‹ L'art idéaliste et mystique, précédé de la réfutation de TaineChapitre 4 sur 46 · L ART IDEALISTE IT MYSTIQUE · texte numérisé non relu

L ART IDEALISTE IT MYSTIQUE

Raphaël, Michel-Ange, Andréa del Sarte, Fra Bartolomeo, Giorgione, Titien^ Sébastien del Piombo, le Gorrège. Il serait bon de discuter cette succession, <( En deçà, dit-il, des chercheurs encore frustes, secs et raides, Pollajuolo, Lippi, Ghirlandajo, Verrochio, Mantegna, Carpaccio, Jean Bellin ! > Il suffit d'aller voir au Louvre, la Madone de la Victoire, le Parnasse, la Crucifixion, pour estimer ce qui est fruste, sec et raide !

« Au delà, des dise (2^) le s exagérés! » Il n'a souci ni des condisciples, ni des élèves de Léonard, ni du délicieux Sodoma, ni de Tintoret, ni de Véronèse. a La floraison dure cinquante ans ! » Quant à Massacio, « c'est icn inventeur isolé » Il ignore Masolino, mort en 1440, et ses fresques de 1428 àCastiglione d'Olona.

Le professeur ne sait pas, et il ne voit pas. Il ne voit pas le paysage chez Léonard, chez Titien, et auparavant chez Gozzoli, Orcagna et Lorenzetti, « La peinture italienne dédaigne ou néglige le paysage ; les arbres^ la campagne, les fabriques, ne sont pour elle' que des accessoires l » Ils n'ont jamais été autre chose jusqu'à nos tristes jours.

« La peinture classique n'est ni mystique, ni dramatique, ni spiritualiste. » Et « la Dispute » et « l'Incendie du Bourg; )» et la triple scène de la

l'esthétique positive 23

prison de Saint-Pierre, pour se borner à Raphaël? Cet esthète^ qui nous cite le Laymioyeur de Scheffer, se plait aux plus bizarres mélanges. (( On trouvera chez Beato Angelico, Durer, Rembrandt, Metzu, Potter, Hogarlh, plus de psychologie, de rêves intenses... » Metzu, Potter et Hogarth, un intimiste, un animalier et un caricaturiste, mêlés aux maîtres, pourquoi pas Delacroix... et Troyon !

« Pour que V homme puisse goûte?' et produire la grande peinture, il faut qu'il soit cultivé. » Nullement, il suffit qu'il soit croyant et que la peinture lui représente un thème de sa croyance. Une Bretonne qui ne sait pas lire, mais qui dit son chapelet avec ferveur, goûtera la chapelle des Espagnols et la Madonna dell Arena.

Qui examine les lunettes et les voûtes des appartements Borgia au Vatican ne découvre rien dans ces légendes et ces allégories qui ait le moindre rapport avec les chroniques de cette terrible famille.

Si Pinturrichio a peint pour Alexandre VI, sans aucun reflet du temps, où cherchera-t on l'écho des vociférations de Savonarole? Les nudités sont très rares dans la peinture italienne, les obscénités introuvables? Une lunette au Palais du T. I

ai l'art idéaliste et mystique

Cellini, le plus grand hâbleur de son temps, devient pour Taine le type de l'artiste. Il croit tout du ciseleur, même sa prétention d'avoir tué le connétable de Bourbon. Cependant ce grand rageur fut très sage, pendant son séjour en France.

A lire la vie des artistes italiens, on s'aperçoit qu'il n'y eut qu'un Cellini. Le coup de poing de Torrigiani qui cassa le nez de Michel-Ange est célèbre : il s'explique par le caractère de Buonaroti qui, rencontrant Léonard lui-même^ se manifeste, désobligeant et agressif.

L'histoire des petites républiques forme un enchevêtrement de drames sinistres pleins de férocité : le crime s'étale partout et on le juge comme une œuvre d'art ; on décide s'il est bien ou mal réussi. Le sens moral aianque en Italie comme l'eau manque en Arabie, totalement. On viole, on empoisonne, on assassine, à plaisir.

En accumulant les anecdotes on ferait un tableau d'enfer : voilà la vie ! Regardez l'art de Giotto à 1 Gozzolli, de Sienne à Pérousse, il est doux, il est pur, il est mystique, il ne reflète rien des mœurs.

Léon X fait représenter devant lui la Calandre ; il a pour bouffon un moine goinflre qui avale un pigeon d'une bouchée ; il chassB) il fait berner un

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