CHAPITRE III
gons qui eussent trop rappelé la figure du démon.
Au reste, il y a des supports affectés à certaines dignités ou conditions; ainsi tous les comtes de l'église cathédrale de Lyon ont pour supports un lion et un griffon, qui sont les figures des armoiries du chapitre.
De même que des familles ont des armoiries parlantes, de même il en est qui ont choisi des supports et des tenants équivoques à leurs noms, tels les ours de la maison des Ursins.
L'aigle est parfois employée comme seul support, particulièrement l'aigle à deux têtes; dans ce cas, on lui fait tenir l'écu entre ses serres.
Au reste, il n'est pas très rare de rencontrer des blasons avec un seul support placé soit à droite, soit à gauche.
On voit aussi fréquemment un écu qui semble être supporté à dextre par un lion et tenu à sénestre par un sauvage ou tout autre personnage.
Sous le premier empire, il était tout naturel que l'art héraldique transformé changeât la tradition des supports.
Au lieu de Maures, de sauvages ou de sirènes, on employa des soldats en uniforme de hussard ou d'artilleur qui, dans une attitude altière, paraissent commis à la garde de l'écu.
Des dignitaires du second Empire crurent devoir se conformer à cette mode, et ce fut ainsi que le duc de Malakoff fit tenir son écu, d'un côté par un zouave, et de l'autre par un highlander.
C'était afin de symboliser l'alliance franco-anglaise.
Je me suis servi tout à l'heure à dessein du mot
i6o L'ART HERALDIQUE. '
mode qui est peut-être un peu risqué dans un ouvrage consacré à un art spécialement méthodique ; c'est qu'en effet, il ne faut pas attacher aux tenants et aux supports Timportance qui est due aux pièces héraldiques qui meublent un blason.
Le P. Ménestrier lui-même, le grand maître de cet art, avoue « qu'il n'y a jamais eu de règle pour cela (les supports) comme il est vray qu'il n'y a jamais rien eu de fixe et de déterminé pour les supports que l'on a changez autant de fois qu'on a voulu, comme on peut en divers endroits », et il cite « l'admirai de Graville, dont on voit les armoiries à Marcoussy, à Dourdan, à Milly, en Gastinois, à Malesherbes, en Beausse, à Chastres et en beaucoup d'autres endroits, soutenues tantost par des lions, tantost par deux griffons, tantost par deux dragons, tantost par deux aigles, tantost par deux cygnes, tantost par deux anges et tantost par un seul ».
J'ai cité ce passage pour bien faire comprendre que la plupart du temps supports et tenants sont de pure fantaisie et qu'il peut parfaitement se faire que les armoiries d'une seule et même famille soient représentées avec des animaux qui les supportent et des personnages qui les tiennent et qui diffèrent totalement.
Cependant, retenons une règle qui a toujours été observée.
Les femmes et les ecclésiastiques ne portent pas de tenants.
J'ai déjà dit que la cordelière était l'attribut des veuves qui entourent leur écu de cet ornement de soie noire et blanche entrelacée. On la reconnaît facilement.