‹ L'art français au temps de Richelieu et de MazarinChapitre 55 sur 112 · I. — Architecture relig-ieuse · texte numérisé non relu

I. — Architecture relig-ieuse

Dans l'architecture religieuse, le nombre considérable d'édifices construits ou commencés, églises ou couvents, est comme la manifestation concrète de la ferveur de piété du temps. L'objet de l'art est donc en rapports étroits avec l'observation historique. Du Breul est ici très précieux ; il suit quartier par quartier les travaux accomplis. De la « rue Neuve de Saint- Honoré à la Porte Saint-Antoine »,et dans les quartiers de la rive droite, on a élevé le monastère des Jacobins réformés, les monastères des filles de l'Assomption, de la Conception,... le couvent des Capu-

VAGEOT, Palais, hôtels, chùleaux de France, du xv*^ au xviii' siècle, 1867, 4 vol. in-P (texte cl planches). — Daly, Motifs historiques d'archlleclure du xvi" au xviiie siècle, 1809, 2 vol. in-f (texte et planches). — Pour Paris en particulier, on consultera : de Ciiampeacx, l'Art décoratif dans le vieux Paris {Gazette des beaux-arts, 1890, 1891, 1892, 1893).

Enfin on a nombre de recueils du temps qui donnent l'aspect de Paris entre 1610 et 1060. 11 faut signaler surtout : Zeiler, Topograp/tia Galli.v. Francfort, lO.oo et 1656, 2 vol. in-4(t. I, Paris). — Iskael Silvesthe, Vues de France et d'Italie. Vues de Paris. ]'ues et perspectives de châteaux, paysages, ynonuments, 1604 et suiv. — Gabriel Pérelle, Nicolas et Adam Pébelle, Recueil de vues de monuments de Paris et des principales résidences royales, in-f" obi. (vers 1680). — Jean Marot, Recueil des plans, profils et élévations de plusieurs palais, chasteaux, églises... hoslels, bastis dans Paris ou aux envi- ?'o?is... (1670), in-4. —Voir aussi : Le AIuet (ouvrage cité ci dessus). — Bloxdel, Architecture française, 17iJ2-o6, 4 vol. in-f". 11 donne les vues et plans de beaucoup d'hôtels du xvn' siècle. — ■ Inventaire de la collection Destailleur achetée par la Bibliothèque nationale, 1891, in-8. Cette collection de dessins sur Paris contient quelques vues du x\n<^ siècle; elle est beaucoup plus riche pour le xviue et le commencement du xix°.

l'architecture. 223

cins, celui des religieuses dites Célestes; au total dix-huit couvents en trente ans; dans le faubourg Saint-Jacques, « les monastères de l'Oratoire, des Capucins, du Val-de-Grâce, des Feuillantines, des Religieuses de Port-Royal »,... sept couvents; dans le faubourg Saint-Germain des Prés, « renouvelé depuis vingt-six et tant d'années tant de monastères que de nouveaux bastiments », l'hôpital de la Charité, le couvent des Augustins réformés, le Noviciat des Jésuites, le couvent des fdles de Saint-Joseph,... en tout onze couvents. Et nous ne prenons là qu'une partie de la capitale, et laissons de côté, bien entendu, les maisons religieuses moins importantes '. Quant aux églises, on trouve depuis 1610 : Saint- Gervais, dont le portail date de 1616; Saint-Eustache terminé en 164'2; Saint-Éticnne du Mont, où l'on ne cesse pas de travailler; l'Oratoire, commencé par Métezeau, terminé par Le Mercier en 1630; la Visitation, édifiée par François Mansart de 1632 à 1634 Saint-Paul, 1627-1641; Sainte-Elisabeth, 1628-1646 l'église de la Sorbonne, construite par Le Mercier celle du Val-de-Gràce ; puis les églises seulement commencées : Saint-Jean-Saint-François, 1623 ; Saint- Jacques du Haut-Pas, 1630; Saint-Sulpice (par Gamard en 1646, par Le Vau en 1635); Saint-Roch (par Le Mercier en 1653); Saint-Louis en l'Ile ^; Notrc-

1. Voir DU Bbeci., Supplément. — Salval, Antiquités de Paris, t. I, p. 649 et suiv.

2. Inventaire des richesses d'art de la France. Paris, monuments religieux, 1877-1888, 2 vol. in-4. — Inventaire général

22 i LES HOMMES ET LES fiFXVRES.

Dame des Victoires (Le Muet, 1656); Saint-Nicolas du Chardonnet (1656).

Mais jusqu'à quel point la pensée chrétienne allaitelle trouver son interprétation dans ces monuments, là est la question. Les artistes étaient évidemment gênés pour la résoudre par leurs théories, puisées dans l'antiquité. Il y avait ainsi non pas l'empreinte immédiate du sentiment sur l'œuvre, comme au moyen âge, mais un travail d'appropriation voulu et réfléchi. En outre, l'art italien de Michel-Ange, de Palladio ou de Vignole, qu'on cherchait à imiter, ou n'était lui-même qu'une imitation plus ou moins éloignée de l'antique, ou bien traduisait un catliolicisme pompeux, mais superficiel. Enfin, on était en présence d'un nouveau style, auquel la puissance de ses tenants allait assurer le succès : le style jésuitique. En Italie, celui-ci arriva presque du premier coup à sa formule avec Vignole, et il répondait admirablement aux conceptions religieuses de l'ordre. Le propagateur français en fut ce Martellange, dont nous avons parlé (1560-1641) '. Coadjuteur •temporel de la Société à partir de 1590, il alla à Rome, où il resta jusque vers 1604, se forma à l'école de Vignole, se pénétra des principes de l'architecture romaine du temps, et, de tout cela et de ses propres idées, forma un système composite. On peut faire

des a-un-rs d'arl i/}ipartciiant à la ville de l'aris. Édifices reliflipu.r, 1878-1886, 4 vol. in-4.

1. CiiARVET, É/ienne Martellan(]e, 18"i, in-S. — Bouchot, Klienne Marlellfni'je {lii/,l. ,1e VÉc. des CI,., 1880, p. \' et siiiv.).

remonter à 1603 environ les débuts en France de cet art cosmopolite *.

Nos architectes furent donc fort souvent des imitateurs, et quelquefois l'imitation est flagrante chez eux. Pourtant malgré ces gênes intellectuelles et ces incertitudes, ils ne furent pas sans contact avec leur temps. Ils ne réussirent pas absolument à traduire aux yeux ce qu'il y avait d'intime dans les croyances, mais ils en exprimèrent avec quelque force la gravité, surtout si l'on n'oublie pas que la religion de cette époque conserve toujours quelque chose d'aristocratique. Rien ici de l'ignorance des humbles et des déshérités. Mais une église du temps de Richelieu ne ressemble ni à un monument du xvi° siècle, ni même à un monument du xviii'*, et on n'y entre pas sans se sentir en communion d'esprit avec l'âme du temps, dès qu'on a su la pénétrer.

On écartera de toute discussion des œuvres telles que le portail Saint-Gervais, construction doublement factice, car Salomon de Brosse l'a apposée à une église avec laquelle elle ne fait pas corps; il y a purement et simplement transporté de prétendus ordres antiques superposés.

Mais il faut s'attaquer à l'église Saint-Paul, sous peine d'esquiver les vrais problèmes; elle fut commencée en 1627 et inaugurée en 1641. Richelieu fit les frais du portail et officia à la première messe dite

Page 1