DB L ASPECT ACTUEL
Quelle erreur de prétendre vivre d'une sorte et œuvrer de Tautre opposée, s'entourer de filles, de bocks et peindre des saintes et des fées ; à peine sorti de l'atmosphère du café, croire qu'on va se retrouver apte aux grandes visions !
Comment une époque aussi gymnique et qui éprouve la nécessité d'un entraînement ininterrompu pour les plus matériels résultats, ne se dit-elle pas, analogiquement, que la sensibilité aussi se cultive, qu^il faut éduquer et propulser les nerfs comme les muscles et qu'il y a une hygiène de l'âme. Le filtre Ghamberland semble indispetisable à ceux qui lisent les journaux, regardent les tableaux de mœurs et assistent aux
250 l'â&t idéausti et mystique
pièces du boulevard. Cependant la microbie sentimentale existe au moins, comme potentialité : il n'y a pas d'actes sans conséquence, il n'y a pas d'ingestion cérébrale sans harmoniques similaires à l'élément ingéré. L'absence d'idéal dans l'art contemporain reflète l'absence de beauté parmi les mœurs contemporaines. Jadis, la vie publique déroulait les pompes impériales, dogales ; les mœurs étalaient le faste patricien et une réaction du costume sur l'allure obligeait le palais et la place, à poser noblement devant l'œil de l'artiste. En ces temps heureux, l'homme des beaux-arts porté par le courant, aspirait Testhétisme de l'ambiance et recevait d'une réalité déjà embellie la part que le monde extérieur fournit à l'œuvre. Les jeunes hommes qu'on voit au bas des fresques de Signorelli ne dépareraient pas la plus noble composition; ils ont été faits cependant d'après nature. Lignes, couleurs, décors se trouvaient réunis, et l'artiste pouvait agenouiller son donataire devant la madone, sans l'allégoriser. Remplacez le duc Sforza dans la Madone de la Victoire par M. X. vous verrez ce que dans la langue des formes signifie l'extériorité moderne. La Joconde était M"^ Lise, une mondaine du temps de Léonard ; le grand artiste n'en a pas plus changé la vètqre
bta L^ASPlt^t ÀdTUBL 251
iïue Palma Vecchio pour les Trois Sœurs ^ ou Titien dans la Femme à sa toilette.
L'artiste fermera les yeux,eii refusant de jamais se plaire à Textériorité contemporaine. Ceux qui valent aujourd'hui ont compris cette nécessité. Puvis de Ghavanes s'est sauvé de l'affreux millésime par la draperie et le nu ; G. Moreau s'est réfugié dans le mythe ; Rops est allé au Sabbat ; et Burne Jones s'est élevé dans le rêve. Avec l'instinct de leur génie, ils ont fui le monde moderne, comme Parsifal, avec l'instinct de sa vocation, fuit l'embrassement de Kundry. Quant aux autres, aux impuissants, aux eunuques, aux Eïingsors, quant aux Béraud et aux autres blasphémateurs, espérons que d'intelligents barbares allumeront, un jour, le feu des bivouacs, avec ces toiles salies et non peintes.
Certes, angoissée et terrible, apparaît cette situation de l'homme des formes qui ne doit pas regarder autour de lui. L'époque ajoute son carac* tère ingrat à toutes les autres difficultés qui environnent la production esthétique. La tour d'ivoire, le burg individualiste ne sont plus seulement l'expression d'une personnalité intémérable, à force de ir&ce et d'idéal intangible ; désormais^ ils s'imposent commp le sine qua non du grand art.
^S2 L^ART ID^IStE IT MTSr
Donc, sans s'appuyer à la réa^ sant en soi-même tout ce qu fournissait abondamment, Tarif traitement, en un concordat ses rêves. Mais, dans nos son bizarre, Tinharmonique fois métronome marque incessa? goût : le chef d'œuvre ; non qualités s'élèvent sur Tou?
canonique qui enseigne, ar
Pour rénumération der la hiérarchie de leurs œu"^ ne permet pas de Tinsér uns des canons esthétir
Pour la compositic Cenacolo ;
Pour l'expression curseur à mi-corps
Pour la signi&cat seules : la Melanc
Pour la signiiir seul : la Rèsurn
En sculpture^ sente le lyrisme
Çm repos (Lou'
bS L^flPICT kCMÈL
Le Thésée et VYlysms, les Parques (Londres), la perfection.
11 faut apprendre le dessin chez Léonard ; la rhétorique des formes, chez Michel-Ânge ; la composition chez Raphaël ; le clair-obscur, chez Rembrandt; la peinture technique, chez Yelas-' quez; la grâce masculine, chez Mantégna ; la féminine, chez Botticelli et Melozzo da Forli ; Tandrogyne, chez Signorelli.
Il n'y a aucune leçon à recevoir, hors de l'Italie, sinon au plus matériel pour la palette à Madrid, et au plus immatériel pour la pitié à Bruges.
Ift
DB Lk VOLONTÉ ESTHÉTIQUE
En même temps que la notion artistique s'abaissait dans l'opinion, elle ^'amoindrissait parallèlement chez l'artiste. Au lieu^ d' œuvrer dans le silence, un Horace Vernet s'entourait du plus grand bruit possible : ce n'était, du reste, qu'un peintre ; mais d'autres, prétendant ceux-là, être des artistes, n'ont pas craint d*arriver à l'extrême oubli de leur dignité. L'artiste parisien qui travaille ressemble étonnamment à son confrère le peintre d'enseignes, dont il a souvent l'âme, le bagout et la chanson vulgaire aux lèvres.
Où sont-ils ceux qui, comme Watts, croient à la mission providentielle de leur œuvre, qui offîcient leur art^ comme Burne Jonei, ou U dérobent
jalousement à Toeil de tous, comme Gustave Moreau.
Ouvrier à l'ouvrage, mondain ou bohème le reste du temps, l'artiste renonce de lui-même au prestige presque religieux dont il pourrait s'entourer.
On a prétendu le Pérugin sceptique. Certifions que Wagner était momentanément de la religion de son œuvre, catholique dans Tannhauser et Parsifal^ pa'fen et Scandinave dans la Tétralogie. II importe peu de démêler la pensée rarement fixée de l'homme des formes et de savoir quelle conviction il vit ; ce qui importe c'est la croyance à son art et l'ambition pour son œuvre d'un effet d'iconostase, d'un haussement jusqu'au rôle de prêcheur, enfin la conscience de la puissance du Beau sur les âmes. Ce ne sont pas les simples qui s'extasient aux vitraux, aux sculptures, aux fresques ; les simples d'aujourd'hui ont le journal et le café concert, et, survivant à la Foi, la' haute culture reste, la seule garde noble qui veille encore devant les œuvres. Il faut donc se placer au point de vue le plus intellectuel, pour la subtibilité à obtenir, et aussi pour que lé chef-d'œuvre accomplisse son effet de Bonne ParoUi
Saiat*Victor a dit qu'une vertu le retire dtt
isé l'hait itiÎAUsh ET ktdrrQtili
monde,chaque fois qu'un chef-d'œuvre disparaît; on peut ajouter qu'une vertu nouvelle rayonne sur le monde, quand un chef-d'œuvre s'y produit. N'est-il pas singulier que les laïcisateurs, en proscrivant les formes catholiques de l'au-delà, aient voulu proscrire l'au-delà lui-même, refusant à l'homme latin la satisfaction légitime d'un besoin animique. Lorsque Robespierre sur les
débris de la religion, instaura la fête de FEtre suprême, ce sous-crétin montrait encore une sorte de jugement que les onagres, ses successeurs, ont perdu. Le président répondant annuellement aux vœux du Nonce évitait de prononcer le nom devenu séditieux du Créateur^ Eh bien ! la vieille formule talmudique se suspend d'elle-même, 'comme une épée de Damoclès, sur tous ceux qui se refusent à cette évidence sans pareille, a Tout sera effacé de ce qui est écrit, sauf le nom Divin. » Ainsi les hommes et les choses qui ont méconnu l'Être Absolu sont les promis du néant: rîéh ne saurait survivre ni dans l'au-delà ni devant la pensée humaine, qui disconvienne, à cepoint,aux nécessités de la raison.
Il faut vouloir le Beau, conime le nâystique veut le Bien ; il faut appliquer à son ' art ' léB exBrcices fervents qtie'iesfohdateurs d'Ordre ont
DE lA VOLONTÉ B;aTI|]jfeTIQU?: 287
jugé nécessaire, pour amener la personnalité humaine au point d'abstraction en Dieu ; et je ne sais pas d'argument plus décisif pour convaincre l'artiste des conditions de son particulier salut que de lui présenter, comme j'ai fait, une sorte de nimbe rapprochant, sur Toutre-mer de l'éternité, le génie et le saint. Si vraiment il se considérait en thaumaturge (et il peut le devenir) et s'il assimilait la réussite, de son effort au miracle (et il le doit), — si enfln il croyait que Dieu donne une âme éternelle aux formes parfaites, quelle apparence qu'il préférât des suffrages arrachés par les goujateries de touche ou les effets de trompe-l'^Kil ?
Actuellement où est la milice de l'Eglise ? Quels sont les Templiers dispersant de leurs épées consacrées les attaques «contre Rome ? Quelle apologétique répond aux blasphèmes ? Ce ne sont pas les oints du Seigneur privés de talent et sans chaleur, qui soutiennent devant le siècle le prestige croulant de la civilisation chrétienne ? En face de l'élite intellectuelle ce sont les génies de la fresque, de Giotto à . Michel-Ange, les génies de la voix, Palestrina et Vittoria, les génies de l'architecture et de la sculpture ogivales qui sont toute Tarmée du Pape éternel, Ainsi la gloire de
l'ait idéaliste et mystique
l'Eglise ne brille plus que d'un prestige d'art ancien qui lui conquiert encore des âmes, car le miracle de Parsifal, à Bayreuth, dépasse ceux que produisent Lourdes et Paray. Wagner, est un Père de l'Eglise esthétique, et, par la vertu de ses oraisonsy c'est-à-dire de ses œuvres, on a vu le Saint-Esprit !
dkVérotiquii
La seule forme poétique compréhensible à tous les hommes c'e&'i l'amour ; et dans l'amour ils senteut surtout la concupiscence. En face de l'œuvre d'art ils se comporteront comme vis-à-vis de la réalité : il n'y a donc pas à clabauder coatre la nudité puisqu'elle constitue te . truchement, qui permet au commun de soupçonner la beauté.
Quand Alexandre donna Campaspe h Apelles, ce n'était pas une muniGcence de royal libertin, mais l'acte réfléchi d'un prince qui aimait la beauté plus que la réalité.
Quand M. de Bullow abandonna sa femme à Wagner, il imita Alexandre, il préféra la retrou-
ver dans les partitions du maître que de la conserver matériellement et tellement moindre.
L'Art mérite, comme le mariage, Tépithète singulière et profonde de remedium concupiscentiœ ; l'esthète ne demande plus à la femme la proportion, le style et la beauté, pas plus que le lettré ne lui demande la poésie. D'une sorte radicale, l'Art transfigure plusieurs des appétences humaines et les dissuade de se réaliser : il simplifie la vie, il l'unifie, en l'élevant au-dessus des contingences. L'artiste tient le milieu entre le laïc et le religieux : être mi-parti qui pèche comme le premier, mais qvi prie comme l'autre.
A moins de s'élever jusqu'à lej^forme angélique, jusqu'à l'androgyne, comment produire la beauté des corps, sans toucher sexuellement, aux formes féminines.
Les femmes, d'elles-mêmes, ne comprennent pas les Beaux-Arts ; l'artiste œuvrant ne sent pas bien l'extériorité masculine. Comment méconnaître cette unanimité de l'Art, symbolisant les plus viriles conceptions par la forme féminine. Une allégorie sera toujours une femme, Victoire de Samothrace, Heures du Guide, Géométrie de Mantegna. Dans la voie que ïes plus grands génies ont suivie, voyons toujours la plus forte
DE . l'4rotiq^e 26.1
présomption de vérité; et, s'ils ont attribué à la figure allégorique la plastique de la femme^ trouvons-en une meilleure raison que leur propre désir.
La dominante psychologique de la femme consiste dans un indéfini musical, susceptible de devenir n'importe quoi ; tandis que l'homme présente un caractère défini et sculptural, au figuré. Donc, la plastique féminine se prête mieux à la volonté expressive de Tartiste. Dans la. vie, une femme ne reste pas ce qu'elle était, quand elle a rencontré un amant ; elle devient plus ou moins identique à celui qu'elle aime. Ici la réalité nous guide et éclairej'adaptation esthétique.
Quant au rayonnement charnel qui se dégage de la femme reproduite, doit-on le voir à travers Tépeurement moraliste et religieux: là encore chacun s'est enivré de son penchant et, si Don Juan méconnaît l'Amour, la Casuistique méconnaît aussi la volupté.
En présence d'une force constitutive de l'être humain, la sagesse canalise,^ endigue, approprie, utilise et ne maudit pas.
Toutefois, le tableau ou la statue qui arracherait au charretier ce cri animal, dont M"»® Récamier fut )3i fière et chatouillée, serait une mauvaise œuvre.
262 l'akt idéaustb et mtstiqub
Souvenons-nous qu'une figure, comme une personne, se compose virtuellement d'un corps sans doute, mais d'une àme et d'idée; et que l'idée doit timbrer l'âme et déborder sa haute significacation sur celle toute instinctive du corps.
L'œuvre d'art ne doit pas éveiller le désir, au sens instinctif, mais solliciter l'imagination, et c'est le cas de toutes les anciennes représentations.
Joseph de Maistre a discuté^ longuement sur ce fait qu'une moinesse, en son froc à plis droits, réalise autant d'art que la Vénus au bain, et nous n'en disconviendrons pas. Mais plusieurs qui sentent la Vénus, ne sentent point la nonne; et il ne faut pas excommunier les gens suv leur tempérament, on doit les juger sur le résultat de leur vouloir.
Quels sont ceux qui ont été corrompus par les statues et les tableaux ?
DE LARISTIE
Dans Comment on devient Artisiey^i employé une image qui, reproduite ici, fera bien entendre la triplicité des éléments esthétiques et les conditions de leur unité dans le chef-d'œuvre.
« On peut se figurer Fétre humain comme un double coffret enfermant un diamant^ La première enveloppe est opaque, le corps ; il transmet à la seconde les heurts, les secousses, non pas la lumière, la seconde est translucide, si la buée organique nePobstrue pas. »
Le problème du chef-d'œuvre consiste à ce que la Beauté spirituelle transparaisse à travers l'expression ou âme et s'extériorise sur les formes corporelles.
264 l'art idéaliste bt utstiqui
Or, plus la forme est subordonnée à l'expression, plus la beauté s'intensifie et devient subtile jusqu'à laisser paraître la pensée m^me.Le diamant esprit rayonne dans sa double monture animique et animale.
Chez la plupart des artistes Tœil et la main seuls sont en mouvement !
Chez l'artiste véritable, la beauté formelle n'est qu'un repoussé de la beauté sentimentale, ellemême substantification de la M'auté intellective.
Si j'écrivais une métaphysique de la beauté, je dirais que, même obtenue sous les trois rapports plastique, expressif et conceptif, elle ne se réalise totalement que par l'unification, que j'appelerai au-delà pour les profanes e! approximatif, du divin pour les initiés.
Si la beauté paraît à la fois le but et l'essence de l'art^ elle n'est que le moyen d'une essence supérieure, le Verbe ; et, après l'obtention unitaire de la triple qualité, il faut poursuivre encore le point de divinité.
Tel l'aboutissement parabolique du véritable chef-d'œuvre; en même temps que les yeux se réjouissent, queTàme s'émeut, que l'entendement conçoit, ily a un phénomène englobant à produire, et me servant d'une expression musicale,; h r^Ssp^
Di l'aristik 265
lution de cet accord à trois incidentes doit être sur un relatif d'au-delà.
La Beauté, aux yeux de Fimtié, s'appelle la forme du mystère ; et toute œuvre insusceptible par son sujet de faire ressentir Finquiétante et salutaire impression de l'inconnu d'en haut, n'est qu'une œuvre de luxueux métier.La science dédie ses palmes à ceux qui démontrent une loi du phénoménisme ; Tart n'offre ses palmes qu'à celui qui réalise un des aspects possibles de l'Essence incréée. Je propose ce critère précis : aucune forme ne doit être réalisée qui disconvient à la manifestation d'un ange ; et, revenant à ce passage du Bereschit où l'on voit la série spirituelle inventer la série humaine, je donnerai hardiment à l'instar de Baudelaire comme diapason d'œuvre, qu'il faut concevoir des figures
Dont les formes et les couleurs Gagnent le suffrage des Anges.
Le plus grand préjudice, que la théorie idéaliste et mystique puisse subir,réside dans les inorthodoxies d'exécution. On a pu voir d'habiles paresseux copier des Epinaieries religieuses sous prétexte de spiritualité. Au, contraire, plus une œuvre prétencl' à rçnçlre rau:delà, plus elle doit
266 L^AtT IDÉAUSTE IT ICTSTIQUS
être accomplie dans ses conditions techniques; de même que renonciation des vérités exige la parole limpide, la plus réfléchie. A-t-on assez remarqué que, littérairement, l'expression des idées supporte mal les couleurs de l'image, exigeant remploi des formules les plus consenties, afin de ne pas mettre une obscurité de lexique sur un thème difficile à percevoir par son essence. Il faut distinguer cette impression grossière d'audelà qu'on produit avec des éléments hallucinatoires, et la véritable version de l'invisible qui doit toujours se concrétiser en des formes sereines, telles que les Grecs le conçurent. La Joconde, le Précurseur ont un calme physique,transportable aux bas-reliefs, si Ton fermait leurs yeux, si Ton éteignait la signification des bouches. Sans conseiller l'usage du timbre-poste idéal et cette vue poncive du corps humain qui infériorise la plupart des belles œuvres de Gustave Moreau, on doit prendre le type corporel à la Grèce, mais étudier la tête exclusivement chez les génies de la Renaissance. Ainsi la figure réalisera à la fois le type sériel par Teurythmie des membres et l'individualisme par la subtilité de la tête.
Je voudrais surtout être pratique et j'insisterai sur un des secrets de la matière : c'est l'expression