‹ L'art gréco-bouddhique du GandhâraChapitre 11 sur 36 · LV CRITIQUE DES DOCUMENTS · texte numérisé non relu

LV CRITIQUE DES DOCUMENTS

selon les secours que nous eu pouvons attendre : nous apprendrons du même coup avec (juelles précautions et dans quelle mesure il est permis d'en user.

Les LiTTÉRATur.ES iNDKiÈNEs. — 11 Serait exagéré de dire que l'Inde ait comjtiètement réussi à donner le change aux historiens sur ses relations forcées avec la Grèce. A la longue, on se trahit toujours par quelque endroit. Mais il faut bien avouer que si nous ne savions des Grecs que ce qu'elle nous rapporte, nous ne serions pas beaucoup plus renseignés sur leur compte que, par exemple, sui- celui des Kambojas, dont elle nous parle souvent dans la même haleine et dont nous ignorons tout, sauf le nom. C'est uniquement parce que nous connaissions d'avance ce qu'elle entend par Yavanas que nous parvenons, avec beaucoup de bonne volonté, à les reconnaître sous quantité de demi-aveux, pour ne point dire de réticences, épars dans la littérature sanskrite. M. S. Lévi n'a pu écrire une petite thèse ingénieuse et nourrie sur ce ce que les documents de l'Inde ancienne nous ont transmis au sujet des (îrecsA qu'à condition de tout mettre à contribution, monuments figurés, inscriptions, monnaies, faits linguistiques, etc., et de poursuivre dans ses plus lointaines conséquences chaque emprunt de chose ou de mot''). Si l'on s'en tenait au témoignage direct des texies brahmaniques, en réquisitionnant jusqu'aux exemples grammaticaux, on obtiendrait à peine, vannage fait, ces quelques grains d'histoire : l'existence à l'occident de l'Inde d'un peuple de Pavanas, qui se coupent les che\ eux et mangent couchés sui' des lits; Irur incursion dans l'Inde, où ils auraient régné quatre-vingt-deux ans et fait preuve d'un courage milifaire qui les rend dignes d'être considérés comme des hmlriya, d'ailleurs irrémédiablement déchus de leur caste ; enfin leur habileté incontestable dans les sciences et les arts. La notice veut être llatleuse, dût notre insatiable amour-

'"' Quid (le Grœcis velerum Iiuloriiiii inumiiiicnta triidiiliriitl. Paris, i8ijo.

\lh L'ÉVOLUTION DE L'ÉCOLE DU GANDHÂRA,

[)ropre eiii-op(''en l'aire la grimace. C'est que nous avons toujours à l'esprit la Grèce de Lycurgue et de Selon, de Platon et d'Aristote, de Phidias et de Pi-axilèle. Nous ne sommes que trop disposés k oublier (|ue l'Inde n'a guère reru, en l'ait de Grecs, que des soldats mei'cenaires et des aventuriers, et qu'elle n'eut pas à se louer de leur visite. 11 est même remarquable que ses lettrés aient su découvrir, derrière l'inévitable brutalité du conquérant colonial, la supériorité scientifique et technique de la métropole; il l'est plus encore que, l'ayant découverte, ils aient consenti à la consigner par écrit. Après tout les brahmanes n'étaient pas à même de deviner — ni par suite de nous laisser deviner, si nous ne la connaissions d'enfance — la mère de nos arts, de nos sciences et de nos lois.

On ne peut guère espérer mieux du caractère moins orgueilleusement conservateur des bouddhistes. Le Milinda-jHiiiha a tout à l'heure singulièrement éclairé pour nous, du point de vue oriental, la vie des petites colonies grecques du Penjàb et de leurs dyuastes — du moins quand celui-ci était un homme à l'esprit assez ouvert pour s'intéresser aux idées philosophiques et religieuses des indigènes. De même, en dépit de l'éloignement de Ceylan, ses clironiques nous ont déjà fourni et pourront encore nous fournir quelques données utilisables. Mais la grande masse des textes sacrés, à commencer par ceux qui nous ont an point de vue iconographique rendu le plus de services, va désormais nous fausser compagnie. La faute n'en est pas seulement à leur destination exclusivement édifiante; elle tient surtout au vague de leur propre chronologie et, en fin de compte, aux trop médiocres exigences de l'esprit indien en fait de précisions historiques. A peine pourronsnous y glaner quelques légendes oà se traduit rinq)ressi()ii produite au sein de la Communauté par le talent des artistes Yavanas et l'apparition des images du Maître '■'.

(') Cf. plus bas, p. 539-530 et chap. XVIII, S m.

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La recolle est maigre; et ce ne sera pas une consolation d'ajouter que les autres races qui ont, pèle-niêle ou toiii' à loui', envahi l'Inde du Nord-Ouest, ne sont pas mieux partagées. Les épopées et les pHra/irt accusent l)ien connaissance des Bàlilîka ou Bactriens, des Çakas ou Scythes, et des Pahlavas ou Parthes, pour ne citer que les peuples qui nous intéressent : mais c'est tout juste s'ils font à ces barhares l'honneur de les nommer. Du cycle légendaire qui s'était formé autour dekani.ska, sur le modèle de celui d'Açoka, nous ne possédons pas la rédaction indienne ('). La Rdjatamngini^^'i se borne à citer son nom et celui d(! deux autres rois rcTuruskasn. Sans douie son souvenii' avait été conservé au Kaçmîr tant par ses monnaies, encore courantes aujourd'hui, que par l'appellation de la ville qu'il y avait fondée. Mais on sait que ce n'est pas au I'"'' livre de la chronique kaçinîrieime qu'il est permis d'attrihuei' la moindre valeur chronologique; et pas plus que le pandit Ka- Ihana, le lama Tàranàtha ne nous renseignera d'après les sources indiennes sur la date si controversée, et pour notre objet essentielle, de Kaniska.

Les littératures étrangères. — Si nous sommes déjà arrivés à quehjue approximation sur ce point, nous le devons au témoignage des Chinois, non moins précieux pour nous que celui de nos classiques. Par bonne chance il commence à se faire entendre dès avant les débuts de l'école et il se prolongera jusqu'après sa destruction. Puis, que ces textes proviennent d'annales oUicielles ou de relations privées, loui' teneur est faite pour remplir daise le cijerchenr européen. Les historiens chinois professent le même intérêt que les nôtres pour ces vaines contingences ([u'on appelle les noms de rois et les dates de leurs règnes; et quant aux prédilections de leurs pieux voyageurs, elles sont d'avance d'accord avec les préoccupations de nos archéologues. Oij en seraient les

''' Cf. plus haut, t. II, [). /ii8: cl /. ^., nov.-déc. 1896 etjan.-fév. 1897. S. Lévi. .\otes sur les Iiulo-sci/tlics daus ''' I, st. 168-170.

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iiidiaiiisles sans le renl'orl (|iie les sinologues sont venus leur apporter? Mallicureusemenl il subsiste dans cette inappriîciable si^rie de documents une grave lacune. Les relations entre la Cliine et l'Occident se poursuivent, bien qu'avec des intermittences dans leur activité, de la fin du ii'" siècle avant notre ère à celle du i'^'' siècle après; elles reprennent à la lia du iv'' siècle, et successivement les visites de Fa-bien (vers 600), de Song Yun (vers .Vjo), de Iliuan-tsang (entre 629 et (iAi), de Wou-k'ong (entre 75i et 790) nous fournissent autant de tableaux de l'Inde du Nord au moment de leur passage. Entre les années 100 et /luo, mentions des annales et récils de pèlerins font à la fois défaut : nous ressentii'ons cruellement leur absence.

H n'y a pas en ellet à compter, pour bouclier ce trou, sur les renseignements de nos auteurs classiques, grecs ou latins. Dans leurs œuvres bistoriques ou géograpbi(|ues, qu'elles nous soient ou non parvenues à l'état de iVagmenIs, il est peu de passages concernant la région, l'époque et le sujet qui nous intéressent. Que ne donnerions-nous pas pour avoir la relation de voyage d'un amateur grec qui aurait visité le Penjàb, mettons vers le milieu du 1" siècle de notre ère? Le plus désappointant est que nous sommes censés l'avoir. Mallieureusement ce n'est qu'une partie de la biograpiiie d'Apollonios de Tyaue, un tbaumalurge, rédigée à cent cinquante ans de distance d'après les notes de sou compagnon Damis, un gobeur ou un Iiàbleur, par un rbéleur de profession nommé Pbilostrate, pour le divertis.sement d'une impératrice théosopbe, la Syrienne .Iulia Domna, femme de Septime Sévère. Comment s'étonner après cela de n'y trouver à la lecture — brodée sur un canevas qui ne manque pas de vraisemblance'') —

''' Exeni|)lc : le loi paitlie Bardanès, |ias, comme on l'a compris parfois, jiis-

qui facilite le voyage d'Apollonios à Ira- qu'à l'iadus — mais jusqu'à la rivière

vers ses Klats, est relui dont Tacite nous qui si'pare l'Ajie de la Raclriane (Daliaj,

dil{AnH(iks,W, 10) qu'il avait poussé Ta-liia"). I]eaucoup d'autres détails sem-

ies l'ronlières de son royaume — non Lient également authentiques.

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qu'une pitoyable rhapsodie de tous les racontars qui tralnaienl alors sur l'Inde! L'Evangile de saint Thomas contient de même des laits évidemment exacts, les uns parce qu'ils sont conlirmés d'autre source, les autres parce qu'ils sont de ceux que l'on u'iiiveute pas : dans l'ensemble, il n'en est pas moins apocryphe. Le ton posilil" cl le style commercial du Périple de la Mer Erijthrée feraient une heureuse diversion à ces œuvres décevantes : mais, par définition, ses renseignements se bornent presijue uniquement, comme ceux d'une carte marine, aux ports de la côte arabique et indienne. Enlin la [)lupart des données, plus on moins sujettes à caution, ([u"(Mit recueillies Pline, Strabon ou Ptolémée, ne nous concernent, il faut l'avouer, que de fort loin, il y a un tri à faire parmi toutes ces informations éparses. Celles qui sont d'ordre géographique, politique ou mercantile ne peuvent guère foinnir que le cadre de nos recherches, ou, à l'occasion, rehausser d'une touche plus claire le fond obscur du tableau. Somme toute, ce n'est pas l'histoire diplomatique, militaire ou économique de l'Asie antérieure, c'est celle do l'art classique qui pourrait nous fournir les lumières les plus directes sur l'influence que cet art a exercée dans l'Inde.

L'archéologie classique, — Cette fois il semble que nous ayons trouvé une source d'information plus immédiate et plus sûre. On ne s'est pas fait faute d'y puiser, et nous persistons à nous croire en droit d'établir (juelque parallélisme entre les vicissitudes de l'art hellénistique dans les deux moitiés, occidentale et orientale, du monde connu des anciens. Les dilïicultés ne commencent que quand on descend dans le détail et qu'on veut fonder la cbronologie de tel ou tel morceau soit sur de simples considérations esthétiques, soit sur des rapprochements entre des œuvres qui se ressemblent des deux parts, en prenant avantage du fait que, dans le bassin de la Méditerranée, styles et objets d'art portent leur date. L'une el l'autre démarche oblige à d'infinies précautions quiconque

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veiil la mettre à l'abri de tout reproclje, sinon de tout soupçon. En pi-emier lieu, les questions de style sont livrées aux discussions des hommes, et leur solution est sujette à des écarts considérables selon les experts. M. Goblet d'Alviella en a donné un piquant exemple à propos du reliquaire, ci-dessus reproduit (fig. 7), de Dell Bîmarân. rtOuaud je montrai, éciit-il (^', ce dessin à trois des membres les plus distingués de la Société d'archéologie de Bruxelles, deux d'entre eux crurent y reconnaître une œuvre occidentale du x*" ou du xi'^ siècle; le troisième, professeur d'histoire de l'art, opina pour une origine byzantine. Cependant nous avons là non seulement une œuvre essentiellement indienne ou plutôt bouddhique, dans le sujet et dans la facture, mais encore une des rares productions de l'Inde antique qu'il soit permis de dater, ou à peu près. En effet on a recueilli, à côté d'un vase en stéatite qui renfermait le coffret, quatre monnaies en place portant l'edigie d'Azès, remontant par conséquent au dernier tiers de siècle avant notre ère. 11 A la grande rigueur cette trouvaille prouve seulement (|ue le reliquaire est postérieur à Azès : mais la caractérisation si nette des deux divinités orantes donne à penser qu'il est en tout cas antérieur à celui de Kaniska '-' : nous voilà bien loin du compte de MM. les archéologues classiques. — Mais, dira-t-on, il s'agissait là d'un spécimen isolé et tout à fait en l'air : on marchera sur un terrain plus solide quand on pourra faire porter le poids de la conclusion chronologique moitié sur une œuvie occidentale et moitié sur son pendant oriental. Nous n'en disconvenons pas. Encore faut-il être sijr, pour que le rapprochement soit valable dans le temps, qu'il soit le seul possible dans l'espace. En termes plus explicites, il sera prudent de n'user qu'avec une extrême discrétion, et seulement au cas où l'Orient hellénisé ne fournirait aucun point de compai'aison plus proche, des monuments de la Grèce et sur-

''' Ce que riiide doit à la Grèce, p. ç)-2. p. 36, n. i). Qu'on rapproche nolam- ''1 TeUe est aussi l'opinion fie M. J. Ph. ment le Brahnià de la (!{[. 7 de celui de VoGEL {A. S. /., Ann. Rep. igoS-ujog, la fig. i55 (cf. t. 1, p. SSij).

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lotit de l'Italie. Qu'on veuille bien se reporter aux observations que nous avons déjà dû faire à propos de l'introduction de personnages sons les acanthes des chapiteaux corinthiens''). Que reste-t-il, vérification faite, d'une des assimilations les plus séduisantes qui se soient présentées? Nous l'avons en fait échappé belle : car sur la foi de la fausse analogie des bains de Garacalla il eût fallu faire descendre jusqu'au milieu du ni" siècle après notre ère — soit deux siècles trop bas — quehiues-uns des meilleurs morceaux de Jamàl-Garhî.

La numismatique. — Une ressource subsiste dans ce qu'on pourrait appeler à son gré les plus artistiques des documents ou les plus documentaires des œuvres d'art. Au milieu de la mêlée tourbillonnante des renseignements, l'avantage devait forcément rester à la phalange serrée des quelque 3o,ooo monnaies découvertes depuis lantôt cent ans dans le INord-Ouest de l'Inde. Porteuses d'inscriptions en même temps que d'images, elles ne se contentent pas de nous fournir des noms et des efhgies de rois ou de divinités : les lois spéciales (|ui régissent la numismatique permettent encore de sérier chronologiquement, selon les types, les modules, les poids, ces inappréciables données. C'est elle qui a posé en axiome, avant même qu'elle ne fût vérifiée par les fouilles'-', la succession des dynasties indo-grecque, indo-scythe, indo-partlie, indokoushane, et établi un ordre approximatif à l'intérieur de ces dynasties. Assurément son témoignage a encore besoin sur bien des points d'être précisé et assoupli : en dehors de lui tout n'est qu'incohérence. Nous V recourrons d'autant plus librement que, selon tonte apparence, les inonnayeurs indo-grecs ne sont autres que les initiateurs des sculpteurs gréco-bouddhi(jues, avec lesquels ils finissent ])ar se confondre : et ainsi nous ne ferons après tout que comparer deux variétés de leurs œuvres et comme deux laces de

'■' T, 1. p. •...'Î6. — ''' Cf. ci-(|pssus, (. II, p. '43.5- 'i3tl.

/i80 L'ÉVOU'TION l»H F/KCOI.R 1)1! C VNDHÀRA.

Ifiir talent. Aussi l)ieii avons-nous déjà couslaté, chemin faisant, plus d'une analogie de détail entre les reliefs et les médailles. Tout semble donc nous convier à établir au Gandliàra un parallélisme suivi entre le dévelo])pement de la glyptique el celui de la sculpture, ces branches si voisines de l'art. Leurs procédés à toutes deux, étant d'origine hellénistique, seront également portés dès le début à leur perfection: puis tontes deux subiront la même sorte de régression enti'e les mains d'apprentis indigènes de plus en pins inexperts, jusqu'au moment où la tradition greci|ue achèvera de se perdre dans le plus lamentable bousillage. Telle est bien, en efl'et, nous l'avons vu''', l'évolution des monnaies du Nord- Ouest de l'Inde : car, par une chance favorable, c'est sensiblement la même série numismatiipie qui se continue ainsi, des pièces les plus belles aux plus barbares, |)endant six siècles. Cette fois ou jamais, nous tenons le fil conducteur cherché : l'ordre chronologique marchant en sens inverse de la valeur esthétique, ce que l'école indo-grecque aura en de mieux sei'a son commencement et son histoire deviendra celle de sa décadence. Enfin, pour mesurer le degré de celle-ci nous disposerons d'un étalon infaillible : il sullira d'en juger d'après l'élimination progressive de l'élément hellénique, au début tout à fait dominant, et qui va s'elTaçant peu à peu.

De notre point de vue européen, cette théorie ne peut manquer de nous apparaître comme indubitablement conforme au cours naturel de nos pensées, sinon des choses elles-mêmes : mais ce n'est pas une raison pour fermer l'oreille à la fâcheuse voix de la critique. Si la corrélation entre le monnayage et la sculpture était à ce point étroite, on ne comprendrait plus que les médiocres monnaies des Guplas, sur lesquelles les derniers vestiges de lettres grecques ont achevé de disparaître, soient justement contemporaines des plus belles statues de Mathurà et de Bénarès (par

"' r.f t. II. |,. .05 et '..■^7.

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exemple, lig. 555 et 587). — Pardon, répoiidra-t-on peul-être : il sulFit à l'argument que ces statues soient justement celles où le génie indien a le plus évidemment repris le dessus sur l'influence étrangère. Ce que nous soutenons, c'est qu'en toute occurrence l'élément hellénique est forcément allé en s'atténuant et que. dans le cas particulier de l'école indo-grecque, le mérite artistique a fléchi de façon concomitante; mais nous ne prétendons pas refuser du même coup tout mérite artistique aux écoles indiennes postérieures. — L'aveu est précieux à recueillir, et il n'était pas mauvais d'ahjurer dès à présent un préjugé qui n'est que trop répandu en Europe. On ne saurait toutefois se croire quitte avec cette seule restriction. Oublie-t-on que nous avons dû également reconnaître à l'école gandhârienne une certaine individualité locale et sa juste part d'originalité? Puis le fait que les destinées de la gravure en creux ou en relief ont pu ainsi diverger dans l'Inde centrale force à se demander si, même au Gandliàra, elles sont restées aussi fidèlement mêlées qu'on veut bien le dire. Notons que leurs procédés et conditions d'exécution sont fort loin d'être semblables. Certes nous professons toujours l'opinion que l'homme capable d'exécuter telle monnaie gréco-bactrienne était de force à camper une statue : qui peut le plus peut le moins. Mais la réciproque n'est pas vraie, et nul ne soutiendra que tout bon tailleur de pierre soit en état de graver un coin et de frapper un flan. Ceci est un métier à part, où les commandes sont assez rares, et qui dut être toujours le privilège d'un petit nombre de spécialistes; le tour de main technique du graveur en médaille avait fort bien |)u se perdre alors (|ue les ateliers formaient encore d'Iionorables sculpteurs ('). Bref, il est toujours permis de répéter, après M. Senart'-', que (hms l'école indo-grecque la sculpture a dû

''' licnvoynns le liicteiir aux judi- Iiidiit,[. If. p. 78 : il en ressort claire-

cieuses réllexioiis de M. A. l'imtw nicnl que les ijeux techniques ne sont

{CEiwrcs, I. Il, |). lOo, 11. 1) et lie pas rigoui-eusement connexes.

M. Fi.icET, dans Yliiipt-i-iul l'iir.cllrcr <if ''"' J. .1., fév.-mnrs i8f)o, p. i.ïi.

(. iNiiiiÀm, - II. '■'i I

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suivre une (voliilion analooue à ceiie de la numismatique; mais il raiil r(Mion((M' à calquer pas à pas le développement de l'une sui' celui (le raulie.

L'ÉPHiRAPHiiî. — Qui sait d'ailleurs au juste jusqu'à quel point valent les arguments tirés de la numismatique et combien de fantaisies individuelles et de caprices du hasard se dissimulent sous la fixité purement théorique de la série ? Le fait seul que les monnaies doivent être elles-mêmes rangées au nombre des productions de l'école indo-grecque sulïit à vicier quelque peu leur témoignage. Tel est en elTet le maléfice particulier qui s'attache aux arts d'importation. Sans doute, dans toute histoire artistique, il y a des éléments de variations dont on doit tenir compte, selon que l'artiste est plus ou moins bon, le donateur plus ou moins riche, le site plus ou moins voisin des grands centres, les matériaux disponildes plus ou moins favorables à l'exécution ou à la conservation des (iMivres, etc. Mais s'il faut encore ajouter à toutes ces raisons de perplexité l'éventualité perpétuellement menaçante que, jadis, un passant ait brouillé comme à plaisir la contexture de la trame dont nous tachons de démêler les fils, mieux vaut, semblct-il, renoncer à ce vain casse-tête. Avouons-le sans ambages : il ne subsiste vraiment qu'un instrument de précision pour fixer l'époque exacte d'une sculpture déterminée, à savoir les inscriptions Le lecteur qui nous voit depuis si longtemps nous

débattre et nous enliser dans les sables mouvants de l'histoire indienne a déjà son opinion faite : les inscriptions nous sauveraient, mais il n'y en a pas. — C'est en quoi il se trompe : il y en a, et tant au Gandhâra que dans les pays circonvoisins on en a déjà réuni une quarantaine'". — Mais alors elles ne se déchiffrent pas? — Pardon; bien que le caractère si cursif de la kharosthi soit d'une

''' Nous pouvons renvoyer le loeteur thian Perioil of ln(Unnhistonj,lnd. Aiiliq., aux listes de M. R. D. Banerji [Lisl oj février 1908, p. 67) el du Prof. J. Ph. datcd KliaroM Inscriptions, (hns The Scy- Vogel (Inscribcd Gandltdra Sculptures,

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