CHAPITRE I
l'art et l'histoire dans les temps modernes
L'art est une des formes de la civilisation, il appartient donc à rhisloire ; mais dès qu'on veut déterminer quelle place il y doit tenir, s'il peut s'isoler d'elle Ou jusqu'à quel point il en dépend, on se trouve en présence de théories contradictoires et de problèmes plus d'une fois agités.
Pour l'école doctrinale, le Beau existe par luimèitle, s'exprime en vertu de principes qui changent peu, se transmet par l'enseignement du maître. L'art
n'a rien de commun avec les évolutions historiques au milieu desquelles il se produit. Pour d'autres, au contraire, la création de Tœuvre d'art, ses caractères ou ses transformations s'expliquent bien plus par des causes extrinsèques : influence du milieu géographique, ethnographique, politique ou social. L'artiste leur doit sinon son talent et son génie, au moins la forme particulière de l'un ou de l'autre.
Aucune de ces théories, prise en elle seule, n'est satisfaisante ; chacune donne une solution trop simple pour des faits très complexes.
Tout d'abord, il faut distinguer entre l'histoire politique et l'histoire intellectuelle et, dans cette dernière même, entre la littérature et l'art. On les assimile généralement, et le fameux ut pictura poesis d'Horace, mal compris, a fait fortune d*une façon étrange. Or il y a, tout au contraire, de l'une à l'autre des diflFérences profondes.
L'écrivain et l'artiste n'ont ni le même instrument» ni les mêmes ressources, ni le même but. Le fond de la littérature, c'est l'idée; le fond de l'art, la forme; si bien que l'artiste ne peut jamais exprimer une pensée ou même un sentiment qu'à travers la plastique, au lieu que l'écrivain les rend directement et sans intermédiaire. On n'a qu'à comparer, pour saisir le contraste, le vanitas vanilatum de l'Écriture ou le debemurmorii nos nostraque d'Horace, et leur traduction dans les Bergers d'Arcadie de Poussin. Ajoutons que l'écrivain a dans le langage un