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même de rœuvre, on dirait presque le maniement du pinceau devait dépendre de la pensée primordiale. Avec sa subtilité et son habitude de tout rattacher aux anciens, il divisait les sujets en doux, graves, tristes, etc., et de même que les Grecs avaient eu dans la musique les modes phrygien^ lydien, dorien, pour traduire ces différentes affections de Tâme, il voulait aussi que la peinture eût ses modes *. On trouve bien quelque chose de cela dans certaines de ses toiles; le dessin de VEnlèuement des Sabines^ du Rapide Pyi^hus, a quelque chose de plus violent, de plus tourmenté, les corps y paraissent plus musculeux; au contraire, dans VÉliézei\ dans les Bergers d'Arcadle, tout s'adoucit, les formes du corps s'apaisent. Mais de là à des modes proprement dits, il y a une marge, qu'on ne peut franchir.
Ainsi, tout démontre chez l'artiste non seulement l'unité de conception, mais au moins autant la forme littéraire de la conception. Chacune de ses œuvres présente des analogies frappantes avec la tragédie du XVII® siècle. C'est l'évolution d'un sentiment moral. Seulement la tragédie en suit le développement dans des scènes successives; le peintre, qui n'en expose que le moment principal, remplace la succession des scènes par la multiplicité des personnages, manifestant chacun une phase et uae face
1. * J'espère, avant qu'il soit un an, peindre un sujet dans le mode phygien.... » « C'était là tout l'artifice de la peinture. » Lettres, p. 277. . v
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du même sentiment. Chose curieuse, Le Brun avait senti l'intérêt et Tcxactitude du rapprochement, car, dans sa conférence * sur les Israélites recueillant la manne^ il s'exprime ainsi : « Pour ce qui est d'avoir représenté des personnes, dont les unes sont dans la misère, pendant que les autres reçoivent du soulagement, c'est en quoi le savant peintre a montré qu'il était un véritable poète, ayant composé son ouvrage dans les règles que la poésie veut qu'on observe aux pièces de théâtre.... C'est pourquoi l'on voit que ces groupes de figures qui font diverses actions sont comme autant d'épisodes, qui servent à ce qu'on nomme péripéties..., »
Ainsi se manifestent d'une façon saisissante les rapports entre l'œuvre de Poussin et la pensée de son temps. L'œuvre s'accorde-t-elle aussi bien avec l'idée religieuse et faut-il reconnaître en Poussin un peintre chrétien? Non, si l'on cherche en lui l'âme du christianisme. On a même le droit de se demander si l'artiste avait une foi profonde. Sa correspondance nous révèle en tout cas la nature des préoccupations qu'il. apportait en face des sujets relatifs au dogme. On ne lit pas sans quelque étonnement ce passage d'une lettre qu'il écrivait, au temps où il peignait la suite des Sept Sacrements : « Je travaille gaillardement à T Extrême-Onction, qui est en vérité un sujet digne d'un Apelle, car il se plaisait fort à représenter des mourants » * (25 avril 1644). N'y