LV CRITIQUE DES DOCUMENTS
lecture peu facile, cependant elles se lisent, et même elles se comprennent, le pi'âkrit dans lequel elles sont rédigées voisinant de près avec le sanskrit. — Mais alors elles ne se rapportent jamais aux sculptures? — Erreur : quinze au moins d'entre elles sont directement gravées sur des bas-reliefs ou des statues de l'école. — Mais alors ces inscriptions votives ne sont pas datées? — 11 y en a au moins deux, sinon trois, qui débutent par une date clairement lisible. — Mais alors, cju'attend-on pour faire des œuvres qui les portent les points de repère dont le besoin se fait si vivement sentir? — Seulement de savoir à quelle ère leur date se réfère. . .
Telle est l'ironie du sort. Les documents qui devaient enfin — suprême recours — nous apporter quelque sécurité sont la source de difficultés nouvelles et ont déjà fourni matière à des discussions sans fin. On n'attend pas de nous que nous prétendions résoudre en passant les épineux problèmes auxquels tant d'indianistes éminents se sont attaqués sans parvenir à s'entendre t'I Nous ne saulions toutefois nous soustraire à l'obligation de prendre parti ou, jioiii' mieux dire, d'introduire dans le débat les conclusions aux- ([uelles nos documents artistiques nous ont nécessairement conduits : car là se borne notre rôle. Tout le monde s'est d'ailleurs mis d'accord sur le fait qu'il n'y a, en gros, que deux solutions possibles, quitte à se diviser ensuite tant sur le clioix à faire entre elles que sur le mode de leur traitement. Selon la première, la midtiplicilé des peuples f|ui ont dominé l'Inde du Nord suppose une variété d'ères entre lesquelles se répartissent leurs diverses inscriptions. Quant aux ditlicultés de moindre importance que laisse subsister cette première complication, elles trouveraient tant bien que mal un remède dans un usage qui nous est familier et qui est posté-
il;ins A.S.L, Ami. Rcp. i()oS-ir)oi, ''' On tiouvLTa commodément réunis,
]). aW). — Bien entendu, nous ne faisons sur l'initiative du D' l"". W . Thomas, tous pas entrer ici en ligne de eoraple les les éléments delà cause dans le 7. /?.. 4. S. inscrijition.s de iMatliurà. de igtS.
liSli L'ÉVOLUTION DE LÉCOLE DU (lANDHÀRA.
l'ieuremenl attesté dans l'Inde : il siiirimit d'admettre que les dates ont pu dès lors s'écrire de façon abrégée en omettant le chiffre des centaines, et, à plus forte raison (mais cette éventualité est ici hors de cause), celui des milliers. Les lecteurs désireux d'entendre les deux sons de cloche feront bien de lire les critiques que M. Fleet, le champion de l'opinion adverse, a dirigées avec une verve incisive contre ce double expédient, selon lui périmé. Partisan d'une ère unique, il ramène bon gré mal gré à une seule série, quel que soit le chiffre d'années quelles énoncent ou la race du roi qu'elles nomment, toutes les inscriptions sorties, du sol du Gandhâra ou du Penjàh. Il a pu ainsi édifier à son tour une théorie d'une rigueur et d'une simplicité admirables. En fait nous ne lui connaissons qu'un défaut : c'est, comme on l'a montré, de se réduire elle-même à l'absurde (').
UisE HYPOTHÈSE. — Aussi croyous-nous devoir renoncer pour notre part à imposer à la manifeste complexité des faits ce système de simplification à outrance. Dès lors nous devons retomber dans les anciens errements de la tf pluralité des èresr) et de cr l'omission des siècles fl, sauf à prendre nos précautions contre les défauts les plus évidents de ces pis-aller. Tout d'abord nous nous gardei'ons d'attribuer indistinctement l'invention d'un comput spécial à tous les envahisseurs qui ont successivement défilé au Gandhâra; nous réserverons cet honneur à ceux d'entre eux qui pouvaient se dire civilisés. Il paraît à première vue tout à fait improbable que des Barbares, comme les kusanas et les Çakas, aient jamais possédé de fait, sinon de nom, une ère particulière'"-). Nous savons en revanche — et une monnaie de Platon le confirme à propos ('' — que les Indo-Grecs avaient ado])té celle de leurs anciens suzerains,
'■' Cf. ci-dessous, p. hob. cake d'ExIirmc- Orient, t. III, 190.'!,
'"' Au vi' siècle Song l'un a encore p. lioli). trouvé les Heplillialiles complètement <'' Cf. P. Garbner, CaL, pi. \I, 11
brouillés avec le calendrier (Irad. Cii\- et p. 20; ou E. .1. Rapson, hicliiiii Coins,
VANNES, daus le llnllclin de l'Ecole Ivu'i- p. o , i> 20.
LA CP.ITIQUE DES DOCUMENTS. /i85,
les Séleucides (3i 2 av. J.-C). Les Pahhnas, de leur côté, avaientils apporté avec eux dans l'Inde celle des Arsacides? La réponse à celle question reste incertaine, et la branche orientale des Parthes a peut-être choisi pour compter les années un point de départ autre que l'an 2/18 av. J.-C. Mais il est un fait sur lequel nos documents nous contraignent à des afhrmations positives : c'est à savoir l'emploi courant par les habitants mômes du pays, lesquels étaient après tout aussi policés que personne, d'une ère proprement indigène et complètement indépendante de celles de leurs conquérants parthes ou grecs. Il serait vraiment par trop excessif de n'oublier dans l'Inde que les Indiens, et de ne tenii- aucun compte de l'importance des changements politiques introduits dans le Nord- Ouest par ce qui fut peut-être pour eux la première révélation de leur unité nationale. On devine que nous voulons parler de ce Mauriju-hàla dont on a déjà cru lire la mention — depuis contestée et, il faut l'avouer, contestable — sur une inscription de l'Orissa''), à l'autre extrémité de l'empire de Candragupta dont ce " temps n aurait commémoré l'avènement au trône (322-821 av. J.-C). Apparemment le rival heureux de Séleucos avait cru devoir imiter sur ce point son exemple , non sans faire son profit des circonstances qui lui permettaient de prendre rétrospectivement dix ans d'avance sur le grand roi des \avanas. Une chose du moins'est sûre : c'est que l'existence de cette ère des Mauryas est un postulat nécessaire de nos statues datées. Là-dessus aucune hésitation ne nous demeure permise, à telles enseignes qu'il nous laut délibérément risquer sur cette exigence impérative de nos documents la valeur historique de l'exposé qui va suivre. Mais voici le plus nouveau. Non seulement les Indiens du Nord-Ouest ont continué à se servir sous le joug étranger de l'ère qui était en vigueur parmi eux depuis qu'ils avaient été annexés à l'empire des Mauryas dans les der-
''' BhagvànlâlIxdrajî, /1(-/cs"(/hsi',iiV'wc 1910, p. So'i. et Prof. Llders, List oj Congrès des Orieiikilisit's, t. Ili, p. i'j!\- Briiltmi Iiisciiplioiis, n" l3i5, dans Epi- 177; mais cf. Fleet dans J. R, A. S., grapliia Indica , vol. X, Appeudix.
/,8G I;KV0LUTI0N de L'ECOLE DU GANDIIARA.
nières années du iv'' siècle avant J.-C, mais encore ils l'ont natulellenient imposée à ceux de leurs vainqueurs qui, n'étant que des Barbares, n'en possédaient pas de leur cru. L'ère employée sons les l'oisKusanas et à laquelle a fini par s'attaciier le nom des Çakas débute en eiïet en 78-79 ap. J.-C. avec le v"" siècle de celle des Manryas, dont elle n'est que le prolongement déguisé sous une appellation nouvelle. Telle est du moins, pour reprendre une expi'ession anglaise, rfl'liypothèse ouvrière :i — ouvrière de vraisemblance à défaut de certitude — qui nous aidera à dresser la charpente de notre essai.
§ II. L\ FORMATIOiN DE l'eCOLE (l"^"" SIECLE AVA^T .I.-C).
Il était seulement lionntMe de n'entretenir dans l'esprit du lecteur aucune esjièce d'illusion sur le caractère problématique et provisoire de la construction historique que nous allons édifier sous ses yeux. Une franche erreur peut encore contribuer à l'avancement de la science : ce qui est pis qu'inutile, c'est d'éluder les questions ou de ne leur apporter que des solutions à dessein évasives. Lors même que nous ne réussirions qu'à esquisser le plan, à dégrossir quelques matériaux, à poser çà et là quelques pierres d'attente, notre efTort ne sera pas complètement perdu. Or, à condition de nous borner à ce modeste programme, les moyens de l'exécuter ne nous feront pas défaut. Grâce aux nombreux chercheurs qui nous ont précédé, les documents sont déjà entassés à pied d'œuvre : il ne s'agit, en attendant de nouvelles découvertes, que de les faire tenir debout en les étayant les uns par les autres; et plus d'une tentative heureuse a déjà été faite en ce sens. Nous serons également servi par l'expérience acquise ailleurs et les lois nécessaires de toute évolution. C'est ainsi que personne ne nous demandera de justifier l'ouverture de la présente rubrique. Sans doute la naissance de l'Ecole gréco-bouddiiique, provoquée qu'elle fut par l'invasion successive de deux éléments
LA FOinUTlON DE L'ÉCOLE. 'i87
également étrangers à son pays natal du Gandliàra, ne ressemblera que de loin à une génération sponlanée: tout de même il faut bien qu'elle soit née et qu'à un moment donné, qui rcsle seul à définir, elle ait créé et fixé le répertoire dont nous avons conservé les débris. Enfin, pour écarter auUint qu'il est possible tout élément d'appréciation par trop personnel, nous nous ferons dans les cas douteux un devoir de suivre les opinions moyennes et couramment acceptées de préférence aux bypothèses isolées, si originales qu'elles soient et si brillamment qu'elles aient été soutenues^''.
Le cadre génehal. — Nous avons laissé le royaume grec de l'Inde du Nord partagé dès le début par Tambilion de deux familles rivales. En Bactriane et dans la vallée de Kaboul règne la lignée d'Iùikratidès, tandis que le Penjàb, avec Çâkala-Eutbydèmia comme capitale, est devenu le siège de la puissance des successeurs de Dèniètrios. Cependant, entre i/io et i.'3o avant .I.-ti., les Çakas débordent, comme nous l'avons vu, sur la Bactriane: Ilélioklès l'évacué, mais il l'éussit à fermer derrière lui les passes de l'Ilindoukousb. Détourné par ce rempart naturel, le flot des envaliisseurs se rejette dans la direction du Sud-Ouest contre les Parthes et en moins de dix ans leur tue deux rois, Phraate (i 38-i 28) qu'auraient tralii ses mercenaires grecs, et son oncle Artabane (lâH-iaS), frère du premier Mitbridate. D'aj)rès Justin ('-), Mitbridate II le Grand (128-88), fils d'Artabane, aurait seul l'éussi aies refouler. Ils refluèrent alors du côté de l'Aracbosie et de la Drangiane, dans ce Çaka-stbâna (aujourd'bui le Séistan), où ils retrouvèrent, semble-t-il, des tribus de même race, déjà sédentaires et plus ou moins teintées de civilisation indo-iranienne. Us leur apportèrent le nombre, elles leur fournirent des cbefs : et c'est ainsi, croyons-
''' Aussi, tout en acce[>tanl la respon- H. Oldenberg, E. J. Rai'sox, E. Senart,
saliilild de notre système, nous range- Vincent Smith, F. \V. Tiioas, J. Pli. Vo-
l'ons-nous le jilus souvent— nous en gei. , etc. . (juc seuls <les desacronls d'ordre
demandons pardon à M. Fleeï — à Lavis secondaire séparent à piesenl.
de MM. A.-M. Uover, J. IL Muishall. ''' .\i.u, i-a.
/i88 I.KVOLUTION DK I.V.V.OIK DU G ANDII \ lî \.
lions, que leur horde semi-barbare pénétra enfin dans l'Inde par les passes (pii conduisent dans le bassin inférieur de l'iiidus, les inèiiies qu'utilisèrent plus tard les premières invasions musulmanes C. Peut-être même est-ce à cette invasion que la ville de Moultàndut de rester consacrée au culte, moins indien qu'iranien, du Soleil. Que se passa-t-il ensuite ? Nous ne savons au juste : mais c'est en vain que les derniers Indo-Grecs, tels que Pbiloxène et llippostrate, se transforment sur leurs monnaies en intrépides cavaliers comme pour mieux résister à ces nomades qui, plus encore que les Parllies, vivaient littéralement à cheval. Quand la cf plaque de cuivre de Taxilai: et le tccliapiteau aux lions de Mathuràw nous renseignent, nous trouvons partout installés des satrapes Çakas, — les premiers en l'an 72 et 78 dune ère inconnue^-' et sous la suzeraineté d'un roi des rois nommé Mogas, que l'on identifie habituellement avec le Mauès des monnaies. Or ce Mauès, sans doute pour affirmer de façon plus ostensible la transmission de souveraineté, frappe des monnaies directement imitées de celles du premier des Indo-Grecs, Dèmètrios. Aussi craignons-nous que les numismates n'aient une tendance à le remonter plus que de raison, les uns disent jusqu'à l'an 120 avant J.-G. P'. Nous venons de voir qu'à cette date les Çakas étaient encore occupés à se frayer, les armes à la main, un chemin à travers la Parlhie, et la conquête de tout le Nord-Ouest de l'Inde ne s'est pas faite en un jour. Le pouvoir incontesté de Mauès se placerait ainsi au plus tôt dans le premier quart du 1*"' siècle, dont ses successeurs, Azès, Azilisès, etc., occuperaient le reste. Désormais il n'est plus question de
''' S'il n'est j);is superflu il'appoi lor llii', soil l'an 70 (=2/18—178) avant
sur ce point noti'e témoignage , nous con- notre bre ?
sidérons que l'idée de les faire descendre ''' E. J. Rapson, Iinlian Coins, p. 7,
dans l'Inde par le Raçniir est. d'après ce S a 9 : il est vrai que P. Gardner (Cal.,
(pie nous avons vu des moyens d'accès de p. xl) allirnie seulement qu'il est rrim-
i pays, une aberration pure. CF. F. \V. ))ossibIe de placer le roi Mauès à une
ce
Thomas, dans J. fl. A. S., 190I), date plus tardive que le milieu du 1" sièp. 2 1 6. de avant J.-C. n. Nous proposons une so-
'"' Faut-il lire l'an [i]78 de l'èi-e pai- inliuM moyenne.
L \ FORMATION l>E LKCdLlv i89
doininalion hellénique dans le Pciijàb ; seule la haute vallée de Kaboul olFrira, jusqu'aux premières années du siècle suivant, nu refuge inexpugnable aux derniers héritiers des Indo-Grecs.
Ainsi s'organise le plus simplement lu chronologie du f siècle avaut notre ère. Est-ce à dire que dans ce système toutes les difficultés s'évanouissent? Bien suspect nous serait au contraire celui qui, sans le secours d'aucun l'ait nouveau, prétendrait dès à présent les lever toutes. Mais, tel quel, celui-ci satisfait à toutes les exigences raisonnables de notre sujet. La pi'incipale est évidemment celle qui nous a incliné à prolonger quelque peu la durée de la domination hellénique au Gandhàra. Encore ne faut-il pas oublier qu'entre les premières conquêtes indiennes de Dèmètrios (vers 9 00 avant notre ère) et la substitution des Çakas aux Yavanas, nous avons à loger les deux tiers au moins des trente-sept Basileus indo-grecs connus ; et il n'est pas sur que la liste en soit close''). Même en mettant les dynasties doubles, est-ce trop demandei' pour tant de règnes qu'une marge de lao ans? Mais d'autre pari, il serait vain de vouloir contester que la juridiction des satrapes se soit étendue de Taxila à la rive droite de l'Indus, alors que nous savons qu'elle a remonté la rivière de Kaboul jusqu'au Kàpiça, c'est-à-dire jusqu'il Jellalabàd'- . Si donc le Gandhàra fut bien le berceau de l'école gréco-bouddhique î^', il s'ensuit que le grain semé sous les dynastes grecs n'a achevé de lever, ainsi que l'avait pressenti M. SenartW, que sous les satrapes scytho-parthes. Reste à savoir si tel est aussi le témoignage des monuments conservés.
Les documents g4ndhârie\s. — On ne saurait en effet, sous prétexte que des certitudes manquent, adopter au gré de ses préfé-
''1 Cf. R. B. Whitehead, Cat. oj coins, '^' Cf. ci-dessus, t. II, p. /i43 et suiv.
Lahore, igii , p. 7. et ci-clessons, p. 635 et suiv.
"' Cf. E. J. Rai'som, Ancieiit Iiulia, (" Juiirual Asiatique, lév.-mars 1890,
p. 1 4 I et suiv. p. i55.
'l'.to i;evoluti(»\ de L'ecole du gam)Ii\i;\.
rences n'importe quelle probabilité. 11 faut eiicoi'c (iiie pas nu fait lie vienne pour l'instant heurter le système préléré ; contre un tel bélier il n'est aucun de ces châteaux de cartes qui tienne. yVussi notre ])remier soin scra-t-il de rechercher si nos sculptures, nos monnaies, nos inscriptions gandhâriennes consentent à entrer sans violence dans le cadre que nous venons d'ajuster à leur intention.
Les statues inscrites. — Des trois statues datées que nous possédons, une seule nous intéresse directement ici : c'est le Buddha(fig. 677) provenant du val de Loriyàn, dans les montagnes limitrophes du Gandhàra et de l'Udyàna, et sur le piédestal duquel M. Senarl a lu la date Samv. 3i8(''.Si mutilé qu'il soit; il porte, comme celui de Chàrsadda (fig. àjS)., dans les plis de son manteau la marque (Tune main hellénisti(|ue et — pouvons-nous ajouter à présent — la preuve de son antériorité par rapport aux Buddhas de kauiska. Aussi M. .1. Ph. Vogel a-t-il déjà proposé de référer le chiffre gravé sur sa base à l'ère des Séleucides (3 12 avant J.-C). D'accord avec lui sur les prémisses, nous demandons la permission d'adopter une conclusion légèrement différente. Autant l'emploi du comput grec nous parait à sa place sur une pièce officielle et gouvernementale par essence, comme la monnaie de Platon, autant il nous semblerait difficile à justifier dans le cas d'un ex-voto privé, émanant d'un simple donateur indigène, tel que le Buddhaghosa de l'inscription. Or nous n'avons le choix qu'entre l'ère des Séleucides et celle des Mauryas, pour la simple raison que toute auli'c nous conduirait en pleine décadence de l'école. Rapportée à la seconde (021 avant J.-C), la statue de Loriyân serait de l'an —3 et fournirait une première confirmation des présomptions que nous avons déjà accumulées en faveur de l'existence des images du Buddha dès le
"' J. A., mai-juiu 1899, P- ^^^- — ^" coulraiie assez basse (11" siècle après
Est-il nécessaire (le faire remarquer que J.-C.?"), et qu'il n'y a aucune conlrailic-
l'époque du s.u)pa de Ldriyàii-Tangai, qui lion à admeUre des dates diiïérenles pour
nous a fourni de nombreuses illustrations des objets relevés sur le même site ? Cf.
fig. 21.3, 220, 271, etc.), nous paraît ci-dessous, p. 583.
]A For.M \TI()\ DE L'ECOLE. V.H
i" siècle avant notre ère^'J. iNolons que snr le bas-rolief (jni décore le piéJestal, le donateur el Indra même ont justement pris soin de
'-™ illIP*'' 9¥"^3(!^ ' #■
l'"lG. ^l-J^-Zl^S. Les DEl \ BUDMIIAS DATÉS ( cf. p. 'njo, 5 'l 'l , fj'lS, 7-.'8).
Fig-. l'ijy. — Musée de CalciiUa, n° ÙQOi. Provenant de Loriijiin-Tangai. Hauteur: i m. Ga- Fig. /i-jS. — Statue de Ràjar : la tète, rapportée, a été supprimée ici; le piédestal est reproduit à part sur lafig. i'Q.
D'après .1. Pli. VocEi, , /l. .S, /. , Ann. lUj}. if)0.1-/j , pi. I.MX a cl /;.
revêtir le costume scyllie, culotte et tunique - : on ne saurait entrer de meilleure srrfke dans nos vues.
c Cr. I. II. p. /i38 ('[ suiv. — = Cf. L II, p. 88 et 92, n. 2.
'i92 L'EVOLUTION DE L'ECOLE T)l! (;\\l)ll\i;\.
Les types monélaires. — Aulres images inscrites, les monnaies sont susceptibles de nous rendre deux sortes de services. Trouvées in situ au cours des louilles, elles datent apj)roximativement le dépôt auquel elles sont associées: tel est par exemple le cas des monnaies d'Azès jointes comme offrandes au reliquaire de Dèli BImaràn (fig. 7) ou déposées sous l'iconostase du rr temple ionique ii de Taksaçilâ ''). A notre avis leurs catalogues apportent des informations encore plus sûres par le simple relevé des types et des motifs qui se retrouvent à la fois, et de façon évidemment contemporaine, sur elles et sur les sculptures. Peut-être n'a-t-on pas oublié le triton qui enroule les replis de ses jambes sur les monnaies d'Hippostratos'-'; ni, sur les mêmes ou celles de Polyxène, la cité coiffée de la couronne crénelée '•') ou la déesse à la corne d'abondance ('); ni comment celle-ci foisonne, accompagnée ou non de son partenaire , en passant des pièces des derniers Indo-Grecs à celles des premiers Indo-Scyllies. Le rapport le plus frappant reste peut-être celui que présente, au turban près, le Pàncika de Laliore avec le type monétaire du satrape (''). Mais bien d'autres arrêtent l'œil le moins perspicace. Rappelons la Ménade au voile de la fig. 128, qu'on dirait directement copiée de celle de Mauès'''); la Yavanî de la fig. 3^2, qui affecte exactement l'allure et le costume de l'Atliènè d'Azès'''); la INikè à la palme (cf. fig. 88 a) que ces deux rois ont encore léguée à leur successeur Azilisès'*), etc. Cette
"> Cf. J. S. /.,t. V, p. 72 et 190 et '■"' Cf. t. I, [>. aiô et P. Gardner,
notre lig. 110. Tlie roins of the Greek and Sci/tltic Liiigs
'"' Voir 1. 1, p. ai 2 et cl. lig. la/i avec of Bacivia nuit Initia in llie ISrilisli Mupi. III, 19 (cf. la monnaie de Télù|)h(>, seuin, pi. XVI, 9. Comparez aussi la pansur Cal. Lnhore, pi. IX, x). llière (le la fig. 1 29 et celle des monnaies
<'' Voir t. I, p. 3Go et II, p. 68 el cf. d'AgathocIe {ibil, pi. IV, 6-8).
pi. III, 90. '"' Nous sommes heureux de pouvoir
'*' Voirl. II, p. i/i3etsuiv., 17 1-173, placer ce rapprochement sous l'autorité
et cf. pi. III, 12, 18; IV, 7, 1 4, 16. de M. P. Gardner, Grcelc injtiieuce ou
'*' Voir t. II, p. 1 19 et cf. fig. 368 avec Indian Art, dans les Traiisacl. titird Int.
pi. IV, 17 et 19. Rappellerons -nous Congi: llist. Iti'lig., Oxford, 1908, II.
aussi le type des assistants laïques de p. 83.
la fig. 279? Cl Cf. I. Il , |i. 170.
LA FORMATION DE L'ÉCOLE. /i93
séi'ie d'analogies dont la cohésion (est-il besoin de le faire remarquer ?) augmente encore la valeur probante, nous paraît dater sûrement du i" siècle avant J.-C. les premiers exemplaires de ces motifs décoratifs et de ces statues. On en tronvera peut-être Ténumération un peu courte : il est vrai, mais elle vaut à elle seule bien des pages, car c'est une pincée de faits.
Les modèles liellénistiqnes. — A côté de ces rapprochements décisifs viendront se ranger, mais en seconde ligne, cenx que nous avons
l'ii". 47(1. — L'IssTicATinN nii BonHisiTifA ET DONATEun (cf. p. () a , 220-931, 548, 552).
liiilish Muséum. Provenant de Polalu-Dhéii, près de Ràjar. Hauteur: o m. iq.
Picflcstal inscril . dit de HiislUnngar; pour la ^latiic , cf. Op. -'178.
pu Faire également entre les productions de l'art hellénistique antérieur à la conquête romaine et celles des sculpteurs gandhàriens. Le moindre défaut de ces artistes tard venus et travaillant en des pays neufs, à l'abri du contrôle et de l'Iiumenr fastidieuse des connaisseurs, est la manie de s'inspii'er des œuvres en vogue, pour ne pas dire tout crûment l'habitude du plagiat. La loi du moindre effort devait inévitablement les y conduire, et c'est ainsi qu'ils trahissent à la fois, et si clairement, leur temps et leurs origines. Ici encore il sulbrade récapituler les remarques notées chemin faisant. Nous avons déjà relevé, au cours d'un précédent volume, les scènes
'i9'i L'ÉVOLUTION DE L'ÉCOLE DU GANDinP. \.
de Gigantomacliio ou les Atlantes ailés qui raj)|icllent la fameuse IVise de Pergaine ; les jeux d'Amours renouvelés des eroloïKcnnia alexandrins ; ou encore les quelques vestiges rencontrés d'un oi'dre indo-ionique apparemment antérieur à l'universel engouement pour l'acantlie corinthienne f. Depuis, l'on aura vu cette liste s'augmenter de l'enlèvement de la Nàgî, imité de celui de Ganymède'"'^', et, enfin et surtout, de la pliqjart des types utilisés par l'iconographie. (Ju'il s'agisse de celui d'Apollon ou de Zeus, de Dionysos ou d'Éros, d'Héraklès ou de Pau''), tous, dès leur apparition, se rattachent directement à des modèles hellénistiques; et cette fois aussi un tel faisceau d'emprunts ne laisse pas d'avoir son poids dans la balance. Où l'on devine que notre embarras commence, c'est quand il s'agit de préciser, parmi tant et tant de répliques, quels sont les spécimens parus les premiers.
Les motifs tndo-iranirns. — Voici qui complique encore le problème : on ne voit aucune raison pour que les autres éléments qui entrent dans la composition du répertoire n'aient pas également participé à sa formation. Il n'y aurait en principe rien d'absurde à faire coïncider l'adaptation des motifs persans, palmettes, nierions, chapiteaux persépolitains, pyrée '*', etc., avec la domination des Çaka-Pahlavas, si, chez ces demi-civilisés, il était seulement permis de parler d'une tradition artistique. Et peut-être se souvient-on que la question a déjà été posée de savoir s'il ne convenait pas de considérer comme ffprimitifn l'emploi, également constaté, des décors et des symboles (lotus, balustrades, arche en fer à cheval, arbre, trône, roue, stupa, etc.) qui sont la plus authentique création du vieil art indien f'^. Rien ne serait même plus logique, nous l'avons reconnu, que de répondre par l'atlirmative. Iraniennes ou indiennes, toutes ces reprises sont semblablement empruntées à ce que nous avons appelé l'ancienne école : et de
'■> Cf. t. I, p. ai/i, 9.33, ai/i. ('' Voir surtout t. II, p. 36o.
''' Voir t. 11, p. 36 et cf. fig-. 3i8- " Cf. t. I, p. qos, aa/i, aGa.