‹ L'art grégorienChapitre 22 sur 33 · I. Le moine d'Angoulème, Vie de Charlemagne · texte numérisé non relu

I. Le moine d'Angoulème, Vie de Charlemagne

FORMEvS MUSICALES ET Dl^VELOPPEMENT i5-)

nous Ibnt connaître les auteurs pour Vor^aiiuni vocal étaient aussi celles de Tinstrunientation, à Tépoque très ancienne que nous décrivons.

La partie « organale » était, dans un chœur nombreux, exécutée seulement par peu de chanteurs. On pouvait redoubler à l'octave soit Vorgaiiiun^ soit le chant.

Il y avait plusieurs ^Qwi'e^ à' ot gaiium. Tantôt, — et c'est ce qui se passait pour un grand chœur, — on chantait en orgaiium simple ; c'était Yantiphoiiie plus haut décrite. L'ensemble des voix chantait à l'unisson, et un groupe suivait la mélodie à la quinte. On avait donc par exemple une partie principale, formée de voix d'hommes, chantant sol la sol fa sol; une partie supérieure, (voix aiguës d'hommes et voix graves d'enfants et de femmes) faisaient entendre, à la quinte ré mi ré doré ; les autres voix d'enfants et de femmes redoublaient le chant principal sol la sol fa sol, dans leur registre. Les pièces ainsi exécutées l'étaient dans un mouvement plus lentcpie celles chantées à l'unisson.

Une seconde espèce iVorganinn mèhiit les divers intervalles : c'était la (li{f/)/io/ii('. Elle était réservée aux chanis dits j)ar la Srola^ c'est-àdire un petil groupe d'exéculants. ('elle esj)èce, à son tour, se divisait en deux :

i5G L'ATxT (;ilKGORlEN

i" Ou louait une note pendant que l'autre partie elianlait ; c'est r/.SL>// des Byzantins et la pédale des modernes.

■i'' On faisait un contre-chant.

Il est à supposer que les notes tenues étaient usitées lorsque le chant était orné, comme dans un lyradupl, un répons^ un alléluia. Au xf siècle, c'était en effet l'usage courant, pour les grandes solennités, de chanter ces pièces en diaphonie. Il peut résulter, de ces pédales judicieusement employées, un excellent e(fet\ La seconde division convient mieux à des chants syllabiques, et ce sont en effet des exemples de ce genre que donnent les auteurs :

Voix organale {dessus , VOIX uigués d hommes ou v. d'enfants)

Te hiLnuJes fa mu-li md^du.lis ve. DC rando pi.is Voix principale {chant , voix dhommes.)

Te hiL.T.iJes

Ces formes d'harmonisation, pendant très longtemps, semblent n'avoir pas évolué. Tel Ilucbald, au ix'' siècle, nous répète l'enseignement des chanteurs romains du viii% tel, deux cents ans plus tard, Guy d'Arezzo en redira les

I. Voir noU-e Traité d/iarnionisalio/i du chant grégorien^ p. 28-29, loi, 107, elc.

FORMES MUSICALES ET DEVELOPPEMENT i);

règles; c'est seulement an xii*' siècle, à mesure que se développent les premières œuvres mesurées, que Tantiquo organitm se modifiera, en s'ornant d'une troisième et même d'une quatrième partie, le iviplam et le quadruplum.

Ainsi donc, si la monodie grégorienne ofïVe une forme parfaite de mélodie, il n'en est pas moins vrai que, dans la pratique, les chœurs les plus célèbres en ornaient d'une seconde partie vocale les pièces principales, pendant la période la plus brillante de l'art grégorien, du vu'' siècle au moins jusqu'au xi^ Voici un exemple de la dernière période de cet oi'gaïuiin à deux voix, où, déjà, des diniiiiutions rythmiques peuvent être observées; c'est un trope pour la lete de Noël, dont la mélodie est donnée par (livers documents, et qu'un manus(;rit provenant de Limoges^ note ainsi avec orgaiium fleuri. (Le rythme de cette pièce est incertain, pour les raisons expliquées page 94).

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Ch(inl

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i Vi . df .ruut Em - ma 2 In ru . i . uam Is

nu el Patris u.iii g-é mtum ra t'l Et iiu lûtem pôsi.tum,

I. lîihl. N((l., laliii 3719. Cf. Viilclard, /.'office de Pierre c/e Corheil, p. ii3, lù-i, i'à').

I/AUT CREdORIEN

Êéé

3 Homi.nem m téin . po.re Verbum iti prin.ci. pi . o,

4 Urbisquam funda . ve.rat JVa-tum in

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piJa.tî.o

Eg£ârr?'---f^^^

La description de la tonalité, du rythme, de la notation, de l'harmonisation, ne représente en somme queTossature du chant grégorien. L'étude de ses formes musicales achèvera de nous initier à la connaissance de cet art.

Gomme on l'a déjà indiqué à plusieurs reprises, il y a, dans l'art grégorien, des genres de pièces extrêmement anciens, et c[u'il a empruntés à une tradition musicale antérieure; d'autres genres qu'il a créés ou simplifiés ; d'autres encore sortis, à une époque tardive, par manière de développement, des formes devenues classiques depuis longtemps. Nous étudierons ainsi

successivement les récitatifs^ — acclamations et lectures ; — les psaumes avec leurs antiennes et les petits répons; les chants ornés — grands répons, graduels, traits, etc. ; les hymnes, les séquences et les proses ; eniin, quelques pièces diverses.

Toutes ces formes miisi(;ales, on l'a vu par ce qui pré(;ède, ont un point (!ommun : elles sont purement vocales et monodiques, et écrites, la plupart du temps, sur des textes en prose. Le phrasé^ récdamé par une juste déclamation, est la base principale de leur exécution : Xaccent tonique y joue un rôle primordial. La hauteur ou Télan de la syllabe accentuée, la déposition de la voix sur les syllabes faibles, telle est, à l'oreille de l'auditeur, l'impression (Caractéristique. Il résulte de ces dispositions des sortes d'ondulations vocales, plus ou moins régulières, suivant que le rythme est plus ou moins régulier.

Récitatifs. — Par un usage conservé de la vieille synagogue, les églises chrétiennes modulent, sur des récitatifs |)lus ou moins simples ou ornés, les prières et la lecture des livres saints. Le chant ordinaire des psaumes se rattache à ce genre. Ordinairement, les formules de récits, à moins qu'il ne s'agisse d'une phrase excessivement courte, comprennent deux membres ou périodes, et quelquefois trois. L'ensemble est

déclamé sur mio noie plus ou moins soulenue [teiior^ tuba, cliorda)^ et, aux principales divisions de la pon(*tuation marquées par les deux points, le point et virgule, le point, a lieu une petite modulation musicale. Parfois, la phrase est introduite par une courte inlonatioii. Voici quelques-uns des récits les plus anciens et les plus simples (la note de valeur longue indique la note de récitation) :

Ton solennel des oraison-^ .\

Autr€

final(

iJlJ'IlJ'i'jJ J|J^MiW>J]JlJ J

Tons des Prophéties

tet

A.men

finale

Ton de l'Epitre (solennel)

finale

l^i%i^'^ppr'"c^fri"irr'^^

^)Ton d^ la Préface /estivale ^1

cr^' ï'Uirr

ns^^^r^ui

Cursus velox

Cursus pi anus Ton ancien de la Préface (Ion romain du Pater)

I. L'aflii-malloa (1(^ C(M'lains auteurs suspects du début du XIX-*' siècle, que le ton de la Préface est un rc-citatif gi-ec anticjue, est dc'pourvue de toute aulorilé.

FORMES MUSICALES ET DEVELOPPEMENT i6i

A ces récits qui s'appli({uent à toutes sortes de textes, suivant les catégories auxquelles ils appartiennent, nous joindrons le ton simple du Gloria in excelsis^ Tune des plus anciennes hymnes chrétiennes, et celui du Te Deum^ qui en était primitivement la suite et en est le développejiient musical.

TTlv;' J^ J '

Glo.ri. a

finale

paxhomî. iiubus houa' vo iuu ta . tis

tris

meo .

i ).ni'r]jp-yjijrny^''i^f^rrm

Te De. uin lau . da mus: tf Pu^ miiiumcoufi . tv . mur.

éj^i I J'/P JT]

J J j 1 bj i ^.j J J j'<

finale

J^JJjJ^OJ-gE^

Psalmodie. — La psalmodie ou chant des psaumes est tantôt simple, tantôt ornée, dans lo goût (h\s récilatifs précédents, tantôt plus solennelle encore. II y a huit /ons ou l'ornuiles, pour (dia([ue genre, qui correspondeiil aux nu)des (p. 129). La Irnciir de cha(pie psalmodie est celle de Wtnticinw ou refrain (|ui y est jointe :

Oastouk. 1 I

iG.i

L'ART (illEGORIEN

et, pour faciliter la reprise de ce refrain, la formule ou ton a des terminaisons diverses. Ce procédé est musicalement très curieux : en voici des exemples pour la psalmodie simple du i^'' ton, avec des spécimens des diverses formes que peut revêtir la finale, suivant que l'antienne ou refrain commence par telle ou telle note (les lettres des finales sont celles de la notation alphabétique, v. p. i4o) :

l'/ ton dt' Voffivf

finale a Anixenne

saeculôrum Ameu. Lauda

finale G

hs I 1 F^ J II J'H

finale F

Dumi - ne.

ijt V I i'j^j^ ky^^^n-' ^'^

Eug"e, ser\e bo ue. ..

finale 1>

(jp 1 1 i'J^J^ JTj II jv^^^

8arer<los ....^..

\^.^ ton dt [\ntro'il

Jurj/3

j^J ^ ii

finale I) Antienne

sœcu - lopum.A tnen . Ju

tus. .

FORMES MUSICALES ET DÉVELOPPEMENT i6:^)

finale A :^ ^

Sa lus auteiD.

finale F

dJj-U'J^

Gaude - à , mus-

Les antiennes on refrains de la psalmodie affectent différentes formes, de diverses origines. Les antiennes du psautier, c'est-à-dire formées par lin texte emprunté au psaume môme, représentent dans leur ensemble les antiques (ikroleleiilla que reprenait le peuple à la fin du psaume, dans la liturgie des Constitutions Apostoliques. Il est plus que vraisemblable qu'un certain nombre de c^es refrains très simples et très courts vient en droite ligne de la prali([ue juive antique. (Ex. A).

Pareillement doivent être (considérés comme extrêmement anciens, pour des raisons qu'il serait trop long de développer ici, les (diants des répons bi'efs. (Ex. B).

A^pj.j'UAjJl,^^^

Laudii 1)0 llt'iin> me . uni in vitu me. a Solo puis Chcfur *v

Fttu-

K . lu mauus tii as,Jlômi . ne, romméndo spinlum me . unt

Solo

^^^p=i^nTn

Chœur ^

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