel. Et quand nous disons notre époque, nous ne parlons pas uniquement en ce moment de la seconde moitié du xixe siècle; car l'architecture est de tous les arts le plus long à se renouveler, et les siècles qui ont précédé sont loin d'avoir eu chacun leur style propre. Si les essais tentés récemment dans la construction de plusieurs églises de Paris, et dans l'achèvement du vieux Louvre, ne sont pas de nature à nous satisfaire pleinement, cela n'a pas lieu de nous surprendre. L'essor de la pensée individuelle de nos jeunes architectes a été si longtemps comprimé par le style impérial, après avoir été cruellement faussé par la première et la seconde renaissance, que les tâtonnements seront sans doute encore longs avant d'arriver à la réalisation d'un type nouveau qui, selon nous, ne doit pas être une rupture complète avec le passé. Quel que puisse être pour l'avenir le résultat du sentiment chrétien, joint à la connaissance des effets particuliers à l'art moderne, gardons-nous de porter à l'avance un juge-
ment téméraire. Bornons-nous à constater avec M. Vitet que l'art ne s'est jamais produit deux fois sous une forme identique, sous peine de n'être plus que du métier, et ajoutons avec lui : « Honneur à ceux qui, même aujourd'hui, ne désespèrent pas d'inventer une architecture nouvelle, une combinaison de lignes et un système d'ornementation qui n'appartiennent qu'à notre époque, et qui en perpétuent le souvenir. »