‹ L'art français au temps de Richelieu et de MazarinChapitre 73 sur 112 · Télémaque, chant XXIII · texte numérisé non relu

Télémaque, chant XXIII

premier coup, donné toute sa mesure et dépassé tous ses rivaux, dans la peinture décorative. En lG-49, il commença la galerie de l'hùtel Lambert '. Cette galerie formait une pièce assez longue. Le Brun en combina heureusement la disposition, il coupa l'uniformité de la voûte par des cadres, il distribua des grisailles entre les différents compartiments, pour varier les aspects et rehausser la peinture, il se servit des ressources qu'offrait l'emploi du bronze doré et ciselé, de la sculpture et des stucs. Van Opstal fut chargé, sous sa direction évidemment, de l'œuvre de la statuaire. Le sujet choisi était 1' « Apothéose ou déification d'Hercule ». 11 n'avait pas le mérite de la nouveauté, mais il offrait l'avantage de se prêter à des effets variés, où pouvaient se combiner l'éclat, la force, la grâce.

Le Brun avait plus d'aptitude que personne de son temps à représenter cette mythologie superficielle, mais brillante, qui résumait alors une partie de l'antiquité. Sa main, qui n'appuyait pas assez sur les choses pour leur donner l'accent, rachetait, dans ces vastes cadres, ce que le dessin avait d'approximatif par ce qu'il avait de souple. 11 a été de mode pendant longtemps d'opposer Le Sueur à Le Brun, de montrer, à l'hùtel Lambert même, le premier accomplissant sans bruit et humblement le cycle incomparable de ses Musrs:, de la légende de l'Amour, pendant que le second étalait avec faste la

i. Voir GriLLET ue S.*iNT-GEnnriES. t. I. p. 14,

splendeur vide de ses Travaux d'Hercule. Nous ne savons trop comment les choses se sont passées ', mais, nous aurons le courage de le dire, la Galerie d'Hercule a une autre puissance, une autre ampleur, une autre énergie de vie que l'Assemblée des Dieux ou le Phaéton -. J^

Fouquet faisait donc preuve de goût, avant Louis XIV et Colbert, lorsqu'il donnait à l'artiste /,y<,,, la surintendance de tous les travaux de peinture et» de sculpture à Vaux et à Saint-Mandé. Le Brun, qui aimait à faire grand, se trouva là dans son élément. H peignit plusieurs plafonds : le Sommeil, le Secret, « avec tous ses hiéroglyphes », les Neuf Muses. Mais surtout, il s'employait à diriger la partie artistique des fêtes données par le ministre. Là plus encore qu'ailleurs, il excellait. 11 avait l'entrain et l'àpropos, la vivacité à improviser. Il tenait un peu de l'homme de théâtre, il aimait la mise en scène. « Une fois, sur la fin d'un magnifique souper,... on vit paraître tout à coup en l'air la représentation d'une lune, qui jetait une lumière si éclatante à mesure qu'elle montait, que le roi et toute la cour

Page 1