DE LA MORALE
Les rapports de Fidée morale et de Tidée esthétique, en perpétuel conflit, ne furent jamais réglés. Deux fanatismes opposés Tun à l'autre s'augmentent chacun, au lieu de se résoudre en vérité unificatrice. Mysticité et perversité se regardent, inséparables autant qu'opposées, comme Modestie et Vanité de Léonard.
Il faudrait trouver une œuvre typique de perversité pour résoudre le problème. Il y a des Rops qui sont des crimes, surtout parce qu'ils blasphèment atrocement ; il y a des lascivités dans le xvm* siècle^ mais je cherche l'œuvre perverse et je ne la trouve pas.
Si on déclare perver8,le sourire de la Joconde, la perversité serait alor» seuteœent U comple:«it6
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OU encore I^ésitation expressive. Étymologiquement la perversité consiste à détourner une chose de sa Norme, à rebrousser le sens harmonique. Or ceci ne s'applique pas au Précurseur. Si la perversité réside dans la forme, elle devient relative aux notions du spectateur. Des iricultivés considéreront TAndrogyne comme une déviation à la diflférentiation du sexe ; ce qui équivaut à dire que Punité est une déformation du binaire. En général, nos jugements sont faits de nos impulsions, et ceux qui voient Sodome à propos de cette suprême pureté, TAndrogyne, sont simplement dès gens à sodomie latente. Car il faudrait accuser tous les maîtres, les plus grands, et leur biographie étant connue ne nous permet pas de donner créance à de telles calomnies .
Le Phèdre et ?e Banquet de Platon révèlent, sans doute, l'abominable erreur des Ioniens. Mais le Christianisme a sanctifié TAndrogyne en faisant l'Ange ; et TAnge, c'est le dogme plastique. Ainsi des formes réelles et harmoniques ne sauraient être perverses ; l'expression pourrait receler des éléments blâmables ; comment incriminer un caractère aussi impressif que celui d'un sourire ou d'un regard ? Là encore tout dépend de celui (jui regarde. Omnia munda mundis ; omnia
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immunda immundis. Jacopona da Todi comme sainte Thérèse ont accumulé les expressions passionnelles pour rendre leur amour de Dieu. L'audace des mystiques dépasse celle des poètes ; et Ton s'étonne que l'artiste, qui ne peut s'exprimer que par les formes et les couleurs, ne rencontre pas des effets de concupiscence, chaque fois qu'il réalise de la beauté. Il est fatal et légitime que notre désir s'éveille aux belles formes : il est nécessaire qu'il se subordonne aux beaux sentiments : il est mieux encore qu'il subisse le charme suprême des belles idées. Mais, esthétiquement, pour manifester une idée, il faut la sentimentaliser par l'expression ; et la beauté des idées mystiques s'exprime parla beauté des formes. Ici, ce sont les yeux regardeurs qui sont coupables, ou plutôt est-ce cette infériorité où nous sommes de ne pouvoir rien sentir, que sur trois portées simultanées, dont une seule est pure ?
Toutefois, pour descendre à l'acception courante du mot, la perversité consisterait à s'adresser à l'instinctivité, à émouvoir animalement ; mais, en ce sens, le tableau patriotique est une opération semblable au tableau lascif ; tous les deux visent la partie brutale du public.
La morale de l'artiste s'appelle le style ; et, s'il
DE Là HORàLB
ne met en son œuvre rien qui ne disconyienne à un vitrail ou à une fresque,qu'il soit en paix ! Les seuls juges sont les anges et ce sont eux qui se chargent du péché d'androgynisme, qui est la façon de les prier.
DE LA LUQDITÉ
L'art chez les anciens se greffe sur les institutions politiques et fait corps avec elles. La grande peinture fut publique, monumentale et exclusivement décorative. Les Grecs étaient trop excellents sculpteurs pour n'être pas parfaits dessinateurs ; leur trait vaut le nôtre ; une visite au musée degli Studii le montre. Ils ont traité la figure humaine, sous sa forme, non individuelle, mais typique. Hercule n'est pas un individu, c'est un être abstrait qui réunit les traits généraux de la force.
Ce qu'on pourrait appeler le grand art des Anciens est perdu pour nous et les restitutions archéologiques ne nous montrent que les chefsd'œuvre déclarés tels par la plume des rhéteurs et qu'on ne peut juger sur les éloges pompeux
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que les poètes en ont fait. Ce qui nous reste, e'esi Fart domestique. Herculanum et Pompéi sont là qui nous donnent sinon le plus haut point de perfection, du moins des copies des œuvres f étires et Texpression du goût général. Toutefois, c^est la plume même de Fantiquité qui nous dira sa conception du beau.
Le concept grec est parallèle à la nature, comme sa ligne monumentale parallèle à la terre. Dans UB pays où l'harmonie était la religion d'Etat, Fart ne pouvait être qu'unitaire, et Farti<ste ne devait avoir pour but que produire l'impression de sérénité. Parcourez l'Anthologie et vous verrez que ce qu'on loue le plus, c*est Villusion^ ce que nous appelons le rendUy ce qu'on a nommé l'imitation de la nature. Pline, dans ses phrases un peu indécises, et, Gicéron, dans ses VerrineSj ne son^t élogieux que pour l'excellence de l'exécution qui leur parait supérieure à l'invention. Lorsque Quintilien parle des peintres comparés aux orateurs, c'est dans le même ^ns.
Dans le dialogue rapporté^ par Xénophon, Socrate demande à Parrhasius de faire du visage le miroir de l'âme. Aristote trouve que Fexpression Bftorale manque à Zeuxis. Mais Socrate et Aristote sont des esprits supérieurs de beaucoup à leurs
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contemporains et dont les idées dépassaient le siècle. L'artiste grec, ayant à exprimer un sentiment violent, élude. C'est à Munich, devant les marbres d'Egine, que l'on comprend la méthode grecque,dans la représentation des passions. Toutes les tètes sont calmes de lignes, tandis que le mouvement du corps donne ce qu'on appelle l'expression d'ensemble. Et cela n'est pas vrai seulement de Fart primitif : la JVïoô^, par exemple, est pathétique par sa pose, mais décollez la tète et vous n'y verrez certes pas le désespoir d'une mère.
Ce n'est qu'à Rome que l'on verra un Laocoon se contracter, se crisper et hurler dans les affres de la douleur. Ce spectacle eût été insupportable pour les Grecs.
Mais, à côté de l'art sacerdotal, la sculpture : la bêtise humaine agissait sur la peinture qu'achetaient les particuliers.
Le grand ouvrage de M. Helbig sur la peinture campanienne démontre l'admiration des Anciens pour le trompe l'œil, et M. Desgoffe leur eût semblé un maître incomparable. Ce que Philostrate décrit avec le plus de plaisir et de soin, c'est l'incarnat d'une pomme, le caillé du fromage, la goutte de rosée perlant sur un fruit, une araignée