Tous les trois sont vénéi'és roinnie saints
11 L'ART (;RÎ:(iOUlKx\
scpai'alioii n'y mil |k\s fin, mais il se conlinua leur vie durant, tandis (julMilogios devenait patriarche d'Alexandrie, et Léandre arclievè([ue de Séville. Lorsque plus lard Grégoire montera sur le trône pontifical, c'est à son ami Léandre qu'il dédiera son premier ouvrage écrit comme pontife, et, chose inléressante pour nous, celuici également est un musicien, un des meilleurs de son temps.
Nous avons déjà, sur notre chemin, rencontré le chant, dit anibrosien, que conserve toujours, avec un rit spécial, Téglise de Milan ; il forme un des grands dialectes de ranti([ue niusi(|ue liturgique de l'Eglise latine. Léandre représente une autre branche de lart occidental, cultivée par les chrétiens d'Espagne, en partie d'origine wisigothique, et mêlés, parles malheurs de l'invasion musulmane, aux Maures conquérants : ce sont les mozarabes. La liturgie des mozarabes, encore célébrée à Tolède, mais avec peu d'éclat, a dû la principale splendeur musicale qui la revêtait autrefois aux compositions et au génie d'organisation de Léandre : on vantait, au Yu'' siècle, le « son extrêmement suave » de ses œuvres, des psaliuî, des laudes, des sac ri fie ia, de sa composition, que les anciens manuscrits mozarabes ont scrupuleusement conservés. Leur notation musicale, malheureusement, est pour
nous lettre morte ; mêlée de iieumes romains et byzantins, la clef en est perdue depuis des siècles '.
De retour en Italie, Grégoire, nous l'avons dit, devint archidiacre romain : il devait le rester cinq ans, jusqu'à son élévation au pontificat (3 septembre 090), après la mort de Pelage II.
Il est au moins singulier que, dans toutes les situations ecclésiastiques occupées par lui, avant d'être pape de Rome, Grégoire se soit constamment trouvé en présence' de la musique, et y ait participé d'une manière active comme moine, diacre et archidiacre. Et, lorsque ses fonctions d'apocrisiaire interrompirent ce rôle actif, c'est dans une ville excellemment organisée au point de vue musical, et dans la compagnie d'un compositeur, (ju'il séjourna durant sept années.
Il n'est aucun pape du haut moyen âge qui, avant son pontificat, ait eu une vie aussi mêlée à la musi([ue. Lors même que nous n'aurions pas les témoignages authentiques et les traditions presque contemporaines, nous pourrions dire encore que saint Grégoire le Grand fut le seul pape que ses attributions antérieures aient parli-
I. (^iielciuos chants ino/arabcs sont roslc'S en usagi>. Ou en U'ouvera dans les Varia' prcccs tics RiMUMliclins (\c Solcsmos, dans mon Cours f/tcorit/uc <"/ i)r(ilt(/ii(' J'aiis. Scold canlorum) , cl dans Anbr\ , //<•/• hispanmcuui (l'aris, Goulhncr).
CLilièrcment désigné pour s'occuper du chant d'Eglise.
Les renseignements que nous avons sur le rôle joué dans la musique, en qualité de pape, par saint Grégoire, sont de deux ordres : les lettres et actes ofïiciels qui nous ont été conservés, les témoignages traditionnels donnés par divers documents postérieurs. La qualité purement de tradition, au défaut des pièces d'archivé, a suffi à certains auteurs à rejeter ces derniers documents, et à dénier parla à Grégoire le (jrand la qualité de musicien. C'était la thèse de Gevaert: mais, chose curieuse, en enlevant à saint Grégoire tout droit à l'organisation du répertoire romain ou à sa composition, l'éminent musicologue a proposé de reporter aux années antérieures au pontificat de Grégoire P'" la composition de toute une partie de ce répertoire, par les chanteurs pontificaux : or, nous verions de le voir, le plus qualifié d'entre eux à ce moment-là fut précisément Grégoire ! La thèse tombe donc d'elle-même. Elle avait unecontre-partie, quiétait d'attribuer au pape Grégoire II (715-731), l'organisation romaine du chant, qu'on enlevait à Grégoire P' ; les textes nouveaux découverts depuis * ruinent les fondements de cette hypothèse.
I. Voir dom Morin, Les s'éritahles origines du chant gré gorien. Maredsous (Belgique) ; Gasloué, Origines citées, p. 87-92.
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Car, bien avant que Grégoire II gouvernâtrÉglise, on se servait en Angleterre d' « antiphonaires et de missels de saint Grégoire », semblables d'ailleurs à ceux conservés à Rome, et la tradition les conservait comme étant ceux qui, un siècle auparavant, avaient été apportés pour le service liturgique par Augustin de Canterbury et ses compagnons, envoyés par Grégoire P'" en Grande- Bretagne * . On nommait également ceux qui avaient appris l'art du chant romain des élèves mêmes du bienheureux Grégoire, et en avaient répandu la connaissance dans Téglise d'Angleterre ".
Et d'ailleurs, à Rome même, moins de quarante ans après la mort de saint Grégoire le Grand, l'épitaphe du pape Honorius (t638), en le louant de son grand talent musical, divino in carminé pollens , ne trouve d'autre degré de comparaison que de le rapprocher de son illustre prédécesseur :
Namque Gregorii tanti vestigia justi Dum sequeris cupiens ineriiu nique geris.
Aussi la part prise, en tant que pape, par saint
I. Egbert d'York (environ G70-7 jo) ; voyez les textes dans Moriu, p. 27-3> (i'"'- édition) ; Gastoué, p. 91-92.
•1. Bèdc (environ 680 762), /list. eccl. Angl. Relevons, à propos de cet historien, nn lapsus de rédaction cpii nons a échappé. Origines, p. 87-91 ; Hède n'a point t'Ié h» condisciple d'Egbert ni d'Ahlehn à Rome.
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Grégoire le Grand, à Torganisation du chant liturgique à Rome, n'est-elle plus mise en doute. L'étroite relation des textes contemporains et des documents de Tâge immédiatement postérieur est telle que la conclusion traditionnelle s'impose sans aucune contestation possible.
Les actes authentiques de saint Grégoire le Grand qui nous ont été conservés et intéressent l'organisation musicale de la liturgie romaine débutent avec le moment où il prit en main, comme archidiacre romain, Tadministralion de l'Eglise à la mort de Pelage II, en 589, en attendant l'élection d'un nouveau pontife. Ce premier acte est un avertissement au peuple de Home pour des prières publiques prescrites, pendant la vacance du siège, pour la cessation de la fameuse peste qui désola la ville à cette époque. Ces supplications consistaient principalement en processions chantées; elles fournirent le modèle, — la litanie septiforme, — sur lequel se réglèrent depuis, pendant de longs siècles, les processions analogues. Chacune des fractions de la population se réunissait d'abord dans une des sept églises régionnaires, par séries désignées : ici les hommes, là les femmes, ailleurs les veuves, les jeunes gens, etc. Des groupes de clercs furent rassemblés, qui chantaient des psaumes, et « suppliaient le Seigneur
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dans sa miséricorde^ ». Les fidèles réunis chanlaient avec eux, et, en marche solennelle, reprenant en chœur le Kyrie eleison, se dirigeaient, du point de rassemblement, vers la <.( station », qui était cette fois-là Téglise Sainte- Marie. Dès neuf heures du matin, les chœurs de chanteurs commençaient à arriver à cette église, en alternant leurs psalmodies, et se réunissaient en commun pour la supplication finale présidée par Grégoire lui-même.
Le fait ([ue nous venons de rapporter fortifie beaucoup, par les circonstances qui nous Tout (!onservé, les témoignages purement traditionnels sur saint Grégoire leGrancL En effet, aucune source romaine de ce temps ne le mentionne ; il faut descendre trois cents ans plus tard pour que rhistorien officiel du pontife le relate ; mais, ce qui nous prouve que cet historien avait à sa disposition, pour écrire son œuvre, des documents disparus depuis, c'est qu'un Gaulois, farchidiacre de Tours, qui se trouvait alors présent à Rome, fut tellement frappé de l'organisation de ces chants de supplication, cpf il prit note de tout le « dispositif » de Grégoire le Grand à ce sujet, et le ra[)porta à son évècjue, homonvme de celui de lîome, noire historien
I. Nous rcli'ouvtM'ons j)lus tai'd cello expression. (|iu foucnira l'occasion d lui rapprocluMucnl inli-iM^ssaul.
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national, Grégoire de Tours, qui l'inséra tout entier dans son œuvre. Ainsi, si un hasard heureux ne nous avait pas conservé, dans la chronique franque de Grégoire de Tours, le moyen de contrôler les affirmations d'un historien romain plus récent de trois siècles, ces affirmations auraient paru sujettes à caution, tout autre document contemporain ayant disparu. II y a là une précieuse leçon de l'histoire; elle doit faire réfléchir à deux fois avant de récuser les témoignages d'historiens sérieux, mais tardifs.
Les lettres et actes du pape saint Grégoire conservés par les registres officiels mentionnent plusieurs détails sur des modifications de l'organisation liturgique du chant. Le texte le plus curieux est la décision prise au synode romain de 595, appliquée déjà par lui dès 091, par laquelle, frappé des abus des diacres-chantres précédemment décrits, Grégoire enlève à ces diacres toute part au chant.
Ce curieux décret serait à citer tout entier; voici tout au moins le paragraphe le plus utile à notre sujet :
« En cette sainte Eglise Romaine, à la tête de laquelle la divine largesse a voulu me placer, une coutume des plus répréhensibles s'est depuis longtemps établie, à savoir que certains chantres
LA DIFFUSION DU CHANT GRÉGORIEN ug
soient choisis pour le ministère du saint autel, et que, placés dans Tordre du diaconat, ils se consacrent à Fart de la voix, alors que leur ofïice les appelait à la prédication et au soin des aumônes. Il en est résulté fort souvent qu'une voix agréable était exigée pour le ministère sacré, et qu'on négligeait de s'enquérir si la façon de vivre était convenable. C'est pourquoi, par le présent décret, je règle que dans ce siège les ministres du saint autel' ne doivent plus chanter", mais remplir seulement l'office de la lecture évangélique pendant les solennités des messes; pour les [)saumes (diantés avec les autres lectures^, j'ordonne qu'ils le soient par les sousdiacres, ou, si la nécessité Texige, par un [clerc] des ordres mineurs. »
Par ce même décret, Grégoire, entre autres choses, interdisait aux diacres de « nourrir leur chevelure » (voir page i8), et réglait la situation des enfants cubiculaires attachés à la Chambre Pontiiicale.
La correspondance du pape saint Grégoire le (jrand contient une lettre adressée à lévêque de Syracuse, Jean, où le pape répond à certaines observations et critiques qui lui ont été adres-
I. Tenue courant pour désigner les diacres. 1. Les solis des répons et des traits. \. Ihid.
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sées au sujet de ses réformes lilurgico-musicales : on prétendait qu'il cherchait à imiter ce qu'il avait vu et entendu à Gonslantinople. Grégoire proteste et dit qu'il n'a pas eu le dessein de suivre les coutumes des Grecs, mais de restaurer les anciens usages romains ou de les développer. En particulier, nous apprenons qu'à cette date (SgS) Grégoire le Grand avait déjà réa'lé le chant de V alléluia aux messes hors du temps pascal, et organisé les triples répétitions du Kyrie eleison, avec intercalations du Cliriste, lequel n'était point usité chez les Byzantins. En même temps, le pontife fait remarquer que le dimanche et les fêtes le chant du Kyrie est le même qu'aux jours ordinaires, mais qu'il est cependant plus long; aux « messes quotidiennes », on se rattrape en soutenant la voix plus lentement.
On ne peut mieux désigner un thème avec variations. De fait, les plus anciens chants du Kyrie que contiennent les manuscrits anciens du chant grégorien et qui sont restés en usage correspondent exaclemcnt à celte description. Si nous comparons l'un des deux Kyrie « fériaux » (n^' XVI et XVlll) contenus dans l'Édition Vaticane publiée par Pie X, et dont le chant est obligatoire pour les « messes quotidiennes» dont parle saint Grégoire, avec le Kyrie n*" XV,
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pour les fêtes simples, le rapprochement est frappant :