‹ L'art gréco-bouddhique du GandhâraChapitre 3 sur 36 · LE BOUDDHISME AU GANDHÀRA · texte numérisé non relu

LE BOUDDHISME AU GANDHÀRA

léjjeiides el à y créer des pèlerinages. Nous avons déjà dit comment les voyageurs chinois y avaient trouvé transplantés quantité de contes édifiants évidemment originaires de l'Inde centrale O. Quelques-uns visent des interventions du Maître en personne : d'après les moines du cru ce n'était plus près de Ràjagiiha, c'était à une étape au nord de Puskaràvatî — là même où les vestiges de celte superstition subsistent encore aujourd'hui''^' — que le Bienheureux avait converti la terrible ogresse de la variole. Il seniljle d'ailleurs que ces tournées (fût-ce par la voie des airs!) du Biiddha dans l'Inde du Nord-Ouest, si loin du théâtre ordinaire de ses prédications et de ses miracles, cadraient trop mal avec les données connues de sa biographie pour rencontrer dès l'abord beaucoup de créance. On se rabattit de préférence sur les innombrables vies antérieures au cours desquelles il avait mis le comble à toutes les perfections. C'est ainsi que les résidants des divers couvents voisins de Sliàhbàz-Garhî s'étaient partagé, en les adaptant fort heureusement aux accidents pittoresques du paysage, les divers épisodes du roman de Viçvantara, ce monomane de la charité : le tour avait même été si élégamment joué que Song \un applique de bonne foi au site gandbàrien les descriptions des saintes écritures'^). D'autres monastères s'étaient pour ainsi dire spécialisés, soit dans la louchante histoire du jeune ascète Çyàma, seul soutien de ses parents aveugles''', soit dans la galante aventure du n'si Kkaçrifiga, que les séductions d'une courtisane rédui-

''' T. I, |i. lu. Il laul |ieiil-èUe faiie exception pour la frsoiimission d'Apalàlacjui dut t'tre créée sur place (t. I, p. 5/i/i et suiv. ) et n'est d'ailleurs que le démar- ([uage d'une légende bjinale. Cf. J. A.. nov.-déc. 191 'i , ]). 5 12.

•'' T. II, p. 1.34. — Signalons (ju'ou a également relevé au (îandliàra ou dans son voisinage immédiat de cuiieuses survivances de traditions ljouddlii(|ues, pendant oral ou littéraire des ruines de

pierre, telles que la renconire du Bodliisallva et du cadavre (.So/hc curmil l'iixliiit Fulk-slorks, dans les Mcmoirs de la S. k. du Bengale, VIII, p. 397) ou le sacrifice de sa chair par le roi des Ç.ibis (1/«h, Xni,n°2,rév. igi.'i,p. 18-19).

•'' T. I, p. 283 et suiv. — Song Yun, trad. Ed. Chavannes, dans le Bulktin de l'r.cole française d'Eœlrème-iJrient, III, 1903, p. 4i3.

'*' T. I, p. 279 et suiv.

',!', LES OlilCINKS I)K L'I'COLE DU C.ANDHARA.

sirent au rôle de bêle de somme ('': toutes deux avaient été égaleiiR'iil transportées, par l'opération magique de la foi, des pentes haditionnelles de l'Himalaya central jusqu'au pied des collines du Nord-Ouest. Il serait inutile de multiplier les exemples, d'autant que tous ces curieux transferts nous sont déjà connus : mais peut-être en saisissons-nous mieux à présent la portée, et pouvonsnous en tenter l'explication (pi'au début nous nous étions bornés à promettre.

La première qui se présente à l'esprit est d'incriminer l'astuce des moines, toujours prêts à spéculer sur la superstition populaire. Mais cette raison à la Voltaire ne sufTit plus, depuis qu'on s'est aperçu que les faits sociaux ne sont pas susceptibles d'une explication aussi simpliste. La mendiante rapacité de la communauté est une cliose, et la crédulité complice des fidèles en est une autre : nous avons autant besoin de celle-ci que de celle-là pour justifier non seulement l'idée, mais encore le succès de l'opération. Cela donne à penser qu'elle ne fut pas le résultat d'une escroquerie ouverte. Remarquez d'ailleurs qu'à moins d'admettre une mise générale à l'encan des jdtaka et leur marchandage entre les monastères de la contrée, aucune explication de cet ordre ne pourrait rendre compte de l'installation de telle ou telle légende en tel lieu plutôt (pi'en tel autre. A fait particulier il faut une cause spéciale : en voici une que suggère l'étude des monuments figurés. Le pis qu'il faille admettre comme point de départ de la théorie, c'est que les choses se soient passées le plus naturellement du monde. Le pays se convertit, les couvents s'élèvent près de toutes les grosses bourgades, des donateurs chargent des artistes de les décorer, ceux-ci empruntent leurs sujets à la légende bouddhique : tout cela va de ci''e. Imaginez à présent que tel tableau ou telle sculpture soit un chef-d'œuvre particulièrement réussi et devienne l'orgueil et le joyau de la galerie d'art religieux qu'était chaque monastère :

<'> T. II, p. 269.

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