‹ L'art français au temps de Richelieu et de MazarinChapitre 66 sur 112 · ViG.MEn. le Château de Richelieu, 16"i'i, in · texte numérisé non relu

ViG.MEn. le Château de Richelieu, 16"i'i, in

de vue '. Le corps de logis principal est massif, grave, froid. Rien qui rompe Tiiarmonie ou, bien plutôt, la raideur des lignes. Nulle part, un coin réserve à l'imagination, à la fantaisie *. Tout est austère, par là même tout laisse l'impression de la grandeur. A l'intérieur au contraire, les goûts de magniiicence du cardinal se donnaient carrière ; encore était-ce surtout par un luxe artistique et intellectuel : collections d'antiques, tableaux, tapisseries, etc.

De tout cela il ne reste rien ou presque rien. La ville morte-née n'a que des rues trop larges et des maisons trop grandes pour sa population. Son église, hors de proportion avec elle, demeure debout, mais à peu près vide. Quant au château, il a été rasé par la Bande noire, on n'en voit plus que quelques bâtiments latéraux. Là encore, il faut s'adresser aux gravures de l'époque, "l est vrai qu'elles remplacent presque les monuments eux-mèmeSj tant elles sont pénétrées de leur physionomie intime. Alors on sent le rapport étroit entre l'homme et l'œuvre et, en même temps qu'une sensation d'art, on éprouve une impression historique. Ville, église, château, on est en présence d'un véritable Versailles, bâti

1. Vignier dit : « Il y a quekiiies-uiies de ces avenues qui ont une lieue de longueur, il y en a d'autres qui les traversent;... le parc a trois lieues de tour », p. lo9.

2. « Je parle du château même, car dans le parc il y avait au contraire de la fantaisie et de la variété : un bois d'orangers, des jets d'eau, une grotte où était représentée la tentalion de saint Antoine. » Vigmer, p. 162.

2o4 LES HOMMES ET LES OEUVRES.

pour un ministre, non pour un roi. L'appareil et l'apparat monarchiques sont à Richelieu, comme se trouve entre les mains du cardinal la véritable puissance. Et puis, quel jour sur l'esprit du personnage et de ses contemporains que cette conception tout d'une pièce, cet effort de création abstraite, philosophique, cette idée de faire une ville par un coup d'autorité, cette méconnaissance des lois naturelles chez un homme qui avait à un si haut degré la compréhension des phénomènes politiques! Comme on retrouve ici la pensée habituée à considérer les choses du monde physique comme dépendant de la volonté! Dans le château lui-même, Le Mercier, sans le vouloir ni le savoir sans doute, a interprété supérieurement l'âme du ministre : elle se manifeste dans l'immensité et la régularité du plan, dans le style architectural, aussi dénué d'ornements, aussi ferme, aussi froid que le -style même dont écrivait Richelieu '.

L'impression se double par le contraste, si Ton étudie le château de Vaux-le-Vicomte, construit vingt ans plus tard pour Fouquet. Là aussi, on dépensa sans compter, et l'on fit appel à toutes les ressources de lart. Mais, soit parce que les temps inclinaient déjà vers le brillant de Louis XIV, soit à cause des goûts personnels du ministre, on ne les

1- Marot et Pérelle oui publié une suite de planches représentant diverses vues du château et du parc, des plans, coupes, élévations géométrales des bâtiments. Il existe des descriptions très nombreuses de Richelieu. Celle que La Fontaine en a donnée est aussi spirituelle qu'insuffisante.

dirigea plus vers le même idéal. Fouquet aimait le luxe matériel, l'éclat. De son côté, Le Vau, chargé de la construction, avait l'inspiration médiocre; il cherchait volontiers l'effet dans l'accumulation, il visait à étonner par la splendeur. Le château de Vaux fut la demeure magnifique d'un financier enrichi autant que d'un homme d'État. On y appliqua naturellement les théories contemporaines, parc composé à la française, parterres, vastes cours. Le bâtiment principal fut conçu dans le système italoclassique. Mais ce n'est plus là, comme à Richelieu, l'effet d'une conviction raisonnée, déterminée; il y a, au contraire, quelque chose de factice, de composite ; il semble qu'on ne croie plus autant aux règles. En outre, les « faux brillants » de l'Italie ont séduit l'architecte, il a mis dans son œuvre un peu de tout : colonnades, portiques, non pas un dôme, mais plusieurs; il a surchargé les parois d'ornements parasites. Dans les jardins, où une fantaisie plus libre pouvait se déployer sans trop choquer l'esthétique, les fontaines, les jets d'eau, les rocailles, les statues ont composé un décor mythologique charmant pour les yeux. Vaux c'est déjà la transition entre Richelieu et le Versailles ' de Louis XIV.

Le château de Maisons fournirait le type moyen le plus remarquable des demeures seigneuriales construites dans la première moitié du xvii" siècle. Son propriétaire fut un simple financier ou fils de finan-

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