I. Cf. Origines, p. 60 à
nous donnent pas de telles mélodies, faute d'une notation appropriée, nous savons qu'une telle hal)itude appartient à la plus pure tradition juive et orientale.
En Egypte, trois cents ans avant notre ère, Démétrius de Phalère signale son étonnement, en bon grée inaccoutumé aux vocalises, d'entendre « les prêtres chanter les dieux sur les voyelles ». Plus tard, Nicomaque de Gérase nous dit comment « les sons des sept sphères [planètes] produisant un certain jjruit... les théurges, lorsqu'ils honorent la Divinité, l'invoquent symboliquement avec des sons inarticulés et sans consonnes », afin de se rendre favorables les génies qui habitent les astres de notre système planétaire. En émettant la voyelle à laquelle correspond telle ou telle sphère, on met en vibration les ondes qui y correspondent. Les incantations magiques, les pi'okeiinciuf ou « graduels » gnostiques abondent en vocalises.
Il n'est donc plus possible de dire, comme le pensait Gevaërt vers 1895, que les mélodies vocalisées du chant grégorien indiquent l'importation d'un orientalisme assez récent; les textes produits depuis dix ans doivent nous engager à acce[)ter (;es pièc^es, sans hésitalion aucune, comme la manifestalion d'une dos origines primitives de la ('antilène ecclésiasti([ue. (^est par
exemple saint Augustin, qui témoigne de la vocalise usitée dans la mélodie religieuse, à de nombreuses reprises : « Celui qui jubile*, — dit-il, — ne dit pas des mots, mais un son joyeux sans mois : car c'est Tesprit perdu dans la joie, Texprimant de tout son pouvoir, mais n'arrivant pas à en définir le sens. » [In ps. 99, 4) — « Et à qui convientcette jubilation, sinon au Dieu ineffable? Ineffable, c'est en effet ce qu'on ne peut dire"; or, si lu ne peux nommer l'Ineffable, el que tu ne doives te taire, que te reste-l-il ? sinon de jubiler, afin que ton cœur se réjouisse sans paroles et que l'immensité de la joie ne connaisse pas les limites des syllabes. » [Ici. 32, 48.)
Il est difficile de s'exprimer plus éloquemment sur ce sujet que le docteur d'Hippone. Les autres Pères et écrivains ecclésiastiques, du iv° siècle au vi-, professent la même doctrine : dans les écrits de saint Jérôme, de Cassiodore, on trouve beaucoup de textes du même genre.
Dans le répertoire grégorien, les chants ornés et à vocalises, comprennent les traits, les
I. Jiihilare, c'est, ctymologiqucnient, faire entendre des cris de joie, ioul ion! A dater an moins du iv*^ siècle de notre ère, en dehors du sens « jubiler », ce vocable désigne l'exécution des vocalises des alléluia et des répons, qui ont continué de porter le nom de iuhilus.
•1. Jneffahilis est un adjeclil exprimant Vidée contraii'c du verbe fari, c dire ».
répons prolixes et surtout le répons-graduel et celui de Valleluia^ enfin V offertoire. A part celte dernière espèce de chant qui est une antienne, et visiblement a été inspirée des précédents, les autres appartiennent, en tant que genre, à la plus ancienne tradition chrétienne et juive; fréquemment, les formules des traits et des graduels grégoriens, qu'offrent parfois aussi, avec une variation différente, les chants ambrosiens (v. p. 17), sont proches parentes des formules de la synagogue, pour Toflice pascal en particulier.
Le trait, bien que chant vocalisé, n'est ni plus ni moins qu'un récitatif, s'appliquant à divers textes des psaumes ou des prophètes; ses versets en sont alternés par les solistes, ou entre le soliste et la scola^ sans reprise ni refrain.
Voici un exemple typique, emprunté au cantique de Moïse, [Dent. 3i), (dianté en trait pendant la vigile de Pâques le Samedi Saint ^
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I. Pour nii(Mix m;n([U(M- la lil)ci-l('* du l'coit, on a siinplonicul in(li(ju('' [)ai' dfs points noirs les notes <lc* la tcticuv.
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ut ros ver. l>o nu' (laïque
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tT'-fmmm^m^^^m
sic.ut im.ber su . per grarri! . na
Le trait se termine toujours par une longue vocalise, fixée d'avance comme les autres formules. Voici la vocalise finale pour les traits du IP ton :
Cursus planus dochimaque
Dans ces chants, comme dans les suivants, la partie simple doit être largement déclamée; la partie ornée, au contraire, est accélérée. L'auteur du Scholia Enchiriadis-, prescrivant que les « neumes étendus et l^rillants soient exécutés avec une rapidité convenable )>, mais tout en évitant une précipitation indécente, fixe même du simple au double le rapport des parties lentes du chant aux parties accélérées.
Les répons-graduels les plus anciens offrent beaucoup d'analogie avec les traits, dans le style général comme dans les détails. Mais, suivant la