Voir ci-dessus, p
2. « Considérez bien, monsieur, dit-il dans une lettre, que ce ne sont pas des choses qu'on peut faire en sifflant, comme vos peintres de Paris qui, en se jouant, font des tableaux en vingt-quatre heures. ■■ Lettres, p. 22o.
intrigues, et que Poussin n'était homme à lutter que par des brutalités souvent assez maladroites, on s'étonnera, non pas qu'il ait fini par quitter la place, mais qu'il ne l'ait point quittée plus tôt.
Ses lettres portent les traces de ces dissentiments : « Je supporterais volontiers ces fatigues, écrit-il dès le 20 septembre 1641, si ce n'est qu'il faut que des ouvrages qui demanderaient beaucoup de temps soient expédiés tout d'un trait. Je vous jure que si je demeurais longtemps dans ce pays, il faudrait que je devinsse un véritable Strapazzone comme ceux qui y sont. Les éludes, les observations sur l'antiquité n'y sont connues d'aucune manière, et qui a de l'inclination à l'étude et à bien faire doit certainement s'en éloigner. » Le 4 avril 1642 : « La facilité que ces messieurs ont trouvée en moi est cause que je ne puis me réserver un seid moment.... Quelquefois ils me proposent de grandes choses, mais à belles paroles et à mauvaises actions se laissent prendre les sages et les fous. » Et, comme on lui demandait de répéter ses Sacrements pour en faire des tapisseries, il disait avec la rudesse fréquente de son langage : « On voit bien en cela qu'ils sont comme ces animaux qui veulent passer tous par où un a passé ».
En haut lieu par contre, on se plaignait de lui, on le jugeait trop peu malléable, trop disposé à ne tenir aucun compte des volontés du roi, et le surintendant le lui reprochait (23 mars 1042) : « Le génie du Poussin veut agir si librement que je ne peux
pas seulement lui indiquer ce que le Roi désire du sien ». « Mais, s'écriait Poussin, je n'ai jamais su ce que le roi désirait de moi... et je ne crois pas qu'on lui aitjamaisdità quoi je suis bon ;... ilm'est impossible de travailler en même temps à des frontispices de livres, à une Yierge,... à tous les dessins de la galerie, enfin à des tableaux pour les tapisseries royales '. »
La galerie dont il est question ici, c'est la galerie du Louvre, à laquelle Poussin travaillait avec l'architecte Le Mercier. Les deux artistes ne cessèrent de se combattre; Poussin ne se faisait pas faute — ses lettres en témoignent — de diriger contre l'œuvre architecturale les critiques les plus vives. Nous ne savons ce que disait Le Mercier, mais rien ne semble moins décoratif que les dessins qui nous restent de l'œuvre préparée par le peintre. Sans mettre en cause ici le génie de Poussin, on a le droit d'affirmer qu'il ne convenait nullement à la tâche imposée.
11 prit enfin le parti de retourner à Rome, non sans s'être engagé cependant à revenir. Cet engagement assez vague ne fut jamais tenu ; la mort de Richelieu, de Louis Xlll, les événements qui suivirent détournèrent l'attention des gouvernants. Puis aussi, Anne d'Autriche et Mazarin eurent plus de propension vers les Italiens et vers l'art purement décoratif.
Poussin put donc demeurer paisiblement dans la ville qu'il aimait, mais il ne rompit pas ses relations