‹ L'art grégorienChapitre 6 sur 33 · I. Histoire du chant liturgique à Paris, I, 5i. Paris · texte numérisé non relu

I. Histoire du chant liturgique à Paris, I, 5i. Paris

cita de Pépin le Bref rétablissement des coutumes liturgiques romaines dans toute la Gaule. Ce fut peut-être à cette occasion qu'eut lieu la démarche de Rémédius plus haut rapportée. Le pape l^aul 1"", frère et successeur du précédent, mit ces projets à jour; entre les années 758-763, il envoya à Pépin, avec divers livres liturgiques, canoniques et autres, un Antiphonale-i'espoiisale. Les envois du pape furent déposés au monastère de Saint-Denys, et le roi, pour la première fois, ordonna que les livres grégoriens fussent adoptés dans le royaume franc. Charlemagne à son tour, en 789, en étend l'usage atout son empire, et l'impose enfin à ceux des monastères qui avaient cru devoir, pour leur usage particulier, conserver Yoido gallican. Les chroniqueurs nous ont laissé divers récits se rattachant à cette réforme : l'admiration des Francs à l'audition du chant de la Scola romaine, les querelles des chantres français de Charles avec ceux de Saint-Pierre, au cours desquelles le roi aurait prononcé la parole fameuse : « Quel est le plus pur, de la source ou des ruisseaux ? Revenez aux sources de saint Grégoire » ; l'envoi dans les Gaules de chanteurs romains^ et la fondation d'écoles.

1. Dapi'os la cln-oiiinne df S;»iiil-( iall, c osl à I nu (it> ocs chaultMii-s, (lu uoiu dr Pierre, (jue fui <lù r»''tablissiMm'nl du (•^^aut i^rt'^oricn dans luMlc abhaye (\()ii' plus \o\\\. p. ^'j).

Ces événements divers nous sont narrés, clans des alinéas bien connus :

« Entre les autres nations de l'Europe, les Germains et les Gaulois ont pu particulièrement apprendre et réapprendre la douceur de c^ette modulation. Mais, cependant, ils ne purent la conserver pure, tant par légèreté de caractère que par leur naturel fruste, et mêlèrent du leur aux chants grégoriens^ car leurs corps d'une nature alpine (!), où tonitruaient les éclats de leur voix, ne se pliaient pas à la douceur de la modulation qu'ils avaient reçue et, la barbarie de leur gosier buveur, tandis qu'elle cherchait à imiter les inflexions et les répercussions de la douce cantilène, jetait, par sa nature bruyante, les voix rio-ides dans des sons confus comme ceux d'un chariot sur un escalier (!), et, ainsi, fatiguait en les exaspérant et en les irritant, les âmes (ju'elle devait adoucir. »

N'oublions pas que c'est un Italien qui parle ! Cependant notre (compatriote anonyme, le « moine d'Angouléme », dans sa Vie de Charlemagiie^ donne une note analogue : « Tous les chantres de Franche apprirent la « note romaine » qu'on appelle aussi maintenant « note française », excepté (|u'ils ne pouvaient parfaitement exprimer dans le chant les sons tremblés, ornés, répercutés ou détachés, « effrangeant » ces sons dans leur

gosier, à cause de leur voix naturellement rude, plutôt que de les exprimer comme il le fallait. »

« Or, Gharlemagne, notre patrice et roi des Français, froissé, pendant un séjour à Rome [probablement en 788], de la dissonance qui existait entre le chant des Romains et celui des Gaulois, laissa au pape Adrien deux de ses clercs les plus studieux : lorsqu'ils furent suffisamment instruits, ils furent chargés d'abord de rappeler à Metz la douceur de la vieille modulation. Mais quand ceux qui avaient été instruits à Rome furent morts, le très prudent roi, voyant le chant des églises des Gaules être à nouveau très éloigné de celui de Metz * », demanda au pape Adrien d'autres chanteurs. Touché des prières du roi, Adrien lui envoya deux « chantres très savants » de la Scola romaine : Théodore et Benoît, porteurs d'anliphonaires grégoriens « que lui-mêine avait tenu à noter en notation romaine. »

(( Le roi Gharles, revenu en France, envoya Tun des (dianteurs à Melz, l'autre à Soissons, ordonnant aux maîtres de chant de toutes les villes d(^ Franche de leur confier leurs antiphonaires à (-orrigcr et d'apprendre d'eux le chant. Le principal magistère en fait de chant resta à la ville de Melz : autant renseignement romain

Page 1