‹ L'Art français au temps de Richelieu et de Mazarin (volume 2)Chapitre 8 sur 181 · lèid., chap. clxwi · texte numérisé non relu

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génération, et semblant attribuer à l'influence du cardinal un monument élevé bien longtemps après sa mort! En somme, il y a partout confusion dans son esprit, qu'il fasse commencer trop tard le Siècle ou trop tôt Louis XIV.

Cette conception historique tenait chez Voltaire à son temps et à lui-même. Malgré ses efforts pour savoir l'histoire, il ne la savait qu'imparfaitement. De plus, le développement prodigieux de la personnalité de Louis XIV, la gloire éclatante des vingt premières années de son gouvernement personnel, les tendances de Golbert à flatter le souverain en lui attribuant un rôle de créateur, les louanges des écrivains qui, de bonne foi, servaient la pensée du ministre, tout cela avait fini par voiler d'une sorte d'obscurité la première moitié du siècle. Partout reparaissait l'idée du Frontispice du livre de Perrault : tous les personnages illustres, depuis la mort de Henri IV, groupés au pied de la statue de Louis XIV, avec cette devise : « Le ciel en sa faveur forma tant de grands hommes » *.

A cela s'était jointe la propension de toute génération nouvelle à nier ou à dédaigner celle qui l'a précédée. La lutte entre le jeune Racine et le vieux Corneille n'est qu'un épisode et en même temps un trait signiflcatif de cette réaction. Louis XIV fit pour le règne de son père ce qu'il fit pour son château : il enveloppa si bien de ses constructions le Versailles

1. Éloge des hommes illustres du xvli* siècle, 2 vol. in-f*, (1696-nOl).

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de Louis XIII qu'il le fit disparaître eu le conservant, et qu'il n'y eut plus, pour les contemporains ou la postérité, qu'un Versailles : le sien. Pour échapper à cet état d'esprit et à ces préventions, il eût fallu entreprendre de véritables recherches, serrer de près les faits et la chronologie. Ni Voltaire, ni les historiens de son temps n'en avaient les moyens ou l'habitude. Ne les condamnons pas trop, nous qui n'avons guère encore tiré de l'oubli les hommes qu'ils y ont laissés.

De plus. Voltaire, malgré son désir d'être impartial, ne pouvait l'être, même dans l'ordre des choses intellectuelles. 11 y avait en lui, quoi qu'il fit, trop de dogmatisme pour qu'il mit à sa place et dans sa valeur historique tout ce qui s'éloignait de sa manière de penser. Descartes ne comptait pas dans le xvn® siècle, parce qu'il ne comptait plus au xviii® ni pour lui, ni pour l'école philosophique. Puis Voltaire était trop homme de lettres pour ne pas juger la civilisation tout entière à la mesure de ce qu'elle donne à la pure intelligence; ainsi pour lui, l'état des peuples de l'Italie à la fin du xvi* et au début du XVII® siècle parait enviable, parce que ces peuples « commencèrent en général à jouir du repos et cultivèrent à Tenvi les arts de goût, qui ailleurs étaient ignorés ou grossièrement exercés » *. Il était trop délicat, trop mondain, pour ne pas mettre au premier rang le mérite d'avoir rendu la France et

i. Essai sur les mœurs, chap. clxxxiii.

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la cour « plus policées que le reste de l'Europe ». « Dites-moi, je vous prie, dans quelle cour Charles 11 puisa tant de politesse et de goût », écrit-il à milord Harvey. Enfin, dans les productions de Tesprit, il n'attachait en sa qualité de classique aucun prix, même dans le passé, à celles qui ne se distinguaient point par la correction, la régularité, le style. Il ne sentait pas que certaines œuvres mal écrites, grossières même, mais puissantes, avaient fait quelquefois plus pour le progrès de l'humanité, le développement ou le renouvellement de la pensée, que la traduction de Quinte-Curce par Vaugelas, « le premier bon livre écrit purement », ou la « bienséance » des discours d'Olivier Patru, ou le « piquant » des Maximes de La Rochefoucauld.

Ajoutons que sa philosophie militante lui faisait parfois confondre la liberté avec la fin de la « superstition ». Pour un peu, il préférerait les dernières années du siècle aux premières, parce qu'on y croyait moins aux sorciers. 11 insiste sur la déclaration de 1672, qui « défendit aux tribunaux d'admettre les simples accusations de sorcellerie, ce qu'on n'eût pas osé sous Henri IV et sous Louis Xlll » ^ Il l'attribue à la « raison naissante » , oubliant qu'on ne trouve plus en France ni un Gassendi, ni un ï)escartes, et que sans doute on ne les y eût pas supportés.

Enfermant tout le xvii° siècle dans Louis XlV,

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