LART ET L HISTOIRE DANS LES TEMPS MODERNES
absorbe les individualités, jusqu'au jour où il s*en présente d'assez puissantes pour opérer en elle une révolution ou une évolution. Aussi, suivant les temps, on voit l'architecture tout entière classique, tout entière gothique.
La peinture, au contraire, ne peut jamais demeurer complètement une. Le métier proprement dit y tenant une moins grande place, les difiFérents tempéraments ont plus de facilité à se manifester, d'autant qu'elle ofiFre des genres très variés. Aussi les doctrines qui, depuis le xvi® siècle, tendaient à l'abstraction et à la convention et qui entraînaient la peinture vers le raisonnement, vers l'expression exclusive de l'idée ou du sentiment, n'ont jamais réussi à y dominer sans réserve. Chose curieuse, elles n'y ont pas réussi même chez ceux qui les proclamaient le plus énergiquement. D'abord, on n'a jamais trouvé et on ne trouvera pas un peintre pour traiter comme choses négligeables la vérité et la beauté plastiques, pas plus Poussin qu'Ingres. Il est un genre, en tout cas, qui a toujours ramené toute école à l'observation : le portrait, où la vérité s'impose, puisqu'il représente le type individuel. Le paysage aussi a bien ses exigences : on a beau arranger la nature, on ne saurait la dénaturer. La peinture pourra donc obéir à des directions, elle ne subira jamais des dominations absolues, et son histoire embrasse ainsi à peu près toute la vie et toute la pensée humaines.
La sculpture a ses évolutions, mais dans un cercle
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extrêmement restreint, et ses mouvements, mais lents et parfois insensibles : on les comparerait aux oscillations d'un pendule d'une grande longueur sur un espace peu étendu. Cela se comprend, puisqu'elle est entravée par les gênes de sa technique et les lois rigoureuses de son esthétique; d'ailleurs, moins accessible au public, moins goûtée par lui, elle constitue celui des trois arts qui, en général, doit le plus à ses traditions et le moins à son temps.
Quand on étudie les rapports de l'architecture avec la civilisation d'une époque ou d'un pays donné, il semble, au premier abord, qu'elle soit plus particulièrement apte à s'en isoler, grâce à son esthétique abstraite et à la part de sciences exactes qu'elle contient. Il en va tout autrement : par ses côtés matériels, l'architecture a essentiellement à compter avec le public, à satisfaire ses besoins ou ses goûts. On fait bâtir une maison, même un palais, pour les habiter, on exige certaines conditions de commodité, et elles varient selon les lieux ou les temps. C'est sans doute simple tradition que l'anecdote de la marquise de Rambouillet modifiant les plans habituels aux architectes français, parce qu'elle avait besoin de salons disposés pour recevoir; mais, comme toutes les traditions, celle-ci repose sur la logique des choses. Versailles est en grande partie ce qu'il est, parce que, Louis XIV avait à y loger une cour. L'architecte a beau invoquer les privilèges de l'art, il finit par se con-
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