Architecture civile
Dans l'architecture civile, les bâtiments publics proprement dits sont peu nombreux. L'État, au sens abstrait de ce mot, construisait peu. On ne peut guère citer à Paris que la grande salle des Pas- Perdus du Palais de Justice, élevée par Salomon de Brosse entre 1618 et 1622, pour remplacer la salle gothique détruite par l'incendie de 1618. De Brosse appliqua là encore le principe antique. Si le plan général de la salle et la conception d'ensemble, qu'il eut le bon goût de conserver, appartiennent au moyen âge, il était à coup sûr impossible de les trans-
poser plus heureusement. Le Dorique plus ou moins conventionnel qu'il adopta convenait très bien à sa destination par la sévérité de ses lignes. Pour l'Hôtel de Ville, le Louvre S comme on se borna à les continuer en se conformant presque exclusivement aux données précédentes, ils ne fournissent aucune indication précieuse à recueillir.
L'architecture civile est donc surtout une architecture privée. Ici les architectes réussirent à conformer presque exactement leurs doctrines aux goûts et aux tendances du temps. Ils y réussirent, en somme, parce qu'ils y furent contraints et qu'ils eurent à compter avec des exigences pratiques, à satisfaire une clientèle, toute prête à laisser quelque chose à l'art, mais non pas à lui sacrifier absolument ses besoins ou ses commodités. La vie était surtout mondaine et on y donnait beaucoup h la représentation. On se construisait donc des demeures moins pour soi que pour les autres, d'autant que la génération, demeurée forte et énergique, tenait peu h ce que nous appelons le confortable. Le luxe qu'elle affectait était surtout d'apparat, de cérémonie; en outre, on recevait beaucoup, mais non plus dans les conditions d'autrefois, où les grands seigneurs et même la plupart des nobles tenaient hôtel (c'était l'expression) pour leurs vassaux ou leurs partisans.
1. Le Mercier poussa l'aile occidentale du Louvre jusque vers l'angle nord du carré formé par le monument actuel. 11 copia exactement le dessin de Lescot, sauf au Pavillon central (Pavillon de l'Horloge), qu'il surmonta d'un dôme, suivant la manie du temps.
Si, au commencement de la régence de Marie de Médicis, les Guise, les Ëpernon, les Gondé vivent à Paris, entourés d'une foule de fidèles^ dont ils logent une grande partie; si, dans les circonstances critiques, on voit affluer chez eux des quatre ou cinq cents tenants prêts à les servir, Richelieu mettra ordre à tout cela. H n'y aura plus que le roi qui ait besoin d'un Louvre, car il n'y aura plus que le roi qui ait une cour. Ce qui commence, c'est la vie de salon dans toute son acception, et le mot hôtel luimême va prendre un sens nouveau qu'il gardera. Au xvn° siècle, il désignera une demeure réservée à une seule famille. Cette demeure doit répondre h une double fin : le riche qui l'habite veut s'y plaire; habitué au séjour de la campagne, où il passe encore une grande partie de l'année, il lui faut au moins de l'air autour de lui et la vue des jardins. Il aime les chambres richement ornées, mais il demande avant tout des salons où il puisse recevoir de nombreux invités et donner des fêtes, puis des cours où trouvent place les laquais et les carrosses. Telles étaient les conditions faites aux architectes ; elles s'accommodaient assez bien avec les enseignements d'école, avec les modèles fournis par l'Italie. On reconnaît dans les édifices qu'ils élevèrent certains souvenirs des palais uUramontains ; on y démêle les emprunts à l'antiquité; on constate qu'ils avaient des exemples dans les maisons construites du temps de Henri lY. Il n'en est pas moins vrai que le type créé par eux est original, qu'il s'appro-
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prie parfaitement à son objet, et que même son uniformité ne laisse pas d'avoir sa signification.
On a bâti à Paris beaucoup plus d'hôtels encore que d'églises ou de couvents; la simple énumération en serait fastidieuse et à vrai dire impossible * ; il faut du moins signaler le fait, d'autant qu'à côté des hôtels s'élevèrent des centaines de maisons. Alors disparurent dans le vieux Paris les tourelles, les portes ogivales, les pignons, les toits aigus, et la capitale, ainsi que nous l'avons dit, prit sa physionomie moderne.
On mettra à part le palais du Luxembourg «. Bien que bâti pour la reine Marie de Médicis, c'est en réalité une demeure privée, mais l'ampleur de ses proportions, sa situation aux portes de Paris, non dans Paris, en faisait plutôt un château qu'une habitation de ville, un petit Versailles avant Versailles, ou plus exactement une sorte de Tuileries. D'ailleurs Salomon de Brosse, qui fut chargé de la construction, se maintint aussi dans des données complexes en ce qui concerne le style. Le plan fut français ; cour carrée entourée de bâtiments sur trois côtés, fermée sur le quatrième par une galerie à mi-hau-
1. Du Breul a donné une liste pour les années 1612-1639, il ne compte pas moins de vingt-quatre hôtels très importants. Parmi ceux-ci, les hôtels de Richelieu, de Sillery, de Clèves et Eu, de Bellegarde, de Ghevreuse, de Rambouillet, de Créquy, de Sully, de Mayenne, etc. Voir aussi Sauval, Antiquités de Pains, t. II, liv. VU, pour l'ensemble des années 1610-1660.