Birwood, loc. cit., p
L’ARCHMITECTURE RELIGIEUSE. * 27
tions en bois que les architectes du chaitya de Karli avaient prétendu imiter.
La nef originale a ses bas cétés circonscrits par les
rangées de trente-sept piliers a section octogonale, dont les pieds se renflent en une grosse tore reposant
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FIG. 7. — GRAND CHAITYA DE KARLUI.
sur trois entablements de décroissantes grandeurs, et cette disposition sé répéte dans les chapiteaux, dont les abaques et les tailloirs supportent des figures humaines debout, a cheval, disposées par groupes, et aussi des | éléphants. Entre la nef et le vestibule est une cloison oul s’ouvrent trois baies arquées, dont les entre-deux sont couverts de sculptures. Et tout cela est pris dans la masse de la montagne, sans piéces de rapport. On se fera une idée.de ce travail gigantesque quand on saura que la nef a vingt-quatre métres de long sur sept
28 Sox L’ART INDIEN.
de large, et que la hauteur, a la pointe des, voiites, est de treize métres soixante-dix centimetres.
Les caves de Kenhari, pour étre moins belles, n’en sont pas moins fort intéressantes, parce-que leurs facades, a baies carrées!, nous montrent les formes encore couramment usitées dans l’architecture civile de PInde, avec la véranda ou porche a piliers qui se dresse © toujours devant l’entrée en retrait de la maison (fig. 8). A Kenhari, les chaityas et. les viharas s ’enfoncent profondément dans la colline et y forment, avec les cellules ot. vivaient jadis les religieux, toute une ville creusée dans la, pierre; la date exacte doit en étre fixée au commencement du v° siécle de notre ére, mais le mélange des divers styles qu’on y observe, tant dans les dispositions architectoniques que dans le caractére des sculptures, prouve que les divers cultes qui se sont succédé en cette partie de Vile de Salsette y ont successivement mis leur empreinte. C’est que 1a les chaityas et les viharas sont associés dans un méme ensemble, léglise et le monastére se touchent. La roche est affouillée en longues suites de temples, de chambres, étagés, reliés par des escaliers, des couloirs, et aussi de salles a colonnes, de réservoirs pour l’eau. Certains de ces monastéres. hypogées sont assez vastes pour loger la population d’une grande ville”, Des générations d’hom-
1. On remarquera que toutes les ouvertures ne sont pas rectilignes, celles de la seconde enceinte sont votitées « en un segment de cercle plus grand que la moitié de la circonférence, presque analogue a l’arceau en fer a cheval de Varchitecture mauresque». (Rousselet, loc. cit., p. 58.)
2. Schnaase, loc. cit., p. 81. Voir dans le méme auteur, p- 100, la belle’ explication des rapports que présente toujours.
mes ont dt s’user a travailler dans ces caves, mais en
Inde, a aucune époque, les ouvrages ne se sont mesurés 4 la peine ou.au temps. Sous toutes les dominations qu’a subies la plus gouvernable des contrées, on a vu
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| (Rez-de-clraussée.)
- des armées d’ouvriers s’employer sans tréve, et pour un minime salaire, #de pareilles ceuvres, et prouver
cette architecture avec l’aspect naturel et les accidents des montagnes. C’est pourquoi les chaityas abondent surtout dans l’Inde occidentale ot: les Ghats dre$Ssent leurs terrasses réguliéres. De ces caves, les neuf dixiémes se trouvent dans le voisinage de Bombay; on n’en connait que deux groupes dans le Bengale, a Bihar et 4 Kuttack, et deux ou trois peu importants dans l’Afghanistan, le Pendjab. Dans le Sud, on ne cite que celles de Mahalalipour, prés de Madras. Tous ces chaityas ont pour caractére
commun V’arcature pointue ou en cintre surbaissé, les vides,
fenétres ou tympans ajourés en archivoltes. Cf. Fergusson et Birwood, loc. cit., p. 114.
PEN sess er
que rien ne vaut hors de la continuité de l’effort- Lassen a rapporté le récit-d’un brahme? d’aprés lequel ‘un rajah, au xvi’ siécle, fit venir quatre mille ouvriers de Mahabalipour, qui s’acharnérent pendant cing années sur des grottes, sans arriver 4 les évider non plus qu’a les ciseler complétement. Et sans doute n’avait-on fait 14 que continuer, comme a Elephanta, a Ellora, et dans tant-d’autres lieux, un travail d’excavation antérieur. Au reste, il ne faut pas s’exagérer les dépenses que pouvaient occasionner de telles entreprises. E; von Schonberg a depuis longtemps fait remarquer que ces cavernes ornées de sculptures reve-. naient beaucoup moins cher 4 parfaire que des pagodes. Car on n’ayait pas de frais pour l’apport des matériaux non plus que pour leur appareillage, Cet’ auteur a évalué les débours, pour-une grotte sculptée de grandeur moyenne, ayant occupé quarante ouvriers pendant neuf mois, 4 un peu moins de deux mille thalers, s'il s’agit d’une roche un peu tendre, comme du grés?.
Si le chaitya est la chapelle ou l’église bouddhique, ‘le vihara en est le monastére. Bati 4 proximité du premier, il s’associe souvent ® lui; ainsi, dans nos vieilles abbayes, le cloitre dépendait de la basilique. Essentiellement le vihara se compose d’une grande salle centrale environnée de cellules, « Des galeries de plusieurs étages, portées sur des piliers aux riches sculptures, donnaient A la construction un caractére artistique*. » Ainsi se présentent les viharas de Ken-
1. Lassen, loc. cit., IV, p. 876., 2. Zeitschrift deutsche morgenland. Gesellsch., VII, p. 101. 3. Sylvain Lévi, loc. cit., 706.
hari (fig. 8) dans I’ile de Salsette, les caves fameuses d’Ajunta, etc. Mais, suivant les régions, éclatent des différences assez grandes, méme dans les viharas fran- - chement bouddhiques, qu'il faut distinguer des cellules djainas de l’Orissa dont nous parlerons dans le cha- | pitre suivant. Le type des viharas de l’Inde occidentale se recommande plus par la perfection architectonique que par son ornementation. Le plafond y est supporté par des piliers dont le nombre va toujours en augmentant: quatre, puis douze, puis vingt, puis vingt-quatre. Le porche d’entrée,' ou véranda, a ses piliers 4 chapiteaux diversement décorés, souvent campanuliformes. A la véranda succéde un vestibule 4 colonnes qui méne a une grande salle servant de lieu de culte et ou « les moines adorent l’idole ». Sans doute les parois de ces monastéres étaient-elles toutes décorées de fresques représentant des scénes religieuses. Les seules qui subsistent encore aujourd’hui sont celles d’Ajunta, et lon n’en posséde plus que des débris. Les viharas du Nord-Ouest se rattachent a l’art gréco-bouddhique, qui fera le sujet du chapitre suivant.
Les données chronologiques que Il’on posséde sur les monuments bouddhiques sont assez précises. On est d’accord pour dater les chaityas et les viharas du ur® siécle avant J.-C. au vim® de notre ére. Les chaityas de Razagriha, dans le Béhar, portent des inscriptions d’Acoka; ceux de Nassik, dans la présidence de Bombay, ne remontent pas au dela de 129 avant J.-C.; ceux de Bhaja et de Bedsa, dans le voisinage de Karli, Sont peut-étre un peu plus anciens, Nous avons vu que le grand eee de Karli.date de 78 avant J.-C. Les
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quatre chaityas d’Ajunta, les caves bouddhiques d’Ellora (Visnakarma), celles de Dhamnar ne sont pas antérieures aux 1° et 1yv° siécles de notre ére, celles de Kenhari au ve siécle, etc. En somme, on ne connait pas de monuments antérieurs a Agoka, et les monastéres, méme contemporains de ce prince, qui furent élevés en bois et en briques ont tous disparu. Fergusson a reconnu J’existence d’un de ces temples, vihara comportant cing étages et méme plus, « type originel de tous les temples de l’Inde méridionale ». Ce serait le grand Ratha pyramidal, a cing étages, de Mahalalipour (cité du Grand Bali, généralement connue sous le nom des Sept Pagodes), qui s’en rapprocherait le plus. Et aussi, sans doute, la grande chasse pyramidale de Bouddha-Gaya.
St L’ ARCHITECTURE GRECO-BOUDDHIQUE
Outre les ouvrages précités, consulter : Mitchell, History of ancient sculpture. Gandhara, Londres, 1893. — Cunningham, Bouddhist Sculpture of Gandhara, Londres, 1893. — Archeol. Survey Reports, vol. II et vol. V. — Grundvedel, Budhistiche Kunst in Indien, compte rendu dans la Revue de VHistoire des Religions (1895), par M. Foucher.
A considérer les monuments du nord-ouest de Inde, on est frappé par la singularité. deleur aspect: La perfection architectonique a fait tout de suite pen-
ser aux modéles occidentaux de l’antiquité classique. L’influence de l’art grec apparait comme la plus évidente. Cependant, beaucoup y ont vu des traces de Part romain, de l’art byzantin méme. Le parti général architectonique tranche sur celui des autres édifices indiens, en méme temps que le bel appareillage montre une technique supérieure. Mais on doit remarquer que la tradition persane se fait sentir en bien des points. C’est que cette région a vu passer toutes les invasions, celles des Perses comme celles des Grecs. De ces derniers, les styles paraissent avoir prévalu en certains points du Pendjab, notamment dans les environs de Peeshawer. Les fouilles menées dans ces derniéres années par les ingénieurs anglais et par un savant orientaliste francais, M. Foucher, ont fait sortir du sol des morceaux de sculpture que n’auraient pas répudiés les bons artistes de la Gréce ou de Rome.
Il semblerait que, si le continent indien resta long-. temps dans un état de barbarie primitive, sans rapports qu’il était avec le reste du monde, il n’en fut pas de méme pour les régions septentrionales; car celles-ci avaient l’Indus comme naturelle voie de communication commerciale avec l’Arabie et Egypte. Bien avant ‘méme que le Nabuchodonosor des livres juifs tentat la grande réforme pour drainer le commerce indien par le Chat-el-Arab au détriment de l’Arabie et de l’Egypte, les marchands de ’Inde faisaient des voyages réguliers dans le golfe d’?Oman et abordaient aux ports de l’Arabie méridionale et orientale’, Des transactions