‹ L'Art français au temps de Richelieu et de Mazarin (volume 2)Chapitre 7 sur 181 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE XVif SIÈCLE : UNITÉ ET DIVISIONS

Le nom de Siècle de Louis XIV a fini par fausser rhistoire du xvii® siècle. On a tout fait commencer en France non pas même avec le siècle, mais avec le roi, et de plus on a tout attribué, ou peu s'en faut, à notre pays, et presque rien au reste de TEurope. Voltaire a contribué plus que personne à répandre ces idées. Reprenant et exagérant la doctrine des classiques, il écrivait : « Pendant neuf cents années, le génie des Français a presque toujours été rétréci sous un gouvernement gothique, au milieu des divisions et des guerres civiles, n'ayant ni lois, ni coutumes fixes, changeant de deux siècles en deux siècles un langage toujours grossier. François P' fit naître le commerce, la navigation, les lettres et les arts, mais il fut trop malheureux pour leur faire prendre racine en France et tous périrent

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avec lui *. » Ainsi la barbarie avait duré, au moins chez nous, jusqu'au « beau Siècle de Louis XIV *. » Maié à quelle époque au juste a débuté ce temps heureux? Ici Voltaire ne laisse pas de sentir quelque embarras. Il affirme que « Louis XIII, à son avènenement à la couronne, ne possédait pas un vaisseau, que Paris ne contenait pas quatre cent mille hommes et n'était pas décoré de quatre beaux édifices, que les autres villes du royaume ressemblaient à ces bourgs qu'on voit au delà de la Loire » '. Pour le règne de ce prince, il esquive la difficulté en supprimant la plupart des hommes et des faits, ou en accommodant les dates à son préjugé. 11 reconnaît que le cardinal de Richelieu concourut au changement qui s'accomplit dans les esprits, « que Corneille commença en 1636, par la tragédie du Cid, le siècle qu'on appelle celui de Louis XIV » ; il retarde ainsi sur Boileau même, qui du moins faisait naître avec Malherbe le temps de « la juste cadence et du pouvoir des mots ». Pour les arts, il cite Poussin, qui « égala dans quelques parties de la peinture Raphaël d'Urbin », puis il ajoute que « la sculpture fut bientôt perfectionnée par Girardon * et en donne comme preuve le mausolée de Richelieu, rapprochant ainsi deux artistes séparés par une pleine

i. Siècle de Louis XIV, chap. i.

2. Essai sur les mœurs, chap. clxxvii : « Résumé de toute celte histoire, jusqu'au moment où commence le beau Siècle de Louis XIV ».

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