I. \ lioUTE DE TERRE. G'il
l"lran et l'autre de l'Inde souligne assez le contraste entre elles. Il nous suffît que, dans l'une comme dans l'autre, l'église des fidèles
iǫ ^^=A^
FiG. 538-53g. — HÀRiii (comme avatar de Kouax-Yin). f.n (Ihise (cf. p. i4o, lia, (564 , 787), lùg. .758. — Statuette de porcelaine blanche du Musée Guimel. Hauleur: 0 m. 38. Fig. i)3g. — Statuette de porcelaine peinte de la collection II. Gktty. Hauteur: om.SS.
Pour cette dernière, cf. A, Gettt, The Gods nf Nftrtlurn BmW'ism , pi. \XVI.
bouddhiques ait emprunté au Gandiiâra ses modèles d'images de piété, quelle que soit ensuite la façon dont les artistes locaux les aient interprétées : et l'on devine aisément que cette interprétation dut rester singulièrement plus classique au Nord-Onest qu'an Sud-
iMmiMCitir. jfATic
6'i2 INFLUENCE DE F.'ÉCOEE DU GANDHIra.
Est. Eli même temps, il n'en faut pas davanlage pour que ces deux villes aient joué le rôle d'entrepositaires de l'art gréco-bouddhique, l'une auprès du continent indien et l'autre de l'Asie centrale : et cette fois encore il est probable que, ce faisant, Bactres aura mieux su sauvegarder la pureté du style classique, si même elle n'en a pas rajeuni quelques formules grâce à sa situation privilégiée sur le chemin de plus grande communication entre l'Occident et l'Orient de l'Asie. Ahiis, ces réserves faites, nous persistons à penser qu'il subsiste une réelle analogie dans les rapports historiques qui reliaient au foyer central du Gandhâra ses deux satellites de première grandeur, devenus à leur lourdes foyers secondaires.
Plus l'on avance dans l'étude de la diffusion de l'art gréco-bouddhique vers la Haute-Asie et plus clairement apparaît l'importance du fait que l'empire de Kaniska se trouvait ainsi placé à cheval sur l'Hindou-Koush. Nous comprenons mieux que jamais les raisons de la reconnaissance que, nous l'avons ditt^', la tradition bouddhique a toujours vouée à ce roi barbare, en jugeant de l'impulsion que sa seule influence a pu naturellement donner à la propagande simultanée d'une doctrine et d'un art religieux auxquels il était de naissance parfaitement étranger. Si la conversion d'Açoka s'est répercutée dans toute l'Inde, celle de Kaniska a gagné d'un seul coup la meilleure part de l'Asie centrale. C'est bien à lui que semble dîi de ce côté le deuxième grand bond delà Bonne Loi : après celui qui l'avait menée du Magadha au Gandhâra et au Kaçmîr , celui qui lui lit iVanchir le Toit du Monde et lui ouvrit la route de Chine. Non content de réunir sous le même sceptre les bassins supérieurs de l'Oxus, de rindus etdu Gange, Kaniskaaurait voulu annexer encore celui du Tarim. Du moins Hiuan-tsang nous l'assure : et ce qui donne une singulière consistance à son témoignage, c'est qu'il a vu en visitant l'Inde du Nord, dans les pays de Kapiça et de Cinapati, les monastères qui avaient été assignés comme résidences aux otages
' r.r. ci-dessus, I. Il, p. /ii8 el 5i8.
r.'ir.
royaux ramenés par Kaniska de ses campagnes chinoises O. Or, d'après les annales des Han postérieurs, en 107-1 i3 après J.-C,
FiG. 5io. — TïPES DU BoDDHA ET DE Maitréya, EN CiiiNE (cf. p. 236, 663, 66g, 700, 706).
Sculptures rupesires, stuquées et peintes, dans la grotte n° VI de 1 UH-fca/ig'.
D'après Éd. Cuiïjsm'^ , llksiim . pi. CWVII.
le roi de Kashgar aurait dû eu effet livrer comme otage l'un de ses proches parents, nommé Ch'en-p'an, au roi des Yue-tche. Par un
*'' Ces otages, fort hien traités, passaient l'été au Kapiça, le printemps et l'automne au Gandhâra, l'hiver h Ci'na-
pati ilans le Penjâli. Cf. Hilan-tsang, lier., I, p. o() et 1-3; M. A. Stkin, Ane. Kli(il(tii, p. 55-50, iG/i, ■y.û'.i.
6/i'4 INFLUENCE DK l/KCnLE DU GANDI1\RA.
accord curieux, c'est tout à la fin de son règne et de sa vie que la légende place l'expédition de Kaniska dans la région du Nord. S'il est bien mort, comme le voudrait notre clironologie, vers l'an iiat^', ce serait donc les armes de son successeur Huviska qui auraient rétabli, entre ii/i et lâo, ce même Gli'en-p'an, tout frais sorti des couvents du Nord-Ouest, sur le trône de ses ancêtres. Quoi qu'il en soit, les sinologues s'accordent à placer en l'an i 50 de notre ère l'introduction officielle du Bouddhisme à kashgar. Dès lors la grand'route de Chine s'étendait devant lui*^). Et sans doute le premier rôle continua quelque temps à être réservé au Gandhâra : c'est à un artiste de Puskarâvati que le Sùtràlankâra^^'i confie encore la tâche daller décorer un monastère de Tashkend. Mais il n'y a plus lieu d'être surpris que, dans le Céleste Empire, le métier de traducteurs de textes sacrés et de colporteurs ou fabricants d'images ait été surtout rempli au if et au m" siècle par des Baclriens ou des Sogdiens, sujets des Yue-tche.
La Sérinde. — Quand nous passons le contrefort des Pâmirsqui sépare le Turkestan russe du Turkestan chinois, nous nous trouvons d'ailleurs parmi des populations beaucoup moins différentes qu'on ne pourrait s'y attendre de celles que nous venons de quitter : et Les Sères, nous dit en passant Pausanias (VI, 26), sont un mélange de Scythes et d'Indiens, n Si par rrScythesn il entend, selon l'heureuse expression de M. F. W. Thomas'*' « la ceinture extérieure et encore mal civilisée de la race iraniennes, il a tout à fait raison pour son temps. Les dernières découvertes — car nous sommes ici sur
''! Comme nous l'avons déjà dit, à Khotan, proliablemenl par infiltration
p. 4 19, n. 1, Kaniska serait mort étouffé à travers le Karakorum depuis l'Udyàna
par ses propres officiers, qui se refusaient et le Kaçmîr, cf. M. A. Stein, Ane. klio-
à le suivre davantage: apparemment il en Inn, p. 56. Ce mode différent de propa-
était des Yue-tche comme des Parthes, gation expliquerait le caractère différent
dont Tacite nous dit que, prompts à tra- des sectes dominantes au nord et au sud
hir leurs rois fi/i)irtfes, VI, 36), rtlongin- du bassin du Tarim (cf. t. 11, p. 386). quam militiam aspernebantî) (XI. lo). ''' iv, ai; trad. Ed. HuBcn. p. 117.
''' Pour re qui esl de son inlroilnctioii '*' J. 11. 1. ^)'., lyoO, |i. kjcS.
LA ROUTE DE TERRE. 6'i5
un terrain beaucoup mieux exploré — ne nous montrent en ell'et dans le bassin du Tarim que des populations parlant des lanjjues indo-européennes, surtout des dialectes iraniens, et, dans le Sud, une forte colonie indienne, employant dans ses actes administratifs et sa littérature relijjieuse un pràkrit très voisin de celui du PenjâbW. Toutefois il faut également compter de bonne heure avec la pénétration de la civilisation et de la langue chinoises. Nous dirions volontiers de l'ensemble du pays ce que Hiuan-tsang nous rapporte de l'oasis de Khotan, que ce fut à l'origine un terrain de chasse disputé entre deux princes exilés, l'un de l'Inde*'^), l'autre de Chine. Finalement, celui-ci l'aurait emporté sur son rival. «Le Li-yul, disent de leur côté les Annales tibétaines, n'est ni in lien ni chinois (entendez qu'il est un mélange des deux). Les habitudes du peuple sont tout à fait semblables à celles de la Chine : la religion et la langue sacrée sont tout à fait semblables à celles de l'Inde, n Ajoutons qu'il en était de même des alphabets et de l'art. A ce moment de son histoire, ce pays, si peu favorisé qu'il fût par la nature, devient le champ clos où se rencontraient les deux grandes civilisations de l'Extrème-Oi'ient. Le général Pan-tchao y établit à partir de 78 après J.-C. la domination des fils du Ciel et fixe à Koutcha en qi le siège de sa vice-royauté. L'expédition présumée de Kaniska dans l'Ouest du pays, vers l'an 1 1 0, n'aurait été qu'une réaction momentanée contre ces conquêtes. Mais si la suzeraineté chinoise a fini , après bien des vicissitudes, par se maintenir dans la région, il n'y subsiste pas moins jusqu'à nos jours une colonie indienne importante. Le bassin du Tarim nous apparaît ainsi comme une sorte d'Indochine continentale , sauf peut-être qu'ici les deux zones d'influence sont moins nettement délimitées que dans la péninsule transgangétique : et comme celle-ci a accaparé ce nom expressif, nous emploierons celui, presque synonyme, de Sérinde comme
'"' M. A. Stein, At)r. Khntaii , p. 16/1. fils iTAçoka, comiin- du iiiyllilqiii' l'Viiii-
'^' 11 serait venu de Taksarilà. Plus eus un (ils d'Enée. Cf. M. A. Stein, ;/'»/., lard ou i'[iroiiva le besoin d'en faire un p. il)8, iGi.
6/if) iNFLUEiXCi' DH i;i:r,ni,i'. n[i gandiivim.
désignation ancienne du pays qni est devenu sur nos cartes le Turkestan oriental ou chinois, et qui n'est guère turc que de langue. L'exploration archéologique est ici trop récente pour que nous ne devions pas en décrire brièvement les conditions et le théâtre. Imaginez, au cœur même de l'Asie, une vaste dépression sablonneuse qui forme le bassin du fleuve intermittent du Tarim jusqu'à sa perte dans le lac nomade du Lob-nor. Au sud, la formidable barrière du Kouen-lun, rebord du plateau tibétain, tombe presque à pic sur la plaine. Au nord, celle-ci est bordée parle rempart, encore très élevé, du Tien-chan ou Monts Célestes — l'Imaiis scythique, autre contrefort du fameux Toit du Monde. Tout autour, au pied même des montagnes, règne une frange d'oasis. Deux routes, menant d'Occident eu Chine, les relient, bifurquantàKashgar pour se réunir de nouveau au couloir de Touen-houang. Chacune d'elles égrène un chapelet de villes et de bourgades : au nord, Aksou, Koutcha, Karashar, Tourfan, Hami; au sud, Yarkand, Karghalik, Khotan, Keriya, Niya, Cherchen, Charklic[. Le climatest extrême, fait de froids polaires l'hiver, et de chaleurs torrides l'été: mais il est excessivement sec. Tout ce qui pointe au-dessus du sol est vite blanchi, rongé, détruit par les terribles bourrasques, qui chassent devant elles les dunes comme des vagues; tout ce qui demeure protégé sous la couche de lœss ou de sable est, comme en Egypte, admirablement conservé, le bois et le stuc encore intacts, l'encre des manuscrits à peine pâlie, le coloris des peintures toujours frais. Là gît la chance des archéologues : on sait comment ils viennent de la mettre à profit^. Ils ne faisaient d'ail-
''' Aux renscignemenis iloimés t. I, allemandes (A. Grïn«edel, Bericlil ttber
p. 4-5, il faut ajouter : i° l'apparition arclidnlogisclie Arbeileii. in Idikiitscliari
(lu /)('/(f//pr/ //cpo/7 de Sir Aurcl Stein suc '""/ l'iitiidniiii^ . Miuiicli , 1 906, et .1//-
sa première mission [Ancient KItolaii , hmUliisùsclie Kultslutteit in Chinesisrh-
9 vol. 10-4°, Oxford, 1907) et dure'citde Turkistan, Berlin, igi-J ; A. von Le Coq,
sa seconde mission {Riiins of dcsert Ca- VÀotscko, Berlin, 1912: 3° l'installation
Ma^, 2 vol. in-8°, Londres,' 1912); a° la au Musée du Louvre de la collection
publication des rapports sur les missions P. Peli.iot.
l'iG. h'ii . - Stèle chinoise^[6Go ap. J.-C] (cf. p. ayf), 37o,JG(î:i, liSii, 688,^701, /Oti).
Musée du Louvre. Provenant de Long-men. Hauteur: 0 m. tio. Mission de M. Philippe BEHiatLor.
leurs que se précipiter sur les traces des pèlerins cliinois. Si pré cieiix que soit le butin qu'ils ont rapporté, si inattendues qu'aiei
ét('' quelques-unes de leurs découvertes, on pourrait soutenir qu'à notre point de vue ils ne nous ont rien appris de nouveau. Que le panthéon bouddhique du Gandhâra ait, par l'intermédiaire de la Sérinde, gagné la Chine, nous le savions déjà. Mais à présent nous faisons mieux que de le savoir, nous en touchons les preuves palpables. Que cela fasse une différence, le contraste du présent paragraphe, bourré de noms et de faits, avec celui que nous venons de consacrer à Bactres et qui sonne si terriblement le creux, est là qui l'atteste.
Essaiei'ons-nous à présent de résumer l'œuvre collective déjà accomplie? Sur la route du Sud, qui est restée le domame particulier de la mission anglaise, les eaux qui dévalent des montagnes, apportant avec elles la fertilité et la vie, prolongeaient jadis beaucoup plus loin qu'aujourd'hui la ligne de verdure de leurs peupliers et de leurs roselières. Autant par le fait de la dessiccation générale du pays que de la négligence musulmane, qui a laissé s'obstruer les cantHix d'irrigation, le sable a gagné du terrain sur les cultures et le désert a pris sa revanche sur la civilisation. C'est des anciens établissements abandonnés, maisons particulières, monastères ou slilpa, que sont sorties les trouvailles. Sur la route du Nord, celle des missions russe, allemande, française, japonaise, les édifices de plein air étaient en général trop ruinés pour avoir conservé aucune pièce de grande dimension; les découvertes les plus importantes ont été faites dans les hypogées creusés au flanc des collines voisines de Tourfan ou de Koutcha. De part et d'autre, si on laisse de côté des manuscrits rédigés dans presque tous les alphabets et les langues de l'Asie, des sceaux, des intailles, des monnaies, des étoffes, des broderies, le gros des collections est constitué, soit par des sculptures sur bois et des modelages d'argile, soit par des peintures, les unes murales, les autres exécutées sur soie, sur toile ou sur bois. Disons-le tout de suite : ce qu'il y a de plus nouveau et de meilleur, ce sont encore les peintures.
Fi(i. fj'ia. — Stèle chinoise, en deds siii.es [55/i ii(i. J.-C] i cf. [>. Ci6'^ , 77'^ )•
Musée lie Bn»lon. Hauteur de la partie vepruilnilc: i m.ao.
D'.iprrs Ars Asiatica , II, pi. \\1\.
Elles ii'onl pas seulement le grand avantage, déjà signalé^, de nous rendre parfois une idée approchée de ce que dut être la pein-
'" Cf. i. Il, p. ioi.
650 INFLUENCE DE F/ÉCOLE DF r,ANDH\RA.
ture gandhàricnne. M. A. Griinwedel, qui est un artiste en même teni])s qu'un pliilologue, vante avec complaisance chez les fresques de koutcha la vigueur du dessin, l'habilelé de la composition, voire même le pathétique de l'expression : et celles que Sir Aurel Stein a mises de son côté au jour, notamment près de Miran , méritent les mêmes éloges. Quant aux statues, elles sont le plus souvent établies en argile peinte sur un bâti de bois et de fascines de roseaux. Aussi n'en retrouve-l-on guère que la partie la moins friable et sans doute aussi la plus soignée, à savoir les têtes. Cellesci ne sont pas sans grâce, ni surtout sans originalité : malheureusement ce procédé d'exécution invitait et prêtait à la multiplication indéfinie des moulages. Ici l'abus est certain, car on a retrouvé des moules, en même temps que des poncifs pour les dessins. Tout compte fait, il ne faut pas oublier que ces ruines du Turkestan, restes d'édifices en torchis ou de grottes creusées dans des falaises terreuses, sont des fondations plutôt mesquines et dues à de barbares donateurs.
Ce serait donc s'exposer à des déceptions que de s'exagérer à l'avance la valeur esthétique des collections nouvelles : mais rien n'en saurait diminuer la valeur documentaire. Par comparaison avec nos galeries d'antiques, un esprit infatué de l'idéal classique pourrait déclarer n'y voir qu'un fatras hétérochte d'images de piété et d'objets de rebut, héritage médiocre, et dès longtemps dilapidé par les chercheurs de trésors, d'une civilisation aussi superficielle que mêlée. Il n'en reste pas moins que cet étrange bric-à-brac, réparti sur les dix premiers siècles de notre ère, et où se coudoient tous les types et tous les styles, hellénique, iranien, indien, turc, tibétain, chinois, jette définitivement le pont entre l'art de l'Asie hellénisée et celui de l'Extrôme-Orient. Nous nous hâtons d'ailleurs de convenir que, même au seul point de vue de l'inlluence classique, il y a un tri à faire, et de rappeler que tout l'apport venu d'Occident ne saurait être inscrit au crédit de l'école du Gandhâra. Il est bien clair, par exemple, que les représentations manichéennes
retrouvées au Toui-l'an n'ont rien à démêler avec le Penjâb. De même les plus belles intailles grecques ont dû être directement importées du pays de Ta-tsin. Enfin, jusque sur les monuments dont le caractère bouddhique est indubitable, il faut compter avec la possibilité que le cadre décoratif, si indien que soit le tableau, n'ait pas fait le détour de llnde. L'exemple le plus caractéristique de ces bordures grecques, ou tout au plus irano-grecques, entoul'ant une composition gréco-bouddhiijue d'origine indienne, nous est fourni par les admirables peintures de Miran, au sud du Lobiior. Bouddhiques étaient sans conteste deux petits temples ronds dont les voûtes abritaient un slûpa intérieur; bouddhiques sont les scènes qui se déroulent sur le fond, d'un rose tout pompéien, de leurs parois, ici des épisodes de la vie du Maître, là le fameux jdtaka de Viçvantara ; mais sur la bande qui régnait au bas des murailles, tantôt des anges ailés, tantôt des amorini ou des génies mithraïques, sans compter d'autres personnages encore plus profanes, semblent directement transférés d'une église ou d'une villa syrienne des premiers siècles de notre ère. Ainsi que Sir Aurel Stein a résumé ses impressions devant une apparition si inattendue en pareil lieu : « le style gréco-bouddhique de l'Inde avait mis son empreinte sur la frise, et l'art contemporain de l'Orient romain, tel qu'il s'était transmis à travers la Perse, avait laissé son reflet sur la [dinthet^'ii. Nos réserves ne sont donc pas de pure forme; mais nous nen devons pas moins constater que la meilleure part des objets d'art religieux qui ont été exhumés, sont de caractère bouddhique et par suite d'origine indienne. Sur ce point les fouilles ont nettement confirmé le témoignajfe des voyageurs et des historiens chinois. Mazdéisme, manichéisme, nestorianisme ont bien pu suivre dans le sillage du Bouddliisme*'-' : mais c'est avant tout la Bonne Loi et la forme indo-grecque de son imagerie que les artères mon-
"' M. A. Stein, Deseii V.athmj . 1, de i'élépliant sur Im lig. i /i 7 , comparez p. 489: llg. 189-148 et pi. IV, 5. notre figure \hh,\. Pour ie geste dont s'accompagne le don '"' Cf. ci-dessus, I. Il, p. fjGi et suiv.
dialcs, douL nous venons de déterminer le trajet, ont d'abord et
surtout charriées jusqu'en Chine.
Les preuves de cette assertion se lisent déjà dans les relations des explorateurs eux-mêmes; car ils étaient mieux préparés que personne — ne cherchez pas ailleurs les l'aisons de leur éclatant succès — à définir et à commenter leurs propres trouvailles. Nous devons nous borner à signaler, ou pour mieux dire à rappeler les traits les plus caractéristiques d'une analogie si généralisée. Elle s'étend, on le sait, jusqu'aux édifices. Les stûpa de Ravvak, près de Khotan, ou de Mauri Tim, au N.-E. de Kashgar, sont, par exemple, tout à fait conformes aux modèles de l'Inde du NordO, tandis que les plafonds de plusieurs cryptes de Qyzyl sont, au témoignage de MM A. Griinwedel et P. Pelliot ('■'), exactement du même type que celui de Pândrenthân (fig. 57). Si nous passons maintenant aux scènes légendaires, il sera beaucoup plus court de dire qu'elles se représentent presque toutes, et toujours conformes aux prototypes gandhàriens, depuis le Dipanhava-jdlaka jusqu'à celles qui suivirent le trépas du Maître. Il suflit de reproduire une fois de plus ici les et quatre grands miracles ii, pour qu'on juge de la fidélité des répliques à travers les différences de style (fig. 52 3). La seule variante importante concerne le tableau de la Nativité, qui est complètement retourné; mais l'accident est clairement imputable au fait que le poncif de cette scène a été employé à l'envers; et, en effet, pour que tout rentre dans l'ordre accoutumé, il suffit de regarder cet épisode par transparence. Enfin, parmi les personnages, nous avons déjà dû noter en passant quantité de figures empruntées aux superstitions populaires de l'Inde et à peine modifiées au cours de leur déplacement. Faut-il les énu-
"' Cf. M. A. Strin, Ai\c. Khultni, I. ''' A. GftmviEDEL, Altbmldhisttsche Kult-
fig. i3 et 09-66; II, |)L 1 «t xiii-xviii. slatten in Cliinesisch - Tiidistan, 1912,
XXII, XL. Cf. nos lig. 16 ot 1 7 et /lrt7(«'o- lig. 890 i; photogi'iipliie P. Pelliot,
logical Surveij of India. Aniiiud Report dans L'Art décoratif, n° ii3, août
igio-ii, pi. XIII. i9'f>, p. 53.
nither tous à nouveau : démons grotesques (fig. 52^), Nàgas et Garudas (fig. 62 5), Vajrapàni et Lokapàlas, roupie tutélaire (fig. BaS-bSo), dèva du Soleil (fig. 53i), type de l'ascète braii-
Fic. ^Iii. — MiSQUE DE Gabliia ( T'ien-kéoc) , Ac Japox (of. p. '10). Collection R. Petui cci.
manique (fig. 532-535), pour finir par le Buddlia accompagné de ses moines (fig. 536)? Cette gerbe de faitst'', recueillie au hasard, prouve suffisamment l'importance d la persistance de l'influence gréco-bouddhique en Sérinde : or, c'est tout ce qu'il nous importe de retenir ici.
'"' Cf. t. II, p. 1 9, 3-j, n. 1, io, Ga , 100, 193, i38, 160, 169, i63, 9.5().
3 1 0 , 33a , 389 , etc. — Pour des détails
de parure, de costume ou de coidure, voir encore p. 78 , n. 9 , g^ (cf. fig. ^io.-j) et 193 (cf. tig. 598).
654 INFLUENCE PE I/KHOLE nU GANDHIra.
On le conçoit aisément, une analyse minutieuse des publications parues et des collections exposées allongerait hors de toute proportion cette étude. Nous avons en efl'et alTaire à un développement artistique qui s'est prolongé pendant plus de mille ans. Parmi les sanctuaires du Sud, quelques-uns, nous dit Sir Aurel Stein, déjà llorissants au ]f siècle de notre ère — et c'est une des raisons qui nous ont ci-dessus empêché de faire descendre trop bas les débuts de l'école gréco-bouddhique''' — ont dCi, comme Niya et peut-être Rawak, être abandonnés dès la fin du m" siècle devant l'invasion des sables; d'autres, comme ceux de Dandan-Uiliq, de Domoko ou d'Endère, ne l'ont été qu'au vui''; quelques-uns enfin et, peut-on ajouter, la plupart de ceux du Nord ont continué jusqu'à l'arrivée des musulmans (xi"" siècle), et parfois même après, à être entourés de la dévotion populaire. Ces derniers durent par suite se prêter soit à des additions nouvelles, soit à des réfections ou à de prétendus eud)ellissements : cette manie de restauration sévit encore de nos jours dans les grottes de Touen-houang. Aussi, pour l'œil averti de M. Grûnwedel, la décoration sérindienne se répartit-elle entre cinq ou six styles diflereuts, gandhârien, iudo-scythe, vieuxturc, ouïgour, tibétain : et ces diverses périodes sont d'autant plus aisées à distinguer que le contraste entre les donateurs et les artistes les souligne. Depuis les élégants types indiens, en passant par les K chevaliers T) tokhariens, armés de l'épée et de la dague, jusqu'aux Ouïgours empêtrés dans leurs robes aux longues manches; depuis l'artiste qui signe du nom romain de Titus (^^ les fresques de Miran, en passant par des Sérindiens, jusqu'au peintre chinois qui s'est représenté lui-même, le pinceau à la main, sur des fresques de Tourfan''', il ne tient qu'à vous d'en faire la revue, soit au British Muséum, soit au Musée d'Ethnographie de Berlin. De son côté, le
<■' Cf. t. II, p. '.39. (^' Cf. A. Grijnwedel, AUhuddhkikche
''' M. A. Stein, DescrI Ctithay, I, KMllstiiltrn in Cliiiiesisch - Tiirkislan,
|j. igi-igS; la iecliire est de M. A.- lig-. 336, 338; ou les lielles planches du
M. BovER. Chotstlio de A. vo\ Le Coq.
Louvre est suffisamment pourvu, grâce à la mission de M. P. Pelliot, de têtes de mortier ou d'argile, pour qu'on puisse les échelonner depuis les plus « aryennes ■«, comme on dit, jusqu'aux plus mongoles'''. C'est tout un monde nouveau, toute une variété de types
FiG. hhh. — Mahàkàla (Dai-kokod), au Japon (cf. p. 199, 670). Statuette de bois de la collection R. Petbvcci.
et de styles que les iouilies ont ainsi fait surgir de terre. Aux liabiles et heureux explorateurs revient la tâche de les étudier dans le détail et, à cette occasion, de renouveler de fond en comble notre connaissance des antiquités de l'Asie centrale : nous pouvons
'' es. 1/ irl (h'cur(tlif, 11' l'io, :iiiùl 1910, |i. i() el planche hors texte.
nous en fier à eux de ce soin. Pour nous qui, ne l'oublions pas, n'avons ici d'autre dessein que de suivre à la piste, dans l'espace et dans le temps, la diffusion de l'art ,oréco-bouddhique, notre l'Ole sera terminé quand nous aurons montré comment se ménage la transition entre le point de départ et celui d'arrivée, de Kasiigar à Touen-houang — entre le début et la fin de la période, du u* au x^ siècle de notre ère.
L'abondance et la diversité des trouvailles ne doivent pas en effet nous faire perdre de vue le fait qui domine le jeu complexe et touffu de toutes ces influences etbniques, venues des quatre coins cardinaux. A prendre les choses d'un peu haut, il n'y a, comme nous le disions en commençant, que deux grandes civilisations et deux grandes races en présence, à savoir, pour nous servir d'une expression brutalement nette, la blanche et la jaune. Aussi bien tous les témoignages sont-ils d'accord sur le partage, dans l'espace comme dans le temps, des deux grandes influences. Sur la route du Midi, en dépit de la désolation du pays et du climat, Sir Aurel Stein se réconforte en retrouvant jusqu'au sud du Lob-nor non seulement le style classique, mais la jeunesse, la beauté, la joie de vivre méditerranéennes'''. Sur la route du Nord, par un accord d'autant plus curieux à relever qu'il n'a rien de prémédité, M. A. Griinwedel se réjouit de respirer jusqu'à Koutcha quelque chose de l'atmosphère antique; au contraire il déplore le caractère sinistre, funèbre, démoniaque des œuvres de Mourtouq et de Tourfan, en même temps qu'il y signale l'apparition rr d'éléments distinctement chinois'^N. Les voyageurs qui arrivent de l'Est éprouvent des impressions analogues, mais inverses. Les Annales des Wei du Nord regrettent de constater qu'ffà l'ouest de Tourfan, les gens ont des nez proéminents et des yeux profondément enfoncés n, ce qui est évidemment moins conforme à l'esthétique chinoise qu'indo-européenne (''. En revanche Song Yun a la satisfaction de
''* M. A. Stein, Désert Cathay, p. k%h et passiin. — <^' Zeitscli. fiir Ethnologie, 1909, Heft VI, p. giS-yiG et 896. — '-^^ M. A. Stein, Ancieiil klwlan, p. liy.
LA ROUTE DE TEliRE. f)57
trouver encore à Tso-mo, entre Cherchen el Khofan, r un Buddha et un Bodhisattva qui n'ont point des figures de barbares '')ii : entendez que leur type tire déjà sur l'idéal mongol, l.a frontière arlisliijue, coïncidant (ou peu s'en faut) avec la frontière etbiiique, est, on le voit, assez flottante : elle n'en existe pas moins et coupe la vSérinde à peu près par la moitié. La démarcation des périodes, également indécise en son milieu, n'est pas moins tranchée aux extrémités. Si longtemps qu'ait persisté l'influence gréco-bouddhique (au moins jusqu'au vin'= siècle), c'est aux n*" et uf siècles de notre ère que les explorateurs sont d'accord pour rapporter l'époque de sa plus grande floraison autour de khotan et de koutcha. Sans doute l'école locale était dès lors contaminée d'éléments gréco-romains ou gréco-iraniens, comme plus tard sassanides ou byzantins; mais elle n'en était pas moins un rejeton de l'art gandhârien, à telles enseignes qu'on y a retrouvé de petits modèles en schiste bleu évidemment importés de leur pays d'origine ('-'. D'autre part Song Yun attribue à Lu-kouang, c'est-à-dii'e à la fin du IV* siècle au plus tard, l'érection des statues déjà chinoises dont il vient d'être question; mais c'est surtout parmi les peintures sur soie de Touen-houang, au viu'' et au ix" siècle, que nous nous trouvons nettement en présence d'images bouddhiques complètement interprétées à la chinoise (^l En résumé, l'histoire de l'art bouddhique dans l'Asie centrale se divise en deux grandes périodes, comme son aire de dill'usion en deux grandes zones, oi^i dominent d'un côté la culture indo-européenne, de l'autre >ino-mongole. Entré indo-grec par Kashgar au ii" siècle de notre ère, quand il ressort trois siècles plus tard par Toueng-houang pour pénétrer en Chine, il n'est déjà plus (pie sérindien. Petit à petit, sous l'influence du milieu, le style gréco-bouddhique s'est mué, le long de
'"' Song Vdn, traduction d'Ed. Ciia- '*' M. A. Stein, Ancieiu Mwinn,
VANNES, dans le Biillcliii de l'Ecole f mu- pi. XF^VIU.
çaxse d'Ea-tii'me - Orienl, 111, ir)o3, *' M. A. Stein, Désert Cuthmj , 11,
|). Bgi. [)1. VI : cf. fij]'. i()i), |il. VII, etc. CANDUÀHA. - II. I^•^
iir. :<ATruNALr.
l'intenninable chemin, en un style qui ne peut plus être qualifié que de sino-bouddliique.
La Chi>e. — Comme le pays qui lui a donné naissance, l'art bouddhique de la Sérinde est donc à deux visa<jes ou plutôt à deux masques : car aucun de ces deux aspects ne leur appartient en propre. Simple lieu de passage et terre de transition par excellence, l'Asie centrale reflète tour à tour, plus ou moins fortement, les deux grandes civilisations entre lesquelles elle se trouve insérée. 11 en résulte aussitôt que son partage entre les deux influences que nous avons vues à l'œuvre nous atteste aussi bien fexistence d'un art chinois à l'Est, que d'un art indo-grec à l'Ouest. Tel est du moins à nos yeux le plus clair résultat de notre étude. Lors même que nous ne soupçonnerions pas autrement que la Chine possédât déjà une école nationale, il nous faudrait l'admettre par hypotiièse. Mais ce vieil art chinois n'est heureusement pas pour nous un simple postulat. Si peu qu'ait été l'ouillé le sol du Céleste Empire, les sépultures du Chan-toung, du Ho-nan, du Sseu-tch'ouan , nous ont rendu des rc sculptures sur pierre n, que l'on connaît par la belle publication de Éd. Chavannes''), et qui datent de l'époque des Han (u'"-ni'= siècles ap. J.-C). Leur décor, moins sculpté que gravé'^', paraît au premier abord dénoter une technique tout à fait primitive; mais , après plus ample examen, on en est venu à penser qu'il se ressent plutôt d'une exécution ([uasi fr industrialisée n de motifs consacrés. Il y a tout lieu de croire que ces scènes, destinées à être enfermées, la face sculptée en dedans, dans l'ombre de la chambre funéraire, sans autre spectateur que le mort, étaient abandonnées à de médiocres artisans, sortes d'entrepreneurs de monuments funèbres. Mais à travers leur travail grossier et som-
'■' Éd. Chavannes, La sciitjnui-e sur la Revue de l'Université de Bruxelles, a.\vil-
pieiTe en Chine au temps des deux di/naslies mai 1910.
Han (1893); rétiide a élé reprise dans le '"' Nous reviendrons plus bas, p. 772-
premiur volume de la Missimi dans lu 778, sur cette questiondeleclmique, dont
Chine scpleiiirionule. CF. R. I'etricci, dans on devine Timporlance.
maire on croit voir transparaître de grandes compositions, d'un mérite artistique infiniment supérieur, dont ces ouvriers ne nous ont laissé que la transcription mécanique et stéréotypée. Dans les
l'"iG. Ôi5. — Hiniii (Ki-si-ho-djin), au Japon (cf. p. i3g, 070).
Statuellc de bois de la collecliim U. Cfaty. Hauteur: o m. 30.
Cf. .\. Getty, Tlie Goda of Nnrtbent Bn^hlltistn , pi. \\\II n.
allures des personnages, leur mode de groupement, le dessin de leur silhouette, le choix de leurs attitudes, on a même voulu relever plus d'une analogie avec le fameux rouleau attiihué à Kou Kai-tcheC^ et aujourd'hui conservé au British Muséum, le(|uel
"'' \()ii' Ei\. ('.IIAVAN>KS, T'duiiir l'dn . iiese l'aiiiinig uj llic jouiili ceiiUinj ( liuv-
niai-s Kjtxj, p. yti-Sy; L. l!i\vo\, .1 ('.lu- imjrton Mcgaiinc , jans . l'jo'i).
témoigne d'un art déjà consommé. D'antre part, outre les dalles intérieures des sépulcres, on a retrouvé des sculptures, piliers ou lions, qui, destinées à la lumière du jour, sont des œuvres très supérieures d'artistes dont les noms sont connus par des inscriptions('). On est ainsi Forcément conduit à admettre, d'accord avec les affirmations des Annales, et sans parler des bronzes archaïques, l'existence en Chine, dès les premiers siècles de notre ère, d'un ai't déjà ancien et ]deiiiement développé.
Tel est le tronc extrême-oriental sur lequel est veiuie se greller l'influence gréco-bouddhique. Mais il ne suffit pas de savoir qu'en Chine celle-ci n'a pas trouvé table rase devant elle : il est également très important, comme le prouvent les précédentes pages, de fixer à quel moment de son évolution elle s'y est définitivement installée. Etait-elle à son arrivée encore voisine de ses sources occidentales et classiques, ou déjà transformée au cours de la distance et du temps? La réponse à cette question dépendra avant tout de la date à laquelle nous devrons rapporter les premières adaptations faites sur place des modèles gandhâriens. Impossible, par suite, de nous contenter des traditions plus ou moins légendaires qui font remonter à Tan 67 après, voire même à l'an 2 avant notre ère, la première introduction de livres, d'images et de çromami bouddhiques^-). Ce qu'il nous faut, pour fonder nos conclusions sur une base solide , ce sont des monuments importants et datés. Or. les premiers que nous rencontrions — nous en devons encore la publication à Ed. Chavannes'^) — appartiennent seulement au v° siècle. Qu'on ne s'étonne pas trop s'd a fallu tant d'années pour transporter de proche en proche, sur les interminables routes de l'Asie centrale, un matériel décoratii aussi considérable cl, pour le pays, aussi nouveau. D'autre
'" Cf. Bdshell, Chinese Arl . I, p. 59. lions ilirecles oiiverles par Tc'liang--k'ifin
Voir Kokha, 2^5, 227, 233. avec l'Occident dès le ii' siècle av. J.-C.
'-' Nous reviendrons plus has, dans ''• Mission dans lu Chine seplenlno-
nos Conclusions (p. 856), sur les rela- nalc, l. 1, fasc. a et planches.
part la vieille Chine semble avoir longtemps et énergiquement résisté à l'invasion des idées et des images nouvelles. On dirait en vérité qu'elle a fait faire antichambre au Buddtia. Celui-ci n'aurait même pénétré dans l'antique forteresse confucéenne qu'à la faveur
l'iG. ô'iG. — HÀiuTÎ (Ki-si-Mo-DjiN). M Japi.n (cI. p. i3(j, 070, 7157).
Slatuetle de bois, de la collection II. (iETrr. Ilnutear: 0 m. s3.
Cf. A. Gettt, TIic Cmh r,f yorihern IhMhhm . pi. XXXII b.
d'une révolution politique, grâce aux armes des barbares sectateurs qu'il avait racolés dans l'Asie centrale. C'est sous la dynastie tangoute des Ts'in antérieurs qu'un moine cbinois dédie, en 366, la première des cr mille grottes n, et sans doute aussi le premier îles rt mille Buddliasii de Touen-houanp-. C'est la dvnastie tongouse des
Wei du Nord qui, au v"^ siècle, creuse et décore les sanctuaires rnpesLres de Yun-kang, près de Ta-tong-fou, et au vi*", ceux du Long-men, oii les T'ang ne font que continuer leur œuvre. En somme les bas-reliefs et statues de Yun-kang, exécutés entre /i5o et 5oo, restent les plus anciens monuments actuellement connus de l'art bouddhique en Chine, et il est douteux qu'on en découvre jamais qui soient antérieurs au iv" siècle.
Une date relativement aussi basse apporte avec soi ses indications. Elle laisse tout loisir, d'une part, à l'école indigène, pour évoluer et même, dès le v^ siècle, se codifier à sa guise; de l'autre, à l'école étrangère, pour se modifier profondément au contact d'un milieu nouveau. Quand l'art gréco-bouddhique parvient enfin au Chan-toung et au Ho-iian, il venait de se transformer de la façon que nous avons vue en Sérinde. Aussi quiconque feuillette le précieux album de Ed. Chavannes, est-il plutôt surpris de trouver des preuves encore si visibles et si abondantes de son influence. Assurément, les scènes de la jeunesse du Buddha (tir à l'arc, vie de plaisirs dans le gynécée, sommeil des femmes, départ de la maison, etc.) ont déjà subi le travestissement auquel on pouvait s'attendre : types, costumes, architectures, accessoires, tout est devenu cbinoisC). Mais il est remarquable de retrouver, exactement observé, l'ordre traditionnel des scènes et, dans chacune d'elles, le concept original de la composition. Les épisodes du cycle de la Bodhi et de la carrière du Maître sont d'ailleurs restés beaucoup plus proches des modèles gandhàriens, en raison du costume stéréotypé du héros principal et de ses moines. Non moins évidente est l'allure indianisante des Bodhisattvas, de leurs proportions, de leurs draperies, de leurs attitudes. Certaines de ces dernières sont caractéristiques; à côté de la façon indienne de s'asseoir nous rencontrons par exemple, comme sur nos figures 76, 79, io8-/no, 658, etc., les variantes à l'européenne des deux pieds
''' Mission, n" 20/1, elo.
croisés on de la jambe repliée sur l'antre genou (fig. 5Ao). Enfin beanconp de soi-disant nouveautés ne sont qu'un groupement inédit d'éléments empruntés. Tel est par exemple le cas de ce tète-à-lète de Buddhas, incoiniu dans l'art mais familier aux textes de l'Inde, et dont nous avons déjà expliqué l'origine'''. De même le groupe consacré du Long-men n'est l'ait après tout que d'un Buddha encadré de moines*'-', de Bodhisattvas et de Lokapàlas (fig. 5/ii; cf. fig. 5/19) : seulement ces derniers ont pris un air particulièrement belliqueux au cours de leur traversée de la SérindeP. Sans doute çà et là des détails exceptionnels arrêtent le regard. Il en est de purement grecs, comme le pétaset*' dont est coilTé un des gardiens île la porte dans l'une des grottes de Yunkang (fig. 5 3 7). Il en est de purement hindous, comme les devn à têtes et bras multiples qui veulent, dans la même grotte'^', représenter Çiva et Visnu, et qui d'ailleurs n'auraient jamais réussi à se faire reconnaître de nous sans le taureau de l'un et l'aigle de l'autre. Enfin il en est de purement chinois, comme ces suites de donateurs qui défilent d'un si beau mouvement dans leurs attitudes recueillies. Mais le fond même de la décoration de tous ces sanctuaires est bien encore et toujours une simple adaptation chinoise, greffée sur une adaptation sérindienne, de l'art gréco-bouddhique du Gandhâra.
Nous n'avons pas à suivre ici les destinées de ce stock considérable d'importation étrangère dans l'évolution ultérieure de l'art chinois. Rappelons seulement que ce croisement artistique a parfaitement réussi : son innombrable postérité de bronze, de jade, de buis, de porcelaine, de laque, etc., en est la preuve. Poussahs rieurs et ventripotents ou génies guerriers qui ne sont que l'interprétation chinoise du double type indien du Yahm; rrlohansn aux traits accusés ou suaves figures asexuées de Bodhisattvas, de tout
'■' Cf. t. II, p. 378-380 et (Iff. 5Gi. ' Und., p. 160-1 6a.
''' Sur le type de ces moines, cf. ci- ' IhkL, p. 16g.
dessus, t. II, p. 277-278. '■'' Yiin-kaiig, jji-otlp n" IV.
66'i INFLUENCE DE L'ECOLE DU GANDHARA.
ce petit peuple vulgaire ou i-atfiné, comique ou pensif, mais à coup sur extrêmement varié, qui a envahi les autels l'amiliaux comme les pagodes, nous avons déjà signalé les lointaines origines. Notre intention n'est pas d'y revenir dans le détail; mais sur l'ensemble une remarque générale s'impose. On n'aura pu manquer de noter à chaque fois, d'une part la clarté de la ressemblance iconographique, de l'autre l'obscurité du rapport mythologique entre les figures indiennes et chinoises. Quel est au fond le lien entre la représentation du vautour GarudaW et la conception du tt Chien céleste n? Qu'y a-t-il de commun entre le ventre ou la besace de Pou-tai(-) et la sublime compassion de Maitrêya? La Kouan-yin à l'enfant (fig. SSS-BSg), en laquelle s'est transmuée Hâriti'^', n'estelle que le prête-nom de quelque déesse-mère indigène? C'est aux sinologues qu'il appartient de débrouiller ces épineuses questions. Leur ditlîculté même n'est pour nous qu'une preuve de plus à porter au bilan de l'influence étrangère. On devine en effet ce qui est advenu. Le caractère vague et flottant des croyances populaires et surtout le fait que le pinceau ou le ciseau d'aucun artiste chinois ne s'était encore avisé de les fixer, ont seuls permis, sinon déterminé l'adoptioo des idoles indiennes. De celles-ci on s'est contenté, faute de mieux; et le résultat de cet expédient est qu'on a revêtu de figures, dont la ressemblance crève les yeux, des conceptions qui à l'examen se découvrent fort dissemblables. Mais, réciproquement, ce désaccord du fond sous l'analogie de la forme achève de dénoncer l'emprunt.
Il suffit présentement de rappeler ici tous ces faits, dont nous réservons pour nos conclusions le commentaire historique. Si nous avions conservé les premières œuvres bouddhiques de la peinture chinoise, attribuées à ce même Kou Kal-tche et à son maître VVei Hsieh, nous pourrions sans doute entrer dans des considérations moins superficielles. 11 est des emprunts plus subtils, des rapports
' Cf. t. II. p. 35-io. — " lU.. |i. 128. — !' Ihld, 1). lio.
plus intimes que ceux de pure forme. Nous sommes prêt à reconnaître que, dès le iv"^ siècle, les peintres chinois n'avaient plus rien à apprendre en ce qui concerne la vigueur du dessin, le rythme
Fiii. ô'j-. — Vaiijiamam (Bi-fhm(ini, Ai^ Jai'on i cf. p. la'i, ()7o). Statt/i'llr PII hois jii'iitl (lu Mimt'f (îuitiict.
des hgnes, le don du mouvement : ne craignez-vous pas qu'il leuimanquât encore le sentiment de la sérénité et du rêve mystif[ue, c'est-à-dire justement ce que leur apportait l'art houddhique, empreint d'avance dans le paisible sourire et le regard intérieur dises Buddhas? Nous convenons, comme i! est juste, que les deux
autres des et trois religions n ont fourni leur appoint; que le confucianisme a ouvert, grâce à sa morale en action, une mine inépuisable de tableaux d'histoire; tandis que le taoïsme, avec son merveilleux pantliéon et son sens aigu de la nature et de ses mystères, devait donner naissance à des personnages et à des paysages étrangement vivants. Où cependant les Chinois, si bien doués au point de vue intellectuel, mais qu'on s'accorde d'autre part à nous représenter comme positifs et réalistes, auraient-ils puisé l'inspiration de ces figures idéales et presque immatérielles qui — tout indianiste de bonne foi doit à son tour le reconnaître — sont une des plus hautes réalisations artistiques du divin et le point culminant de l'art bouddiiique ? A moins d'être plus royaliste que le roi, on ne peut qu'accepter la réponse des Chinois euxmêmes : car ils ne songent nullement à dissimuler que ces transcendantes créations, nulle part réalisées avec plus de maîtrise, portent toutes des noms indiens et ont été enfantées par la spéculation indienne.
Le Japon. — Ce qui nous confirmerait dans cette idée, c'est que ce sont avant tout ces sortes de créations et ce genre de qualités que l'art bouddhique allait importer avec lui jusqu'aux îles prochaines''' : car, la Chine une fois conquise, rien ne devait plus l'arrêter que l'Océan — si même celui-ci l'arrêta et qu'il ne faille pas quelque jour reconnaître les plus lointains et défigurés de ses rejetons dans les monuments de l'Amérique centrale. On nous le montre pénétrant en Corée dès 872 , au Japon en 552. Mais, dans ce dernier pays, la situation n'était pas du tout la même qu'en Chine, deux siècles auparavant. De quelque talent qvi'elles aient fait preuve depuis, les îles du Soleil Levant ne possédaient pas
''' Cf., outre l'ouvrage de Fenollosa, Einigcs ûhcr die Rildnerei der Narii-
Cl.-E. Maitee, L'art du Yamatn (Revue période, ilans Ostasint. Zeitsehrift, I,
de l'art ancien et moderne, 1901): 11°' 3 et 4;II,n° 1 (igia-iS); la revue
G. MiGEON, Au Japon (1908); W. Cohn, d'art sino-japonais k'okku, etc.
encore un art vraiment digne de ce nom. C'est sous l'influence de l'école gréco-boiiddiiique qu'elles auraient enfin abordé la représentation de la figure liumaine : et, en effet, les images, qui
[•'iG. ô'iS. — Maitrèïa (Mi-KO-Kon), AU Japom (rf. |). i'Hj, bfig). Statiiplli' en cuivre, de l'épiiqw Siiih!.
vont aller se multij)lianl, ne sont guère à l'origine que de Biiddlias et de moines, de Bodhisattvas et de deva. Ainsi l'imagerie gandhc\rienne ne se heurtait ici à aucune école indigène, capable do lui opposer ses sujets, ses procédés et son gciU. Mais d'autre part, il faut sans doute laisser s'écouler un assez long intervalle di-
temps entre l'introduction des doctrines, voire des idoles boiiddiiiques, et la constitution d'ateliers locaux. On ne fait elVectivement remonter qu'au vu'" siècle la fondation des premiers couvents et l'exécution des ])remières peintures ou statues : encore celles-ci seraient-elles dues à des artistes coréens immigrés. Cette date tranche à l'avance pour nous la question qui nous occupe. A pareille distance de l'époque comme du lieu de ses débuts, on se doute combien affaiblie avait pu parvenir l'influence classique que nous poursuivons. C'est en vain que, flattant l'inévitable penchant de tout indianiste, ie zèle pieux des archéologues japonais a parfois prétendu rattacher directement leur école nationale à ses sources indiennes. Persuadés avec raison qu'ici comme en Chine les œuvres les plus anciennes ont aussi le plus de chance de conserver la marque originelle, ils ont remonté à travers les écoles de Kamakura (xni^-xiv^ siècles), de Kyoto et de Nara, droit à ce fameux monastère de Horyuji qui, le premier de tous, aurait été fondé en 607 de notre ère. Mais là même il faut bien se rendre à l'évidence : quand, à travers un intervalle de six siècles et l'épaisseur d'un continent, l'art du Gandhâra a pénétré jusque dans les îles du Pacifique, il y est arrivé plus chinois que grec.
Assurément ce n'est pas qu'on ne puisse retrouver çà et là des traces appréciables, parfois même frappantes, de l'influence classique. Sans parler de la figure 5c)o, sur laquelle nous aurons à revenir ci-dessous, qu'on compare seulement à nos stèles gandhàriennes (fig. [lob-ko'j) la garniture d'autel reproduite sur la figure 566 : 0!i voit aussitôt pourquoi le Buddha et son cortège portent ainsi jusqu'au Japon, dans le canon de leurs proportions et de leurs draperies, la marque indélébile de l'art grec. Il n'en est pas moins vrai que pour trouver les modèles immédiats des plus vieilles images nippones, nous n'avons pas à aller plus loin que la Chine. Un exemple caractéristique fera comprendre notre pensée. C'est bien du Gandhâra (cf. fig. /i 1 o ou ZiaS) que vient
le Mi-ro-kou (Maitrêya) de la figure 568. Vous le reconnaissez à sa pose caractéristique comme à la rondeur de son visage, aux chutes de ses vêtements comme à sa pensive mélancolie. Mais vous n'ignorez plus qu'il a fait escale en Sérinde, puis à Yun-kang (fig. 5/|o) et à Long-men. C'est là qu'il a pris, avec sa haute
FiG. 549. — A'atçratana, ad Tibet (cf. p. 127, 671). British Museuiit. Provenant de Lhassa. Hauteur: o m. 3ù.
tiare, l'abondance des étoffes qui recouvrent son siège. Enfin nous pourrons mettre au compte de l'inexpérience japonaise ce qu'il peut avoir de trop anguleux dans son allure de primitif Et maintenant, après cette sommaire analyse, concluez. Ce n'est pas nous qui contesterons, devant ce morceau, la remarquable survivance du motif gaiidliârien : mais qui ne voit que ce serait un abus de langage de parler d'une œuvre restée gandhârienne? Ce n'est
pins que rinterprétation japonaise d'un modèle chinois, lui-même traduit d'une adaptation sérindienne d'un prototype indo-grec.
Rien ne serait plus facile que de recommencer cette expérience : il suftirait de confronter avec les albums de Ed. Chavannes les planches des Selected Relies ou du Kolcka. Aussi bien les archéologues japonais sont-ils trop experts pour ne pas le reconnaître eux-mêmes ('). Tout leur art bouddhique des périodes Suiko et Tempyo sort immédiatement, pour les sculptures, des grottes de Yung-kang et du Long-men, pour les peintures, de celles de Touen-houang : ou du moins ce sont là les meilleurs points de comparaison dont nous disposions à l'heure actuelle. En d'autres termes, c'est à travers l'art chinois des Wei et des T'ang que le panthéon bouddhique de l'Inde est venu, par l'intermédiaire de la Corée, prendre ses quartiers au Japon. Gela est vrai pour les Bodhisattvas autour desquels continuent à voltiger ces ondoyantes écharpes que les artistes nippons ont essayé de réaliser jusque dans le bronze et le bois; pour les figures de saints arhats qui ont engendré sur place une si étonnante lignée de portraits de bonzes; pour les gardiens des temples ou du monde, avec leur armure guerrière (fig. 5/17) ou leur musculature outrée; pour les petites divinités populaires de la richesse (fig. 5ii) ou des enfants (fig. 5^5-566), etc. A tous ces modèles, déjà transformés par le génie chinois, le .lapon a appliqué sa verve fantaisiste ou sa veine mystique, tantôt s'amusant à des pochades caricaturales, tantôt se haussant aux régions surhumaines de l'idéal. Qui oserait soutenir qu'il soit regrettable que d'indo-grecques ces figures soient devenues sinojaponaises, et qu'une reproduction stéréotypée eût mieux valu que ces originales transformations?
Le Tibet. — C'est donc sans regrets superflus — et qui, dans l'espèce, seraient déplacés — que nous suivons le déclin croissant
''' Voir M. Chùti Itô, dans Kokhti, (ii't.-iiov. igoG.
de rintluence classique à mesure que nous avançons vers l'Exlrêine- Orient. Cependant nous avons déjà atteint les bornes de l'ancien inonde et l'endroit où la route de terre rejoint celle de mer. Le cycle est fermé, et nous devrions clore ici notre tour d'Asie, s'il ne convenait au moins de mentionner une branche de l'art bouddhique trop importante pour que nous la passions complètement sous silence, à savoir l'art lamaique. Volontiers nous caractériserions d'un mot la situation qu'il occupe à notre point de vue : quand on considère que l'influence gréco-bouddhique a contourné le Tibet au Nord comme au Sud, par l'Inde comme par la Sérinde, on est tenté de le définir, si mal que cette métaphore s'applique à un plateau de cette altitude, comme un point de remous entre deux courants ; et, en effet, son panthéon est le lieu de rencontre d'images dérivées aussi bien du bassin du Gange que de la Haute-Asie. Il arrive même parfois qu'en se retrouvant face à face, des personnages, au fond identiques, ne se reconnaissent plus dans la forme : tel est, par exemple, le cas du Vaiçravana à la lance (fig. 5^9) et du Mahàkàla à la vivante bourse, qui ne sont tous deux que des variantes déformées de notre Pâncika gandhàrien'''. Nous avons déjà eu l'occasion de montrer, à propos des miniatures bengalies et népalaises, l'une des voies par lesquelles l'imagerie bouddhique a pénétré au Tibet '-); nous voyons mieux à présent comment des cousines éloignées de ces mêmes images n ont pas tardé à venir les rejoindre à travers les passes montagneuses qui du Turkestan chinois ou du Sseu-tch'ouan mènent à Lhassa. L'Inde mystique et voluptueuse y importa avant tout, outre la figuration de la légende du Maître'-'', ses représentations, tantôt idéales et tantôt obscènes, de Buddlias et de Bodliisattvas; au compte de l'Asie centrale nous pouvons aujourd'hui inscrire sans crainte, outre les scènes de ses enfers man-
*'' Cf. ci-dessus, l. il, p. i -27-128. /« vie du Buddha d'après des peintures
''' Icon. bouddh. de l'Inde, I, p. 180. tibétaines. {Mémoires concernant l'Asie '^' Cf. Hackin, Les scènes figurées de orientale, t. II.)
darinaiix, les arhats et les magiciens [siddha), les tr gardiens de la loin ou «du monde n, et sans doute aussi tout un contingent de démons qui vint encore renforcer la garnison locale du a pays des neiges n '').
Les deux apports se laissent différencier d'autant plus aisément qu'en les juxtaposant les praticiens tibétains se sont bien gardés de les confondre. Ce n'est pas au Tibet que personne pourra se plaindre, comme en Chine ou au Japon, des transformations opérées dans les thèmes importés, que celles-ci soient dues à la réaction du goût national ou à rirré])ressible fantaisie des artistes. Par-delà l'Himalaya, il semble que les modèles bouddhiques soient tout de suite et entièrement tombés, faute de concurrents laïques, entre les mains de moines plus soucieux d'ortiiodoxie traditionnelle que de renouvellement estbétique, et qui se sont fait une loi de les répéter indéfiniment. Ce signe d'impuissance créatrice peut d'ailleurs, au point de vue documentaire, avoir son prix. Si le panthéon des lamas, avec ses perpétuelles et machinales répliques, a vite fait de lasser les yeux du critique d'art, il reste, par sa fidélité stéréotypée, le paradis de l'iconographe. Même l'amateur le plus profane ne peut qu'être frappé du caractère relativement archaïque de ses plus récentes productions. 11 ne faudrait pas toutefois nourrir trop d'illusions sur l'antiquité des modèles si consciencieusement recopiés. C'est seulement, ne 1 oublions pas, au milieu du wf siècle que la civilisation indienne a passé les montagnes, avec le Bouddhisme, sa littérature et son art; c'est à la fin du vni" siècle que les Tibétains exercèrent leur passagère domination sur l'Asie centrale; c'est enfin à partir du x' que leur pays devint le commun refuge des moines indiens et sérindiens, fuyant devant l'invasion musulmane. Ainsi leur panthéon ne s'ouvre qu'à une époque assez basse et nous n'oserions en fermer les portes avant la fin du wf siècle. On peut regretter que le clergé la-
'"' Cf. A. Gkï.wveukl, Mythologie du Bouddliismc au Tibcl cl en Mongolie.
L\ noiTF, IIK TKKRE. (i7;i
maïqiie, non moins conservateur que celui de l'ancienne Egypte, ne nous ait pas transmis un état plus anciennement fixé de l'art bouddliique : mais il est plus simple d'admirer qu'une imagerie si mêlée et si tardivement formée nous remémore encore si clairement, à travers son adaptation indienne ou chinoise, le vieux répertoire gandhârien.
CAM>HÀUA. Il /|3
iuritiur.niE tATio>.
67Û HESUME HISTORIQUE.