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L. de Milloué, Histoire des Religions de I’Inde, p

C’est dans les temples du Sud que s’observe cette influence nouvelle. Tandis que dans ceux du Nord domine la tradition musulmane, avec ses démes bulbeux, ses arches foliées en pointe, au sud de la péninsule prévalent les bastis dravidiens et les bettus, simples enclos exposés & ciel ouvert. Les bastis sont des masses de maconnerie pyramidales, tronquées, avec étages de largeurs décroissantes, portant de fausses cellules séparées par des pilastres et réduites a des orbevoies ou a des niches purement décoratives. Ainsi tout I’édifice, par une modification générale qui tend a le rapprocher des gopuras en pylones babyloniens, s’enléve en une lourde et puissante pyramide dont la chasse de Bouddha- Gaya (fig. 6) nous a déja fourni, en quelque sorte, un exemple. Le pinacle, comme le déme en sikra, ont également disparu. L’enceinte ne présente plus, ainsi que le monument lui-méme, que des pilastres appliqués contre son mur, séparant, par leurs entre-deux, des niches sans profondeur. Les plus beaux. bastis s’élévent par groupes serrés dans le Mysore, a Sravana Belgola. Ceux de Canari appartiennent a un autre type, qui raméne aux origines mémes de Jl’architecture bouddhique. La, des assemblages de pierre imitent les constructions en bois. « L’imitation se marque dans les piliers massifs et dans le toit a arétes en pyramide comme dans les temples népalais*. » Les bastis, comme les autres temples djainas, renferment l'image sacrée d'un Tirthamkara. .

Mais les bettus enclosent, dans leur enceinte, une

1. Sylvain Lévi, loc. cit., article Djainisme, p. 769, col. I.

image colossale qui n’est poirit celle d'un Djain. Ces énormes figures de pierre, dont certaines — comme celle de Sravana Belgola — mesurent plus de vingttrois métres de haut, et ol certains ont cru retrouver des analogies avec les colosses: égyptiens, sont l'image de Gomata Radja. Ce Gomata, inconnu des Djainas du . Nord, est légendaire, encore qu’énigmatique, parmi les Djainas du Sud; on le voit aussi figuré dans les grottes d’Ellora’.

Aujourd’hui, c’est dans le Guzerat, notamment a Ahmedabad, que le culte djaina est demeuré prépondérant; car c’est la que réside la communauté, ou, pour mieux dire, la confession presque tout enticre. La, les plus beaux monuments se sont dressés ot |’élégance du style djaina le plus pur s’allie a la force large de l’art musulman, pour atteindre a des hauteurs inconnues de lui par ailleurs. Elliot a relaté les impressions d’un des rares voyageurs qui purent visiter un temple djaina a Bénarés. Car la confession a, aujourd’hui encore, un peu partout, des sanctuaires. Encore qu’en horreur

aux autres Hindous de la ville sainte, ils semblent faire excuser leur présence par une sorte de syncrétisme religieux ou leur doctrine. s’associe la traditionnelle adoration du Gange, notion chére a tous les Hindous.

« Aprés avoir gravi un escalier escarpé et passé une enfilade d’allées, les plus étroites qu’on puisse voir au monde, nous avons atteint la porte d’une vaste et haute maison dont le sommet était couronné par un déme doré. La, nous montames par un escalier encore plus

1. Ce nom de Gomata Radja est sans doute une corruption de Gautama (Gakia-Mouni).

raide, et nous fimes recus par un prétre, homme d’une grande taille et d’une mine intelligente, dans un vestibule petit, mais propre, sans,autre mobilier que trois ou quatre chaises. I] était éclairé par une: fenétre en ogive donnant sur la riviére. On nous pria de nous. asseoir... puis le prétre nous conduisit a travers six piéces étroites, dont chacune avait son autel, en tout semblable a celui des églises catholiques romaines, avec, A cOté, une. petite niche qui-ressemble A ce qu’on appelle dans ces églises Piscina. Au milieu de chaque piéce était un plateau avec du riz et du millet bien assaisonnés, qui était sans doute une offrande. Dans deux ou trois de ces chambres se trouvaient des hommes assis sur les talons, 4 méme le plancher, les mains croisées comme pendant une priére ou une contemplation religieuse. Au-dessus de chaque autel était un bas-relief en marbre contenant, le premier, cinq, et le dernier par ordre, vingt-cing figures. Toutes étaient celle d’un homme, représenté avec les jambes croisées. Lvune de ces figurations, plus grande que toutes les | autres, représentait un négre. « Celui-ci, dit le prétre, est notre dieu, et les autres sont les différentes personnes auxquelles il donnait des charges aux diffé- “rentes époques, quand il s’incarna pour instruire l’humanité. Les doctrines qu’il émettait, en ces occasions, composent notre théologie; et tous les progrés que quelqu’un d’entre nous faisait dans la connaissance des mystéres, lui donnaient le droit 4 unculte dans une de ces nombreuses piéces qui vous ont été montrées', »

1. Elliot, Views in the East, chap. Bengal., p. 3. Relation du

Il est probable que les prétres djainas n’en montrérent pas beaucoup plus au voyageur qu’ils ne lui en apprirent sur leur culte, Il y a loin de ce petit couvent ouvert pour les pélerins, aux temples somptueux du Guzerat ou aux ruines de Radjpoutana ou du Mysore.

Bishop ‘Heber. — Pour la religion des Djainas, outre les ouvrages précités et ceux classiques de Colebrooke et Jacobi, on consultera: A. Barth, les Religions de l’Inde, Encycl. des Scienc. relig., tom. VI, — L. de Milloté, Essai sur la Religion des Jains, Louvain, 1884. — Du méme, Essai sur le Jainisme (en collaboration avec Sénati-Raja), Leyde, 1885. — H. Jacobi, Mahavira and his predecessors, Ind. ant., 1880, p. 158. — Burgess, Notes on the Jainas, Bombay, 1868. — Ed. Thomas, Jainism, or the early faith of Acoka, Londres, 1877. — Léon Feer, Zirthikas et Bouddhistes, Leyde, 1884. — Et les tables des Transactions of the Royal Asiatic Society, Londres, etc., etc.

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