CHAPITRE III
faucons; mais on se sert indistinctement de tous les animaux naturels ou chimériques.
L'usage des tenants ne remonte pas au delà du xiv e siècle.
Il y a presque toujours deux animaux pour supports. Ils sont ordinairement représentés debout ou affrontés; il n'est pas rare de voir leurs têtes contournées.
Lorsque, après avoir blasonné l'écu à l'intérieur et indiqué le casque, le cimier ou la couronne qui l'accompagne extérieurement, on passe aux lambrequins, ensuite aux tenants ou supports, on termine par le cri de guerre et la devise.
Il est absolument nécessaire de détailler la posture, la situation des animaux, et s'il s'agit de personnages, leur costume, leur attitude.
Primitivement, on représentait les écus attachés avec des courroies et des boucles à des troncs d'arbre; puis les premiers tenants furent les chevaliers euxmêmes qui portaient leuf écu suspendu au cou. C'est ce qu'on peut voir dans les anciennes églises lorsqu'on se trouve en présence du tombeau d'un chevalier qui. d'ordinaire, tient son écu d'une main ou le soutient sur sa poitrine.
Des monnaies d'or, frappées sous Philippe de Valois, montrent ce prince assis sur une chaise, tenant sonépée haute de la main droite et de la gauche s'appuyant sur l'écu à ses armes.
Sur la plupart des anciens sceaux, les chevaliers sont représentés à cheval avec une banderole, ou l'épée à la main droite et à la main gauche leur écu.
i S 8 L'ART HERALDIQUE.
Il y a deux autres sortes de supports ou tenants des armoiries. Ce sont les corps des devises et les animaux qui figurent à l'intérieur de l'écu : par exemple, Charles VI, Louis XII et François I er ayant pour devises, l'un un cerf ailé, l'autre un porc-épic et le troisième une salamandre, rirent les supports de leurs ar moiries de deux semblables animaux.
Les supports tirés des animaux formant la pièce principale de Parmoirie, sonl plus fréquents.
L'héraldiste Philippe Moreau a prétendu, dans son Tableau des armoiries de France, qu'il n'y a que les rois de France et les princes de la maison royale qui puissent avoir des anges pour tenants de leurs armoiries: c'est une erreur. Non seulement, plusieurs grandes familles en portent, mais les artistes feront bien de se souvenir — s'ils visitaient quelque vieille église de campagne et s'ils se trouvaient tout à coup en présence d'une armoirie à eux connue, et tenue par deux anges, alors qu'ils auraient eu occasion de la voir mainte fois au Louvre ou à Versailles, supportée par deux licornes ou deux sirènes — que c'est par pur scrupule de dévotion que nombre de fidèles, et surtout de curés, ne permettaient pas que des figures chimériques, fabuleuses ou monstrueuses fussent représentées dans un édifice consacré au culte. Il en est même, dans certaines provinces, qui bannissaient également la peinture des animaux et les seigneurs du lieu, partageant ces idées de piété, modifiaient sur le tombeau de leurs père et mère, ou de leur femme, la figure considérée comme irreligieuse. Voilà pourquoi on voit si souvent des blasons tenus par des anges, au lieu d'être supportés par des dra-