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encore de la continuité, comme dans toutes les opérations de la nature. C'est de proche en proche, faisant pour ainsi dire tache d'huile, que gagne peu à peu tt l'influence n. Ne venons-nous pas delà suivre pas à pas de Sérinde en Chine, de Chine en Corée, de Corée au Japon? A force de voir se répéter le même phénomène, nous comprenons mieux pourquoi nous avons dû signaler à chaque étape des modifications nouvelles. Celles-ci tiennent pour une bonne part aux propagateurs eux-mêmes, et pour le reste au milieu nouveau. Nous avons tout lieu de croire que ce sont des maîtres hellénistiques, venus de Bactriane, qui ont fondé à la demande des donateurs indiens l'école gréco-bouddhi(pie du Gandhàra, tandis que ce sont surtout des maîtres indiens (|ui ont d'abord travaillé en Sérinde, puis des maîtres sérindiens en Chine, des maîtres chinois en Corée, des maîtres coréens au Japon.
§ 111. L'Ecole du Gandhàra et l'art classique.
Rapports avec l'art païen. — Ainsi, qu'on la juge bonne ou mauvaise, c'est toujours la même semence que le vent d'Ouest a peu à peu portée jusqu'aux bornes du vieux monde. Et certes, sur chaque nouveau terrain de culture, elle a donné naissance à des variétés de plus en plus éloignées du type originel : mais le fait n'en garde pas moins son intérêt pour l'histoire générale de la civilisation. La teinte lentement dégradée dont nous couvrions tout à l'heure la carte de l'Inde, c'est d'un pinceau sans hésitation que nous retendrions maintenant, de ])lus en plus pâlissante, sur celle de tout l'Extrême-Orient jusqu'aux premières îles. Et si nous nous retournons à présent vers l'Occident de l'Inde, de pays en pays les historiens de l'art seront d'accord avec nous pour noter, presque dans les mêmes termes, la répétition quasi obligée des mêmes phénomènes. De cette école irano-grecqiie, malheureusement si mal connue, qui sans doute se développa sous les Séleucides et oh M. A. délia Setta nous montrait à la fois la voisine immédiate et la
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plus proche parente de l'école indo-grecque, que nous dit-il? — Qu'aelle avait dû, à s'éloigner du pur centre classique, faire un premier apprentissage de l'application de sa forme à des contenus nouveaux, et satisfaire par suite aux goûts et aux exigences de nouveaux peuples i\ Et qu'écrit de son côté M. de Vogiic sur l'art de la Syrie, sinon tt qu'il est le produit de la traduction des enseignements grecs par des artistes orientaux t^'n? En somme c'est toujours le même problème qui s'est posé, à Taxila comme à Peukélaôtis, à Ecbatane comme à Gtésiphon ou Séleucie, à Palmyre comme à Pétra ou à Baalbeck. . . Mais déjà, par cette chaîne de villes nous sommes parvenus aux sources mêmes du courant que nous avons au s'épandre jusqu'au Pacifique, et à ces sources aussi nous pouvons donner des noms de cités, Pergame ou Ephèse, Antioche ou Alexandrie. Sera-t-il un jour possible pour les archéologues, quand le cours du grand lleuve classique sera mieux exploré dans la traversée du désert de Syrie et de l'Iran, de suivre jusqu'aux régions limitrophes de l'Inde et de la Sérinde l'apport particulier des divers aflluenls de tête? Ce serait beaucoup demander, si l'on se rappelle le caractère cosmopolite qu'avait d'avance pris l'art gréco-romain. Mais déjà deux points nous apparaissent clairement. Tout d'abord le secret de ce qu'il subsiste d'obscur dans la transmission de l'influence classique jusqu'au Gandhàra ne pourra nous être livré que par une connaissance plus approfondie de l'archéologie de l'Asie antérieure pendant les siècles qui ont suivi la fondation de Séleucie (3oG av. .l.-C). En second lieu nous n'avons pas à chercher le point de départ de ladite influence au delà de ce que nous appelons en Europe l'Orient hellénisé.
Ainsi donc nous placerions la ligne idéale de faîte, qui borne au couchant l'horizon gandhârien, en deçà de l'Europe, mais aux limites occidentales de l'Asie. 11 va de soi que, les causes générales
''* Syrie centrale, p. 38.
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restant les mêmes, il existe [)liis duiieanalojjie entre les effets produits par l'influence lioliénisti(|ue sur l'un et l'autre versant de ce partage des arts. Pour aller du premier coup jusqu'aux bords de
Fie. Ôo"). Le couple TUTlil-UUE CHEZ LES JaINAS (of. p. loi, 'jitll).
Musée de Lakhiiim. Prm^enanl de Sahet-Mahet (Çrdvasti). Hauteur: o m. 7a.
l'autre Océan, que vojons-nous reparaître en feuilletant les recueils gallo-romains ou en visitant les collections d'Arles ou de Trêves? Encore et toujours des acanthes et des rosaces, des guirlandes et des amours, des griiïons et des tritons. Parfois se rencontrent des
rapprochements plus pn'cis : dans la main droite d'un Neptune HjTuré sur un sarcopliaive d'Arles, aujourd'hui au Louvre, repose, par exemple, le même dauphin que dans celle des dieux marins de notre figure i^GC. Ou bien nous relevons des correspondances plus significatives encore, telles celles que présentent de part et d'autre les couples de divinités tutélaires (cf. fig. 382-889 t'tfig. 597- 098). Jamais peut-être meilleure occasion ne nous sera donnée de constater comment, en Gaule et dans l'Inde, les mêmes idées ont été traduites (ou, plus exactement, les mêmes besoins religieux satisfaits) par les mêmes expressions artistiques. Mais apparemment personne n'ira imaginer d'influence directe entre le Gandiiàra et le pays des Éduens : et ainsi nous voyons à la fois combien sont justifiées ces comparaisons à longue portée, et le peu de valeur historique qu'il convient de leur attribuer. 11 ne s'agit après tout que d'un lointain cousinage. La souche commune doit être cherchée sinon à égale distance des deux branches, du moins dans leur intervalle. Entre les Gaules et la Grèce européenne s'interposait seulement fltalie, comme la région indo-iranienne entre la Grèce asiatique et la Chine : et si l'on voulait pousser jusqu'au bout le petit jeu des analogies, on pourrait à ce point de vue en découvrir une de plus entre la Grande-Bretagne et le Japon. On ne s'étonnera pas d'ailleurs que l'influence classique soit infiniment moins marquée dans l'art des îles nipponnes que dans celui de la soidisant te lointaine Thulèn. Ce n'est pas seulement que, pour parvenir au Pacifique, elle avait dû traverser l'épaisseur singulièrement plus considérable du continent asiatique : c'est encore qu'elle avait dû filtrer à travers un écran beaucoup moins perméable que les rudiments de notre culture celticjue, à savoir la civilisation chinoise.
'"' Rappellerons-nous encore le pagne (le l'euilles ou irécailles des centaures et (les tritons (cf. t. 1, p. 211-212,9/1/1, aSa"), les images de la Terre vue à niicoips (cf. t. 1, p. 898 et /107), les per-
sonnages chevauchant supportés par des allantes qui soutiennent lavant-corps du clieval {i\g. i83; cf. ///. Fûhrcr durrli lias Provinzial Muséum in Trier, p. 52- 53), etc.?