De Gisobs, le Palais du Luxembourg, 1847, gr. in
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leur avec porte monumentale. Furent également françaises certaines formes : les toits à arêtes, le dessin des fenêtres, mais la coupole centrale, la construction en bossage, etc., furent empruntées à l'Italie. L'étude de cet édifice * et des autres œuvres de Brosse amène à se demander pourquoi cet artiste, savant, ingénieux, capable même, de grandes conceptions, ne tient pas plus de place dans l'histoire : termine-t-il un style plutôt qu'il ne le commence, a-l-il subi des influences plutôt qu'il n'en a exercé 2? Je crois pour ma part que son talent fut supérieur à son rôle et que l'école française du xvii® siècle procède peu de lui.
Il y aurait plus d'intérêt peut-être à étudier le Palais-Cardinal, œuvre de Le Mercier, mais il reste si peu de chose du monument primitif que les éléments de démonstration ou de contrôle font pour autant dire défaut 3. On a d'ailleurs assez de types subsistant dans leur intégralité pour se faire une idée exacte de l'architecture privée du temps de Louis XIII et de Mazarin.
A moins qu'il ne s'agît d'une Marie de Médicis ou
1. Certaines parties de la construction ont été modiOées après de Brosse.
2. De Brosse a beaucoup bâti sous Henri IV et sous Louis XIII, de 1610 à 1626. On aurait à citer de lui, en dehors des œuvres que nous indiquons : le temple de Charenton, l'aqueduc d'Arcueil, le château de Coulommiers (en partie), le palais des États à Rennes (commencé seulement).
3. Voir Inventaire des richesses d'art de la France. Paris, Monuments civils, t. I. Du Palais-Cardinal de Le Mercier on ne peut plus guère voir que la galerie dite des proues.
d'un Richelieu, Tespace dont on disposait n'était pas très vaste, parce que le terrain coûtait cher; il n'était pas toujours régulier. 11 fallait pourtant y trouver place pour les bâtiments, pour la cour, et le plus souvent pour un jardin plus ou moins resserré. Le plan adopté, quand il fut possible, fut le suivant. Pas de façade proprement dite sur la rue, rien que des espèces de communs et une porte cochère haute et large; elle ouvre sur une cour carrée ou rectangulaire, au fond de laquelle se dresse le corps de logis principal, prolongé vers les communs de la rue par deux ailes. A l'intérieur, les pièces caractéristiques sont : les vestibules vastes et multipliés, les salons et, lorsqu'on a affaire à des habitations tout à fait somptueuses, la galerie. Relativement aux autres pièces, les chambres ne sont pas très nombreuses et, à l'exception des principales, elles sont mal disposées et sacrifiées *. On a souvent ob-. serve à quel point l'agencement était différent du nôtre, en insistant sur ce qu'il avait de défectueux. En réalité, il n'était défectueux qu'au point de vue de nos idées et de nos habitudes. Il ne dépendait point de l'architecte qu'on eût ou non besoin de place pour caser les laquais ou les pages attendant
1. Est-ce la construction de l'Hôtel de Rambouillet qui a amené dans l'architecture privée une sorte de révolution? On a sur ce point accepté trop facilement des témoignages purement littéraires. En comparant à ce fameux hôtel les édifices du même genre antérieurs et postérieurs, on voit nettement que Mme de Rambouillet ne fit guère que mettre à la mode certains détails secondaires d'agencement ou d'ornementation.
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leurs maîtres, de salons pour recevoir ceux-ci; naturellement, on ne donnait au chez soi que ce qui restait libre. D'autres détails qui nous choquent, les chambres à coucher sans sorties isolées, s'expliquent en partie par les usages; on n'éprouvait pas le besoin de dissimuler les menues opérations de la vie intime; on n'était pas loin du temps où les serviteurs couchaient dans la chambre de leurs maîtres, et le petit lever du roi n'étonnait pas des gens accoutumés h recevoir dans leur lit.
La décoration était presque toujours très sobre sur la rue, l'hôtel n'étant pas fait pour le public, mais pour la société. Seule, la porte cochère avait un aspect monumental pour donner l'idée de la richesse ou de la puissance du propriétaire. Par contre, les façades de la cour et du jardin se présentaient somptueusement. A l'intérieur, l'effort principal se portait sur l'escalier, ample et majestueux, sur les salons et plus encore sur la galerie, où se résumait tout le goût, et souvent toute la vanité du maître. Pour les façades, l'ornementation consiste presque uniquement dans la combinaison des lignes architecturales ; la colonne et plus encore le pilastre, le fronton, tiennent une grande place. En revanche, dans les appartements de réception, le luxe se déployait sous toutes les formes, bien différemment d'aujourd'hui *.
1. Pour la décoration intérieure des édifices on peut citer pour le XVII" siècle : Le Paultre, Recueil d^ architecture décoi^ative, in-r. Dans les ouvrages modernes. — Baldus, Ornements des XV", xvio, xvno, xviii" siècles, in-f°. — Adams, Décora-
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Peu de meubles, pas d'encombrement d'objets futiles entre des murs nus ou sous des plafonds sans signification. Le décorateur au xvii® siècle n'est pas le tapissier, mais Tartiste, architecte, sculpteur ou peintre, à l'imitation de ce qui se faisait en Italie. Une salle devient le thème d'une composition savante, où les ornements en ronde-bosse, les stucs, les ors se combinent avec les fresques.
Sur tous ces points encore, les doctrines des artistes étaient d'accord avec le but à atteindre. Il n'y avait pas, comme dans l'architecture religieuse, à transiger entre l'esthétique et le dogme. Il n'y avait pas davantage à faire accepter des formules contraires au tempérament d'un peuple. Ces artistes s'adressaient à une société aussi classique qu'euxmêmes. Elle vivait, elle aussi, dans l'antiquité, elle se familiarisait pour ainsi dire avec elle ; sa littérature en était imprégnée. Elle ne connaissait pas moins à fond l'Italie, elle l'avait à plusieurs reprises visitée, quand elle n'en venait pas par origine; rien ne lui semblait plus désirable que ses splendeurs, plus digne d'admiration que son art : la mode était à l'exotisme uUramontain. Enfin, cet art composite, fait surtout de raisonnement, à la fois solennel et
lions intérieures des époques Louis XIII et Louis XIV, 1865, in-f°. — Destailleur, Recueil d]eslampes relatives à la décoration des appartements aux xvi*, xvii*, xviii* siècles, 1863-1871, 2 vol. in-f*. — Péquenot, Vieilles décorations depuis Vépoqtie de la Renaissance jusqu'à Louis XIV, 1875, in-f°. — Consulter : Jacquemart, Histoire du mobilier, 1876, in-8, et Henry Bavard, Dictionnaire de V ameublement et de la décoration depuis le xiii" siècle, 1889-90, 4 vol. in-4.
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238 LES HOMMES ET £eS OEUVRES.
grave, éclatant et digne, dont la magnificence donnait quelque chose à Tesprit, convenait admirablement à ses sentiments. Ne nous étonnons donc ni de son succès, ni de la peine que nous avons tout d'abord à le goûter.
Le plus complet peut-être de tous les édifices de ce genre est Thôtel Lambert *. Situé à la pointe de Tîle Saint-Louis, moins atteinte que d'autres quartiers par les remaniements et par les bâtisses modernes, lise trouve encore aujourd'hui dans un milieu favorable et pour ainsi dire historique. Bâti pour un président à la Chambre des comptes, Lambert, il montre ce qu'était la fortune, la vie, le train d'uue grande famille judiciaire d'alors. La construction fut confiée à Le Vau (Louis), dont la réputation commençait et qui allait être l'architecte favori de Mazarin, de Fouquet, même de Louis XIV, dans les premières années de son gouvernement personnel. Cette destinée brillante a de quoi nous surprendre, quand nous considérons les œuvres de cet artiste. Il nous semble qu'il manque d'invention, ou qu'il a l'invention pauvre et mesquine, qu'il se montre parfois disgracieux, souvent lourd, toujours froid. On pourrait à la rigueur trouver chez lui une certaine ampleur, quelque sentiment de l'ordonnance, de l'habileté dans les dispositions intérieures. Fait certain, il fut très employé. Dans l'île Saint-Louis, même, on voit de lui deux maisons, l'une assez belle