‹ L'art idéaliste et mystique: précédéde la réfutation de TaineChapitre 38 sur 48 · DE LA TRADITION · texte numérisé non relu

DE LA TRADITION

Avec Tœil des mères et le visages des religieuses on fait une madone ; avec les expressions lasses des mondaines on fait une repentie. Avec les vieux prêtres on fait de nobles saints. Ai-je dit,en cette accumulation de détails,que,Ia jeunesse étant une condition de la Beauté et le patriciat une condition de la figure, il n'y a que deux cas où Ton puisse reproduire la vieillesse et la basse humanité : quand l'une exprime la fin d'une vie mystique, quand l'autre accomplit un acte de piété.

C'est la divine faculté de la religion d'embellir tout ce qu'elle englobe ; ou, mieux, c'est la religiosité qui apparaît comme l'état d'âme le plus noble où l'homme se puisse trouver : mieux vaut manant à genoux que noble arrogant à cheval.

La filiation du présent aux traditions s'opàre sur le plan des pérennités de l'âme humaine ; à travers les formes modifiées, les sentiments constitutifs de l'être se retrouvent, semblables en puissance, différentiés seulement d'expression.

Les mêmes désirs, les mêmes noblesses, les mêmes fièvres qui agitèrent l'âme de la Renaissance se disputent encore l'âme actuelle ; l'artiste doit voir avec Pœil de l'esprit, comme ditHamlet, et transporter dans le style cette réalité de l'âme qui est la matière seconde de toute œuvre.

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