‹ L'art grégorienChapitre 14 sur 33 · I. (.lûineul d Alexandrie, Stromatrs, YI, xi · texte numérisé non relu

I. (.lûineul d Alexandrie, Stromatrs, YI, xi

•1. Il faut loiilefois coiiveiih- cjue certaines mélodies d hymnes do Claude (^liastelain, chanoine de Paris, et quelques anlieuncs de Le lîeuf, chantre de la cathédrale d'Au.verre, sont d'un tour agréable et méritent d'être placées à côté des pièces anciennes.

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commença en 1680, et n'acheva son évolution qu'en 1739. A Lyon, on restait indéiectiblement attaché au répertoire romain-grégorien traditionnel, au moins pour le service des messes : les graduels imprimés pour l'église lyonnaise au cours du xviii*^ siècle, et que plusieurs chœurs conservèrent jusqu'à la Révolution, sont semblables aux manuscrits du x^l^ C'est seulement en 17^76 que le fameux archevêque semi-janséniste, Malvin de Montazet, put imposer par la force au chapitre de la métropole les nouveaux livres.

Telle élaitla situation du répertoire romain au milieu duxix"" siècle. Dans une partie des églises, textes et mélodies remplacés par d'autres ; ailleurs, les textes seuls étaient conservés^ et les airs mutilés ou oubliés; seules quelques églises d'Espagne chantaient encore — mais avec quelle inlerprétation î — sur leurs vieux manuscrits, el divers monastères, avec un chant inévitablement corrompu, avaient conservé quebjues principes de lancienne exécution.

Le réveil commença vers 1840, avec les lenlatives de révc(|ue de Langres, jM"'" Parisis, de l'illustre dom Guéranger, (jui venait de reslaurcr en France l'ordre des Bénédictins, en relevant de ses ruines l'abbaye de Solesmes'. Il s'agis-

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sait tout d'abord de ramener à la liturgie romaine, en tenant compte des anciens usages français, la plupart de nos diocèses qui s'en étaient écartés. Le mouvement, malheureusement, manqua d'unité, et les idées de dom Guéranger furent mal (comprises par les évèques : au lieu de s'attacher à restaurer l'antique liturgie telle qu'elle était suivie en France, comme le P. Lacordaire, qui fit réimprimer les anciens livres romano-fran( ais des Dominicains, on prit purement et simplement l'ordre romain actuel, en y ajoutant des « propres » spéciaux à nos églises, mais dont l'ensemble n'est, en général, ({u'une médiocre compihition sans autorité comme sans intérêt.

On se rendit compte rapidement, toutefois, qu'une réforme liturgique ne pouvait aller sans réforme musicale. En divers endroits, on réimprima purement et simplement les mauvaises éditions de la fin du xvii" siècle". Mais, dans les diocèses du Nord, les chefs religieux comprirent

1. On consulloi-a spécialenicnl le rapport do Danjou, De létal cl de l avenir du chaiil ecclésiastique en France \ l Instruction pastorale de 310''' l'évéque de l.angres sur le chant de V Eglise, Paris, 1846 ; cl les quatre tomes des Institutions liturgicfues de dom Guéranger, commencées en 1840 {■1'^ édition, avec annotations, Paris, 1878).

2. On trouvera d'intéressants détails sur ces éditions dans le Mémoire i)ul)lié en ]85'2 par la Commission Rémo-Cambraisiennc (Paiis, Lccoffre).

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qu'il fallait aller plus loin. Une (commission, présidée par un musicologue de talent, l'abbé Tesson, de la Congrégation des Missions étrangères, l'ut formée par les archevêques de Reims et de Cambrai, en 1849, ^^^^' ^® conseil de Pie IX. Le programme était de restaurer le chant d'après les manuscrits et de publier un Graduel et un Antiphonaire.

Le travail de la commission fut consciencieux ; mais, mal outillé comme on l'était alors, sur le terrain de la paléographie liturgique, les auteurs de la nouvelle édition ne purent arriver qu'à un résultat approximatif. Eux-mêmes s'en sont expliqués dans la préface de leur Graduel, et dans la conclusion du Mémoire qui en accompagna la publication :

« Notre but : reproduire, autant que possible, le chant grégorien dans sa pureté et sa beauté primilives. Nous n'avons pas pris pour point de départ les manus€rits notés en signes neumatiques ; ces signes, très obscurs pour les anciens, sont aujourdliui, de Taveu de tous, des hiéroglyphes indéchiiTrables, et leui* lecture directe est impossible.

... L'unanimité des manuscrits nous a donné la preuve assurée de leur communauté crorigine, et les signes neumati(jU(^s iu)us oui li\r('' le s(MU*(U de (pud(|ues-unes des nuances d'exécu-

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tioii. 11 reste sur ce ])oint beaiuîoup de découveiies h Taire, et l'étude patiente des inanuserits, la pleine intelligence des traités que nous ont laissés les anciens maîtres de Tart, révéleront peu à peu les secrets intimes de cette science merveilleuse.

... Mais, dit-on, pourquoi se j)resser de faire une édition nouvelle, puisqu'on n'a pas encore le dernier mot de la science ? Pourquoi ? parce qu'il fallait •^des livres de chant. Le chant ecclésiastique n'est pas seulement un objet d'étude pour quelques érudits, c'est la pratique quotidienne du peuple fidèle, c'est la voix de TEglise qui ne doit pas se taire un seul jour.

... Et puis, attendre le dernier mot de la science? Est-ce que la science dira jamais son dernier mot ?...

Nous-mêmes, nous n'avons pas lait tout ce([ue nous aurions voulu faire... quehjues inexactitudes nous auront échappé. »

L'aveu était donc précis. Toulefois, l'apparition du nouveau Graduel fut un événement considérable ; les revues savantes v consacrèrent des articles, le pape Pie IX l'apj^ïrouva solennellement, et l'édition de Reims et Cambrai, publiée grâce à l'appui du libraire Jacques LecolTre, de Paris, eut bientôt \in très grand succès, se répandant dans un tiers des diocèses français. C'était

la première brèche faite à travers les routines anciennes, et la meilleure préparation à une restauration véritable qui ne pouvait tarder.

En effet, le mouvement était donné. En même temps qu'apparaissait l'édition de Ueims et Cambrai, le Père Lambillolte, jésuite, publiait le fac-similé du ms. de Saint-Gall 309, (}ue l'on croyait être l'antiphonaire du canioi' Romanus (voir p. 74)5 ^t, par l'étude qui accompagnait celte publication, montrait, dans sa Clef des mélodies grégoriennes, la preuve que la notation neumatique donnait bien le même chant que les manuscrits sur lignes. Aussi, pouvait-il tenter, pour la première fois depuis le moyen âge, une explication des neumes antiques qui offrît quelque vraisemblance.

Le travail du savant jésuite, inspiré d'ailleurs par dom Guéranger, eut beaucoup de retentissement, et fut l'occasion d'études nouvelles, parmi lescjuelles on peut citer celles du chanoine Gontior, de Bonhomme et de Raillard, et surtout celles de Ilermesdorff, en Allemagne. Celui-ci, chanoine de Trêves, conçut même le projet d'une édition grégorienne oii la notai ion ordinaire (carrée, communément en usage, serait surmontée de la notation neumatique primilive. De fait, il parvint à coninuMicer la réalisation de son projet en i8j6, et à publier par livraisons

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une partie d\\n Gradiiale ; mais ses principes d'interprétation sont encore fort incertains.

Au milieu des recherclies, plus ou moins bien dirigées, des musicologues de ce temps-là, dom Guéranger, abbé de Solesmes, voulut que sa congrégation participât scientifiquement aux études entreprises. Il chargea de ce travail, en 1860, un jeune novice en qui il avait discerné de particulières aptiludes, dom Joseph Pothier. Représentez-vous où Ton en était, il y a un demisiè(de : recherches pénibles et conclusions contradictoires, catalogues incomplets des bibliothèques, manuscrits dont le sens restait indécis, voilà oii devait se déljattre le chantre bénédictin, guidé seulement par le fil ténu de la tradition. Avec d'autres confrères, maintenant décédés, dom Jausion et dom Fonteinne, le Père Pothier se met à la tâche : il transcrit les anliphonaires poudreux de Saint-Gall et de Técoie messine, compare les notations des codiccs et les textes des théoriciens et réussit à établir, vers 1868, une première copie, clairement lisible, du graduel grégorien.

Cependant il fallait, avec la certitude d'une notation authentique, la sûreté de méthode pour l'exécuter. Les points les plus délicats devaient être fouillés encore, et douze ans s'écoulèrent en essais, en nouveaux travaux.

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obscurs, mais féconds. Entre temps, dom Pothier, vers 1875, se faisait connaître du monde savant par des dissertations sur des points de détail. Enfin, en 1880, parut son principal ouvrage, Les Mélodies Grégoriennes^ dont l'apparition suscita un émoi considérable parmi les plain-chantistes. Après trente ans, Touvrage est encore aussi neuf qu'au premier jour; s'il peut, à certains égards, être complété, il n'offre rien à reprendre. La pondération de l'auteur lui a fait, d'instinct, éviter, dans cette exposition de la réforme grégorienne, les hypothèses dangereuses ou les vaines spéculations, et présenter de la façon la plus intéressante le résultat de ses travaux.

A dom Pothier revient l'honneur d'avoir découvert et précisé la lecture et l'interprétation des anciens neumes, aidées par la comparaison attentive des lettres significatives que portent certains manuscrits anciens, et qui en précisent le sens; il a fixé, pour la première fois, le rôle de Vaccent latin et du phrasé dans la mélodie liturgique, les « timbres » (^t les formules avecî leurs diverses règles d'ada[)tation, (!onstitué une science nouvelle, la « |)aléographie musicah' )\ f[ue n'avaient fail qu'entrevoir iiuageusement i^'étis et Laml)illot(\ édile enfin pour la pratique les premiers livres choraux du

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siècle dernier qui fussent réellement confornies aux manuscrits. Comme ils ne sont pas tous entre les mains des musiciens, en voici la liste, dont l'ensemble forma les « éditions de Solesmes » : le Liber Gradiialis^ en i883, avec une seconde édition en i895;le Directoriinu cliori, en i884; l'Hymnaire, en i885; la même année, l'office complet de Noël; puis en 1886, celui des Jeudi, Vendredi et Samedi saints; Toffice des morls, en 1887 ; le Processional monastique, en 1888, en collaboration avec dom vVndoyer, ainsi que les Variœ preces, dont une seconde édition fut donnée en 1892 et une troisième en 1890; Toffice delà Fête-Dieu et celui des Fe s ta maiora (1'" édition) parut aussi la même année. En 1891, dom Pothier publiait l'Antiphonaire complet du jour. Liber Aiitiphoiiariiis, pour l'ordre bénédictin, et pour le rite romain, et il préparait enfin l'édition des chants de l'office nocturne, qui devait former la conclusion de l'œuvre pratique. En 1893, parut la partie principale de cet office, comprenant, d'une part, les « invitatoires », et, d'une autre, l'office de nuit des grandes fêtes et du Commun des Saints, pour l'ordre monastique, et selon le bréviaire romain.

A ce bagage déjà considérable ne se borna pas l'activité de dom Pothier. En divers articles de revue, il indiquait les principes qui avaient

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guidé ses travaux, donnait des pièces rares ou nouvelles avec des conseils pratiques, et, collationnant avec soin les manuscrits des diverses écoles, mieux connus de jour en jour, il rassemblait les leçons et les variantes qui permettraient d'améliorer les éditions suivantes, dans les premières desquelles on avait été obligé, à divers égards, de compter avec les habitudes et les idées en cours. Depuis 1892, en particulier, il collabore réo-ylièrement à la Revue du citant

grégorien

En 1888, avait été l'ondée, par les Bénédictins de Solesmes, et sur l'inspiration de dom Mocquereau (l'un des premiers élèves de dom Potliier), qui en devait être le principal rédacteur, une publication intitulée : la Paléographie musicale. Elle avait dessein de reproduire les anciens manuscrits de chant les plus caractéristiques, par la phototypie; une partie texte devait être consacrée à éclairer le résultat des travaux des Bénédictins et à donner la méthode nécessaire pour déchilTrer les manuscrits publiés.

Le plan de la publication, cpii en est actuellement au tome XI, fut tracé par dom Potliier lui-même, et inséré, sous forme d'articles, par divers journaux et revues catholi(|ues\ Comme

I. Cf. Bihliogrfipliic des lir/iriUctins do France, publiée par dom Chabrol, i''' cHlilion. 1889; -i'^ c'dilion, 1906.

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la Paléographie musicale — malgré, il fauL le dire, le manque d'unité et les graves défauts de certaines de ses parties — a été le principal agent de vulgarisation scientifique et de justification de la réforme bénédictine, nous croyons nécessaire de donner ici quelques détails sur ses premiers volumes.

Dans le tome I, ce fut le choix de dom Potliier, de concert avec dom Mocquereau, et à Saint- Gall môme, cpii détermina la reproduction du ms. 339, et d'un certain nombre de planches. Dom Mocquereau tint la plume pour V Iiitroduclioii générale et l'explic-ation des planches : dom Potlner revoit le tout, modifie, ajoute ou retranche, de lionne entente avec dom MocKjuereau. Les pages sur la l)iblothèque de Saint- Gall et la description du ms. sont de dom Gabrol, actuellement abbé de Farnborough ', et de dom Cagin, bibliothécaire de Solesmes. Dans les tomes II et III, le choix des planches dépend aussi, en notable proportion, de dom Pothier. Dom Pothier rédigea le tome II en collaboration avec dom Mocquereau; à celui-ci et cà dom Delpech il confia le soin de dresser les tableaux annexes, dont lui-même avait tracé le modèle bien

I. Éditeur des Moniunenta Eccles'uc lilnrs^ica, et dii-ecteur du remarquable Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, actuellement à la lettre C.

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des années auparavant. Les tableaux de désagrégation des formules grégoriennes appartiennent, en effet, en propre à dom Pothier, qui les utilisait pour ses cours. Un prêtre de nos amis, professeur dans un grand séminaire, en possède des copies datées de 1875'.

Un religieux a pu ainsi caractériser, dans les premières années de cette œuvre, l'ensemble du travail : « Parmi les ouvrages cpie les Mélodies grégoriennes ont inspirés, il faut donner la première place à la Paléographie musicale, qui, sous la haute direction de dom Polhier, est rédigée parle P. D. Mocquereau, avec le concours de ses confrères de Solesmes'. » La même impression ressort de la Bibliograpliie déjà citée, de dom Cabrol.

On peut donc bien dire avec exa(Uitude, et c'est l'expression de la vérité, que dom Pothier commença la publication de la Paléographie musicale, et que les premiers tomes furent le résultat de sa ('ollaboralion avec dom INloccpiereau.

La rédaclioii du tome III donna lieu à des remaniements divers ; dom Pothier, ([ui avait

I. (>f. aussi les tableaux do ucunios publiés déjà par ik)iu Polluer en 1877.01 ceux que renferment ses Mélodies Grégoriennes (1880)

•2. D. (Mioisiiard, dans la Ilt'sue du cfid/il i^régorieii . IV, année 189 5, p. Ijo.

Gastouk. 8

Il/, L'AUT (iRKGORIEN

commencé c^e tome, avait alors quitté Solesmes, pour devenir prieur de Ligugé, puis prieur et abbé de Saint-Wandrille, cet admirable souvenir de l'histoire religieuse de Normandie, monastères de la congrégation de Solesmes. Diverses feuilles furent imprimées à nouveau avec une rédaction différente, et dom Mocquereau assuma seul, dès lors, la direction complète de la publication.

Celui-ci, second chef de Fécole de Solesmes, qui avait commencé sa carrière bénédictine vers le temps où dom Pothier publiait les Mélodies grégoriennes, tente d'abord de préciser les points laissés à dessein indé(;is par dom l^othier, et se livre à une enquête minutieuse à travers les manuscrits, mais dans laquelle, à l'objective sérénité du savant, il mêle considérablement de ses idées particulières qui le portent à introduire, sous sa propre responsabilité, des variantes dans la réédition du Liber Usnalis. Les innovations de la nouvelle école de Solesmes, et les incertitudes qu'elles amenaient, avec une doctrine rythmique propre à dom Mocquereau, furent le signal de graves divergences dans le monde grégorien.

C'est alors que le cardinal Sarto, bien connu déjà des musiciens d'églisC; fut élu pape sous le nom de Pie X. Un des premiers et des plus

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ardents partisans de la restauration grégorienne, il avait déjà fait partie du congrès tenu à Arezzo en 1884, et appliquait, partout où il passait, les principes de doni Potliier Sans doute il avait, avant de monter sur le trône pontifical, l'idée — souillée, croyons-nous, par lui-même — que Léon XIII paraît avoir caressée dans ses dernières années : adopter purement et simplement les éditions de Solesmes pour le chant de l'Eglise romaine.

Mais, devant les divergences qui semblaient devoir s'accentuer. Pie X indiqua le parti le plus sage. Par un inotii proprio du 22 novem])re 1903, le Pape annonce son dessein de réformer le chant de l'Eglise romaine en le ramenant à ses sources, puis, le 25 avril 1904, il nomme une Commission internationale, présidée par dom Pothier, pour préparer une Édition Vaticane du chant grégorien, en indiquant comme bases les dernières éditions complètes de Solesmes, publiées par dom Pothier en 1895. C'était, en somme, préparer la reconnaissance définitive des travaux du savant bénédictin et de ses confrères : les soumettre à ce critérium final était comme passer au crible leurs résultats ; les parties moins bonnes tomberaient d'elles-mêmes, pour ne laisser que le meilleur.

Les travaux |)réparaloires à l'édition vaticane

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amenèrent la fondation par clom Mocquereau, au monastère de Solesmes (actuellement Quarabbey, dans Tile de Wight), d'un remarquable scriptorium où des moines, munis des recommandations papales, purent amasser, sous la direction de leur savant prieur, de précieuses photographies et des copies de manuscrits empruntés à de nombreuses bibliothèques des diverses nations, et ([u'on n'avait encore pu utiliser jusqu'alors. Le dépouillement de ces pièces devait servir à l'établissement de l'édition définitive.

Ce n'est plus malheureusement un secret pour personne que des dissensions furent amenées dans le sein de la Commission par les exigences de certains membres, qui,ense retirant, compromirent un instant Theureux résultat des travaux entrepris sous l'égide de Pie X.

Mais le travail fut repris, et, à l'heure où paraît ce volume, l'Édition Valicane est en heureuse voie d'achèvement. Le 12 mars 1908, fête de saint Grégoire le (jrand, le R"'° dom Pothier, assisté des bénédictins ([ui l'avaient aidé, et particulièrement dom Andoyer, prieur de Ligugé, qui avait déjà aidé considérablement à l'établissement des éditions de Solesmes, remit au Souverain Pontife le premier volume du Graduel, dont cerlains fascicules avaient d'abord paru

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séparément. En 1909, la typographie vaticane fit sortir de ses presses VOfflciuin pro defuiictis ; actuellement, l'Antiphonaire va paraître et Inentôt on donnera au public le Responsorial des principales fêtes.

Ainsi, par suite de la publication de l'Edition Vaticane et par la défense que Pie X a faite aux libraires liturgiques de réimprimer les éditions en usage, le chant grégorien, restitué conformément à ses sources authentiques, refleurira dans toutes les églises. Déjà, des diocèses entiers ont réadopté les livres grégoriens et leur méthode d'interprétation ; à l'heure actuelle, la plus grande partie des cathédrales a fait de môme.

Mais la routine est tenace, et aussi Tesprit d'opposition de certains hommes. Là même où l'on se pique de suivre le plus fidèlement possible l'ordre du Pape, des dissidences vont encore se loger. Sans doute, en matière d'art, en musique peut-être plus qu'ailleurs, il y a certaines variétés de vues ou d'interprétations parfaitement soutenables. Ce qui est regrettable, c'estl'àpreté, le sans-gene môme, avec^ lequel certains grégorianisles prétendent être seuls en possession de la Science de vai art... 11 est pourtant un bien bel adage d'un Père de l'I^^glise ciiTon gagnerait à applicjuer plus souvent : /// iicccssdriis uniUis, in dubiis liberLas, iii oniiiibiis cariUis,..

ikS L art GRKGORIlwN

L'Édition Vaticane du chant grégorien, en reproduisant les mélodies authentiques de TEglise romaine, n'a pu ni reproduire toutes les (;antilènes anciennes, ni ne donner que des pièces archaïques.

En effet, lorsqu'on édite Tœuvre d'un seul musicien ou une collection fixée une fois pour toutes, s'il est facile de le faire, pour la satisfaction des chercheurs et le plaisir des auditeurs, qui y puisent lorsqu'ils le désirent, il en va tout autrement s'il s'agit, comme pour le chant grégorien, du répertoire d'une église vieille de vingt siècles, et qui, au cours des âges, a nécessairement évolué dans ses diverses parties.

Au cours de la longue période qui nous sépare du vil'' siècle, lorsque le codex grégorien était dans toute sa nouveauté, la liturgie, bien que fixée dans son ensemble, s'est modifiée en certains détails. Or, le répertoire officiel n'est pas un de ces recueils où Ton puise à volonté : la place, le rôle, l'occasion de chaque pièce de chant sont prévus. Si un chant tombe en désuétude, ce n'est ordinairement pas par raison musicale, parce qu'il a cessé de plaire ; c'est pour une cause purement rituelle et tout extérieure à la mélodie.

Quelques morceaux grégoriens du répertoire primitif ont été dans ce cas ; mais, à part les « versets » de presque tous les offertoires anciens, les chants supprimés sont très peu nombreux.

Il en est autrement des pièces surajoutées au cours des âges, composées par exemple en des genres « à coté » non officiels. Tels de ces chants n'ont eu qu'un temps, et c'est parfois dommage, car il en est de fort expressifs : toutefois, les érudits sont là pour les déterrer de la poussière des bibliothèques, et leur redonner la vie. Mais le livre officiel n'a pas à s'en occuper. Cependant, il doit s'ouvrir pour donner asile à des fêtes nouvelles, et c'est surtout par là que le graduel et l'anliphonaire grégoriens se sont augmentés \

Tout d'abord, les compositions nouvelles ont

I. L'I-ldition Valicanc est donc, établie avec tout le soin critique possible, une édition pratique des textes chantés par l'Eglise , elle n'est pas et ne saurait être une « cditio critica » de toute l'œuvre grégorienne. Celle-ci, dont la publication serait des plus souhaitables, devrait : i*^ i-eproduire le codex grégorien dans son tUat de pureté originale, avec les vaviœ lectionfis des div(>rses écoles latim^s (orneinenls sangalliens et messins; versions auibrosicMuies et mozarabes). VA\c (h>vrait comprendre également : 'à^ les otlices et chaals qui lui lurent ajoutés au cours des Ages ; 3^ les pièces adveulices, — sécpuMices, tropes, etc. — Nous avons indicpu' [Oi-igincs^ p. 'i.\'i-'>.î)'] et suiv.), les bases priuei [)ales sur lesquelles le travail de restitution criti([U(> de 1' « Aullicnlicum s^'i-cgorianuni » di'vralt s'appuyer; souhaiU)us c|ue a travail tente un jour uu(> r«''iiuiou de musicologues couipc'leuls, tels que le sont les Bénédielins,

I20 L'ART (i Hi:(;ORIEN

élé rares, conmie nous Tavons itidit|u6 f)lus haut ; plus tard, dans les derniers siècles du moyen âge, on composa, avec plus d'abondance que de discernement, pour des ofïices nouveaux que la réforme romaine supprima au xvi'' siècle. Depuis cette époque, le même mouvement se reproduit. Après s'être contentée de rares fêtes nouvelles ou exigeant des chants nouveaux, la piété cléricale a accru ces additions, surtout au temps de Pie IX et encore plus de Léon Xlll.

Depuis longtemps, cependant — *^^î^ ^^^ xiv" siècle — l'Eglise, en donnant de nouveaux choix de textes à chanter, n'en publiait pas de mélodies ; chacun adaptait ou composait à sa guise. A côté du travail de restitution des anciens chants, l'œuvre bénédictine a donc dû comprendre la mise au point, ou mieux, la réfection des pièces composées depuis. A ce travail, le goût le plus minutieux a ordinairement présidé. Lorsque les textes nouvellenient proposés pouvaient être adaptés sur une ancienne mélodie sortie de l'usage, dom Pothier et ses aides n'y ont pas manqué ; tantôt ils ont « centonisé » à l'imitation des anciens, tantôt ils ont corrigé ou utilisé, lorsqu'on pouvait le faire, les chants défectueux entrés dans l'usage, ou bien une nouvelle composition a été tentée de toutes pièces, et, ordinairement, d'une manière très heureuse.

A rinlenlion des personnes qui voudraient pénétrer plus avant dans l'ordonnance du répertoire grégorien tel qu'il existe actuellement, nous avons dressé le tableau suivant, qui leur servira de o-uide oénéral.

Ne comprennent que des pièces anciennes^ presque toutes du Tonds grégorien primitif, à part les alléluias, dont la date de composition va jusqu'au xi'' siècle :

i"* Tout le (( propre du temps » *.

2" Tout le « commun des saints ».

3° Tout l'office des morts ^

4^^ L' (( ordinaire » (ainsi que les « hymnes » des vêpres), formé de chants spécialement populaires, dont la période de composition s'étend des origines [Kyrie et Gloria XV, messe XVHÏ, Credo I, hymnes des fériés) jusqu'au xv"" siècle [Gloria des Anges, Credo III et IV). Le SancfusX et VAgnus II ad libitum sont des adaptations de dom Pothier à des mélodies an(ûenncs.

5° Comprennent un mélange de ])ièces anciennes et de pièces modernes, par suite de l'introduction de nouvelles fêtes : le « propre des saints », les « offices volifs », le « supplément ».

1. A pari laTrinili' (ix-x'" sirclc) <>t la l'oto-Dicii (voir p. 98^

'i. Los pièces les |)liis rc-ccMitcs soûl li> Kyrie c[ ]v Dirs iiw (xin'' siècle), cl le l.ihcra [x^- siècle, fin).

i-i:t L'ART GREGOlUErs'

a. Dans le « propre des saints », les chants des fôtes qui suivent sont tous anciens :

Vigile et fête de saint André; saint François- Xavier; saint Pierre Chrysologue ; sainte Lucie ; saint Thomas ; chaire de saint Pierre ; saint Marins et ses compagnons ; saints Fabien et Sébastien; sainte Agnès; conversion de saint Paul (jx^ siècle); Purification; sainte Agathe; saint Mathias ; saints /^o martyrs; saint Grégoire le Grand; saint Philippe et saint Jacques ; sainte Croix ; saint Nérée et ses compagnons ; saintUrbain; saint Marcellin; saints Prime et Félicien ; saint Barnabe; saints Basilide, etc. ; saints Vite et compagnons ; saints Gervais et Protais ; vigile et fête de saint Jean-Baptiste ; saints Jean et Paul ; vigile, fête et octave des saints Pierre et Paul; Visitation; saints Sept Frères; Notre-Dame du Mont-Carmel (communion du xif ou xiii° siècle); sainte Anne; saints Abdon et Sennen ; saint Pierre-aux-liens ; saint Etienne, pape ; saint Gyriaque ; vigile, fête et octave de saint Laurent; Assomption*; saint Barthélemi ; décollation de saint Jean-Baptiste ; sainte Groix ; saint Michel ; saints Simon et Jude ; vigile et fête de la Toussaint ; saint Martin ; sainte Cécile ; saint Clément.

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