‹ L'art idéaliste et mystique: précédéde la réfutation de TaineChapitre 31 sur 48 · DE L ARISTIE · texte numérisé non relu

DE L ARISTIE

des yeux qui déterminera le mouvement d'une figure ety littéralement, le mouvement de la figure doit être la dispersion périphérique de l'expression du regard. Par Texcellence de cette qualité, Léonard est Léonard.

DE l'originalité

Jusqu'ici nous avons demandé à Fartiste d'obéir aux Normes et de suivre les antiques règles rectrices de la Beauté: venons à lui-même, et aux clauses d'un concordat entre sa personnalité et les canons. L'artiste ressemble à un prisme conscient chez qui le double courant de la vie et de la réflexion se résout en lignes, en formes, en notes. Ce prisme s*appele, selon les vocabulaires, tempérament, caractère d'âme et d'esprit, et mieux, vocation. Quoique l'harmonie soit le point pédagogique à imposer, il y aurait de Tillogisme à empêcher l'individu de se développer dans le sens de sa propension. On peut lui imposer une façon de sentir, mais seulement sar un terrain où il sent ; on convaincra un charnel de l'idéalité du

DE L'ORIGmALITÉ 2(9t

nu ; mais^ si on le condamne à dés expressions insexuelles, on lui ôte ce moteur, qui génère sa vibration. Donc, que l'homme des beaux-arts s'interroge et, après s'être essayé à la montée abstraite vers la beauté, expression du mystère ; qu'il choisisse, parmi les notions esthétiques,une fiancée, qu'il l'épouse, qu'il la connaisse ; et, s'il garde dans sa passionnalité satisfaite, les canons généraux de son art, le chef-d'œuvre naîtra.

Suivant l'analogie, cette méthode qui éclaire l'inconnu par le connu, le matériel par l'immatériel, persuade du parallélisme synchronique entre les réalités et les entités, entre 1^ substance et les sens, — l'œuvre d'art est le fruit où l'artiste, ce bisexué, s'est fécondé lui-même, sous un influx de la vie ou de l'au-delà.

L'important sera de ne céder ni trop à la tradition, ni trop à la vie ; ou plutôt de faire concomiter les impressions du réel avec les conceptions. On pourrait, d'après le planétarisme, indiquer la voie que souvent l'artiste cherche longtemps, sans se fixer. Ici, il faut emprunter une idée à Testhète Gary de la Croze ; le type solaire représente l'unification des six potentialités schématiques ; dans les catégories^ astrales, il signifie le parfait ; sans é^ard aux planètes individuelles de Léons^rd, type

270 l'art idéaliste et mtstique

solaire, mais aussi mercurien, et Raphaël, type solaire, mais vénusien, leurs œuvres absolument parfaites signifient bien la Solarité, parmi la caractéristique des chefs-d'œuvre.

Tous ceux qui emploient les tons cendrés, bleutés, les tons mineurs de la palette, sont des lunariens, comme Proud'hon, tandis que le rouge décèle le marsien chez Rubens et la goujaterie de sa suite. Lorsque la couleur ne concourt pas à l'expression, chez ceux qui voient presque en camaïeu, ce sont des saturniens, comme Michel- Ange, Philippe de Ghampaigne et, à un degré moindre, Nicolas Poussin. Mercure régit ces autres dont le ton se localise d'habitude, avec une dominante argentée, tel Véronèse. Toute l'école vénitienne réalise l'influence jupitérienne. L'art du XVII® siècle, en France, relève de Vénus. On peut, en laissant le type solaire comme l'idéal proposé à tous, synonyme d'œuvre aboutissante, dire qu'il y a six voix de la propension artistique : la lunaire qui comporte la rêverie, la légende, les effets d'angoisse inexpliquée et tout le domaine d'animisme non réalisé, désirs et souvenirs ; la marsienne comprend les violences à la Jules Romain, le pittoresque exagéré de Salvator Rosa, les analogues du Miracle de Saint-Marc de

DE L^ORIGINAUTÉ 271

Tintoret, et les Delacroix ; c'est ici le lieu du peintre passionnel, du dramatiste. La saturnienne est une voie qui conduit aux compositions surchargées, mais puissantes et pensées, à la fresque, particulièrement, et jamais au portrait. La voie mercurienne, la moins caractérisée en soi et la plus souple, opère des transitions aisées entre des points par eux-mêmes réfractaires ; de là, relèvent tous les éléments d'illusions physiques, parfois Facuité de l'expression, expression d'un intérêt contingent. La voie jupitérienne est celle des pompes, des fêtes, tant sacrées que profanes,dans les grandes dimensions. Lebrun en est le type, comme Haëndel. La voie vénusienne conduit à la grâce, à Tattendrissement ; c'est la matière féminine par excellence, qui rayonne aux Madones de Raphaël, lesquelles sont conçues dans une donnée plus restreinte et terrienne que ses fresques.

Ainsi l'artiste s'interrogera et, suivant le penchant qui lui paraîtra prédominer, il saura quelle qualité développer, prometteuse de fruits.

Au reste, une ascèse n'est jamais qu'une accommodation entre une personnalité et des règles, comme une œuvre n'est aussi que l'harmonie d'une vision avec le procédé qui l'exprime.

Contrarier ces penchants serait réduire l'artiste à

272 L*AtT ipiSiALipTi^ S.T iqr^TIQUE

que formule monacale, et le couvent repose sur une. renonciation de toute la valeur expansive deç êtres qui y entrent : tandis que TArt n'existe que par rindiyidu, sauf l'Architecture ; à ce point que toute cpllaboration. est impossible, et qu'il n'y a pas d'exemple de deux auteurs pour un chefd'œuvre. L'équilibre une fois obtenu entre le tempérament de l'artiste ^t la Norme de l'Art, il s'agit de le préserver des heurts, évolutifs. Et comment? sinon en se créant une esthétique, en élaborant un compromis eintre soi et les règles ; en précisant d'avance ce qu'on réserve et ce qu'on abandonne, en un mot en trouvant le point par où s'harmoniser avec les convenances traditionnelles. Que nul ne.Toublie, il y a un air de famille entre les chefs d'oeuvre, car tous ont ét^ conçus à un moment où leurs auteurs se trouvaient, malârré la différence des. temps et des lieux, en des états de surnaturalité analogue.

Par conséquent^ l'artiste ne peut qup s'anneler à la chaîne d'or qui remonte le cours. des âges, et fuguer sur des thèmes de pérennité hup^ine.

Page 1