‹ L'art idéaliste et mystique, précédé de la réfutation de TaineChapitre 17 sur 46 · ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

ARCHITECTURE

rarchitectonique. Les Gustave Moreau, les Burne Jones, les Watts, ont puisé, en eux-mêmes, un art étranger à leur siècle, Ingres, à une époque de pantalons, a su retrouver parfois le nu antique. Tandis que les autres arts du dessin continuent le rayonnement par la personnalité, l'architecture, produit de l'âme générale, ne relève, depuis cent ans, que de la bâtisse ou de l'entreprise de construction. N'est-il pas extraordinaire que la gare, ce lieu si particulier, n'ait pu engendrer sa forme expressive : lorsque ce n'est pas un hangar, on y voit, ô insanité, le plein cintre romain et le pilastre grec. D'où vient que les activités de la pensée se sont conservées, sauf une seule? Avec des intermittences, la civilisation a toujours pu continuer les modes expressifs, sauf un ; enfin, malgré les prodigieux éléments de comparaison et d'étude que l'archéologie nous a livrés, nul ne peut faire surgir un monument. J'abandonne le palais, lieu royal, l'hôtel de ville, expression de la vie communale ; en présence du nombre des paroisses de Paris, du nombre des paroissiens qui les fréquentent, et de la place que le catholicisme tient encore dans nos mœurs, je ne peux pas dire qu'il n'y a plus d'églises esthétiques parce qu'il n'y a plus de foi, et la seule explication la voici :

XXXI, — La loi absolue du monument est Vunité, mais dans cet art Vunitè n'est pas produite par l'individu comme dans les autres, il faut qiCelle résulte de la "tnoyenne animique.

Le métaphysicien, ne s'occupant jamais de l'être inférieur, parce qu'il ne lui présente que des symptômes amoindris, a coutume de concevoir l'individualisme d'après l'individu d'exception. Mais l'exception n'étant que la formule moyenne d'un temps à l'état colossalisé, les bourgeois d'une époque sont la caricature des génies de la même époque. L'individualisme à l'état inintéressant, mais dynamique, se retrouve chez la dévote, chez le notaire, même chez l'officier qui, en dehors de son service, s'exprime librement. Les dévots ne sont plus le magnifique troupeau qu'ils étaient, car le jour où ceux qui commandent ne sentent plus la douleur inquiète du pouvoir, ceux d'en bas perdent aussitôt la notion des douceurs de l'obéissance. Autre cause de l'ignominie des églises actuelles, la femme les peuple presque exclusivement et les abaisse à son image.

Voyez les pauvretés esthétiques qu'édifia Louis II, de sainte mémoire ; voyez même, puisque nous sommes en Bavière, le touchant effort de Louis P""

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qui, désespérant de trouver des architectes, fit copier les palais de Rome et de Florence ; voyez même les projets insensés d'un Makart et d^un Tracksel.

Une dissertation sur un art lini et qui ne créera plus, est inutile. L'architecte contemporain n'a encore qu'une raison d'être: celle de prolonger, par tous les moyens, la durée du legs antique ; quanta ses propres élucubrations, qu'il les rentre comme des incohérences indignes de voir la lumière. Eût-il du géuie, il restera impuissant, en une matière où l'âme d'un temps seule pourrait le féconder. Qu'il soit un émule du décorateur de théâtre et du metteur en scène, qu'il combine les classiques éléments avec la fatale utilité ! Une dernière remarque : l'architectonique est l'art qui nous a légué le moins de noms ; Ictinos, Pierre de Montereau, et quelques autres seuls sont venus vers nous ; en revanche, la moindre bâtisse de nos rues est signée, mais plutôt, je l'espère pour la confrérie, en une adresse commerciale qu'en prétention esthétique. Il plaît d'attribuer aux grands architectes, dont le patési Goudéa est l'ancêtre, une conscience particulière de leur art qui les détournait de produire leurs noms au même titre que le sculpteur ou le peintre. Ils

savaient sans doute que leur œuvre avait, pour véritable auteur telle date de telle foi, en tel lieu. Un monument, c'est le pentacle d'un cycle, la maison d'une idée, le temple d'une aspiration. Or, les périodes harmonieuses sont finies, l'évolution intermittente et morcelée ne produit plus que des incidences manifestatives ; il n'y a en puissance et en acte, que des idées fausses sur tout l'Occident, et les aspirations n'ont plus assez de hauteur pour devenir monumentales. L'art, c'est la queste de Dieu ; le monument naît de l'espérance de le trouver; et comme l'âme moderne s'est dissociée des grands courants qui vont et viennent du divin au mortel, le peuple qui n'a plus de religion d'Etat, n'aura plus d'architecture.

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