‹ L'art gréco-bouddhique du GandhâraChapitre 15 sur 36 · Scène sculptée sur la muraille de la cnjple XXVl · texte numérisé non relu

Scène sculptée sur la muraille de la cnjple XXVl

Vour un croquis, rf. .1. lîunr.Kss, Note^ un ... Ajaytti , pi. XX.

Longévité, uniformité, médiociuté. - Telle est du moins l'impression que nous ont dès l'abord produite, dans leur entassement et leur désordre, les ruines des couvents du Nord-Ouest. Assurément il n'y a aucune raison de douter que des l'ondations

roligiouses, de pied en cap nouvelles, n'aient continué à s'élever sur le sol gandhârien. Peut-être les fouilles bien conduites de l'avenir nous perinctti'ont-elles un jour de distinguer ces édifices, grâce à quelque détail technique de construction, et de dater, en même temps que la muraille, les sculptures qui la recouvrent'''. Mais déjà nous sommes certains que l'activité des générations postérieures à Kauiska ne s'est nullement détournée des monuments que son règne et ceux de ses prédécesseurs avaient vu se construire selon un plan régulier et recevoir leur décoration normale. On se rappelle peut-être combien d'additions et de reprises successives nous avons eu l'occasion de constater sur les sites les plus connus parce qu'ils ont été les mieux déblayés '-'. Le u" et le ni" siècle de notre ère nous paraissent justement être l'époque des nombreux édicules plus ou moins asymétriques, chapelles ou stùpa, par lesquels les donateurs tard venus ont pris à tâche de boucher les derniers vides entre les constructions anciennes et d'utiliser tout le terrain demeuré disponible aux abords d'un sanctuaire consacré par une longue tradition. Ainsi s'explique par exemple que des monnaies de Huviska et de Vâsudéva aient pu être découvertes à Takht-Î-Bahai et à Jamàl-Garlii à côté d'œuvres qui nous ont paru remonter à la meilleure époque. L'aspect des fouilles prouve jusqu'à l'évidence que la piété des zélateurs s'est exercée pendant plusieurs centaines d'années sur ces deux collines sacrées : et sans doute il en a été de même ailleurs, surtout dans le voisinage des grandes villes. 11 ne faut pas chercher d'autre cause aux difficultés presque inextricables que présente le déblaiement d'un couvent comme celui de Kaniska à Shàh-jî-ki-Pliêrî, où les premières constructions ont eu le temps de devenir les substructions des ruines les plus voisines de

''' L'Anmtiil Report àe l'Archeeûlogical dans les ruiues de ïaxila, une première

Survey pour 1912-1913 (llg. i3) nous réalisation de notre vœu. apporte à lu dernière heure, grâce aux '■' Voir surtout t. I, p. 17-3-177 et

observations faites par Sir Juliii Marshall fig-, G4-65.

la surface ''). A l'embarras des archéologues il reste du moins cette consolation qu'ils en peuvent déduire, comme un fait acquis, la longévité de l'école.

FiG. 5o/i. — (f Scène de Bacchanale», à Ajantâ (cf. p. i.5i, 6i3).

Panneau du plafond peint de la crypte T.

D'après J. Bcuge^s, ?iotes nn... Ajantti, pi. IV, a.

Au.ssi bien cette longévité même est-elle la source originelle de nos constantes perplexités, depuis que nous avons entrepris le classement chronologique des sculptures. Ce qui crée la complexité du problème, c'est justement le fait que nous savons exhumer ainsi pêle-mêle des œuvres appartenant à des siècles différents. Mais ce

*'' Oti sait ijuo les pieiiiièfes rouilles se sonl heurtées à uu dédale presque inextricable de murs qui se recou|)eut à différents niveaux, (j'est justement ce à

(jiioi l'un |iouviiit s'attendre. ([Uiind (in constate qu'au milieu du vin' siècle Wouk'oiiff a encore trouvé ce monastère , si l'on peut ainsi dire, en activité.

qui rend sa solution décidément ardue, c'est quand nous constatons, ainsi que nous avons dii le faire dès le début ('), que le caractère le plus saillant de nos trouvailles est leur surabondante et désespérante uniformité. 11 n'est toutefois, comme nous venons de voir, constatation si fâcheuse qui ne comporte son enseignement, et celle-ci peut également nous conduire à une indication d'ordre général assez intéressante à retenir. Elle nous donne en efïet à penser que non seulement la productivité de l'école s'est longuement prolongée, mais encore qu'en se prolongeant elle est demeurée sensiblement pareille à elle-même. En d'autres termes il nous faudrait envisager, au lendemain de la floraison, une période d'au moins deux siècles, caractérisée par une fécondité durable et relativement honorable dans sa perpétuelle médiocrité. Peut-être n'y a-t-il pas lieu de trop nous étonner de l'insolite lenteur de cette décadence et de la remarquable persistance du style gandhârien. Nous n'aurons pas grand'peine à trouver tout à l'heure l'explication de cette longévité comme de cette tenue dans les conditions spéciales du pays et l'organisation de ses ateliers de sculpture. Il semble aussi qu'il faille faire entrer en ligne de compte le fait que les relations avec lOccident ne se sont pas interrompues et ont continué à alimenter le foyer hellénisant que nous avons vu se former dans le Nord-Ouest de l'Inde. En tout état de cause, nous devons à notre sujet de persister à rassembler tous les faits d'ordre politique ou commercial, artistique ou religieux qui ont pu de près ou de loin influer sur l'évolution de l'école.

Len i-appoiis avec l'Occident. — Le temps n'est plus en efïet de nous montrer difficiles, et il convient de recueillir avec soin le peu que les documents nous laissent entrevoir de l'histoire du u" siècle. Aux règnes brillants de Domitien et de Trajan correspondent ceux, non moins prospères, de Kaniska et de Huviska (aussi bien leurs monnaies voisinent-elles dans le slûpa d'Ahin-Posh) :

'■> Voir t. I, p. 3(5.

à ceux des Antonins celui de Vàsuska ou Vàsudêva. Du moins les inscriptions continuent-elles paisiblement tout le long du siècle leur comput traditionnel, sous sa l'orme (nous a-t-il semblé) abrégée: la série [h] 3i, 48, 5i, 56, 58''), etc., se poursuit sous Huviska

FiG. 5o5. — Le Couple TBTÉLAiRE, X Ajantà (cf. p. ii8, tuli , iZd-iZ-j , i 'i3 , 870 , 6i3).

Sculpture dans la chapelle à droite du sanctuaire , au fond de la crypte II.

D'-iprès J. IjOBCKSs, Notes on . . , Ajaittd, jtl, VI.

— preuve bien claire que personne n'a jamais compté par les années de règne de Kaniska, — puis reprend sous Vàsudêva avec les chiffres[/i] 76, 80, ... 98, ce qui nous mènerait déjà jusqu'en 176 de notre ère. Bien entendu, nous ne retenons ici que les noms des principau.vKusanas, ceux-là mêmes qui nous sont d'autre part

"' CL Hp. Ind.. X, (.. ii-j-ii'i.

conmiH par leurs monnaies. Le même ordre dynastique se reflète clairement sur celles-ci, tandis que leurs légendes grecques, encore lisibles, et le métal précieux dont beaucoup d'entre elles sont faites, attestent la constance et le profit des rapports commerciaux de l'Inde avec l'Empire romain.

De ces rapports nous avons de notre côté un sûr garant dans les renseignements que nous a conservés la Géographie de Ptolémée (entre i 38 et 161): mais il faut avouer que nous ne trouvons plus grandchose à mettre autour de ce plat de résistance. Nous avions dédaigné jusqu'ici de relever les soi-disant ambassades indiennes auprès d'Auguste et de Claude : nous notons soigneusement à présent celles qu'auraient reçues Trajan et Antonin le Pieux ('l Nous n'avions pas fait état de mainte information donnée sur les Indiens — à la vérité dans un but de moralisation ou pour en tirer quelque effet de rhétorique — soit par Plutarque, soit par Dion Chrysostôme : nous sommes à présent trop heureux de recueillir les données éparses dans les œuvres de Clément d'Alexandrie (entre igrî et 9 1 y) et les fragments de Bardesane (i5^i à 220). Il ne paraît d'ailleurs pas douteux qu'une bonne partie de leurs informations ne soient des acquisitions nouvelles, lesquelles sont enfin venues s'ajouter au stock traditionnel hérité des historiens d'Alexandre. Bardesane entre dans trop de précisions sur le mode de recrutement et la règle des Samanaioi, Clément d'Alexandrie en sait trop long sur le culte des reliques du Buddlia — dont c'est la première mention connue en Occident — pour qu'ils n'aient pas appris directement ces détails de la bouche d'Indiens te résidant à Alexandrie ('^) T), ou de passage à Babylone. Si Ihypothèse n'est que vraisemblable en ce qui concerne Clément, le témoignage oral

' CI. Priaux, Iml'ui and Rome. Un des (|iii iitlesle ;i nouveau la venue d'Indiens

pn'tcndns ajubassadeurs se sérail Ijiùle' à en Europe à partir du ms" siècle. Athènes où l'on montrait le « tombeau de ''' L'assertion est de Chrysostônic dans

l'Indien 1. C'est ainsi qu'aujourd'hui à son cf Discours au peuple d'Alexandrie».

Florence la place où fut créuié je ne sais — Clément peut aussi avoir reçu des ren-

quel ràja est marquée d'iui monument sei{>iiements de son maître Panto?nus:

cl' ft ambassadeurs indiens « nous est donné comme la source de Bardesane. Mais ce qu'il y a de plus nouveau et de plus intéressant pour nous dans ces renseignements, c'est que nous les recevions à présent de la plume d'écrivains gnostiques ou chrétiens. Ce fait seul suffit h nous avertir qu'il y a quelque chose de changé dans l'air de l'Asie antérieure.

La Gnose et le Bouddimme. — Songeons-y bien en effet : pour ne relever (|ue les faits qui nous intéressent, c'est le temps où Philostrate écrit pour charmer les loisirs d'une impératrice syrienne la biographie d'Apollonios de Tyanc; où l'on commence à rédiger à Edesse les aventures de saint Thomas dans les Indes; où Scythien, riche et ingénieux marchand de la Saracène, devenu théosoplie en Egypte, et son disciple Téréhinthe, qui se faisait appeler Buddha, jettent les bases de la fameuse doctrine à laquelle, vers la fin du nf siècle, Manès prêtera son nom et le prestige de son cruel martyre ('l D'une manière générale, c'est l'époque qui, sous de multiples formes, vit Heurir la rr gnose 11, cet éclectisme ou (si Ion préfère) ce syncrétisme mystique et ésotériquej.qui écrémait toutes les doctrines religieuses, s'autorisait de tous les livres saints, utilisait au service de son explication métaphysique du monde tous les mythes et les symholes de l'Orient. Dans l'étrange symphonie dont s'enivraient alors les esprits, l'Inde tenait, on le voit, sa partie. Si l'on voulait préciser, on trouverait sans doute que la théorie de la transmigration des âmes selon leurs œuvres ou metensômatose, et la discipline ascétique du monachisme représentent sa plus importante contribution à cette macédoine de toutes les traditions égyptiennes ou babyloniennes, mazdéennes ou juives, plus ou moins liée de néo-platonisme grec. Et il serait bien surprenant quelle n'eût pas de son cùté, en dépit de son peu de perméabihté

mais

is (les doiik'S (jiil l'Ié ('levés par E. I^e- ''' Tell(^ csl du iiKiins. (I('|)i)(iill(;(; de

NAN sur la visite que ce dernier, d'après ses dtUails lendancieux, la version des

EisiînE (llkt. EccL, V, 9-10), aurait l'aile origines du nianicliéisme qui nous a été

dans l'Inde aux environs de l'an 200. conservée par les Actes d'ArchcJaùs. GANDnÀn/i. - n. 36

lupniutnti; matiosam:.

562 L'ÉVOLUTION DE L'ÉCOLE DU GANDHArA.

aux conceptions et aux modes étrangères, fait quelque emprunt de fond ou de forme à cet universel pot-pourri.

Une première présomption est aussitôt créée en ce sens parles multiples invasions qu'elle ne cesse de subir et qui toutes font iiTuption chez elle par la voie du Nord-Ouest. Après l'Iiégénionie des Grecs et des Scytho-Parthes, celle même des barbares Yuetche dut aider à la pénétration des idées religieuses de l'Asie antérieure. Citerons-nous tout de suite un fait d'évidence trop matérielle pour que personne songe à le contester? La cohue des divinités grecques, persanes ou indiennes qui se pressent sur le revers des monnaies des Kusanas constitue un véritable panthéon gnostique et jette un jour curieux sur la bigarrure de leur vernis de civilisation. Sans doute, si l'on en croit le grand rôle joué par Mithra, Mao, INana (Anaïtis), Ardoclisho, Pharro, etc., ils s'étaient laissé quelque peu iraniser en Bactriane. Mais leur mazdéisme s'était également frotté d'hellénisme, puisque c'est l'alphabet grec qu'ils emploient pour écrire tous ces noms de divinités, à continuer par ceux d'Hélios, de Sélènè ou d'Héraklès. Et enfin ce n'est pas à nous d'oublier le contingent fourni par l'Inde en la personne d'Oèsho (Çiva), Skanda, Mabâsôna, etc., et même du Buddha. A la vérité ce dernier occupe sur le monnayage des grands kusanas une place beaucoup plus modeste que celle que nous aurions été disposé à lui accorder sur la foi des traditions bouddhiques. Peut-être oublions-nous trop aisément que, tout d'abord, ces rois n'étaient dans l'Inde que des envahisseurs; qu'ensuite rien ne se laisse deviner des idées religieuses de Iluviska ; et qu'en ce qui concerne Vâsudêva, s'il ne se proclame nulle part crBhàgavatan aussi nettement que Vima-Kadphisès se disait tout à l'heure trMahêçvaraw, son nom semble indiquer des tendances au vishnouisme. Quoi qu'il en soit, le Buddha paraît tout au moins sur les monnaies de Kaniska, le seul de ces potentats dont la conversion au Bouddhisme soit avérée. Cette apparition sensationnelle pour notre objet ne complète pas seulement la mixture attendue des mythe-

LE DÉCLIN DK L'ÉCOLE. 5t;;5

logies : la compagnie où il se trouve prouve assez qu'il était déjà passé rlieu et tnènie, pour quelques-uns de ses fidèles, frdieudes

FiG. 506-Ô07. — Les qcatre grands miracles, a AMviiuni et Uenares. Fig. SoG. — Musée de Madras. Hauteur: 1 m. afî {rf. p. (h -'1-616, 6Sa). Fig. 5ri~. — Musée de Cakulla, n° S[àrndth) 3. //. : o m. qo {cf. p. iiiô, 610, Gi5, (Sfij. Grjn).

dieuxn (^devàtideva^ Le fait est de telle importance que nous avons déjà du le noter à propos de son iconographie''), car il va de soi que, pour expliquer la création et surtout la multiplication de ses

"' Cf. ci-dessus, L II, p. aS3 et 3(j.î.

56^1 i;i':VOLLlTION DE L'ÉCOLE DU GANDHARA.

idoles, il était nécessaire de signaler au préalable sa divinisation : on voit mieux à présent comment celle-ci s'explique dans l'ambiance générale du temps.

Faut-il cependant nous borner à ces constatations, en somme superficielles? Elles nous invitent plutôt à aborder la question, infiniment plus délicate et ouverte aux controverses, de l'influence de l'Asie antérieure sur les idées et les textes du Bouddhisme, pour ne pas parler des autres religions de l'Inde du Nord. Gomment ne pas se souvenir que cette apothéose du Buddlia faisait partie du mouvement qui transformait alors et élargissait, au point de la rendre méconnaissable pour ses vieux adhérents, la doctrine du Maître? Au nom de Kaniska s'associe justement, dans l'histoire de l'Eglise, la tenue du troisième et dernier des grands conciles. Le roi, nous dit-on, l'aurait réuni, tôt après sa conversion, afin de mettre un terme aux dissentiments d'ordre dogmatique qui divisaient la Communauté. Apparemment le vénérable Pàrçva et les autres conseillers du barbare néophyte se proposaient d'étouffer l'esprit nouveau suscité par l'infiltration des idées mazdéennes, voire même judéo-chrétiennes : car les marchands syriens devaient jouer dans leurs comptoirs orientaux, en attendant les vrais missionnaires, le même rôle de colporteurs religieux que l'on s'accorde à leur attribuer en Occident"). Sans doute il est bien établi que la propagande chrétienne s'est tout de suite orientée vers la Méditerranée(-), tandis que le Bouddhisme s'est au contraire tourné vers l'Asie centrale et l'Extrême-Orient : mais leur rencontre n'en était pas moins inévitable dans la zone intermédiaire de l'Iran; et d'ailleurs l'existence de colonies chrétiennes dans l'Inde va bientôt devenir un fait historique. S'il y a eu des rapports entre le Bouddhisme et le Christianisme (il existe déjà sur ce sujet toute une bibliothèque), c'est à ce moment et dans ce milieu qu'on pourrait en entrevoir la possibilité. Il ne s'agirait d'ailleurs dans notre esprit

'"' C(. DE GvMO'iT , Les Cultes uriciiliiii.r, p. 1-37 l'I suiv. — '■"' E. Renan, tes Jpôdrs, p. a8o.

f|ue d'une iiilluence de la légende chrétienne sur le néo-Bouddiiisme du temps, pour ne rien dire de son néo-Krislinaisme. Quoiqu'il en soit, de l'espèce de concile de Trente convoqué par Kaniska sortit, comme il arrive, l'affermissement de la Réforme. Le Maliàyâna, qui déjà respire, mais se cherche encore dans les écrits d'Açvaghosa, achève de prendre conscience de lui-même.

FiG. 5o8. -- La Tentation ih: Buddha, à AMAinvAii (l'I. p. Gili, G82). Musée (le Madiiis. Itmileiir dp la partie sculptée: 0 tn. j8.

Nâgârjuna va bientôt réunir en un premier essai de synthèse les traits épars et visiblement incohérents qui constitueront désormais la Voie Supérieure''). Mais quand, après le grand docteui\ nous tâchons vainement de concilier cet idéalisme, voire même ce nihilisme Lranscendantal, avec le piétisme le plus outré en passant par les rites machinaux d'un culte quasi cabaliste, comment pourrions-nous nous défendre de penser que ce fuyant et versalde Mahàyâna n'est après tout rien d'autre que la forme indienne de la Gnose?

''' G'esL ainsi (|ue riiistoricii du lioud- liisinriqucs cnlre \f. concile dé Kaiiiska el (Ihisme, Târanâtha. conçoit les rapports li' Mahûyâna (p. fit ot 71).

566 I;KV()IJITI0N de L'ECOLE DU GANDHARA.

Cette première impression ne feiiiil (|ne se conlirmer si nous nous attacliions à retrouver dans les nouveaux siUra, tels que le Loliis (le la lionne Loi, par exemple (pour ne rien dire, cette fois encore, du Mnhdbhdrula) , le même verbiage moralisant et les mêmes imaginations apocaly[)li([ues qui caractérisent les traités gnostiques du génie de la Uialis ^o:piaL. Mais, sur cette pente, une considération nous arrête. Le Gandhâra, nous l'avons dit, était le pays d'élection de la vieille secte des Sarvâstivàdins, et c'est cet asile de l'orlhodoxie hinayâniste que Kaniska aurait d'abord proposé comme siège de son concile ('l II est donc à présumer qu'il sera resté assez longtemps indemne de rinfluence dite mahâyâniste. De fait, c'est bien plus tard qu'il se mettra à fournir de docteurs la nouvelle doctrine. Pour l'instant, même dans les textes les plus avancés de la secte dominante , tels que le Lalita-vistara, nous ne trouvons pas trace ni de la théorie toute mazdéenne des Dhyîlni- Buddhas et de leurs hyposlases, ni de la dévotion à l'Amshaspan de lumière que dut être Amitâblia avant de prendre la présidence du paradis bouddhiqjue ade l'Ouestn. Est-ce à dire que l'on ne puisse déjà déceler dans le Lalùa-vislara quelques symptômes non équivoques d'inQuence étrangère? Plus d'un détail y sonne trop familièrement à nos oreilles européennes pour ne pas éveiller notre défiance à ce sujet. Rien qu'en l'examinant à notre point de vue archéologique, nous avons cru relever çà et là l'indice de remaniements visiblement inspirés par nos conceptions ou nos coutumes occidentales. Tel serait le cas , sans sortir du cercle de nos préoccupations habituelles, pour certains aspects qu'il prête à la Tentation, et surtout pour l'épisode de la présentation del'enfant-Buddha au temple, ou encore pour le couronnement dont il souligne le rôle messianique de Maitrêya'^).

''' Cf. tliL.vN-TSANG, Trdrels ,1 , [). 2yO. '■' Nous ;ivous conservé une trace de

Lo passage, qui n'avait pas été compris ces remaniements dans les textes eux-

pai- S. Heal, a été mis clairement eu mêmes: M. Sylvain Lévi veut bien nous

lumière par T, VVatters. avertir que , par une coïncidence curieuse ,

Lps ateliers ganâhâriens. — \(jus ne l'oublions pas en effet : le mouvement reiifjieux que nous venons d'esquisser ne nous touche qu'autant qu'il se rellèle sur les monuments figurés. Nous ne serons pas surpris de constater une fois de plus que ceux-ci se sont montrés encore plus réfraclaires que les textes aux idées nouvelles. Pour commencer ils ignorent totalement, ainsi que nous l'avons déjà constaté, les deux épisodes du Lalita-vistara qui nous ont paru particulièrement suspects, et le plus souvent ils s'en tiennent à figurer non point la rr tentatioim , mais seulement a l'assaut a de Mâra. Toutefois il existe un groupe important de stèles (voir fig. 76-79, lxo6-ko8, /iBS-Ziog, /i84-/i85), à propos desquelles nous avons justement du poser la question du mahàyânisme de l'école'''. Qu'elles attestent la triomphante ilivinisation du Buddha et le culte de latrie dont il est devenu l'objet, il suffît d'y jeter les yeux pour être obligé d'en convenir, tant son image y prend une importance écrasante. Le point qui restait en suspens, c'était la figuration des Dhyâni-Buddhas, et de leurs fils spirituels. Si le problème nous avait paru susceptible d'une solution nette, nous ne l'aurions pas fait attendre jusqu'ici : l'iconographie nous l'aurait déjà fournie. Mais enfin l'histoire générale confirme et précise nos premières impressions. Nous voyons mieux à quel moment de son évolution l'arl du Gandhàra rejoint et côtoie la transformation doctrinale du Bouddhisme. Celle-ci devait être dès le ni'' siècle un fait accompli, cent ans au moins avant que le témoignage de Fa-hien n'aciiève de lever tous nos doutes sur l'intronisation des Bodhisattvas autres que Maitrêya. Oi- voici des stèles que tous leurs traits caractéristiques (cf. ci-dessus, t. II, p. 5 5 3-5 5 /i) rapportent

les Irafliiclions cliinoises du Lalita-vislara les conceplions messianiques aient pé-

(date'es respectiveiiieiit de .3o8 et de nétré dans l'Inde et que celle-ci en ait eu

683) ignorent le rr couronnement de Mai- pleine conscience, nous en trouvons im-

trêyai et abrègent ou suppriment la raédiatement une preuve indéniable dans

nomenclature des dieux dans la rrpré- les a|ipellalions parallèles de l'Erchome-

senlation au lempleTi. VA', ci-dessus, 1. II, nos el du Talhâgata. p. 191 . -ioo et 33a. — (juo |i,u- ailliHirs ' CI. I. Il, p. Jl^o cl siiiv.

568 i;i:voi,uTioN DE i;kcole du GANDinin.

au ])lus tôt au if siècle : comment ne pas croire que la scène du tt Grand miracle de Çrâvaslni ait fini par céder la place à des interprétations nouvelles, et ses (kvald archaïques par se métamorphoser en modernes Bodhisattvas? L'hypothèse que nous avions émise à ce sujet, déjà très probable pour les figures ^o5- Ao8, devient une (juasi-certitude devant des répliques du genre des figures Û8^ et i85. Ce qui nous paraît enfin tout à fait sur, c'est que ces vieilles compositions contiennent en germe le modèle des cr paradis d'Aniitàbhaii et des autres cycles iconographiques qui, sous le nom de vunjdala, allaient fleurir profuséinent dans la Haute-Asie. Mais, d'autre part, il est non moins clair que, si des œavres gandhâriennes relativement tardives ont pu se prêter avec le temps à des identifications nouvelles, c'est donc que celles-ci n'exigeaient aucune modification profonde dans leur mode de présentation. Non seulement le Mahâyâna a trouvé le répertoire de l'école déjà formé, mais il ne réclamait en fait aucune rénovation de ce répertoire; et c'est justement pourquoi nous avons pu prétendre qu'en définitive l'école avait plus aidé à son développement qu'elle n'en avait subi l'influence. Les futurs chercheurs débrouilleront mieux que nous, dans ce cas paiticulier, l'action et la réaction réciproques, toujours si intimement mêlées, de l'iconographie et de la religion; dès à présent — et c'est oti nous en voulions venir — il nous faut renoncer à chercher un facteur de répartition chronologique dans le caractère plus ou moins ttmahàyâniquen qu'auraient affecté nos bas-reliefs : un tel caractère ne pourrait être qu'une illusion arbitrairement créée par des idées préconçues et à quoi rien ne correspond dans la généralité des cas.

On peut encore imaginer un autre mode de classement que ce serait l'instant d'appliquer et qui, lui, est théoriquement impeccable : dans la pratique nous n'en attendons guère plus d'efficacité. 11 consisterait à répartir les sculptures gandhâriennes que nous siqiposons postérieures au i" siècle entre le n*" et le m'' selon leur

degré d'rrindianisatioii'nC). En principe, c'est une loi fatale qu'à mesure que coulent les années, l'art gréco-bouddhique ait dû voir ceux de ses éléments constiluanls qui étaient le plus nettement grecs s'éliminer progressivement au profit de ceux qui étaient indigènes. En fait, que l'on reprenne la liste des caractères qui

FlU. 50IJ. La l'IltSIiNlATION DE lUuULA, À AMAr.ivAli (if. p. GiO, G82),

Musée Je Madras. Rampe de balustrade. Hauteur : 0 m. sS.

D'après une pliolographip rommiuiiqiicti par M. V. Goloubew.

nous ont semblé ci-dessus dénoncer une date tardive : on s'apercevra aussitôt que la pratique des gestes conventionnels, le rite de se découvrir lépaule droite et l'babitude de se retourner les pieds en les croisant sont autant de coutumes indiennes. Si peu à peu elles se font jour, puis s'imposent de façon constante sur les sculptures, c'est parce que le milieu réagit contre les modes étrangères

Cf. l. I, |). Cl 5.

570 L'fiVOLUTlON DE I/ÉCOLE DU GANDI[\P. \.

et finit par les évincer pour leur substituer des traits de mœurs et des usages locaux. Nous verrons bientôt ce phénomène d'adaptation ou même d'assimilation engendrer promptenient à Mathurâ comme à Ainarâvatî des formes d'art inédites et faciles à dater. Dans l'école du Gandhàra, tout au contraire, l'indianisation des motifs, pour inévitable qu'elle soit, traîne à ce point en longueur qu'elle ne provoque aucune modification de style tant soit peu brusque ou trancbée, aucun changement de manière susceptible de fournir des jalons à l'historien de l'art. On dirait plutôt qu'on s'est indéfiniment borné à reproduire servilement des modèles qui , il est vrai, multipliés sans trêve par des générations d'artistes et de donateurs, s'imposaient de toutes parts à l'imitation de la postérité. Nous sommes bien forcés de croire qu'après une si longue' acclimatation de l'influence classique, le Gandhàra ne réagissait que faiblement contre un apport qui avait cessé de lui être étranger.

Toutes ces considérations tendent de façon concordante, bien que par des biais difTérents, à nous faire comprendre que l'école ait pu, après son épanouissement du i^'' siècle de notre ère, durer encore un siècle ou deux sans subir de transformation considérable ni tomber trop au-dessous de son niveau primitif. Mais la raison dernière de cette longévité uniforme et médiocre nous paraît résider dans l'organisation de ses ateliers, seuls centres agissants qu'embrasse la dénomination abstraite d'école. Il est extrêmement vraisemblable que les artistes grecs ou métis de grecs qui reçurent les grosses commandes du début aient cherché quelque aide dans la main-d'œuvre locale et formé sur place des apprentis. Ceux-ci à leur tour durent se croire bientôt à même de satisfaire les besoins courants de leur clientèle de donateurs. Nous n'aurions pas à chercher ailleurs la raison de la relative rareté des chefs-d'œuvre gandhâriens en face de la profusion des répliques sans accent et sans vie : c'est qu'en réalité très peu de ces sculptures ont été vraiment exécutées de main de maître. Et du même coup s'explique

riinirorniiLé de cet art. Nous avons déjà constaté à propos des scènes légendaires que chacune d'elles se ramène à un ou deux prototypes, qui semblent avoir été tixés une fois pour toutes et reproduits depuis sans aucune variante ou innovation notable*'). 11 nous

FiG. 5io. — La Soujiissios de i.'éi,épuam , a AmaiiÀvati (cf. p. (iio). Musée de Madras. Diamètre du médaillon : o m. 80.

apparaît à présent que toutes ces rééditions sortent de chez un fabricant d'imagerie l'eligieuse, comme c'est aussi le cas pour nombre de sarcophages antiques ou de retables de la Renaissance, si l'on ne veut pas descendre jusqu'aux te chemins de croix n de notre quartier Saint-Sulpice. Bref, les apparences sont pour que

'■) Cl. I. I, |,. (ii7.

l'art gi'éco-boiuldliique ait fini, connue on dit, par irs'industrialisem dans les ateliers dn Gandliàrn.

Les débuts de la décadence. — Nous ne craignons pas, on le voit, d'être trop sévères pour les sculptures qui forment après tout le gros de nos collections. Productions d'artisans qui, pour la plupart, ne possédaient plus que de seconde main le métier classique, elles se surchargent volontiers de décors hétéroclites et de personnages stylisés, figés dans des poses conventionnelles; pourtant on ne peut nier qu'un certain talent ne continue à se marquer dans la composition comme dans l'exécution. La question est dès lors de savoir jus([u'à qu'elle époque le ciseau de nos imagiers aura gardé sa souplesse et sa virtuosité. A défaut de changement dans leur manière, la baisse de leur habileté technique sera le symptôme évident de l'imminente décadence. Sur ce point nous possédons déjà deux indices assez probants. Le premier avertissement nous est donné parles monnaies. Soudain, après Vàsudèva, elles ne se bornent pas à devenir des plus médiocres : incapables de présenter aucun type nouveau, elles ne savent que reproduire indéfiniment des Vâsudéva déplus en plus méconnaissables, entourés de légendes grecques de plus en plus illisibles. Et certes l'avis vaut d'être retenu : toutefois, pour les raisons que nous avons dites ci-dessus''', ce n'est qu'un avis à longue échéance, et la brusque décadence du monnayage a dû précéder d'un bon demi-siècle celle de ia sculpture. Seuls des monuments datés pourront emporter notre conviction. Or il se trouve que nous disposons dès à présent d'un de ces monuments et que justement son époque cadre avec ce qu'on pouvait attendre. Nous voulons parler de la statue représentée sur la figure 877. Sa lourde gaucherie, les proportions ridicules de ses enfantelets, le traitement maladroit de ses draperies, tout trahit chez elle une impuissante tentative d'imitation des anciens modèles.

<■> Cf. t. II, p. li8o-li8-}..

Or elle porte inscrite rannée (^V«rsa, et non Samvat.) 179''', ce qui nous fait descendre jusiju'en 267-8 de notre ère, juste soixante

Fiiv. 5i I. — -Le GiiAND Miracle de Çràtastî, à Bénarès (cf. p. ÔûS, 681). Musée (le (Mlculta, n° S. 5. Provenant de Sdrndth. Hauteur: om. go.

ans après la dernière date connue de Vâsudèva. Et, cette fois encore, nous nous [gardons de conclure trop vile. 11 serait sans

''' AL Fi.KET a proposé dans le 7. R. A. S., 1907, p. 18/i, (le lire Ekunarliadiiçalimae = Sgt) . mais sans donner aucune justification de cette lecture. .Après

nouvel e.xamen , notre confrère le R. P. A. -M. BoïER veut bien nous faire savoir qu'il maintient sa première transcription

tlcuiiuçit^i]-çattmae — 170.

57'i L'ÉVOLUTION DE L'ÉCOLE DU GANDHÀRA.

aucun doute imprudent de construire une théorie chronologique sur le style de cette unique statue. L'ère de son inscription serait-elle hors de conteste, qu'elle-même pourrait fort bien n'être que i'essiii malheureux de quelque maçon de village trop pressé de jouer au sculpteur. Mais si nous ne prétendons pas la prendre comme étalon de toute la sculpture gandhârienne à l'époque que nous lui attribuons, il nous faut d'autre part remarquer que l'ensemble des témoignages historiques vient singulièrement renforcer la valeur du sien : tous nous invitent, jusqu'à preuve du contraire, à faire commencer la décadence de l'école avec la seconde moitié du ui'' siècle.

Les causes politiques. — Dès la première moitié de ce siècle, il est en effet possible — et, pour nous, important — de noter les signes avant-coureurs du déclin de l'Empire romain, pressé déjà de tous côtés par les Barbares, et la diminution de sa force d'expansion politique, économique, arlisti(jue. Vers l'Orient, le seul point cardinal qui nous concerne, on dirait qu'il travaille lui-même à la ruine de son influence, en s'attaquant aux organes mêmes par l'intermédiaire desquels il l'exerçait. Dès io5, c'est la destruction par Trajan du royaume nabatéen de Pétra. En 216, c'est Alexandrie livrée aux fureurs de Caracalla, et s'épuisant depuis en discordes intestines ou en séditions durement châtiées. En 9 'y 2-9 '78, c'est la prise, puis le sac de Palmyre par Aurélien. Le rude soldat-empereur put traîner en triomphe derrière lui, en même temps que Zénobie, des Saracènes, des Perses, des Bactriens et des Indiens, et jusqu'à ces Blémyes qui, sortis de la Nubie, menaçaient déjà de fermer la route des ports de la mer Rouge : victoires sans lendemain el politique à courte vue! L'opération, comme on dit aussi bien en style chirurgical que militaire, avait réussi : mais c'était une amputation. Après ce coup de hache porté dans leurs œuvres vives, les relations entre les pays méditerranéens et l'Inde ne feront plus désormais que languir.

La faute en est-elle d'ailleurs au seul Occident? Par une coïnci-

tio

<ii

dence fâcheuse, au moment même où l'Asie romaine se livre sur elle-même à ces mutilations volontaires, l'Inde de son côté se suicide en tant qu'unité collective et retombe dans son émiettement. C'est la loi de son histoire que la périodique reconstruction et désintégration de ses empires, et il n'est pas encore d'exemple qu'aucun d'eux ait duré plus de trois cents ans. l.es deux grands royaumes qui s'étaient partagé définitivement l'héritage des Mauryas, au Nord-Ouest celui des Kusanas, au Sud-Est celui des Andh ras. s'écroulent, semble-t-il, au commencement du lu^ siècle, et avec l'abolition de tout grand pouvoir centralisateur s'efface, jusqu'à l'avènement des Guptas vers l'an 820, tout vestige d'histoire. Tout au plus entrevoyons-nous que les descendants des grands Kusanas continuèrent à tenir la vallée de Kaboul et le Gandhàra, si même ils ne gardèrent quelque suzeraineté, au moins nominale, sur le Penjàb. Non seulement les Annales chinoises cessent à ce moment de projeter aucune lumière dans les ténèbres où nous tâtonnons; mais, comme pour les épaissir encore, la dynastie sassanide, sortie (toujours dans le premier quart du m" siècle) d'une violente réaction indigène contre le philhellénisme des Arsacides, commence à étendre entre l'Europe et l'Inde le rideau opaque de son mazdéisme exaspéré. Les raisons tirées de l'Itisloire de Fart. — Ces événements politiques ne pouvaient manquer d'avoir leur répercussion sur l'art comme sur le commerce. On voit qu'ils tendent tous à entraver les échanges entre le monde gréco-romain et l'Inde. Mais les fossés qui se creusent ou les obstacles qui se dressent sur les grandes voies de communication ne suffisent pas seuls à expliquer la baisse du niveau artistique dans telle ou telle province. Si le flot qui entraînait les praticiens d'Egypte ou d'Asie Mineure vers la «Gandaritisu et continuait à alimenter l'école, ne coule plus que chichement et va bientôt s'arrêter, c'est moins à cause des difficultés du chemin qu'en raison du fait que lui-même était déjà menacé de tarir dans sa source. Là gît, croyons-nous, la vraie solution du problème. Pour justifier l'irrémédiable décadence comme l'éton-

naiitt^ lloraison d'un ait à demi importt', tel que celui du Gan-

dliàra, il snilit que notre art classique ail cessé d'être à partir du lu*^ siècle ce qu'il n'avait commencé de devenir qu'à partir du I" : un article d'exportation, artisles compris. Le parallélisme si curieux que nous avons cru relever entre les monuments religieux de l'Inde et de l'Asie antérieure, se répète dans l'histoire générale des beaux-arts. De ce point de vue, il nous apparaît nettement que la brandie gréco-bouddhique, si lointaine qu'elle fût, a simplement partagé les vicissitudes du tronc commun, les mêmes par lesquelles passe vers ce niênie lemj)s la branche gréco-chrétienne. Pourquoi, demande M. de Rossi''), l'ancien art chrétien a-t-il surtout prospéré sous les empereurs hostiles, au plus fort des persécutions, pour d(''cliiier au temps de Constantin, alors que tout semblait devoir favoriser son expansion? — Pourquoi, serionsnous tentés de demander à notre tour, la sculpture bouddhique du (iandhàra, après avoir attendu pour s'épanouir que le royaume giec du Penjiîb eiit passé aux mains des Barbares, est-elle tombée en décadence au moment même où le développement mythologique du Mahàyâna et la conversion de toute l'Asie orientale lui ouvraient un champ presque illimité? Les questions sont, on le voit, assez exactement parallèles : la même réponse vaut aussi dans les deux cas. Les raisons de ces laits surprenants résident tout uniment, d'une part dans la condition llorissante de l'art gréco-romain au i'^'' siècle de notre ère, de l'autre dans la pénurie de la maind'œuvre artistique (|ui fut l'une des conséquences de l'appauvrissement économique de l'Empire à partir du m'' siècle.

A FIN DE I- KCOLK.

La décadence est sans doute lannuiicialrice de la lin : toutefois une école peut continuer encore longtemps, si les circonstances

''' Uuiim sollemiiiea cnsltdiia, I, ii)<).

uANDiiiuA. - 11. 37

s'y prêtent, ;\ vivre duiie vie ralentie, qu'entretient le prestige des œuvres héritées du passé. Combien de temps aura pu se prolonger l'agonie de l'art gréco - bouddhique , à l'ombre des monuments qu'il avait créés? Ainsi que nous commençons à en prendre l'habitude, c'est surtout à des témoignages étrangers que nous devrons le demander. Mais désormais ce n'est plus de l'Occident classique que nous pourrons attendre quelque lumière. Les renseignements qui continuent à se publier sur l'Inde dans le monde méditerranéen ne sont, à partir du iv" siècle, qu'un tissu d'inepties. Nous n'excepterions même pas la Topographie chrétienne de Cosmas Indicopleustès (vers 535), si cet ennemi de la rotondité de la terre n'avait consigné quelques informations précises parmi ses absurdes théories. Il est bien évident que le contact s'est perdu, et que le commerce passe de plus en plus entre les mains d'intermédiaires arabes ou persans'''. Si nous entrevoyons quelque chose de l'histoire du Gandhâra, c'est avant tout grâce aux récits de voyage des pèlerins chinois, jusqu'au jour où la parole est prise par un écrivain arabe. C'est là un fait pour nous des plus significatifs. Sans doute les échanges entre l'Empire et l'Inde ne sont pas complètement interrompus; mais voici que cessent définitivement les relations suivies et directes dont nous venons de voir fleurir, au i" et au n^ siècle de notre ère, les esthétiques résultats. Les destinées, un instant mêlées, de la civilisation gréco -romaine et de l'indienne se séparent à nouveau , et nous n'apercevons plus entre elles aucun rapport, voire même aucun parallélisme qui vaille la peine d'être relevé. Dès lors, et par une conséquence naturelle, il se ferait temps de clore l'histoire de l'art indo-grec, si l'entreprise commencée ne devait être poussée jusqu'à son terme et s'il ne valait la peine de rapporter brièvement les péripéties dont s'accompagna l'inévitable dénouement.

'' Cl. I'riaIjI.x. /;((//(( (()((/ Home. |i. 171 l'I suiv.

La siRviE (iv'^-v*' siècles). — L'école du Gandhàra allait devoir, semble-t-il, aux événements un sursis de deux siècles. Apparemment le pays était resté au pouvoir d'une dynastie de rois Kou-

«mi^ ■ -..i. i.ifiiii jiiff l'ijijMi ,M^gp|,^ji,,lj,^llg^^^

fiG. 5l3. PisCIKA ET AUTRES ÏAKSAS, À JaVA ( cf. p. ^3, 62.')).

Doro-Boudour, première galerie , partie gauche du bas-relief n° g h. Hauteur : o m. 80. D'apro-i une ]ihotogr. <lii Mnjor Van Knr.

shans, alliée aux Sassanides. On a \oulu les reconnaître, non sans

quol(]ue vraisemblance, dans ces Chionitai qui, vers 3Go, aidèrent

Sliapour II au siège d'Amida (aujourd'liui Diarbékir) : du moins

Ammien Marcellin raconte-f-il que leur vieux roi Grumbatès,

qui perdit son fils dans laflaire, amena avec lui des élépbants

580 l/KVOLllTION DE LËCOLE DU GANDHARA.

indiens*'). En fait nous ne saurions rien si nous ne possédions le témoignage oculaire de Fa-hien. puis de Song Yun. Le premier arrive, au début du v*^ siècle, dans une contrée en pleine prospérité, et où jamais le Bouddhisme n'a été plus (lorissant. Aussi bien au Gandliàra même que dans les vallées adjacentes de Kaboul et du Swàt, tous les stupa sont encore inviolés et les monastères remplis de moines; sanctuaires et reliques célèbres voient aflluer en foule les fidèles, à commencer par les rajas locaux. L'Inde du Nord est devenue ce que nous avons déjà dit qu'elle deviendrait (^), l'une des terres saintes du Bouddhisme et, plus particulièrement, la terre sainte du Bodhisattva. Trois des compagnons de Fa-hien s'estiment satisfaits d'avoir visité ses quatre grands lieux de pèlerinage et s'en retournent en Chine, ce Le peuple est surtout adonné au Petit Véhiculer : c'est en effet la secte des Sarvâstivâdins qui jouit de la plus grande popularité. Toutefois le culte de la Prajnàpàramità, de Manjuçrî et d'Avalokileçvara y pénètre, bien que Fa-hien ne le mentionne qu'à 80 yojana au Sud-Est, à propos de Mathurà. Ce ([ui nous impoi'te surtout, et ce que nous pouvons déduire en toute sûreté de ses des criptions, c'est que l'œuvre entière de l'école était encore intacte, jusque dans sa jîolychromie et ses dorures; ou du moins sa conservation n'avait à compter qu'avec des accidents pareils à ceux dont la ft])agode de Kaniskan fut la victime : Song Yun nous apprend en etlet, au début du vi'' siècle, qu'elle avait déjà été trois fois incendiée par le feu du ciel et chaque fois réédifiée. Qu'était cependant devenue l'ancienne activité des ateliers gandhariens? Qui étaient leurs artistes? A quoi ressemblaient leurs œuvres? Autant de questions que nous ne pouvons guère pour l'instant que soulever. Que l'art fût déjà en pleine décadence, on n'en peut guère douter, ni que cette décadence lût irrémédiable;

''' Vaut-il la peine de noter ici que, déserteur, natif de Paris? Là où le luar-

d'après le même historien (xviii, 6), cliand ne passait plus, le coiidoltière

Sliapour (autrement dit Sapor) einplo- pénétrait encore, yail comme espion un cavalier romain '' Cf. t. II, ji. 'iHJ-'iiy.

i, \ FIN DR L'I'GOLE. .-SSl

il se peut toutel'ois que toute fécondité artistique ne lût pas morte, au moins dans les grands centres religieux. Apparemment, dans le voisinage des sanctuaires en renom, quelques familles d'artisans iudij'ènes trouvaient toujours de père en fils à gagner leur vie et à entretenir un héréditaire talent : car rien ne nous donne à penser que, comme au Tii)et. l'imagerie religieuse soit jamais devenue dans l'Inde le monopole des moines. On ne comprendrait guère qu'une dévotion toujours ardente se fût uniquement contentée d'oflVandes d'oriflammes ou do fleurs. Bien que les pèlerins chinois n en mentionnent guère d'autres, çà et là, cependant, il est incidemment question dans leurs Mémoires de commandes plus intéressantes. Song Yun fait édifier un slùpa votif au lieu où l'on commémorait le rrdon du corps i5 à la ligresse : ce stûpa ne comportait-il pas à tout le moins une décoration en mortier de chaux ? Un de ses compagnons, au moment de leur séjour à Pêshawar, prélève sur ses fonds de voyage la somme nécessaire pour faire exécuter ttpar un excellent artiste ii des modèles réduits, en cuivre, de la ff pagode de Kaniskaii et des quatre autres grands sanctuaires de l'Inde du NordO. Une fois même il semble que les tardifs représentants de l'école gandliàrienne ne se soient pas bornés à la reproduction stéréotypée des modèles traditionnels. Fa-hien affirme que, malgré tous les essais qui en avaient été tentés, on n'avait jamais pu prendre copie de l'ombre laissée par le Bienheureux dans la caverne de Nagarahàra. Or parmi les sept statues du Buddha que Hiuan-tsang, selon son biographe, aurait rapportées de l'Inde, figure justement une copie de cette ombre; et cette composition, d'un genre loul nouveau pour nous, aurait représenté le Buddha, tel l'archange saint Michel, foulant aux pieds un dragon'^'. Si le fait est authentique,

''' Song Yun, tiad. Ed. Chavannes, ('' Fa-bien, trad. Legge, p. 39; trad.

dans /{.£. F. i'.-O. , III, p. 4is el 6a6- S. Beal, p. xxxv. — Biographie de

637. — Le musée de Pêshawar possède Hiuan-tsang, Irad. Stan. Julien, I , p. 298 :

plusieiii'sdecesmodèlesdes/w/Jflen méinl. Uad. S. Beal, p. 21/1.

:)S:> I.K V(»F.rTln\ DE L'KCOI.E DU GWDHARA.

il y aurait donc eu création diiii iiiotil' nouveau dans i'inlervalle des deux voyages, c'est-à-dire au plus tôt dans le cours du v'= siècle.

Ce qui ferait donner créance à cette anecdote, c'est qu'il y est question d'un motif de statuaire : au cas où quelque innovation était encore possible; c'était dans cette direction. De bonne heure il nous est apparu !'' que les images lurent l'article le plus longtemps demandé et par suite exécuté au Gandhàra. A mesure que le souci de la biographie du Maître cède le pas au culte idolàtrique. du dieu, on voit les scènes légendaires disparaître de la décoration des stupa, laquelle finit par ne plus compoi'ter que des alignements de statues. A cette évolution dans le choix des sujets paraît, d'autre part, avoir correspondu une transformation parallèle dans celui des matériaux habituellement employés. C'est durant cette période que, pour les deux raisons que nous avons déjà données'^), dut se généraliser l'usage du mortier de cbaux, ou comme on dit communément, du stuc. Assurément ce procédé décoratif n'est nullement inconnu à notre antiquité classique, ni à la bonne époque de l'école du Gandhàra: mais jamais le bas prix de la matière ne l'aura davantage recommandé à l'appauvrissement graduel des donateurs, tandis ([ue la facilité relative de l'exécution — peut-être aidée sur le tard par l'emploi des moules — n'aura pu manquer de tenter l'habileté décroissante des artistes. Aussi y a-t-il de fortes présomptions pour que, sur tous les monuments tardifs du Nord-Ouest, la substitution des idoles aux scènes figurées se soit accompagnée du remplacement de la sculpture sur pierre par le modelage en stuc.

A ces questions, qu'aujourd'hui nous nous bornons à poser, des fouilles bien faites répondront : déjà elles ont commencé à répondre. La lecture du rapport de Sir Aurel Stein sur ses fouilles de Saliri-Bahlol en 191a montre tout ce qu'on peut attendre à ce point de vue d'investigations conduites par un esprit et sous un œil

' CI. I. 11. p. 3'i5. — - Cf. I. I.,,. ,,,-.Mç|3.

avertis: rrAux deux sanctuaires C etD, nous dit-il, des statues et bas-reliefs, appartenant à une époque où lliabileté et la tradition de la meilleure période de l'art du Gandhàra étaient encore vivantes, sont trouvés mélangés avec des sculptures d'un type indéniablement décadent. . . n Et, comme pour nous donner quel-

FiG. 5i'i. — PJNiiiKv, ÀJava (cf. p. 107, 118. 13(3. iSy. ôaS). Coidiiir (l'eiilrn' ilii Ciiinli Mniiliil. Hauteur du persoiiymiri' : o m. 80.

ques lueurs sur les dates respectives de ces œuvres qu'un même lieu rassemble et que plusieurs siècles séparent, et les monnaies trouvées dans le tumulus C comprennent, à côté d'une pièce d'Azès, à lair remarquablement neul', d'autres du type associé avec Vâsudèva, le dernier monarque Kousban, et d'autres encore émises par les derniers Iiido-Scythes(^). . . n En un mot, la décoration

" Cf M. .\. Steiv, 1. S. /.. ,1»».

Rep. l(jtl-l(jl-2, |). 100-101. — Il faut eniftiiiliv |i:ii' les "(lei-iiifis Iiulo-

Scytbesi les trlalcr ludo ScylhiaiiSTi de CuxNiNGHAM , auti'enieut dit les derniers dvnastes Koiislums.

58/i L'I'VOF.IITION DE L'ÉCOLE DU GANDHÂRA.

du sanctuaire dont les ruines ont été découvertes sous ce tertre :.e serait poursuivie depuis le i'^"' siècle avant notre ère jusqu'au V* siècle après.

Il y a lieu de croire qu'il en avait été de même un peu partout où s'étendait le domaine propre de l'école. Assurément nous n'oserions attribuer au iv'' ou au v'' siècle que les plus courtaudes et les plus mal venues des idoles de pierre : mais rien n'empêclie de faire descendre aussi bas des images de stuc qui soient d'une exécution encore décente. Les rangées de Buddhas en mortier de cliaux dégagées par le D"' D. B. Spooner sur le soubassement du sli'ipa de Kaniska à Shâli-ji-kî-Dhèrî se laisseront vraisemblablement rapporter à une réfection du sanctuaire tombant dans la période qui nous occupe. Et le cas de la fameuse pagode serait loin d'être unique, d'après ce que nous savons déjà des fouilles de Taxila. Celles-ci donnent décidément à penser que le modelage aurait survécu au naufrage de la sculpture. Nous ne voyons aucune raison pour en être surpris. Sans doute il faut toujours se méfier des analogies : il en est pourtant une que nous ne pouvons nous empêcher de noter au passage. Tandis que l'Inde contemporaine compte peu de sculpteurs, elle est encore très riche, comme le savent tous les touristes, en coroplastes de talent, qui se transmettent de père en fils une vivacité de coup d'oeil et une dextérité de mains remarquables'''. Ces dons naturels, qu'ils ont hérités de leurs ancêtres, étaient sûrement déjà l'apanage des artistes du Nord- Ouest. On se rappelle à quel point nous avons été frappés plus haut'-' par le caractère tantôt idéal et tantôt réaliste ou même caricatural, mais toujours vivant et savoureux, des têtes de chaux. Pourquoi reculer devant les conclusions auxquelles, sur la foi des dernières trouvailles, ces considérations nous invitent? N'hésitons pas davantage à le déclarer ; alors que la sculpture sur pierre avait, d'une façon générale, suivi l'exemple du monnayage, et sombré à

'■' Cf. I. II. p. i5n. — 1=) Cf. t. II. ],. iS. 9()-ioo, 3'i8.

son toui- dans la décadence, les ateliers gandhâriens auraient conservé jusqu'au bout une certaine maîtrise dans ces rudiments du métier de sculpteur, que représenle j)ar définition le modelage.

Rien n'est, après tout, plus vraisemblable. Quand on songe que l'art bouddbique, issu du Gandbàra, jetait alors tout son éclat dans l'Inde comme dans la Haule-Asie. on s'expliquerait mal qu'il

KiG. 5iy. — HÀBiii, À Java (cf. p. 107, 118. 187, (jaSj. Couloir d'entrée du Candi Mendut. Hauteur du personnage : o m. Si),

lût complètement éteint au centre de son rayonnement. Seulement il convient de remarquer qu'en ce cas une question plus délicate encore se greffe sur celle que nous venons de résoudre par TaHirmative. Du fait que l'école gréco-bouddbique aurait si tard gardé quelque semblant d'activité, il s'ensuit en effet quelle était à son tour exposée à subir l'influence des foyers artistiques qu'elle-uiême avait contribué à allumer. Peut-on découvrir dans les œuvres gandhariennes tardives quelque réaction pi'ovenant soit do la Sérinde,

r;KVOi,UTioN dk i;i-;c()Lk nu gandhara.

soit de la vallée du Gange? 11 y Faudra veiller; car déjà certains indices le donnent à penser. Dès 1907-1908, le dégagement de certains recoins inexplorés de Takht-î-Baliai a fourni au D'' D. B. Spooner deux spécimens qui nous paraissent porter la trace de ces contive-influences. L'un est le Buddha reproduit sur la figure liSb. Son attitude, tout à fait insolite au Gandliàra, en fait vraisemblablement le contemporain des nombreuses images de style Gupta que ce fut la mode, à Bénarès (fig. 667) comme à AjantâO et jusqu'à Java (tig. 568), d'asseoir ainsi à l'européenne. Dès lors il faut admettre, du moins en principe, que cette stèle daterait au plus tôt du IV'' siècle de notre ère, et par suite rien n'empêcherait, soit dit en passant, de voir dans les deux assistants, au lieu d'Indra et de Brahmâ, l'Avalokileçvara au lotus et le iVlaitrèya au vase (^'. De l'autre spécimen t^) nous n'avons pas de reproduction : mais la description qui nous est donnée de ce Buddha, modelé en argile sur une carcasse composée de fascines de roseaux, suffit à trahir un procédé jusqu'alors aussi inconnu dans le Penjâb qu'il était courant en Asie centrale : cest donc du Turkestan qu'il a été apporté au Gandhara. L'image en question peut être, il est vrai, encore postérieure au \f siècle et remonter seulement à la restauration dont les monuments gandhàriens furent un instant l'objet après leur première ruine W . . . Car il est écrit qu'aucune vicissitude ne sera épargnée à nos sculptui'es, ni aucune complication à notre sujet.

La première destruction. — Mais reprenons le fil des événements. SU est évident pour nous que l'école ne faisait au fond que se survivre à elle-même, elle gardait encore au début du vi'' siècle toutes les apparences de la vie : du moins aucune solution de

'■' Cf. y. A., jnuv.-fov. 1909, pi. IV.

'*' Cf. ci-dessus, t. II, p. 2 4o, 87 4 et 568 pour les étapes de cette identificalinn.

''* CL A. S. I.fAïui. Rep. lyuS-iyoy, p. 43.

'*' C'est en tout cas cette dernière date que nous inclinerions à attribuer aux tètes d'argile, à l'aspect mougoloïde, reproduites sur la ligure 3, p. 54, de l'.-l.S. /., Ami. Hep. 1 yoS-}yo(j.

continuité ne se relève jusqu'ici dans son développement. Quand, cent ans plus tard, le rideau se relève pour nous avec la relation de Hiuan-tsang, le tableau est complètement changé. Le pays est ruiné et presque dépeuplé; du peu d'habitants qui subsistent la plupart ne sont, aux yeux du pieux pèlerin, que des «• hérétiques i\ Le Gandhâra n'est plus pour lui la seconde terre sainte : sa place a été prise par le Màlva. Le Bouddhisme y a visiblement été sapé

FlG. 5 16-517. — TïPES DU RELIGIEUX BBAUMANIQUE ET EOUDDUIQUE , A JaV l

(cf. p. 258, 276, 618, 6a5).

Fragment Jes bas-reliefs ii" i ij et 1 18 de la première galerie ilii Bnro-Boudoiir. O'iijirès des ^holographies du Major Van Eup.

dans toutes ses œuvres, vives ou inanimées. A peine reste-t-il quelques fidèles de la Bonne Loi, et de rares moines. Les rc mille monastères 11 de jadis sont presque tous déserts et leurs décombres envahis par la bi'ousse; la plupart des s/M/^a aclièvent de crouler. L'école est celle fois bel et bien détruite. Quel typhon a donc passé?

Ce cataclysme a un nom dans l'histoire, et que nous connaissons bien par le témoignage concordant des pèlerins chinois, dun navigateur grec, des chroniques kaçmîi'ies, des inscriptions et (h's

r)88 l/KVOMITION DK L'Kf.OLE DU GANDTI\11\.

monnaies : il s'a|jpelait MiliirakulaC, surnommé parla tradition indienne Trikoliliaii . le cr tueur de trente millions n d'hommes. Ce n'était, même plus une sorte de Koushan, comme ce Kidâra qui vers /i3o serait jiarti de Balkh pour recommencer nu Sud de i'Hindon-Koush les conquêtes de kozoulo-Kadpliisès -' : ainsi que son père Toramâna il appartenait à une autre tribu encore plus barbare, celle dite des Heplithaliles ou Huns blancs. H était, assuret-on, beau de sa persomie, doué d'une grande bravoure naturelle, de manières rudes mais franches, et, en dépit d'un caractère intraitable, capable parfois d'entendre raison : il ne lui manquait, pour être un homme, que d'être accessible à la pitié. Ce fléau exterminateur se serait même réclamé d'un dieu : comme jadis Vima-Kadphisès , dit le Mâbéçvara, il aurait trouvé dans le terrible Çiva une divinité à sa mode. C'est du moins ce que confirment ses monnaies, et, à en croire certaines traditions brahmaniques, sa sanglante carrière n'aurait été qu'une manière de culte perpétuel rendu au principe destructeur de la ti'inilé hindoue. Car il s'est trouvé des brahmanes pour accepter de sa main des dotations et faire son apologie. Ils s'étaient même avisés, nous dit Kalhana, d'une excuse admirable : c'est que, s'il n'avait aucune compassion pour les autres, il n'en avait pas davantage pour lui-même. Et en effet il aurait couronné sa carrière d'égorgeur par un féroce suicide. Ce dernier trait relève un peu la figure, par ailleurs assez banale, de cette copie d'Attila ou de ce modèle de Timour.

Ce qui nous intéresse surtout ici, c'est son éloignement pour le Bouddhisme. La raison en est assez évidente : il y avait incompatibilité d'humeur. Toutefois la tradition bouddhique rapportée par Hiuan-tsang croit devoir chercher l'origine de cette aversion dans

''' Gosmas abrège sou uom en Gollas; 1*^9^1 P- i85; Corimn Inscr. Lui.. III.

voir SoNG Ydn, p. 3oo; Hiuan-tsaxg, p. lo elsiiiv.: Ind. Anliq., XV, j). ai.ô

Rec, I,j). iti'y; Ràjatarahgini, I, 289 ('tsuiv.;etc.

et suiv. ; Gunnincham , Latcr Iiido-Sci/- ''' Ed. Chavannes, Toun^ Pan. mai

ihinns, ou ^^ Smith, CaUil. el J. A.S.B., 1907, |). 188.

mie sorte de parodie du Milinda-panha , d'autant que ce monstre inhumain avait lait t;a capitale du Çàkaln do Ménaiidrc. Sa haine de la Bonne Loi semble être d'ailleurs allée en s'exaspérant chez lui avec l'âge et les malheurs qui, sur le tard, l'assaillirent. Quand Song Yun arrive au Gandhàra, en 5âo, il y a déjà deux générations que le pays est soumis aux tc<fui hephthalites. Le peuple souffre, mécontent de son prince «qui est d'un naturel méchant et cruel, qui fait mettre à mort beaucoup de gens et ne croit pas comme

Vu;. 5iS. — La visite d'Asita, ad Cambodge (cf. p. a58, ()i8, 627).

Fronton de liniitày-Chmttr (Sisopho7i).

l)";iprès uuc photogrnpliie du (ji^néral de lisTLié.

lui à la religion bouddhiques. Mais s'il et gémit n, c'est donc qu'il existe, et ses sanctuaires sont encore debout. Quant à Mihirakula, il est à ce moment engagé depuis trois ans dans une guerre contre le Kaçmîi', et fort honteux de ne pas venir à bout de sa résistance. Quelque quinze ans plus tard, après ses aventureuses expéditions, ses revers et sa captivité dans l'Inde centrale, c'est au Kaçmir que, roi dépossédé, il trouve un asile, et c'est de là qu'il sort afin de tirer du Gandhàra, nous ne savons au juste pour quelle raison, une effroyable vengeance. Il fit égorger, répète Hiuan-tsang, les deux tiers des habitants, réduisit le reste en esclavage, et détruisit

stûpa et monastères bouddhiques, ften tout mille et six cents fondations n.

La destruction définitive. — Ceci se passait entre 53o et 56o, juste cent ans avant la venue du grand pèlerin, bien qu'à l'entendre on croirait qu'il s'agît d'événements vieux de plusieurs siècles. Les traces de cette dévastation étaient encore lisiblement écrites sur la face désolée du pays. En vérité, si l'historien était, lui aussi, sans pitié, il ne pourrait souhaiter dénouement plus sensationnel ni plus décisif: c'est comme si toutes les précautions avaient été prises pour que l'art gréco-bouddhique pérît à la fois dans son œuvre, dans ses clients et jusque dans ses ouvriers. Cette fois, nous pouvons être sûrs qu'il est mort: car une école d'art religieux ne repousse pas aussi aisément que le figuier de la Bodhi, quand une fois elle a vu ses racines coupées par la main sacrilège d'un monarque impie (^). Aussi mettrions-nous le point final à ce chapitre, si nous n'avions des raisons de croire que beaucoup des ruines que nous fouillons ne sont pas restées exactement telles qu'elles étaient au milieu du vi'' siècle. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de poursuivre la biographie de l'école : elle est décédée ; mais nous ne pouvons nous désintéresser des vicissitudes qu'ont pu encore subir ses restes. C'est en ce sens que son histoire réclame un postscriptum.

Laissons en elfet passer un siècle et revenons au Gandhàra avec le pèlerin Wou-k'ong en l'an 763. Le pays commence à se remettre après deux cents ans du coup que lui avait porté Mihirakula et qui lui eût été mortel, si les peuples pouvaient mourir. La dynastie turque régnante, qui n'avait pas tardé à remplacer les Hephthalites (vers 5G5), avait été déjà trouvée par Hiuan-tsang convertie au Bouddhisme. Ce beau zèle n'a fait que s'accroître : le khan, la khàtoûn, leurs fils, les ministres rivalisent de fondations pieuses. Or,

'■' Cf. l'histoire de Çaçànka dans Hioan-tsang , Bec. , II , p. 1 1 8 ; Travels, II , p. 11 5.

ces rois, nous les connaissons d'autre part : ce sont ceux qu'Albiroùni appelle les Shâhis de Kaboul, et la clironique kaçmîrie les Gâhiyas'^l Ils prétendaient descendre directement de kaiiiska — à peu près comme nos Capétiens se réclamaient de Pharamond, à deux ou trois accrocs près dans la lignée — et continuaient à porter le vieux titre iranien de ftsliàlm. Mais leurs jours étaient comptés, et l'arrivée des Musulmans allait achever d'abolir au Gandhâra jusqu'au souvenir du Bouddhisme. En 870, Kaboul est pris par les Arabes : la capitale doit être transportée vers la frontière orientale, à Udabhànda sur l'Indus. En même temps l'ébranlement du royaume jette bas la dynastie. Le dernier roi turc, Laga-Toùrmàn, est détrôné par son ministre, un brahmane de caste, le premier des ttShàliisn hindous. Pendant plus d'un siècle, ceux-ci tiennent vaillamment tète à l'invasion musulmane. Quand enfin Trilocanapàla succombe en 1021 sous les coups de Mahmoud de Ghazni, et que sa maison est détruite de fond en comble, Albiroùni ne peut s'empêcher de rendre hommage au noble courage des vaincus. Avec eux finissaient les dernières manifestations de l'art religieux de llnde sur la rive droite de l'Indus.

Est-ce à dire qu'après la bourrasque de Mihirakula l'art grécobouddhique y ait connu, aux vui'" et ix" siècles, une sorte de renaissance ? Nous ne le pensons pas. Ce n'est pas sur des khàns turcs que nous pouvons compter pour rallumer au Gandhàra le flambeau éteint de l'hellénisme. Aussi bien nous avons vu que dès le V'-' siècle, si l'école continue encore à accomplir machinalement les mêmes gestes, en fait elle n'a plus aucune vitalité. Tels ces guerriers des contes dont tout le sang a déjà fui par leurs blessures et qui ne s'aperçoivent qu'ils sont morts qu'en délaçant leurs cuirasses, il suflit que son œuvre soit détruite pour révéler son incapacité de recommencer jamais rien de pareil. Mais d'autre part il est impossible de ne pas tenir compte du fait que Hiuan-tsang signale encore

<'' A. Stein. Zur Gfschie/ilc lier Çiihls .StuUffart, iSgS), e( Irad. de la Hdjulavon Kdbiil (Festgruss an IL von Roth, ;(//(^'/h(', nolft J , |i. o3tJ.

59l> L'EVOLUTION DE L'ECOLE DU GAINDHAR\.

quelques couvents échappés au naufrage, où un culte continuait d'être ofTert, et que Wou-k'ong cite plusieurs fondations nouvelles. 11 y a tout lieu de croire que ces prétendues fondations n'étaient que dos reprises en sous-œuvre, des restaurations plutôt que des réédifications des anciens monastères détruits. Il est également des plus probables que ce genre de travaux ne fut entrepris que dans le voisinage des grosses agglomérations urbaines, où le besoin de relever les couvents se fit le plus vite sentir et où les moyens de le faire furent le plus vite réunis (^'. 11 n'importe pas moins de prendre garde que nous ne pouvons jamais savoir d'avance si tel tertre — même parmi les rares sites qui aient été respectés jusqu'ici — recouvre une ruine du premier ou du second degré, en d'autres termes si celle-ci nous est parvenue dans l'état où Mihirakula l'a mise et où Hiuan-tsang l'a vue, ou si elle a été recommencée sur nouveaux frais par Mahmoud de Ghazni.

Les doubles ruines. — Depuis que les fouilles sont enfin scientifiquement conduites, tout ceci a cessé d'être une pure vue de l'esprit . et le premier rapport de Sir Aurel Stein nous a apporté sur ce point les précisions attendues. Nous tenons à présent la preuve matérielle que, comme le suggéraient les documents écrits, une partie des anciens sanctuaires gandhâriens ont été réoccupés et au moins partiellement restaurés par les fidèles du vn° au x^ siècle. Les excavations de 1912,3 Sahri-Bahlol. ont mis une fois de plus au jour «nombre de ces petites plateformes, ordinairement carrées et décorées en stuc, qui servaient de bases à des stupa et des viluh^a isolés, et qui jadis s'entassaient à l'intérieur de toutes les places saintes Ph or dans les deux terties (J et D (cf. fig. ^86) plusieurs de ces plateformes avaient vW' utilisées, longtemps après leur

'"' Cf. ci-dessus, t. II, [). 556. Sir Auiel l'-lre le plus longtemps en existence: il

Stein remarque incidemment que le cou- aurait été occupé jusqu'au x' siècle. .111-

vent E. de Sahri-Bahlol, le plus proche tant dire jusqu'à l'invasion nuisulniaric de la bourgade, est aussi celui qui dut '' Cf. t. I, p. 177.

LA FIN DE r;Ér,OLE. 593

destruction, comme place de dépôt pour des statues et des basreliefs de toute espèce. Un fait significatif, c'est qu'en certains cas les sculptures ainsi dressées autour de la hase cachaient derrière elles une frise en stuc très endommagée et manifestement beaucoup plus ancienne. Mais il est encore plus intéressant de remarcnier que , parmi les statues ainsi rangées et pour la plupart d'apparence tardive, il y en avait quelques-unes qui devaient avoir perdu leur

^^S^^ «tel

'-fT'

FiG. 5 19. — Religieux bbahmi.mqdes, au Cambodge (cf. p. 268, 618).

Première enceinte d'Angkor-Vat, galerie' Sud , aile Ouest.

D'après unp phofographif Je Cb. CiBPBADX.

piédestal ou subi quelque autre dommage longtemps avant d'avoir été redressées. Il est clair que les fidèles, qui ont sur le tard utilisé ces bases de slûpa en ruines d'une manière qui ne répondait nullement aux intentions des donateurs originaux, doivent avoir l'ait collection non seulement d'images du genre de celles que les artistes de leur temps pouvaient encore produire, mais aussi de débris de sculptures de date plus ancienne, recueillis dans les portions déjà ruinées de ce sanctuaire ou de ceux du voisinage. Par le fait, les statues incomplètes qui ont été ainsi découvertes

GASDIIÀIIA. - ]l. 38

Mi:nic NATio^Ai.r.

montraient souvent une facture distinctement supérieure. Et il n'est pas davantage possible d'expliquer autrement que des fragments d'images colossales aient été trouvés à diverses reprises parmi ces dépôts W. . . n.

Le cas est typique, mais nullement isolé: aux archéologues de se tenir désormais sur leurs gardes. Après le passage des iconoclastes hephthalites et avant la venue des Musulmans, entre le vu'= et le x*^ siècle, des mains pieuses ont travaillé dans les ruines gandhâriennes, relevé les statues mutilées, rassemblé les fragments de bas-reliefs, et tant bien que mal restauré les anciens sanctuaires. Reste maintenant à savoir si, au cours de ces restaurations, ils n'ont rien ajouté de leur cru. Dans le cas présent, nous inclinerions à penser qu'ils se sont bornés à refaire ainsi, uniquement à l'aide des débris ramassés sur place, des sortes de sanctuaires de fortune. Si mince est la couche des déblais, que Sir Aurel Stein s'est même demandé si l'on ne s'était pas borné à reconstruire pour les desservants des monastères de bois''). Mais il serait évidemment téméraire d'ériger des cas particuliers en règle générale. Ce qui a pu se faire aux abords d'un village ne devait pas être de mise dans la banlieue d'une grande ville comme Pèshawar. Aux environs même de Sahri-Bahlol tout peut dépendre, selon les tertres, de l'élat où se trouvait le monument ou de la générosité d'un donateur occasionnel. Enfin, et surtout, il serait vain de vouloir résoudre a priori des questions de fait dont la solution ne manquera pas d'être apportée par les fouilles. Remarquez en effet que ce sont les couvents des plaines qui, à notre connaissance, ont été ainsi remaniés. Dans les replis des montagnes limitrophes du Gandhâra reposent probablement encore des ruines que, depuis le vf siècle, la dépopulation du pays a dû garantir non seulement contre le fanatisme des Musulmans, mais encore contre la dévotion des derniers Bouddhistes de la contrée. Leur déblaiement nous apprendra, par

''' (il. I..S. /., lllll. Itl'll. l(jl!-l->, |). 101. '' 11)1(1.. [). 1011.

une sorte de contre-épreuve, à quel mouient il faut tirer la lijjiie. Nous dirons seulement que les présomptions sont pour que toute œuvre de style proprement gréco-bouddhique, si décadente soitelle, doive être antérieure au vu'' siècle. Aux siècles suivants nous n'oserions pour l'instant attribuer que deux sortes de sculptures.

FiG. 5aO. — TviMi Oli BnAHMANE. AU CAMBODGE ( cl. p. 258, (il 8 ).

Sema [borne de temple) troufé à Phnom-DH [Siem-Réàp) D'après uue pliolograpliie de M. J. CoMMâiLLE.

déjà discernées par l'œil pénétrant de Sir Aurel Stein. Ce sont d'abord celles qui (telle la déesse reproduite sur la figure ^187) se trouvent, dit-il, tt occasionnellement et dont, si on les rencontrait ailleurs, on aurait pu douter qu'elles appartinssent à la période bouddhique du Gandharan. Ce sont ensuite celles qui trsont évidemment hindoues vi et ont d'ailleurs été trouvées en compagnie de monnaies des Shàhis liiudous. En résumé, l'arrivée de Mahmoud

de Gliazni n'aurait fait que resceller dans sa tombe le vieil art indo-grec, déjà mort depuis quatre siècles.

Cette fois, c'est fini : et désormais l'on pourrait reprendre au compte de l'école gréco-bouddhique l'exclamation que pousse Ka- Ihana (') à propos de la dernière dynastie gandhàrienne : trA-t-elle jamais existé ?n Certes le pays connaîtra encore bien des calamités et verra passer bien des conquérants : après les Perses, les Grecs, les Scythes, les Parlhes, les Yue-tche, les Huns, les Turcs et les Arabes, ce sera le tour des hordes de Mohamed Ghori (i lyô), de Timour (i 898-9), de Baber (i5o5), de Nadir Shah (i^SS), d'Ahmed Shah et des Afghans Dourràni. Mais au point où en étaient ses ruines, elles n'avaient plus rien à redouter de ces périodiques dévastations. On peut même dire que l'incurie musulmane les aidait plutôt à se conserver sous leur couche protectrice de terre ; c'est tout au plus si la paresse indigène trouvait son compte à en exploiter quelques-unes comme carrière pour les matériaux de construction. L'amour du gain ne fut même pas assez fort pour les déterminer à fouiller tous les stupa qui jalonnaient la grand'route, et ils en laissèrent encore beaucoup à violer à l'indiscrète curiosité des premiers Européens survenus au commencement du xix'' siècle avec les Sikhs. En fait le déplorable vandalisme qui a achevé de bouleverser la plupart des ruines du pays et qui a causé tant de pertes irréparables à la science archéologique date, dans une large mesure, de l'annexion du Penjàb par l'Administration britannique, en 18/18-/19. Mais la suite est une histoire que nous avons déjà contée'^).

Rdjataranghù , vu, 69. — '•' T. I, p. i3 el siiiv.

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