DE LA VOLONTÉ ESTHÉTIQUE
En même temps que la notion artistique s'abaissait dans l'opinion, elle s'amoindrissait parallèlement chez l'artiste. Au lieu d'œuvrer dans le silence, un Horace Vernet s'entourait du plus grand bruit possible : ce n'était, du reste, qu'un peintre ; mais d'autres, prétendant ceux-là, être des artistes, n'ont pas craint d'arriver à l'extrême oubli de leur dignité. L'artiste parisien qui travaille ressemble étonnamment à son confrère le peintre d'enseignes, dont il a souvent l'âme, le bagout et la chanson vulgaire aux lèvres.
Où sont-ils ceux qui, comme Watts, croient à la mission providentielle de leur œuvre, qui officient ieur art; comme Burne Jones, ou le dérobent
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jalousement à l'œil de tous, comme Gustave Moreau.
Ouvrier à l'ouvrage, mondain ou bohème le reste du temps, l'artiste renonce de lui-même au prestige presque religieux dont il pourrait s'entourer.
On a prétendu le Pérugin sceptique. Certifions que Wagner était momentanément de la religion de son œuvre, catholique dans Tannhaûser et Parsifal, païen et Scandinave dans la Tétralogie. Il importe peu de démêler la pensée rarement fixée de l'homme des formes et de savoir quelle conviction il vit ; ce qui importe c'est la croyance à son art et l'ambition pour son œuvre d'un effet d'iconostase, d'un haussement jusqu'au rôle de prêcheur, enfin la conscience de la puissance du Beau sur les âmes. Ce ne sont pas les simples qui s'extasient aux vitraux, aux sculptures, aux fresques ; les simples d'aujourd'hui ont le journal et le café concert, et, survivant à la Foi, la haute culture reste, la seule garde noble qui veille encore devant les œuvres. Il faut donc se placer au point de vue le plus intellectuel, pour la subtibilité à obtenir, et aussi pour que le chefd'œuvre accomplisse son effet de Bonne Parole,
Saint- Victor a dit qu'une vertu se retir© du
monde, chaque fois qu'un chef-d'œuvre disparait ; on peut ajouter qu'une vertu nouvelle rayonne sur le monde, quand un chef-d'œuvre s'y produit.
N'est-il pas singulier que les laïcisateurs, en proscrivant les formes catholiques de l'au-delà, aient voulu proscrire l'au-delà lui-même, refusant à l'homme latin la satisfaction légitime d'un besoin animique. Lorsque Robespierre sur les débris de la religion, instaura la fête de l'Etre suprême, ce sous-crétin montrait encore une sorte de jugement que les onagres, ses successeurs, ont perdu. Le président répondant annuellement aux vœux du Nonce évitait de prononcer le nom devenu séditieux du Créateur. Eh bien ! la vieille formule talmudiquc se suspend d'elle-même, comme une épée de Damoclès, sur tous ceux qui se refusent à cette évidence sans pareille, ce Tout sera effacé de ce qui est écrit, sauf le nom Divin. » Ainsi les hommes et les choses qui ont méconnu l'Etre Absolu sont les promis du néant: rien ne saurait survivre ni dans l'au-delà ni devant la pensée humaine, qui disconvienne, à cepoint,aux nécessités de la raison.
Il faut vouloir le Beau, comme le mystique veut le Bien ; il faut appliquer à son art les exercices fervents que les fondateurs d'Ordre ont