MUSIQUE OU CYNÉTIQUE DE LA BEAUTÉ
sonates de Bœthoven et les derniers quatuors. Enfln, il y a la musique dramatique où le compositeur s'est astreint à soumettre son art aux conditions expressives d'un poème.
Or, plusieurs, qui souscriront aux théories idéalistes quant aux arts du dessin, cesseront de les appliquer à l'harmonie. Ceux même qui repousseront la théorie par laquelle Rubens serait un grand artiste, alors qu'il ne vaut qu'en peintre, « ce qui est bien différent et bien au-dessous d'un grand artiste, » supporteront de piètres Hummeleries; ceux mêmes, méprisant lesdessertes de Chardin et les bodegomes de Weenix, salueront inconsciemment des variations faites pour mettre en valeur un instrument. Ils écouteront, patients, les concertos de Vieutemps et autres vanités.
XXXV. — Une théorie esthétique n'est valable^ que si les règles abstraites s'appliquent à tous les arts, car la beauté étant la loi absolue de tous les modes qui la réalisent, il faut que sa définition et ses catégories se retrouvent exactement parallèles en tous les arts.
L'homme de Médan, synthétise la basse animalité ; je le cite devant la catégorie qu'on ne peut
soupçonner d'imagination, la seule dont le bon sens soit garanti par l'acceptation de tous, je demande ce que donnerait, en symphonie, la transcription musicale du «Ventre de Paris», et comment le Largo de la fromagerie se comporterait? Le sculpteur qui aurait pris au sérieux le thème de Médan, qu'aurait-il fait? Des hautes casquettes, des battoirs, des ivrognes, dans ce domaine de l'éternelle jeunesse, dans cet art d'apothéose ? Celui qui, sûr d'être écouté, lance une formule sans avoir prévu, en sa conscience, son effet sur autrui est un malfaiteur d'un ordre imprévu par la loi des hommes, mais qui sollicite au lendemain de la mort l'épée fulgurante des Anges. Si, dans un livre qui prêche le plus beau style, je puis me permettre une image un peu vive et familière, je ne puis voir l'arrivée de Renan dans l'au-delà sans me figurer un mouvement des Anges où leurs pieds cnémidés d'or s'agitent et ne piétinent pas. Je prie que l'on juge les systèmes à ce critère ; une formule de la Beauté doit s'appliquera toutes ses manifestations.
Quelles que soient les rencontres heureuses et l'art de la contexture, la musique pour la musique, est-elle une inférieure formule ? Liszt abonde de mesures pianistiques sans signification ; et de
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même qu'une œuvre d'art s'élève selon la rigueur de sa composition, l'œuvre musicale gagne à exprimer des thèmes précis d'affectivité. Notre époque, sur les autres terrains, continue d'une sorte imparfaite les splendeurs précédentes; elle aura vu l'apogée de l'harmonie. Sansmcconnaitre ni ce sommet de l'art vocal, Paleslrina, ni les fresques de Haëndel, ni Sébastien Bach, le logicien qui a produit le plaisir esthétique, par l'infaillibilité de sa science, la musique jette son cri suprême du choral de la Neuvième au finale de Parsifal.
Malgré Balzac, malgré Fabre d'Olivet, Lacuria, Eliphas, Delacroix, Berlioz, Gœthe, Byron, Chateaubriand, Lamartine, Musset, César Franck, et tant d'autres immortels, le xix" siècle s'appellera le siècle de Wagner, car cet homme prodigieux, réalisant à la fois et l'art dramatique et l'art musical, doublement créateur, a trouvé et prouvé par ses chefs-d'œuvre, qu'il existe un art confluentiel de tous les arts, le drame lyrique.
Cette fin de siècle lui devra des gratitudes profondes ; son clair génie, traditionnel en même temps qu'audacieux, a séché et chassé la boue accumulée par le réalisme; et, si les jeunes respirent maintenant un souffle noble et pur, c'est â^
Titan de Bayreuth qu'il faut rendre grâces. A l'intellectualilé qui gisait, enlisée sous l'accumulation niaise de Fart pour l'art et les jurons de l'ouvrier réaliste, Wagner apporta le feu purificateur de l'idéal éternellement vivant. Mais, semblable à Michel-Ange qui épuisa le statuaire en lui faisant rendre des accents surhumains, Wagner a limité, par la colossalité de son génie, l'horizon musical pour un siècle au moins.
XXXVI. — Lorsque paraît un des grands génies humains^ il se dégage de son œuvre une formule dominatrice, qui subjugue et stérilise les individualités moind^^es qui le suivent, et cette formule^ émanation conquérante de l'individualité, s'appelle un poncif.
Cependant, après la mort de Raphaël, Jules Romain montra à JVlantoue, au palais du T, en sa Gigantomachie, qu'il y a un salut pour les minores d'un mouvement d'art ; il consiste à développer exclusivement une des trois grandes inspirations. Jules Romain sut se jeter dans l'intensité et y atteignit une puissance différente de celle de Raphaël dont le génie résulte du très grand nombre de qualités égales entre elles,