‹ L'art idéaliste et mystique: précédéde la réfutation de TaineChapitre 26 sur 48 · L'ART MYSTIQUE · texte numérisé non relu

L'ART MYSTIQUE

DE LUNIFICATION

Le mystère n'a pas d'autre nom que l'unité, et rhomme, d'autre emploi de sa triple force que la recherche du mystère, c'est-à-dire de TUn. Sur le plan physique, l'unité s'appelle pierre philosophale et panacée ; sur le plan animique, on la nomme amour ; sur le plan esthétique qui est médian entre l'esprit et la matière, on la nomme beauté. Le Béreschit donne un nom pluriel aux premières phases de la création pour exprimer que, dans une cosmogonie, l'être absolu s'appelle le non-être par rapport à l'être créé et évolutif, tandis que les collectifs humains du x* chapitre, traitant des exodes primitives, attribuent un singulier à chacune des tribus humaines.

Ainsi rouvre d'art est le retour à Tunité

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expressive d'une conception donnée, et ce retour * s'opère par l'accumulation des relativités.

Chaque fois qu'un entendement épuise, en une formule, les rapports contingents d'un thème, il réalise le relatif absolu. Or la seule définition du chef-d'œuvre est celle de relatif absolu. L'œuvre doit être conçue à l'instar de nous-mêmes, comme l'homme fut créé à l'exemple des Œlohim, c'està-dire qu'il doit être conçu sur trois plans : plastique, animique, intellectif.

L'artiste doit commencer par Tabstraction de son sujet, c'est-à-dire fixer le plan abstrait qui l'occupe ; puis, il concevra l'âme la plus consé^ quentielle de ce plan abstrait ; enfin, il choisira les formes les plus caractéristiques de cette àme. Mais, comme une fatalité dès arts du dessin oppose perpétuellement à la liberté du concept la nécessité du réel extérieur,rœuvre est susceptible d'une disgraphie, fréquente chez les Primitifs. L'Ecole de Cologne,commecelled'Ulmetd^Augsbourg,comme celle de Bruges, ainsi que la sculpture synchronique, présentent ce même défaut d'une forme qui n'est pas unifiée avec l'&me. Qui n'a déjà compris que l'unification entre le concept, Fàme et la forme de l'œuvre, ne se produira que par la Beauté, 0t ifOLt la Beauté est l'usité de l'œuvre d'art,

La recommandation a d'autant plus d'importance que l'unification ne s'obtient pas sans de pénibles sacrifices ; elle oblige à renoncer ce qui rendrait Fœuvre perceptible au plus grand nombre, c'est-à-dire à cet excès de réalité qui rapproche l'art de la vie et le spectateur du personnage. II y a, daas la salle des Primitifs du Louvre, un bon^ homme, caressant un petit enfant, qui exprime à un très haut point la Bonté, mais le nez de ce personnage ressemble à quelque chancre monstrueux. Ghirlandajo a eu tort ce jour-là, comme son colossal élève a eu tort toute sa vie. Si grand que soit le Buonarotti et quoique je sois prêt à mettre le front dans la poussière s'il apparaissait, je vois, au-dessus de lui, l'idéal même; et c'est le propre des génies de faire saillir autant le défaut que les qualités, lorsqu'ils oublient l'unification esthétique.

Michel-Ange qui est avec Raphaël et Léonard, le trinôme de l'Art, a donné au Christ de son Jugement une forme inconvenante à la conception chrétienne. Il a réalisé la colère de Zeus ; se trompant sur le geste qu'il emprunta à Orcagna (Gampo-Santo), geste où Jésus.assis montre d'une main la plaie du côté, et de Tautre le stigmate du olou^ en un muet reproche. Buonarotti a gesticula

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un lancement de foudre. On se souvient que le prisme esthétique se divise en intensité, harmonie et perfection. Eh bien ! Michel- Ange a souvent sacrifié à l'absolu de l'intensité, les relativités nécessaires de l'harmonie et de la perfection.

On peut ajouter, en compensation, que V Incendie du Bourg de Raphaël ne présente pas rémotion qu'impliquait le sujet.

La composition, comme la figure, se subdivise en trois éléments : unification des masses ou corps de la composition ; unification des âmes ou convergence expressive ; unification du concept, c^est-à-dire centralisation de l'intérêt.

Les deux chefs-d'œuvre absolus de l'ordonnance sont : le CenacolOy VÉcole d'Athènes et les Pendentifs de la Sixtine. Là sont réalisées l'unification des masses, l'unification des âmes et ^unification du concept.

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