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BOUDDHA-GAYA

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L°ARCHITECTURE DJAINA

Outre les ouvrages cités, consulter : Robert Elliot, Views in the East, Londres, 1883. — Grande Encyclopédie, article Djainisme, par Sylvain Lévi. — Bulletin des Religions de l’Inde, 1883 et 1887, etc.

Plus heureux que le Bouddhisme, le Djainisme compte encore des fidéles en Inde. Au nombre de plus d’un demi-million, ils sont répandus surtout dans le Guzerat. C’est a cette religion, prise trop souvent pour une simple secte du Bouddhisme, qu’appartiennent les Banians, dont l’aptitude pour les affaires commerciales, la banque et le change, dont l’amour extraordinaire pour les créatures vivantes, sont universellement connus. Le Djainisme, comme on le reconnait maintenant, loin de représenter une réforme du Bouddhisme, est une religion au moins contemporaine de celui-ci. Il est méme établi, comme témoignage de son antériorité, que le Tirthamkara des Djainistes, le fameux Mahavira ou Vardhamana, fut le maitre du Bouddha Cakia-Mouni.

Les temples djainas abondent dans toute l’Inde. La plupart sont a l’état de ruines, mais présentent encore des masses heureusement disposées et des détails gracieux. Les architectes djainistes ont concu un art original et précieux que n’ont jamais dépassé

les artistes brahmaniques, La caractéristique de leur art est dans l’élégance et la légéreté. Ces qualités maitresses éclatent dans ces merveilleux temples du mont Abou ou, suivant ’heureuse expression de M. Sénart, « les riantes coupoles laissent filtrer sur le peuple des statuettes qui s’accrochent aux vottes, sur les fouillis des feuillages qui s’enroulent aux moulures, avec les jeux d’une lumiére savamment ménagée, les tons fauves du marbre vieilli! ». Comme dans beaucoup des manifestations architecturales de Inde, on peut suivre, pour ainsi dire pas a pas, l’évolution de Vart djaina, depuis les cellules excavées de Khandagiri, dans YOrissa, jusqu’aux édifices majestueux de Palitana (fig. 9), et de Parisnath, dans le Bengale.

Ce qui distingue, avant tout, le temple djaina, c’est que, quelle que soit son étendue, habitation humaine en fut et en est encore toujours -exclue. Formant, la plupart du temps, de véritables cités, ces édifices sont réservés pour les dieux seuls. Les gardiens, les prétres demeurent hors de l’enceinte sacrée. « C’est ainsi qu’d Satroundjaya, prés Palitana, dans le Goudjerat, les édifices religieux couvrent deux collines et la vallée qu’elles renferment; les plus grands sont établis dans des enclos, les moindres en bordure sur les routes. Les prétres, comme les fidéles, n’y pénetrent que pour les services du culte et les pélerinages; il est interdit d’y demeurer, d’y manger ou d’y dormir’. »

Les plus anciens monuments djainas sont les caves du Khandaghiri, bien antérieures sans doute a J’ére

:. Gazette des Beaux-Arts, 1° janv. 1890, p. 47. 2. Silvain Lévi, loc. cit., Djainisme, p. 769, col. 1.

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chrétienne. Au commencement de celle-ci, du moins, lacommunauté religieuse possédaita Mathoura, comme en témoignent les inscriptions relevées, « un temple splendide dont l’origine passait pour se perdre dans la nuit des temps ». Il ne faut pas toutefois oublier que I’Inde a été, de tout temps, le pays de Pexagération et de Vhyperbole. Quelle que soit leur ancienneté, ces caves se présentent comme de petites excavations creusées dans le roc et précédées, comme on I’observe dans les chaityas bouddhiques de Karli et d’ailleurs, par une veranda. Souvent elles sont disposées par étages. Leurs parois sont couvertes de sculptures d’une perfection telle, qu’on les a souvent comparées A celles de Bharhut. Ces caves marquent le premier stade de développement architectural djaina, contemporain de l’art bouddhique. I] en existe en divers points, A Ellora et a Badami, dans le Dekkan. Celles d’Ellora sont dans le voisinage dutemple brahmanique de Dumar Lena. Elles se composent de cing ou six larges excavations dont certaines, trés vastes, constituent des temples a plusieurs salles. Leur antiquité est peu élevée. Fergusson et Grindlay les datent du vi? au xui° siécle de notre ére. Dans la méme région on trouve de nombreux monuments de la méme espéce.

Quand Dart bouddhique tomba dans la décadence, une ére nouvelle s’ouvrit pour le culte rival; c’est d’elle que date son véritable art monumental, elle débute avec le xi° siécle. Auparavant, tout, dans les ceuvres des deux religions, apparait plein de confusion. Mais si les sculptures ne présentent alors que peu de différences, on observe, par contre, un désaccord essentiel entre les

édifices. Jamais les Djainas ne reproduisaient avec la pierre ces charpentes de bois que continuaient de copier les bouddhistes.

Les temples djainas se laissent ramener A une forme

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(Grande Encyclopédie.)

originelle trés nette : une chapelle contenant la statue dun Djain' prend son jour par la porte. Tel est Pob-

1. On entend par Tirthamkara les quarante-huit premiers ' Djinas ou Djainas qui ont existé sur la terre aux epoques religieuses dites Outsarpini et Avasarpini. Les vingt-quatre Tirtham- ‘‘karas de la seconde de ces périodes sont de beaucoup les plus importants, surtout le dernier, qui est Mahavira, le Djain par excellence, le Bouddha des Djainas. I] s’incarna a plusieurs reprises. Pour la derniére fois il naquit dans le Dekkan, a Koundagrama, 4 une date qui varie entre 735 et 445 av. J.-C. Chacun des Tirthamkaras posséde un embléme qui se retrouve fréquemment parmi les motifs décoratifs des temples djainas et }

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jet principal. La toiture du temple comporté deux élé- ‘ments particuliers : le dd6me creux et l’arche horizontale. Le toit, en forme de pain de sucre, ou sikra, est surmonté d’un bourrelet en turban débordant, cannelé, lamalaka, image fidéle d’un fruit rel du pays’. La région supérieure de l’amaee laka est fagonnée en un déme plat, courbé

4 inverse, couronné par un pinacle repro-

wie, 10-7 duisant la figure dun .vase. Le ‘sikra ne swAsT1KA tarda pas a étre copié par les architectes du ae culte néo-brahmanique, dans le nord de l’'Inde. Ainsi se présente, dans sa simplicité essentielle, le temple djaina. L’ensemble du temple comporte un portique plus ou moins vaste, relié a la chapelle et couvert par une coupole octo-

GAKTISTES.

hindouistes, par des emprunts dont on ne peut établir la priorité. Le premier de ces Djainas est Vrishabha, son emkléme est le taureau. Viennent ensuite : Adjita (’éléphant); Shambara (le cheval); Abhinandana (le singe); Soumati (le courlis); Padmaprabha (le lotus); Soupar¢va (la croix gammée ou Swastika), embléme trés important chez les Djainas comme chez les Hindouistes et ayant un caracteére général, (fig. 5 et 10); Tchandraprabha (/a lune); Poushpadanta (le dauphin du Gange); Citala (le quatrefeuilles); Criyanca (le rhinocéros); Vacoupoudjya (le buffle); Vimala (le sanglier); Ananta (le faucon); Dharma (la foudre, embléme également bouddhiste comme le Trisula civaiste) (fig. 3 et 4); Canti (l’antilope) ; Kounthou (le bouc); Ara (la grecque, dite nandyavarta); Malli (une jarre); Mounisouvrata (la tortue); Nami (le lotus bleu); Nemi (la conque); Parc¢vanatha (le serpent); Mahavira (le lion, en commun avec le Bouddha Cakia-Mouni). Saat

1. Ce fruit est celui du Phyllanthus Emblica. Les archéologues anglais considérent l’amalaka comme dérivé du fruit du lotus, ainsi que ces vases 4 eau ou pannelles de cuivre que les Hindous appellent Jota. (Birwood, loc. cit., I., p. 116.)

gone dressée sur de nombreux piliers. Ceux-ci sont disposés en croix, et aucun ne ressemble a son voisin. L’extraordinaire diversité dans la décoration des

colonnes semble avoir été un des soucis constants des.

architectes. On dirait qu’ils se sont fait une loi de ne jamais répéter une seule fois le méme modeéle. L’enceinte qui circonscrit le temple est une galerie entourée de petits piliers sur deux rangées, et évidée en une -quantité de niches dont chacune abrite la statue dun Djain, qui parait étre toujours le méme. Chacune de ces cellules ou niches semble une réplique, un dimi-

nutif de la chapelle centrale ou se dresse image sacrée.

Par leur aspect général, les temples djainas rappellent les plus élégantes constructions des architectes arabes. Ce sont les mémes-démes horizontaux, les mémes

piliers élancés, le méme groupement de légers kiosques. .

Aussi les envahisseurs musulmans ne se privérent-ils jamais de copier servilement certains détails de leur structure, voire d’en utiliser des parties entiéres. Quand ils ne se sont pas emparés de l’ensemble, comme a ‘Delhi, 4 Canoge, a Dhar, a Ahmedabad, a Ajmir, désaffectant le lieu du culte pour le convertir en mosquée, ils ont pris les colonnes et autres matériaux ouvrés pour en orner leurs mosquées elles-mémes (fig. 11). Ainsi les conquérants musulmans, amateurs passionnés de batisse, purent-ils concilier leur gout prédominant avec l’dpre esprit d’économie particulier a leur race. Ils purent, 4 bon compte, orner leurs mosquées de ces merveilleux piliers évidés comme une guipure de pierre. Ils semblent avoir renoncé seulement au

xive siécle A ces pratiques qu’interdisait la rigoureuse

réforme piétiste qui substitua partout les formes sévéres, comme les plus simples, a la luxuriante décoration primitive.

La beauté des temples djainas ne réside pas seulement dans l’€élégance et la pureté des profils, le parti de légeéreté et le précieux des ornements quia fait dire A Elliot « qu’on ne trouve pas en Europe un seul monu- ' ment de Dart gothique ot l'art de fouiller le marbre ait été poussé aussi loin », Elle gagnait encore par la nature des sites choisis par les constructeurs. Suivant Pexpression de Sylvain Lévi : « Le pittoresque de la disposition s’accroit encore par le groupement. coutumier des temples djainas. Les Djainas em ont élevé de véritables cités, sur le flanc des collines ou dans le creux de riantes vallées, dans des sites toujours choisis avec gout, surtout a Satrounjaya ou Palitana, et a Girnar, dans le Kathiawar, au mont Abou, dans le Radj- . poutana, a Parisnath (Bengale). »

Les temples du mont Abou se dressent au sommet dune montagne escarpée a six cents pieds de hauteur ; comme si, ainsi que l’a fait remarquer Elliot, les con- Structeurs avaient systématiquement cherché A les rendre aussi inabordables que possible. Tous sont faits de blocs de marbre blanc merveilleusement appareillés et ciselés avec un art précieux a l’excés. La dépense a da étre considérable, quand on pense que le marbre ne se trouve pas dans la région, qu’il a fallu faire venir les matériaux de trés loin et les hisser sur la montagne a force de bras et par des chemins escarpés. De ces deux temples, celui de Vimalsha a été commencé vers lan 1030. L’autre, celui de Vreypal Jeypal, date

de la fin du xu® siécle et du début du x1.

Encore que bien postérieur, il est cependant le plus beau. On sait que les ouvriers y travaillérent pendant cinquante années (de 1197 A 1247) seulement. Le temple de Vimalsha se compose d’une enceinte rectangulaire de cent pieds de face, ou se dressent environ soixante chapellesdu type habituel, contenant chacune la statue d’un Djain, qui est le vingt-troisi¢me Tirthamkara de l’Avasarpini, Parcvanatha, et qui a pour attribut le serpent. Et, devant chacune, se voit une double rangée de piliers qui forment véranda. Au-dessus de chaque porte sont des bas-reliefs de marbre figurant les principales scénes de -la vie de Parcvanatha, a qui fut dédié le temple. Le portique, trés vaste, s’ouvre en avant, dans l’enceinte; quarante-huit piliers de marbre, fouillés au ciseau, en supportent le toit. Elliot, frappé par la beauté de ces colonnes, n’a pas hésité a les considérer « comme incomparablement supérieures, au point de vue de leffet, aux colonnes si nues de larchitecture grecque ». Peut-étre pourra-t-on objecter que la couleur, aujourd’hui disparue, donnait 4 ces derniéres un aspect tout différent, qui ne nuisait pas a la grandeur

des lignes. De section octogonale a leur:

base, circulaire 4 leur partie supérieure, les-piliers: de

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