‹ L'Art français au temps de Richelieu et de Mazarin (volume 2)Chapitre 83 sur 181 · JouiN, le Peintre Le Brun, p · texte numérisé non relu

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de son patron et il prenait toutes sortes de détours, d'abord pour obtenir un consentement, plus tard pour feindre de l'avoir reçu. Ces jeunes gens étaient occupés le plus souvent à chercher des objets rares ou à copier des tableaux ou à dessiner des antiques. Ceux qui les envoyaient en Italie ne se lassaient pas de réclamer d'eux des travaux de ce genre.

A leur retour en France, peintres ou sculpteurs demeuraient dans cette position, non pas de subalternes, mais de protégés. Il semble que les artistes n'aient pas été reçus dans la haute société sur le même pied que les écrivains ou, pour mieux dire, qu'ils y aient été moins reçus. Ils y gagnaient peut-être de garder ainsi plus d'indépendance et, traitant souvent en marchands, de traiter aussi d'égal à égal avec ceux qui les employaient. Car c'est une différence essentielle, au point de vue des rapports de clientèle, que le tableau forme la matière d'un droit de propriété, qu'en Tachetant on reçoit exactement la valeur de ce que l'on donne, et qu'au contraire tout ce qui dépasse le prix du livre peut être considéré comme un don et par conséquent oblige l'écrivain dans une certaine mesure. Bien entendu, la considération allait surtout aux artistes qui portaient un titre officiel, aux peintres du roi, aux peintres logés au Louvre. L'exemple venait souvent de très haut, car Louis XIII recevait dans une certaine intimité Vouet, de qui il prit des leçons de dessin, et l'on sait qu'il entoura Poussin des plus

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grands égards *. Si ces faveurs avaient quelque chose d'aléatoire et, comme on disait alors, de lubrique, si Vouet et Poussin connurent les hauts et les bas de la fortune, pareil sort n'atteignit-il point tous ceux qui touchaient à la cour?

Parfois aussi, certains artistes recevaient des lettres de noblesse. Le paysagiste Fouquières en fut, dit-on, honoré par Louis XIII, et même il remplit la charge de gentilhomme de la chambre *, qui tenait une haute place dans la hiérarchie de la cour. D'une façon ou de l'autre, pareil titre relevait singulièrement la profession, malgré les sarcasmes de Poussin sur le « baron » de Fouquières et l'épée qu'il ne quittait jamais, même pour peindre. Rien n'empêchait d'ailleurs les peintres ou sculpteurs d'acquérir des terres titrées, droit inhérent à leur qualité de bourgeois de Paris. L'un de ces frères Le Nain, qu'on a représentés pendant si longtemps comme des espèces de démocrates de l'art, se disait assez pompeusement dans les actes officiels : Mathieu Le Nain, chevalier, seigneur de la Jumelle '.

1. Il traita fort honorablement aussi beaucoup d'autres artistes moins célèbres. Il allait même les visiter familièrement « en passant ». La reine Anne d'Autriche faisait de même. Il y avait bien plus de familiarité dans les relations qu'à l'époque de Louis XIV. Voir Guillet de Saint- Georges, I (Claude Vignon, Henri et Charles de Beaubrun, etc.).

2. * ... Avons fait expédier une commission au sieur Fouquières, gentilhomme ordinaire de nostre chambre,.,, pour faire les plans, tableaux... des paysages ou environs (des villes de Provence)... » ; la commission est de 1626. Revue de VArt français, 1885, p. 65, 100.

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