‹ L'art idéaliste et mystique: précédéde la réfutation de TaineChapitre 16 sur 48 · XX. -T ïl y a qwfepe flortp? d'hoqjpi^s · texte numérisé non relu

XX. -T ïl y a qwfepe flortp? d'hoqjpi^s

rhoinm<îdeDieu,rhQinme d'I4ée, Dxpmpe d'^tot; rhomme du l)fond^.

L'hpnf pie de Diep doit paraître ab^^pf;, abstriQiit, qjiapd il p^^^e pi» 9^ tait, tppt e^ omction ; ei^ epthoiisiasme, dès (jy'U parle. Uq prêtre ne doit pas rire^ ni plaisai^ter d'a^pup^ sorte, ni lire pp journal en ppbUc, pi tép^oigni^r par pon attitpd^ qu'il ||.ppartiept ^ ^ société civile, epfip si9 t^pir ep an)t)^si^4epr d'éterpité.

Ji'bppipie d'Idéia, p$ut çpurirp, mais pop p^ plaivant^r: il rfîgard^ la vie autour de Ipi, h conditipp de la regarder de baut et de to^joprs donner Tîn^pre^pion, qu'il yise par-^d^là ce qu'il fait, et qu'il n'est qp'à woitié au pré^ppt, bpmmes et choses.

Ukmm d'jBtftt par4 grava, sil«piauxi ^t ne ippfir^ pusi U popYpir, qu'il fatt pw»p ser 1m lî))f«t4§ at lan vie»i 4Qit la peoiRiiF d'qiM MtgPtl» triiteMa, et| médecin du eoUaetif aodali il n<i

saurait manifester aucun eeatiment personnel sans s'avouer indigne de son rôle abstrait de justice et d'utilité.

Saint Ignace a promulgué cette doctrine occulte : € Petites les actes de la foi, et la foi viendra. » Je dirai sans crainte :

XXI. -^ Celui qui réalise V extériorité d'une idée en réalisera Vintériorité^ à moins qu'il se démente ; de même, V intériorité peut amener Vadéquate extériorité.

L'Artiste a pour collaborateur son temps.

Aucun artiste, si grand quUl soit, ne se dégage des formules ambiantes ; elles sont le modèle collectif qui se retrouve en toutes ces œuvres.

Dans l'Art subtil et morne de Burne Jones, de Gustave Moreau, on sent que ces maîtres, n'ayant pu puiser autour d'eux des éléments kaloprosopiques, ont dû voir avec l'esprit et dessiner leurs inventions, sans appui de réalité ; au lieu que les primitifs italiens ne concevaient pas plus noble et gracieuse prestance que celle des hommes de lepr temps»

A Haarlem^ ôtez par la pensée pourpoiuti et lurcotsi iraises et feutres^ de ces tableaux oorpo^

t3t lW ri)iiAtiilTB Éï kiràTiût]!

ratifs où Hais étale sa couleur sans idée ; fracque^i vestonnez, redingotez ces bourgeois pansus, repus, et vous aurez sitôt quelque chose de semblable au Tribunal de commerce de Paris. Esthétisés, ces Hollandais sont supportables : comparez les cérémonies louis-philipiennes d'un Larivière.

La loi de Ealoprosopie est telle :

XXn. — Réaliser en extériorité le caractère qu'on s'attribua,

La robe du juge, le bicorne du gendarme sont des restes de cette doctrine.

On va m'objecter qu'il est des êtres sans caractère et que ceux-ci ne sauraient extérioriser que leur vide ? Et nous voici à la partie diffîcultueuse de la démonstration ; nous voici venu à l'homme du monde.

XXHL — Parmi les impressions de V œuvre d'artf il en est qu^ la personne humaine peut donner*

Je ne parlerai pas de la beauté de Tœilque l'art n'a jamais pu traduire» car cette beauté se compose de rêve, de désir ou de vision*

LA KALOPROiOPII 138

XXrV. — La personne vivante a un avantage esthétique sur la statue^ c'est la i^uccession indéfinie des mouvements,

L'Art est immobile, il cristallise pour la durée un seul mouTement : si je dois représenter Tannhatïser d'après l'admirable récit de Rome, je choisirai entre le moment où il arrive aux pieds du Pape, et celui où il tombe foudroyé par Tanathème.

Au contraire, je puis développer en Kaloprosopie toute la gradation d'un sentiment.

Qui n'a vu, certaines fois, une femme élégante donner, pendant un long moment, une série ininterrompue de poses, de gestes, d'expressions charmantes, se déroulant comme la moire changeante d*un même ruban I Dans les rôles, assez voisins de nos mœurs, des Perdican et autres personnages de Musset, n'y a-t-il pas une grâce mélancolique ? Le cordonnier poète Hans Sachs des Maitres Chanteurs remplit la pièce, efface Walter et Eva, et cependant il est réel.

Le Cuirassier de Géricault ressemble à un héros, et le général Boulanger ressemblait à un acteur !

N'oublions pas que Talma donnait des leçons 4e maintien impérial à Bonaparte, que lesnouve^u^

13^ l'aKT ÏDtkttnn BT HtSTIQXJfE

évêques, si peu esthètes, s'eirercent cependant à bénir, au maoi ent de leur sace.

XXV. — Il faut vouloir son allure^ la cherchef* et Ict maintenir.

Pour rendre ces affirmations pratiques, il faudrait entrer dans un détail extrême, préciser quelle modification Tftge apporte dans une même kaloprosopie; car la plus grande erreur de Tallure est de témoigner contre l'évidence, c'est-à-dire les marques du temps sur l'individu.

Toutefois, Baudelaire, comme le ducd'JL quoi rêvent tes jeunes filles, professe la lutte contre la vieillesse. Un des beaux spectacles de la personnalité, que j'ai vu pendant des années et toujours avec un intérêt passionné, c'était l'effort de Barbey d'Aurevilly, cet Antée de la Beauté féminine,qui, en l'approchant, retrouvait ses forces. Arrivé, morne, roide, ankylosé, l'œil atone, la voix éteinte, dans un salon, rencontrait-il une épaule dont le grain de peau lui plaisait, une nuque où il pût enrouler le serpent de sa concupiscence, on voyait une métamorphose s'opérer, et le rajeunissement se prononcer par degré, jusqu'à des flamboiements d'ftme ik incendier vingt coeurs, qtn

Là KàL0E&080»II 137

D^eussent pas été les viscères corsetés de poupées élégantes.

Avec quelle grâce, il disait: € Laissez votre regard de jouvence rallumer Tœil d'un vieil aigle qui cherche encore Ip soleil, de sa paupière alourdie, mais entêtée. »

C'est un devoir de paraître mieux qu'on est, pour la plupart des êtres.

En ce monde de semblances, il faut mentir quand on ne saurait être vrai, qu'au prix Ve la laideur. Vraiment, si les femmes manifestaient leur niaiserie, leur absence de générosité d'âme, leur mauvais cœur, on les fuirait ; et le monde irait plus mal ; si les magistrats trahissaient leur conscience par leur contenance, les plus grands désordres, les moins répressibles pulluleraient.

Le grand argument du contemporain pour sa défense réside dans la nécessité de ne remuer que la tête et les b van t-bras, sous peine de faire éclater le grotesque latent du costume actuel.

XXVI. — Toute la beauté plastique est basée sur deux conditions : les proportions et la périphérie du mouvement^ laquelle nécessite le nu ou la draperie.

Les statues de Baudin font rire, tandis qu'une de Mgr Affre, pourrait valoir, par la seule diiBérence de vêture.

Au schématisme linéaire, il faut demander les principales règles de la kaloprosopie. Les dictons populaires ou populaciers donnent raison au résultat de Tétude.

L'épithète d'horizontale signifie, en effet, une idée de mollesse, de paresse, de luxure, tandis que*" les verticales correspondent aux idées de devoir, de sévérité, comme en témoigne le dicton : raide comme la justice.

La proportion humaine étant cinq fois moins large que haute, pour Feffet d'idéal, il faudrait que le parti-pris d'élévation prédominât, et, au contraire, augmenter l'impression de largeur pour toutes les idées de contingence et de plaisir. Mais la ligne droite étant une pure abstraction, il n'y a, au point de vue esthétique, que les angles obtus et que les courbes plus ou moins visibles ; encore ne faut-il pas trop presser ces généralités dont les a priori d'imagination peuvent changer le caractère, puisque la concupiscence s'éveille en face des formes acides d'impubères, et que la terreur naît devant le masque arrondi de Néron ou l'obésité d'Henri VIIL

LA EALOPROSOPIE 139

L'esprit des formes, dans le sens où les anciens hermétistes disaient Tesprit des métaux et des simples, est tout à fait différent de leur schématisme scientifique.

Hogarth, ce peintre de laideur qui a écrit sur les proportions, dit la courbe la ligne de la beauté ; or la Résurrection de Lazare de Rembrandt, la Melancholia de Durer et le saint François d'Alonzo Cano ne présentent pas de courbes caractérisées. Le mandarin chinois, lui, considère Tobésité comme la conséquence de l'activité spirituelle, aux dépens de la physique.

La courbe s'appelle la ligne du mouvement, car un membre ne saurait se mouvoir sans décrire un segment de cercle. On n'a pas assez envisagé et là réside Testhétique, la propriété sentimentale des lignes. Pour reprendre les exemples déjà . donnés : ce qui peut faire de la courbe l'idée de la beauté, c'est l'opposition nette entre le concave et le convexe. De cette opposition seule résulte la beauté féminine, et nous ne la retrouverons ni chez Néron, ni chez Henri YIII, dont les courbes sont schématiquement toutes convexes. L'horizontale est la ligne de l'instinct ; elle marque la direction du mouvement chez l'animal ; et la femme initiée^ s'il en pouvait être, qui attend

140 l'art idAausti et mystique

ramant devrait esthétiquement être dans une posture où cette ligne prédominerait ; au contraire, elle se lève, pour aller au-devant de l'attendu, et retarde l'expression animale de Thomme. A rinverse, une femme qui ne veut pas céder arrêtera presque toutes les entreprises, à moins qu'elle n'ait affaire à un goujat, pourvu qu'elle se tienne debout, sans s'appuyer à rien, car, si elle s'appuie, elle rappelle à l'homme sa faiblesse.

Celle qui veut donner Tidée de l'honnêteté doit porter une robe entièrement unie, sans marquer la taille ; ce qui divise le corps engendre la familiarité ; le costume religieux en est la preuve visible.

Je prends mes exemples de la sexualité : le peu d'entendement de l'époque fait que le désir seul est lucide.

Une forme du vêtement qui a, sans doute, été prise comme terme moyen entre la robe honnête et la robe déshonnête, c'est la forme oblique, la forme cloche qui met, au moins, une sorte de dignité jusqu'à la taille. Le chapeau de polichinelle, qui coiffa longtemps Henri IV, elle chapeau haut de forme, qui coiffe tout le monde aujourd'hui, ne peuvent pas être dépassés en laideur ; mais cette laideur semble consciente d'elle-même

LA tkvbniOêotm 141

et discrète, tandis que, depuis le hennin jusqu'aux cornes, la femme, consciente de son absence de cerveau, n'a jamais mis sur sa tête que des choses absurdes...

La remarque serait sans intérêt, si on n'ajoutait pas que ces choses absurdes sont les seules qui lui conyienent, parce que, participant de Toiseau par les mouvements, elle peut modifier l'effet qu'elle produit avec une variété inépuisable.

Â-t-on remarqué cette habitude mondaine de n'arborer les couleurs vives qu'aux mois de chaleur, et dans le décor de la nature, où elles produisent une criante désharmonie. Là encore, il faut cher* cher une explication dans un aprioH moral. La couleur a une telle importance, que les enfants rachitiques de noble race ont été rendus à la santé par la teinte violette aux vitres d'une serre. La concomité de la villégiature et des vêtements de couleur procède d'une idée de relâche dans la formule mondaine. On remarquera aussi que le jaune, en Occident du moins, est en grand discrédit auprès des femmes et des imbéciles. Cependant, avec des parements et des effilochés noii^, il devrait composer symboliquement les toilettes des Fédora, des Listomères, et correspondre aux destinées de tiolence ou d'égoUme,

142 JL^ÀRT IDÉAU8TE ET VTBTIQIJB

C'est à tort que le rouge se trouve à la fois sur le cardinal, sur le bourreau et sur le soldat : la vraie couleur hiératique est le violet pour les hommes, et Torangé pour les femmes. Le vert, étant à l'état dominant dans le règne inférieur de la Nature, ne parait pas une couleur propre à la véture. Il est bien certain que les hommes du monde sont des sots, puisque leurs seuls visages pouvant avoir forme humaine, ils Téteignent par Téclatante blancheur du plastron.

Un Anglais, Semper, divise l'impression plastique de l'homme en trois éléments : le stase ou le piètement ; le mouvement instinctif ; le mouvement afiTectif. Mais la principale règle de Taspect esthétique, pour l'homme vivant, comme pour la statue, sera la périphérie du nîouvement. Le salut qui ne prolonge pas son action dans tout le corps ne produit aucune impression de grâce : et la femme qui serre la main avec aisance a déjà perdu beaucoup de son prestige ; car, ne valant que ce qu'elle s'estime et n'étant estimée que ce qu'elle parait, tout contact, si minime qu'il soit, prend la signification de faveur, ou bien la banalise. Puisqu'un retour est impossible aux formes décoratives, sans un retour encore plus impossible aux institutions barmoniquesi et qu'on ne saurait plus

U KALOPMdOJ^II fil

être beau, il n^y a plus qu'à être distingué. Dans cette voie,suivant la raison^ on rencontrera parfois cette beauté qui résulte de la parfaite adaptation d'une forme à un emploi donné. La botte vaut esthétiquement mieux que le soulier, la cravache que la canne, le feutre que le chapeau dur, et la dentelle que le linge. Pour ceux qui, point trop superficiels, s'efforceront d'appliquer ces avis,une indication les guidera : qu'ils cherchent dans les musées, dans les recueils d'estampe, l'époque et la race auxquels ils se filient le plus, et puis qu'ils décident: leur goût seul dictera, ce que leur audace peut emprunter aux anciennes parures, pour une accommodation actuelle.

Il n'y a, en somme que trois contenances :

dominatrice, équivalente à celle de Tinterlocuteur, et déférente. Plus un homme est qualifié au-dessus d'un autre, moins sa voix et son geste doivent être durs et nets : dans les rapports entre égaux, il faudrait laïciser l'onction ; quant à Finférieur on doit le traiter en bonté distante, puisque^ Tinférieur étant celui qui ne comprend pas, le ton condescendant changerait 'sa notion.

En thèse générale, la civilisation est basée sur le plus grand nombre de réticences dont l'homme 9»t eapablii et Tart du dandysme se pourrait

définir : la différeneiation individuelle obtenue par (es procédés les plus généraux.

Il ne faut décourager ni les vers luisants, ni les gens du monde : ils sont, chacun dans leur office, de petits ornements.

Maintenant, pour ceux qui, aans être une entité, ont une demi-perception de Tidéal, ils peuvent chercher à manifester, par rallure,un caractère.

La femme a trois poses, dans le sens noble du mot : le devoir, l'Egérisme, et Térotisme.

Pour l'homme, il y a trois effets h produire : l'estime, la déférence, et la sympathie.

Enfin, finissant ce chapitre, où je ne puis qu'indiquer une voie perdue, possible à rouvrir, que rhomme désireux de ne pas augmenter la laideur de ce monde, se reporte en sa recherche, vers las chefs-d'oeuvre; et lorsque, malgré la livréeactuelle, il aura conscience d'une posture de bas-relief, d'un rythme de statue, d'une expression de tableau, il aura fait à ce moment de la kalopro* sopie. Le commandement semble ironique, mais une des conditions de la Beauté, a dit Baudelaire, consiste dans la rareté, et celui qui n'est pas rare^ en quelque point, existe*t-il ?

Là t^IGTlON

Quoique le regard humain sôit le plus beau spectacle de ce monde et Texpression la plus vive de l'âme, la parole qu'on a voulu donner en principal attribut de l'homme apparaît, plus exactement encore que tout autre manifestation, le truchement par lequel Tâme s'extériorise. Les choses que l'on dit ne valent pas seulement en elles-mêmes, elles empruntent de la diction un intérêt, une puissance, et parfois tout leur caractère. Il y a de vilaines, et de belles voix pour parler comme pour chanter ; il en est de sympathiques ou de répulsives, et quiconque a pris plaisir à une causerie de femme, s'est plu à des intonations et non à d'obtuses pensées. Le dialbgcie d'amour le hM^ entifirement sur Tinten*

l46 L^ART IDIÎAUSTÈ ET MtSTIQÙfi

tion vocale, c Je te haisje vous déteste », peuvent signifier éclatamment le contraire de ces mots, et Texclamation : a Je l'aime, oui ! » servir à un cri de haine.

Plus rémotion s'avive, moins le sens des mots demeure.

Aux conversations des raffinés, la sténographie donneraitde perpétuelles antiphrases, puisque des paroles deviennent affirmatrices par la modulation vocale, tandis que le: « oui d, accentué d'une certaine sorte, signifie le: anoni^. A-t-on assez remarqué combien le proverbe : a Le ton fait la chanson », se vérifie dans le tous-Ies-jours de la parole.

Le trait d'esprit dépend de la façon de prononcer et, si la chaire chrétienne de nos jours ne réunit que les fidèles et jamais n'attire ceux qu'elle devrait surtout convertir, c'est que la parole de Dieu se trouve, depuis la mort de Lacordaire, la plus mal dite de toutes.

Où est l'obligation d'apporter les soins profanes aux matières divines ? Au théâtre, ce temple laïque, l'acteur se montre l'exécutant d'une illustre partition. Les prédicateurs de l'avenir, dressés en une sorte de conservatoire homélétique, Réciteront avec des intonations) scéniquemcnt

Là wcftoM m

apprises, les Carêmes de Massillon, les Avents de Bossuet, les sermons de Fénelon, les Panégyriques de Fléchier.

Tout à l'heure, nous parlerons de Téloquence proprement dite, des énonciations de pensées ; envisageons d'abord Démosthène, le plus grand orateur de la race oratrice : il n'improyisa jamais. Le discours pour Gtésiphon, aussi bien que les Philippiques et les Olynthiennes, furent composés par un écrivain, mais ils furent prononcés par un déclamateur. A part le discours de Mirabeau sur la banqueroute, qui a une valeur littéraire, toute réloquence politique se résout, depuis un siècle, en déclamation, non pas étudiée, apprise, mais ânonnante, informe. Ceux qui ont entendu Gambetta, se sont rendu compte du caractère sans suite et sans portée de ces improvisations souvent victorieuses d'une résistance parlementaire.

Ayant parfois suivi le Chevalier Adrien Peladan dans les cercles légitimistes du Midi, j'ai pu, quoique très jeune, me rendre compte que le peuple, — incapable de comprendre l'idée la plus contingente, hors quelques mots qui sont^ suivant les clanS) le Roi, rHonneur, la Patrie, la Répu« ))Uqae| rOttyrieri U ProgràSi la Réformd -— n'en*

|ld L^ART JSÀÂMMtE ET MYSTIQUÏ

tendait que la voix et ses modulations. En sommi^, Forateur républicain ressemble au musicien arabe tympanîsant une chambrée, et, du reste, les clubs n'ont jamais vu que des succès d'attitude (Eobespierre) et de voix (Danton).

La conversation fémini ne n^a rien de significatif que les exclamations, les hi I les oh 1 les ah ! et les eh !

Il y a donc, dans le maniement de la voix^ un art à la fois instrumental et improvisateur qui décide le plus souvent du résultat sur l'auditeur. Au reste, toujours l'expression du visage se sol^ darise avec l'intonation, et la scène de M. Jourdain apprenant à prononcer les voyelles pourrait se compliquer instructivement. La qualité et le maniement de la voix sont capables d'ajouter ou de diminuer sensiblement l'effet d'une parole ou d'un acte. Il existe une façon de parler à qui souffre, soulageante, caressante ; il y a une voix de charité, comme il y a une voix d'amour, comme il y a une voix de commandement, une autre de prière. Cette infériorité où était Jean- Jacques Rousseau, dans ses rapports avec Is noblesse^ se retrouve chez, tout homme d'étude et de Mience qui n'a pas cultiyé la souplasse do rintonatioii«. Lé» réciûti^ de Qhfsk eicertfdnf^ds

Ll DKnON 149

Wagner pmiveût presque cesser d'être du chant et devenir une déclamation rythmée.

a La musique n'est qu'un mouvement de la voix >, 8 dit Lamennais. Il eût été plus juste de dire que la voix est un mouvement et un instru* ment de la musique. A vrai dire, la musique comme art comprend surtout Tharmonie ; la mélodie, malgré des règles semblables, une identique technie, mériterait Tépithète du même écrivain qui l'appelle le perfectionnement de la parole.

Je conseille aux auteurs tragiques, de ne pas livrer leur œuvre à la représentation avant de l'avoir parachevée. Ayant eu un admirable acteur dans un rôle, j'éprouvai ensuite la plus grande difficulté à quelques corrections, parce qu'elles déformaient les parfaites intonations associées dans ma mémoire aux mots eux-mêmes.

L'actrice, la plus connue et la plus fêtée qui soit, malgré qu'elle joue, le plus souvent, des inepties, s'est vue attribuer une voix d'or, par l'admiration publique.

Aujourd'hui que Wagner a révélé la double loi du leit motiv et de la mélodie indéfinie, l'auteur tragique peut concevoir un emploi littéraire de la Toijç que Racine a ignoré. Les procédés du

iSO l'art IDÉAU8TB ET MTSTIQUË

récitatif se peuvent appliquer à la déclamation, comme la formule psalmodique au récitatif luimême.

Une superficielle objection, qui s'étend à tout renoncé précédent, va surgir dans Tattention du lecteur ; il revendiquera la beauté du naturel, rhorreurde Tafféterie et s'écriera que j'ouvre une école de grimace et de comédie. .

Rien de ce qui mérite le nom d'art ne supporte Tépithète de naturel.

Il faut aider, par Tapplication et Teffort, les dons les plus vifs, les facultés les plus gratuites, Raphaël, certes, était doué ; par quel travail, il a mis ces dons en activité et les a poussés jusqu'à Texcellence.

Ces belles voix qui ont valu à tel maçon la destinée d'un ténor illustre n'ont pas dispensé de beaucoup de vocalises et d'exercices ; la danseuse la plus sylphide se condamne à des exercices effroyables pour un gymnaste ; l'entraînement du violoniste, du pianiste sur un morceau de concert épouvanterait d'autres que des paresseux. Si l'on est peu doué, il faut que l'étude supplée : si on a de vives facultés, il faut encore que l'effort les accomplisse. On apprend à marcher, à parler ; il y ^ ^ne j^mnique de la beauté comme une dQ

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LÀ DICTION ISl

l'hygiène ; après s'être fait des muscles, on doit encore se faire des attitudes ; et, si la grammaire est Part de parler et d'écrire correctement, la diction est l'art de parler bellement.

La modulation parlée influe sur les circonstances les plus variées.

La reine Jeanne, . entrant dans la prison où gémissait depuis dix-huit mois le prince François des Baux, le délivra, dès qu'il eut parlé, séduite non par des rayons d'équité, mais par les sonorités de sa voix.

En puissance, tout ce qu'on raconte des effets du chant s'applique à la diction. L'abbé Maury, en montrant ses pistolets et s'écriant : « Galotin, oui, voilà mes burettes ! > dut son salut à l'intonation et au geste.

Quiconque a souvent parlé d'amour sait que les fois où on s'applique, modulant les expressions tendres, on donne un grand émoi. Quelle femme, à rOpéra, n'a souhaité entendre des lèvres de son mari les mêmes exquises inflexions d'amour ? Or la paix du mariage, Tavonir de la famille et celui de la société même dépendent de la façon dont les époux parlent d'amour.

L'incantation antique, qui balbutie encore dans les collèges initiatiques du Maroc, n'était pas autre

m l'art IDÉAUSZS et MT8TIQUB

ehose qu'un art de dire, distant également du parler vulgaire et du «hant.

L'intentionnalité de la diotion fixe la volonté et l'affirme : ici l'intérêt le plus étroit s'ajoute à l'esthétique. Sur chacune de ces trois faces de l'homme, il y aurait lieu à un traité spécial, traité de la beauté optique ou l'art des apparences humaines ; traité de la Beauté sensible ou l'art de la diction mélodique ; et enfin matière noble par excellence, traité d'élocution esthétique.

l'éloquence et les sept modes

A Ta bratortire on a sulîstitué le parlage, et, je ne crois pas, hors du pi*être, qu'aucun artiste ait lieu dé' monter à Une tribune, c'est-à-dire à un tremplin d'intérêts aux couleurs nationales, — je ne vise ici que l'expression de la personnalité par la parole.

La faculté de penser n'engendre pas fatalement* celle d'exprimer : pour bien parler, il faut pouvoir* penser Vite, à propos et devant témoin'^.

« Si je conserve, — dit Harmonide dans Lucien, — à chaque harmonie son caractère spécifique, ' l'enthousiasme au mode phrygien, le bachique au lydien, la gravité majestueuse au dorien, les grâces à l'ionien, c'est à vos leçons, Tiniothee, que j'en ^iè redevable, » - ^

154 l'akt idéaliste et utstiqub

Or ces modes sont applicables au discours.

L'impétuosité phrygienne n'a point sa place en nos mœurs ; tout s'y oppose, notre costume d'abord. Aristote qualifie ce genre de terrible et menaçant.

Platon n'admettait que le dorien, Lucien le nomme mode divin ; il régit la métaphysique, et l'idéologie, l'accent majestueux et penseur; les c vers dorés » rentrent dans cette catégorie et toute pédagogie supérieure.

Le lydien employé pour la première fois aux noces de Niobé, attribué particulièrement au constructeur de Troie, Amphion et à Orphée, semble être le rythme passionnel et affectif, le pathétique tendre, le ton sentimental.

L'ionien correspond à la grâce, même spirituelle : c'est le dire de Marivaux ou de Gomme il vous plaira^ la tirade sur la reine Mab, et aussi le concetto.

Le lesbien exprime la magnificence ; en ce mode sont la cour, le règne, la personne de Louis XIV, et l'école vénitienne entière.

Je ne pousserai pas l'archéologie jusqu'à rechercher les parallèles vivantes de l'hypo-lydien, du myxo-lydien, car j'entends les modes à l'intellectuel. Je soulignerai seulement par des exemples

L^ÉLOQUENGE ET LES SEPT MODES iS5

ces cinq catégories, ce pentagramme de tonalités morales, Michel-Ange, Dante, Eschyle sont le plus souvent en mode phrygien. Au-dessous d'eux^ au plan matériel, viendraient les Puget, les Caravage, les Ribera, le Tintoret parfois.

Tous les philosophes et les théologiens, les artistes de pensée, le Vinci, le Poussin, appartiennent au dorien.

Euripide, Racine, Lamartine, la Vénus de Médicis relèvent du lydien ; Watteau, Prudhon, Corrège, Mozart, sont des ioniens.

Haëndel, Milton, Phidias, Titien : des lesbiens.

En écartant le phrygien pour sa violence, et le dorien pour sa hauteur, il reste trois modes usuelle : le langage passionnel ou lydien ; le lan^ gage mondain ou ionien ; le langage lesbien ou officiel. Or, Thomme civilisé est celui qui peut moduler les trois intonations différentes d'une même phrase et qui dira parfaitement : « Je vous aime », à une femme ; « je vous aime », à un ami ; et, fonctionnaire : « Je vous aime », à ses subordonnés.

Un ministre en ses voyages ne songe pas qu'il devrait être lesbien sur le quai des gares, lydien, dans les ^ toasts et concerts, ionien pendant les liqueurs ; cependant la faculté d'être vif, aimable

196; ^ h'àXB IDilAISfB. X« HTATiatTS^

OU pompeux semble obligatoire au -prestige de la personnalité et à Téconomie de toute existence*: La profession d'avocat, cette 'immoralité basée sur. le mépris de la loi et des juges,puisque les cau<^ ses les plusperdues trouvent desdéfenseurâ^n'aurait ' pas sa raison d'être, pour une certaine caste^^, si elle savait parler. Une réforme possible serait- de. substituer le mémoire au plaidoyer déclamé ^ lesmagisti*ats\ jugeraient .sur. des doçumeutsi écrits. Au lieu de cela, la Cour d'assises ressemble à iin < théâtre de gros drame ou ^plutôt à une arène où le caleçon rougCy le procureur^ilutte avec Icicaleçun noir, l'avocat:; le- jury prononce, Tenjeu est une tète.

Il a fallu un bien grand mépris des. magistrats pour. qu'on tempérât leur verdict par l'obtuse sensibilité des juprés qui, «susceptibles de s*affoler comme deis'émpuvoir, atténueraient un parricide, si Mounet-SuUy, un jour, venait déclamer. Ict plaidoyer lait par un écrivain.

Vraiment, là comme à Téglise^il faut dédoubler l'efifort : il faut un écrivain ponr le texte et un comédien pour.la rédtation.

A la Gba<39bre, au premier aspect de style périodique, les couteau^i à papier et les couvercles dei pupitrei a'Qpposeft* aient; de tçutieur bruit,.

L'ÉfiOQOBNGB ET LES SKPT MODES 1S7

La parole eàt rèxptessîoil de Vidée ^et de la volonté ; elle ' agit d'autant plus que Tidée est mieux imaginée et la volonté chaleureuse. Démosthène mettait son art dans Taction^ c'est-à-dire s'adressait à l'âme et non à l'esprit. Celui qui* conviainct, magnétise ; par une électrisation subtile, il pénètre son auditeur jusqu'à le déterminer contre ses tendances. L'infériorité de Téloquence Ia« destine aux foules, et les foules sont bêtes, irrémédiablement, non pas considérées dans leur composition, mais par leur caractère de foule.

Si elles ne sont pas malheureuses et touchantes, elles deviennent odieuses aussitôt, par> l'excès animaL qu'elles portent à tous leurs mouvements.

Shakespeare Ta exprimé dans Jules César et Coriolan.

L'orateur, idéaliste et mystique, serait celui qui prendrait toutes ses raisons de l'ordre abstrait et providentiel, apportant des preuves d'infini en son discours, et dédaigneux des individus et des faits, développerait lies Normes, ^ en action dans sa matière.

Est-îce possible, hors de la chaire catholique ? Il s'agit moins de savoir ce qui convient aux mœurs d'un temps et d'un lieu^ quede rechercher en toute chose, ce qui équivaut à l'éternité et à l'infinité*

La mesure d'un être est celle de son horizon mental ; mais la mesure qu'il donne de lui tient dans l'expression. Ridicule devient la pensée subtile, si un accent de terroir la déforme, si un défaut de la langue la bredouille.

Paraître ce qu'on est, demande une grande force d'extériorisation ; paraître ce qu'on voudrait être confine déjà à l'œuvre d'art.

L'être humain, se considérant comme une matière pour l'œuvre d'arts arriverait à d'étonnantes réalisations.

Les arts ont leur date et leur climatérisme que l'entêtement individuel ne dément pas.

L'architecture est morte et l'éloquence aussi. Elle pourrait renaître dans la chaire, cela dépend des directeurs de séminaires ; elle ne paraîtra plus dans les assemblées politiques.

Mais il y aura toujours des êtres de foi qui voudront convaincre, et ceux-ci doivent savoir quelques règles.

La première condition de Quintilien, celle qui manquait àMirabeau, c'étaient les mœurs oratoires. Une chose vaut suivant celui qui l'a dit. L'art de forcer l'attention consiste à contrarier son habitude et ridée qu'on a donnée de soi précédemment ; l'homme grave qui soudain s'enflamme, celui plein

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l'Aloquengb et uss sept modes 159

de vivacité qui tout à coup se solennise, frappent fortement rimagination.

On ne saurait évaluer la force d'une affirmation, si on ne la produit dans la forme convenant au milieu. Le Bonaparte, en des congrès à diplomates compassés, avisait une précieuse potiche et la brisait à la moindre contradiction : Teflet nerveux était obtenu sur les assistants; ils cédaient, jugeant le corse indomptable. L'affirmation mondaine présente une bien autre difficulté : Tenthousiasme ou Texécration ne peuvent guère se produire aujourd'hui, qu'au prix d'un prestige personnel.

A moins de fournir une carrière d'audace et de prosélytisme, il ne faut pas dépenser le crédit d'individualisme qu'on nous fait, ou bien on risque de se perdre.

La qualité du personnage agit plus dans le discours que son art de dire ; l'excellence de ce qu'il dit, vient en tout dernier lieu.

Inconsciemment, le parleur s'étudie plus à frapper son auditoire qu'à se contenter lui-même ou plutôt, une fois, en face du public n'a-t-il pas d'autre moyen de se satisfaire que d'émouvoir non par la vérité, mais n'importe comment.

Notre éducation gréco-latine nous a leurrés sur

rèlûqaenèe ; isîbri l'étïvisàge'eéthétiquenièiif, leV* Bridaine, les Mirabeau éfàiètof de'pàtïvfeS éérivains, ils ne nous ont laiissé 'qtre déé câdavi^eà de discours.

A considérer l'art otetoire pour ses résultats' pratique!^, c'est un 'màgù'étisme. Convaincre, c'est envoûter.

. Un * initié' ne croira pas que ée soient lek ïriots en bataillé qui luttent aux lèvres des adverses parties ; pas plus que, dans un touriioi, ce n^étaiehï les lances qui se menaçaient, m'ds les destinées qui'ë'affrontaient. '

XXVIII . — V éloquence considérée pratiquement est Vart de fausser la tolontè d'un auditoire et de lui imposer laéienne^ ce qui s'opère selon les lois magnétiques^ par des projections nerveuses de la personnalité^ sous' forme de parole.

Hors des preniiers moments, on pourrait avec une voix suppliante et des modulations assortie^ plaider la culpabilité d'un assassin; et le Sauver.

Si Démosthène connaissait les lois de son feirt, si Téloqueiice est l'action, encore et toujours l'action, ice^sons^ de la considérer coirime une

partie des belles-lettres «t mettons4a parmi les arts, puisqu'elle participe de la musique et de la sculpture et qu'elle oouroime la kaloprosopie et la diction.

A une époque aussi pédagogique que celle-ci, on est surpris, au collège de France, comme à la Sorbonne, du piètre intérêt des professeurs : manquent-^ils d'instruction ? non ; ils manquent de personnalité.

Les grandes aventures ont été les médailles à Tef&gie d'un,qui était puissant devant le Seigneur, comme Nimrod, dont le terrible profil s'enlève en vigueur sur la nuit des temps. On ne parle pas de Bonaparte orateur, lui qui n'avait pas besoin de parler, le fascinateur d'un peuple, le sorcier aux cent milles grenadiers, ce vieux de la Montagne qui voulait, comme tous les tigres de la jungle unis, et qui, un instant, contraria par le seul poids de son vouloir les Normes de ce monde. Arme empoisonnée, levier de ténèbres, source d'aveuglements, la parole publique et profane n'a laissé derrière elle que des ruines; et les Latins meurent sous le poids des paroles empestées qui vibrèrent comme un soufQe de mort, aux lèvres de Luther, de Voltaire, de Jean-Jacques et des avocats de Is^ Convention.

1S2 l'art ïdéaliste bt mystique

Quel silence majestueux sur le passé oriental ! Ceux qui gouvernaient, recueillis et pensifs, ne nous ont laissé que des dates : leurs idées sont demeurées secrètes ; et la dernière forme de rhonnêteté sera désormais de ne jamais aller au Pnyx, de fuir l'Agora.

Que viendrais-tu dire au désert de la multitude qui demande l'égalité, ô thérapeute impuissant désormais, et qui ne peux plus que penser pour ceux qui déraisonnent, comme le moine prie pour ceux qui se perdent dans la boue mouvante du siècle.

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