S8 L ART IDÉALISTE ET MYSTIQUE
nouvel état d'esprit et, par suite, un groupe d'œuvres nouvelles, c'est-à-dire que l'œuvre nait de l'état d'esprit qu'elle manifeste. Peut être faudrait-il s'entendre sur la nouveauté d'une : situation. L'Imprimerie, la Réforme, la Révolution ont créé une situation, mais le problème plastique reste le même, de Durer à Ingres, l'expression de l'âme ne connaît pas d'autre loi en 1911 qu'en 1300.
L'œuvre d'art est produite par un état d'esprit permanent et universel qui défie les modalités de race et de zone.
La petite Kaldéenne du Louvre en plissé soleil, la plus ancienne Isis, comme la lorette de Gavrani expriment un sentiment sexuel.
La mosaïque de la Bataille d'Arbelles et la Bataille de Constantin n'impressionnent pas plus le savant que Tignorant. Quels que soient les costumes, des cavaliers de Léonard ou des soldats surpris au bain de Michel-Ange disent à tous la même circonstance.
Quel est donc cet état d'esprit universel et permanent? L'état esthétique.
La Beauté estuniqueenses caractères essentiels. La mèuie rechei'che amène au même résultat.
Les chefs-d'œuvre ont entre eux un air dô famille et cet air constitue la quintessence de l'ari;.
Avec la gamme, Palestrina a tout exprimé, comme Wagner. Avec la forme humaine, depuis le Sphinx placé au seuil du désert jusqu'au Saint-Jean, depuis la déesse de Thèbes jusqu'à la Madone, tout a été dit.
Le Ghristus Judex de Michel-Ange avec la barbe serait Zeus foudroyant, comme les personnages de la Dispute du Saint-Sacrement i^ourraieni devenir grecs et ceux de V Ecole d'Athènes chrétiens. Le Saint Jean à mi-corps n'est-il pas un sphinx, avec des bras?
Il faut classer les œuvres, comme les personnes, selon leur rayonnement. Une oeuvre vaut au même titre qu'un individu. Il n'est pas au pouvoir de l'art, de nous intéresser à une image dont la réalité nous ennuierait. Les Syndics de Rembrandt nous assomment en peinture, parce qu'ils nous assommeraient en réalité. Ils sont des syndics, ils représentent des intérêts matériels. Le beau n'admet pas ces gens-là, dans son domaine. Tel banquier de la Renaissance a le visage d'un Apollon : au domaine des formes il est donc Apollon et non banquier. Le portrait de Durer à Munich passerait pour un beau Christ. Ce n'est donc pas un portrait, malgré la ressemblance, Les intentions même pures ou sublimes, ne