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La grave de notre clef de fa

FORMES MUSICATJvS ET DÉVELOPPEMENT 141

Cette iiolatiou fut à son tour modifiée; on ne conserva que les sept premières lettres, majuscules pour la première octave, minuscules pour la seconde. La notation alphabétique, dite (( (le Boèce » \ aussitôt qu'elle se fut répandue, était par excellence celle qui servait au cours de (allant. Le maître jouait sur le monocorde les sons indic[ués par la notation, et dont les caractères étaient reproduits sur la table de l'instrument; avec cette même notation, l'élève ap[)renait par cœur.

Mais là se bornait son rôle. A l'exécution, on Ta dit plus haut, tous chantaient par cœur, hormis les solistes des versets les plus difficiles. Seuls, ceux-ci et le chef de chant avaient en main les codiccs où les airs étaient marqués. Sur ces copies, la notation alphabétique, sauf de rarissimes exceptions, n'apparaissait pas. Ou bien ils ne |)ortaient (jue des textes; ou bien, et c'est le cas habituel, on usait, pour indiquer la mélodie, d'une sorte de sténographie musicale, assez semblable aux notes tyroniennes usitées pour la rédaction des minutes d'actes publi(^s; on rap|)ela du même nom : iiolatioii. Et, au

I. Il y (Mil (1 iiiilrc^s nolalioiis al|)l»ai)t'li(nu\s ou non, siiil(.'si[uelli>s 1(^ cadiN» (1(> cet oiivram' ik^ nous jxm-uhM pas de nous ôtctulro. Ou cousull(>ra avoc tVuil l'ouvi-aur (K> P. W'agnci', Xcuincnkunde. Fi-ibourj^-, lyoi.

i.i'2 L'ART GRÉGORIEN

ix*^ siècle, elle était encore connue sous le nom de /lola rojnana, « notation romaine », bientôt dite « notation usuelle », ou neumcs.

(( Des accents toniques, — dit l'auteur d'un très ancien traité de notation, — est sortie la note que nous appelons ne unie. » Déjà, nous connaissons l'importance du rôle des accents pour déterminer la forme et le rythme de la mélodie. De très bonne heure, on s'est occupé de leur fonction musicale : Censorin, au m'' siècle, en parle dans un passage malheureusement perdu. L'auteur d'un sermon du v'' siècle en tire des images curieuses :

« Un oro-ue formé des diverses flûtes des saints

apôtres et des docteurs de toutes les églises; aple aux divers accents.^ ^rave^ (^^ig^h ^^ circonflexe^ que le musicien, le Souffle de Dieu luimême, par le Verbe touche, remplit et fait résonner, etc. ^ »

Pourquoi un tel rapprochement ? C'est que l'accent tonique, devenu dur et fort avec le temps, était primitivement — est encore chez les peuples méridionaux, — un chant : cicceiiitis^ ad caiitus. La syllabe tonique est, de sa nature, plus élevée;

1. Restai, ul arbilroi*, musicoruni vohiplas : habes organuni ex diversis llsUilis, sanctorum apostolorum, doclonimque omnium ccclesiarum, aplatum quibusdara accenlibus, gravi, aculo et circumflexo, quod musiciis ille Dei Spii-itiis, per Yerbum tangit, implet et resonat. Patrol. Lat., LI, 856.

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certaines syllabes dont l'accent a mérité le nom de circonflexe sont prononcées sur un double Ion de voix. D'où, tout naturellement, on fut amené à désigner un son. une note musicale plus élevée, par un accent aigu, une plus grave par l'accent grave, et leurs combinaisons les plus simples par le circonflexe, droit ou renversé (anti-circonflexe) .

On ignore complètement à quelle épocpie ce système a pris naissance, mais nous pouvons constater que, au vi"" siècle, il avait déjà des dérivés, soit dans la notation ehplioiiétique^ des évangéliaires grecs, soit dans la notation niassorélique qui sert à la ponc^tuation musicale du texte hébreu des livres saints". Dans son ensemble, la constitution intime du système neumatique nous reporte à une époque où les principes antiques étaient encore très vivaces :

i" Les neumes, formés des signes d'accentuation, sont basés sur la qualité non pas forte, mais chantante des accents ;

2" Un signe simple ne vaut qu'un temps simple et bref (point ou acc(Mit) ;

3" Un signe formé de deux éléments simples

1. (]f. ('(tldloi^nc (les niss. de itnisuiuc hyzftnlinc de la liihl. Nat., Paris; 1908.

•1. Orii^ines^ p. i à iî.

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(acceiiL (ûrcoiiflexe) est un temps long-, une longue valant deux brèves '.

Donc, une combinaison de trois points ou accents est considérée comme formant une brève et une lono-iie, ou vice versa.

Les textes ne manquent donc pas, (jui nous renseignent avec une précision suffisante sur Fensemble du système neumatique. Les détails sont donnés par divers passages des traités, par la comparaison des écritures neumatiques différentes, enfin par la critique interne de tous ces documents, telle que dom Pothier en a établi, dans ses Mélodies grégoriennes les principes, développés dans la Paléographie musicale.

Les premiers musicologues qui se sont occupés des neumes primitifs, où ils ne comprenaient rien, y ont vu des choses extraordinaires. Peut-être dom Martin Gerbert, princeabbé de Saint-Biaise dans la Forêt-Noire, aurait-il donné, au xviiF siècle, la solution du problème; un incendie considérable amena la destruction de toutes ses notes et des copies qu'il amassait depuis longtemps sur le sujet". Au siècle der-

I. Traite Quid est cnntiis : « Si ipsa siniplcx f'uoril ot brcvis, facit luinin puncliiin... Similitcr ot louga ostenditur in... circumflcxa. »

•2. De canlu et musica sacra, préface.

FORMES MUSICALES ET DÉVELOPPEMENT i/,5

nier, Fétis, dans sa Revue ^ puis dans son Histoire de la 7nusi(/iie et en d'autres travaux, émit surlesneumes des idées al)solunient fantasques. Il a imaginé, entre autres choses, que ce serait une notation Scandinave (!) apportée par les barbares (!!), et qui aurait de Tanalogie avec Técriture runique ; eu même temps, il chercdiait Torigine de la notation byzantine, qui a une source et des principes analogues, dans Talphabet démotique des anciens Egyptiens! La lecture du périodique de Fétis, et de la Revue de Danjou, est bien curieuse à ce point de vue : nous la recommandons comme passe-temps à nos lecteurs.

Les travaux nécessités par l'édition de Reims- Cambrai, profilant de la découverte par Danjou du manuscrit dit de Monipellier ', montrèrent que les linéaments des neumes suivaient la ligne mélodique précisée par les lettres-notes. Le P. Lambillotte, à son tour, prouva, dans sa publication du Canlaiorimn de Saint-Gall, que les manuscrits de tout âge et de toute é(^ole, à

I. (yosl un <4i';i(lii('l (li!j;ra])l(% ('Ci-il non pas pour le s(M-vioo i'oli<5i('U\, mais |)<)ui' rcMiscioiuMïUMil, où les nu'Iodics sonl classiH'S \y,\v modes (>l par loiis, ou double noialio/t alphalx'-li(jiic' et iu'umali(pu\ II a pu èli'o écrit à Saiul-lH'nii;iu> do Dijon, an t(>mps do l'ai)!)»' (inillaumo (lO)O^, ot so rallaolu^ à lôcolo (dnnisioun(> . Aoqnis pou ^\^' l(Mups api'ôs par l\'>>;liso de 'l'onl. où il rooni de précieuses addilious, il fui oompris, à la Ut'volulion. dans nu loi de maunscrils (Mivoyt's à la bibliolho(|no do riù'olo (l(> nuMlcoino (\^ i\e MonI p(dli»>r. où Danjou lo dôcouvril.

GaSTOU^î. 10

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travers des variantes explicables, quoique rares, donnaient en somme un seul el unicjue système de notation, qu'il s'agît des « pattes de mouche » des neumes ])rimili('s, de la notation où Guy d'Arezzo plaça ces neumes sur des lignes, ou bien de la notation dite (( carrée » ([ui prévalut à partir du xiii" siècle.

Mais tous ces travaux ne donnaient pas encore la clefcomplète de l'interprétation des neumes; il a fallu les recherches [)atientes des Bénédictins [)our la retrouver.

Quehjues érudits, cependant, ont cru devoir chercher encore une explication des neumes dans les noms scolastiques qui en désignent les combinaisons. (]es termes, toutefois, n'étant guère en usage que depuis le xi*" siècîle, ne sont qu'une invention pratique des théoriciens de l'époque. Dans les plus anciens auteurs, les neumes sont simplement désignés par le nom des accents ou autres signes analogues dont ils sont formés :

Punctuni, point; vlrga^ accent aigu; ^ravis, accent grave ; circumflexa ou simplement //e.xr^, circonflexe; apostropha^ apostrophe; lema percussion IriniLS ictus, note formée de la triple répétition d'un même son, etc. Le tout était la noia^ ou Vusus.

Trois classes se partagent les neumes : les neumes simples, — notes ordinaires ou groupes

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de notes ; — les neumes liquescents, à raison de la prononciation de certaines lettres ; — les neumes indiquant des oriienients vocaux, analogues (mais non identiques) ixvwvibrato^ staccato^ grupetto^ mordant^ ou encore marquant des inflexions chromaliques ou même enhanuoiiiques (-^- de ton) , et enfin, en certaines contrées, quelques autres menus détails sur lesquels la lumière n'est pas faite.

Diverses classes de manuscrits, ou, pour mieux dire, les diverses écoles entre lesquelles se partageait TOc^cident, ont modifié en divers sens la l'orme originale des neiHues, pour en faciliter la lecture ou l'interprétation. On y a adjoint des signes secondaires, destinés à faciliter rappli(*ation des règles du phrasé (épisèmes et lettres significatives). Des modernes ont même cru y trouver des signes d'interprétation rythmique, marquant la place de certains « ictus )) ; en réalité, ni le noïn ni la chose ne se trouvent dans les documents, et on convient actuellement que ce n'est qu'un système personnel et hypothéti([ue, et non autre chose. Les signes et lettres [)rétendus « ryllimicjues », dans les manuscrits de Saint-Gall, par exemple, n'indiquent (jue des nuances, précisent certains cas douteux, ou encore se rattachent au genre des intervalles formés par les notes.

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