‹ L'art idéaliste et mystique: précédéde la réfutation de TaineChapitre 37 sur 48 · DE LÀ TRADITION · texte numérisé non relu

DE LÀ TRADITION

Le dilettante, outre qu'il est méciiocre, puisque son âme sans chaleur ne s*enflaaiine jamais, incarne la sénilité d'un temps; c'est Tégoîsme dans un domaine où rien n'existe que les Moi colossaux du passé ; c'est la fourmi, le ciron, disant : a Moi aussi, je suis un microcosme : » c'est le bourgeois transporté dans la sphère de Tidéal et savourant les chefs-d'œuvre avec gourmandise» au lieu de les contempler comme on prie ; le dilettante, c'est Prudhomme et Bonhommet passés par la Revue des Deux Mondes ; le vieil utilitaire qui trouve que les petites femmes des tableaux dérangent moins la digestion que les petites femmes vivantes ; c^est le calme malfaiteur qui achète les premiers crépona^ oolleetionne iei

HÈ LA TKAPinOI* 293

affiches et commandite le tèchisme et le pointittisme ; le dilettante, c'est le bourgeois devenu épateup; le malin rentier qui, prenants» reYanche sur les charges de Daumier, avec un peu d'or se paye les dernières consciences, et ruine, par sa protection intentionnelle, l'art véritable.

En face de ce sinistre termite, une espèce, artiste complémentaire, se développe ; le dilettante pratiquant, auquel rien d'insane ne reste étranger, qui copie les crépons, les affiches, enfin expose le mauvais papier peint ou ie bas-relief océanien.

Les Carraches, ces génies à côté des gens du présent, ces ennuis à côté des autres Italiens, étaient éclectiques. Sur les murs de leur atelier, il y avait une célèbre formule rassemblant, en une litanie de qualité, les grands mérites, et la formule disait & peu près ceci :

« II faut au véritable artiste la force de Michel- Ange, la perfection de Raphaël, la grâce du Corrège, le mouvement du Tintoret, le dessin d'André del Sarté. »

Cela était touchant.bien intentionné et naff : ces qualités émanaient de l'&me de ces génies, et seul le procédé s'apprend.

On peut dire : < Enlevez les clai» sut qIût9

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comme Gorrëgey bleutez les fonds derrière une figure unique et sans action^ comme la Joconde ; et, quand la tète et le geste suffisent à l'expression et même la constituent seule, noyez le torse d'ombre, comme dans le Précurseur. On peut attribuer la forme de la flamme agitée aux figures décoratives, et dire que les coudes et les genoux doivent être écrasés un peu, pour Télégance. On apprend une technie ; on ne décalque pas une âme d'après une âme.

Toutefois, l'artiste doit se forcer h sentir canoniquement, c'esl-à-dire à penser beau et à œuvrer idéal, et dans les conditions mêmes où les génies pensèrent et œuvrèrent .

Le plus répété des thèmes, la Madonfe permet d'exprimer des sentiments vivants et vrais. Les Italiens primitifs l'ont faite grave et consciente du mystère qui l'a honorée ; les autres la virent sereine, avec des traits d'immobile joie. Un contemporain peut hardiment évoquer devant les yeux de Marie, le Calvaire et réaliser ainsi un effroi indicible, mais la Vierge restera belle. Le point d'art d'une expression est celui oii elle n'enlaidit pas la forme.

Est-ce que tout le monde n'a pas vu flotter dans l'œil des femmes des effets transposables au^ yeux de Madeleine?

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