LE BOUDDHISME AU GANDHÂRA. MS
011 conçoit qu'il conslituo en même temps comme le noyau d'une cristallisation locale de la légende. C'est d'abord le site qui tirera son nom du titre de cette œuvre d'art, en attendant que la h'-gende, sujet de cette dernière, soit censée avoir eu pour théâtre le site'''. Notez qu'en l'espèce il ne s'agit presque exclusivement que d'incidents des vies antérieures du Maître, dont personne (et pour cause) ne savait au juste oij ils s'étaient passés. Comptez enfin et surtout sur l'ignorance crasse et la soif d'édification des envahisseurs barbares, sinon des moines eux-mêmes, pour mettre le sceau définitif à une transplantation qui flattait à ce point leur amour-propre. Rien n'empêche par ailleurs d'admettre qu'on ait encore renchéri dans la suite sur l'identification convenue, soit en soulignant à j)laisir les détails topographif|ues, soit en développant intentionnellement dans le même sens la décoration du sanctuaire. Mais pour déclancher le mécanisme de ces acclimatations, nous ne voyons pas pour l'instant de prétexte plus plausible à proposer que le prestige établi d'une image. Et que tout dans cette théorie ne soit pas purement chimérique, nous en possédons au moins un indice. C'est un fait historique qu'un tableau célèbre, représentant la sublime et cruelle charité de Yiçvantara , se trouvait dans un couvent voisin de Shàhbàz-Garhif'-'. Deux alternatives s'oflVent : ou bien il a été peint tout exprès pour justifier après coup la localisation de la légende en cet endroit, et, en ce cas, cette localisation môme demeure inexpliquée; ou, au contraire, il a été exécuté sans intention préconçue, parce qu'il fallait bien peindre quelque chose d'édifiant, et c'est la renommée du tableau qui a favorisé l'identification du couvent avec le site de la légende. Dans cette hypothèse, non seulement cette identification devient intelligible, mais le cboix même par l'artiste d'un sujet courant du répertoire ne réclame de
'"' Ncpounaitontroiiveiuii fonilcniPiit •■' Cf. l. II, p. 'loa.tl va dr soi ijuc ce
analogiieà la tians|ilaiilation(lf]>liisfriiiie tableau peut avoir rcni[)laci' une repré-
légpnrle cliiélienne, par ex. au curieux sentatiou plus ancienne delà même scène:
transfert d(> Lazare de Béllianie et des mais alor-: notre raisonnement vaudrait
Saintes Maries, de Palestine en l'i-ovence? pour celle-ci.
'lie. LES ORIGINES DE L'ÉCOLE DU GANDHÂRA.
son côté aucune justification. En d'autres termes, des deux explications possibles, la premièi-e reste boiteuse et la deuxième retombe sur ses pieds : que le lecteui' choisisse.
La seconde terre sainte. — Quoiqu'il advienne de cette théorie, le fait subsiste que le Bouddinsme ne s'est pas répandu au Gandliàra de façon purement superficielle : il s'est véritablement mêlé à la vie et comme enraciné au sol. Dès avant l'arrivée de Fa-hien , cette implantation s'est déjà organisée et comme hiérarchisée. Or, nous croyons voir comment et pourquoi : car le sentiment qui présida à cette systématisation est assez clair, et nullement périmé. Le grand souci des bralimanes actuels du Raçnilr est de retrouver dans leur vallée natale comme un raccourci de l'Inde religieuse, avec ses villes saintes et ses fleuves sacrés; leur orgueil est d'y montrer au voyageur comme le et reflet dans un miroim-de Bénarès, de Prayiîg (Allahabàd) ou du Gange. Pour exprimer cette ff contreimage w fidèle, ils emploient le mot de prali-bimba, le même qui leur sert à désigner une photographie. C'est exactement ainsi que jadis les hhiksu du Gandhâra voulurent avoir chez eux le pendant, la contre-partie bouddhique de l'Inde centrale. Or, la gloire et l'attrait dn Madhyadêça consistaient avant tout dans les quatre grands pèlelinages que l'on sait'''. Voici donc qu'à présent l'Uttarapâtha se glorifie à son tour de posséder «quatre grands slûpa-n — consacrés, il est vrai, à commémorer des miracles du Bodhisattva et non plus du Buddha, mais enfin bâtis aux quatre places où l'être sublime avait jadis fait don, d'existence en existence, de ses yeux, de sa tête, de sa chair et de son corps. Si à la vertu magique de ce chifl're traditionnel on ajoute quantité d'autres lieux édifiants, de saintes reliques et de monuments au loin renommés pour leur taille et leur beauté, on conçoit que plus d'un pèlerin (à commencer par Song Yun et ses compagnons) se soit contenté de visiter les attrac-
"> Cf. I. ]. n. /m.