‹ L'art français au temps de Richelieu et de MazarinChapitre 74 sur 112 · Voir ci-ilessoiis, chap. v · texte numérisé non relu

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2. Pour se rendre comple (dans des proportions infiniment plus considéraijles) de la conception décorative dans la galerie de l'hôtel Lambert, on peut voir au Louvre la paierie dite d'Apollon, qui n'appartient pas à l'époque que nous étudions, mais y confine (1665). Elle oiïre pour l'iiistoire de la sculpture, de la peinture, de l'ornementation, un intérêt capi. tal. Les notices que l'administration du Louvre a eu l'heureuse pensée i\(' rédiger et d'afficher permettent de réliidiec utilement.

demeurèrent longtemps surpris d'un spectacle si nouveau et chacun en donna des applaudissements à M. Le Brun »; voilà ce que Poussin n'eût jamais consenti à faire.

Le Brun aurait pu mourir avant IGGO qu'il aurait encore laissé la réputation d'un artiste de premier ordre. La seconde partie de sa vie (1061-1090) mettra en pleine lumière tous les dons d'une organisation exceptionnellement douée pour produire, pour agir et pour dominer, mais n'ajoutera rien à ses qualités fondamentales, ni à son talent. Le Brun grandira plus qu'il ne s'élèvera.

Où classer Laurent de la Hire *? Au premier abord, on devrait mettre parmi les peintres qui représentent plutôt l'esprit français ou même parisien, cet artiste, qui n'a jamais été en Italie et qui, par lui ou par les siens, offre un type remarquable de la haute bourgeoisie. Son père, après avoir exercé la peinture, « achète une charge considérable », qu'il remplit jusqu'à la fin de sa vie ; Laurent a un frère, et cinq sœurs qui toutes entrèrent en religion : encore un trait caractéristique de l'époque. Notre artiste compte ses principales relations dans le monde d'église ou parmi les officiers de justice et de finances. Enfin, l'un de ses fils est le célèbre mathématicien Philippe de la Hire, dont le nom reste attaché à l'histoire de l'Académie des sciences.

\. Charles Blanc. Histoire des peintres; Glillet de Saixt- Georges. t. I,

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D'un autre côté, il semble singulier de placer dans l'école décorative un peintre qui n'a guère fait que des tableaux de chevalet ou d'église *.

Pourtant, à bien examiner ses œuvres, on ne saurait le rattacher ni à Poussin, ni à Le Sueur, ni même à Philippe de Champaigne, et il n'a pas assez d'originalité ou de puissance pour se classer à part. Lui aussi est un composite, il a pris beaucoup h l'inspiration italienne, soit en copiant dans sa jeunesse les tableaux des maîtres, soit en étudiant à Fontainebleau ceux du Primalice; il doit enfln quelque chose à Vouet, ce qui ne l'empêche pas d'avoir connu Poussin et de le montrer de temps

1. 11 a dessiné aussi des carions pour tapisseries (dessins au Louvre); il donna en 1640 le modèle de la Chaire de Saint-Étienne du Mont (sculptée par Lestocart). Le voilà ainsi décorateur, au sens strict du mot.

2. Il y aurait un chapitre à faire, celui des « indécis ». On y classerait un grand nombre d'artistes qui, n'étant doués ni d'un tempérament vigoureux ni de qualités supérieures, suivirent à peu près le courant du siècle. Quelques-uns ne manquèrent pas de réputation de leur vivant. On pourrait étudier ainsi des hommes tels que Claude Vignon (1593- 1G70) (voir, sur ses tableaux au château de Torigny, Roger Marx, Bulletin des Musées, 1890, p. 299-3H); Louis Boulogne le père (lG09?-i614), dont nous avons parlé ci-dessus (p. 141); Charles Poërson (1609?-1667), Louis Testelin (161o?-1655); Jean Nocret (1617-1672) (voir sur lui Meau.me, Jenn Nocrel, 1S86, in-8); Nicolas Loir (16J4-1679). Pour se rendre compte de ce que ces peintres et nombre d'autres avec eux représentent comme moyenne d'esprit et de tendances, consulter

GUILLET DE SAlNT-(iEORGES, 1 (paSSiUl), Ct VAILt.ANT, leS MuyS

de Notre-Dame de Paris (dans Nouv. Arc/i. de l'Art fr., 1880, p. 391-4.50). On formera ainsi la liste des sujets chrétiens ou mythologiques les plus souvent traités. Us tournent toujours dans le mèjne cercle d'adées^

ea temps '. A cela se joignirent le sentiment de la composition, le sens des ensembles, la sagesse et le sérieux de l'esprit français du temps. On conçoit qu'il ait donné le jour à une lignée de mathématiciens; il y a en lui du géomètre ou tout au moins du perspectiviste '. Son père avait commencé par lui faire apprendre l'arithmétique; quand il reconnut ses dispositions pour le dessin, il le mit à la perspective et à l'architecture, a où il réussit beaucoup et où il s'est plu toute sa vie ».

C'est précisément pour toutes ces raisons que La Hire est intéressant à étudier; il exprime une moyenne. Cela dit, son œuvre ne nous arrêtera pas longtemps. Nous n'en ferons guère ressortir que la diversité. Son tableau le plus célèbre est peut-être le Nicolas V devant le corps de saint François d'Assise (Louvre, 456). La vigueur un peu lourde de l'exécution, l'absence de tout symbolisme, l'effort vers la simplicité dans la composition, dans les personnages, dans le costume, tout met ce tableau à part entre ceux de l'artiste. Ce n'est ni du Vouet, ni du Poussin, ni du Le Sueur. Ensuite, il se prit davantage aux systèmes en vogue et n'arriva qu'à la convention ou parfois au maniérisme. 11 faut voir presque en face du Nicolas V, le Jésus apparaissant aux Saintes Femmes (453), pour comprendre ce qu'on

1. « L'amour qu'il avait pour l'architecture et la perspective lui fit entretenir une grande liaison avec M. des Argues. » (iun,LET DE Saint-Georges, p. dli. — Gaspard Desargues (lîiH3- 1052) est un des plus grands géomètres du xvii" siècle. 1! était lié aussi avec Abraham Bosse,

pouvait accepter à cette époque en fait de peinture religieuse. Le tableau est joli, le paysage agréable, la tonalité générale claire et assez vibrante. Mais les Saintes Femmes! Elles ont beau s'agenouiller dans l'extase, ce sont des nymphes, celles de Calypso. si l'on veut. Quant au Christ (disons le seul mot qui convienne), ce bellâtre flottant dans l'air s'éloigne autant du divin, malgré son auréole, que de la vérité. Pourtant la peinture fut placée dans l'église des Carmélites! Reconnaissons qu'elle correspondait par certains côtés à ce culte extatique, où il entrait de l'àme mal équilibrée de sainte Thérèse et de la foi théâtrale des Jésuites. Les autres tableaux d'église : Jé&us entrant à Jérusalem (Saint- Germain-des-Prés), Conversion de saint Paul (Saint- Thomas-d'Aquin), Saint Pierre guérissant les malades (Louvre, 454 et 455) ne sont que raisonnables.

Le n° 457 représente une sorte d'allégorie. Quatre personnages symboliques, une Renommée planant et, dans le fond, un fronton de temple semi-grec, demi-romain. Avec un peu de bonne volonté, on trouverait déjà là quelque chose de V Apothéose d'Homère ou de la Muse de Cherubini. Enfin La Hire a peint aussi des paysages; il s'y plut surtout pendant les dernières années de sa vie. Dans ceux qui sont exposés au Louvre, on constatera un mélange d'influence, qui va de Lorrain à Poussin, de temps en temps aussi le contact avec les Flamands italianisés ou les Hollandais. Encore saisirait-on dans ces petits tableaux plusieurs manières (comparer le 459 et le

460) ; mais jamais à vrai dire la nature proprement française. Le n° -459 se prendrait à la rigneur pour un Joseph Vernet ^ : autre preuve de la naissance à cette époque et de la persistance plus tard d'un certain style conventionnel.

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