Le vocable de Jambuishvar est dérivé des mots zambu
L°ART HINDOUISTE. 73
Tels sont les caractéres principaux des temples dra- vidiens « chefs-d’ceuvre d’ornementation lente et ae ‘patiente, mais aussi d’invention et dingéniosité, mais le plus souvent batis péle-méle, sans ordre, ni plan, ni méthode; tels enfin que les efforts continus de longues générations n’aboutissent qu’a la confusion et a l’'incohérence? é nsf Ona shetche les origines de cette architecture dans ces temples monolithes ou dans :ces caves creusées a flanc de coteau dont les sanctuaires célébres d’Ellora (fig. 14 et 17) nous offrent le plus magnifique exemple. Il est certain que, par leurs caractéres généraux, ces grottes sculptées en pleine roche, avec leurs piliers -évidés, se rattachent 4 V’architecture dravidienne. Leur > Gaauite «indie considérablement exagérée, est cepen- | : dant trés vénérable, elle remonte aux vii® et 1x° siécles de notre ére. L’étonnant temple du Kailasa a été presque -ccomplétement affouillé « dans la colline éventrée? », Mais, cependant, lceuvre entiére n’est pas completement souterraine, «sa partie centrale est un monument en plein air, isolé du reste de la montagne’ haw Nous ne pouvons mieux faire que Renee: a 4 G. Le Bon quelques lignes de la description exacte et
désignant l’arbre a bois de fer (Tylia dolabriformis), et Ishvara, nom du dieu Civa. Mais le temple est aussi connu sous le nom de Tiravanaika, ou bosquet sacré de l’éléphant. C’est ainsi qu’il est désigné sur la carte de Trichinopoly, datant de 1688 et, -reproduite dans Langlés, loc. cit. Cf., H.-H. Cole, id., ibid. pl. 1a 5. : oe 1. Sylvain Lévi, loc. cit., Inde, p. 708, col. 1. | se 2. Td., ibid. ; , ..G, Le Bon, Civilisations, p. 522 et Monuments (ut supra).
élégante qu'il a donnée des ensembles d’Ellora : « Les temples d’E]lora se trouvent sur les flancs d’une montagne dont le sommet est couronné par le,petit village de Rozah, ot lon voit le tombeau de ‘l’empereur Aurengzeb. I] est situé 4 22 kilométres nord-ouest d’Aurengabad. Les excavations souterraines qui constituent les temples d’Ellora sont au nombre d’une trentaine; elles sont creusées sur une longueur de 2 kilométres dans le flanc ouest de la montagne. Leur entrée se trouve perdue dans des gorges profondes couvertes de jungles et d’arbres séculaires. Ces temples et ces monasteres, ol tant de générations d’hommes ont vécu et qui rappellent les ceuvres les plus colossales des anciens’ Egyptiens, sont silencieux aujourd’hui, et leur merveilleuse splendeur n’est animée que par les rares mendiants qui suivent les pas des voyageurs... Quelques temples d’Ellora sont en plein air, mais la plupart -@entre eux sont souterrains et a plusieurs étages supportés par des piliers massifs admirablement sculptés, On remarque que l’arc en fer a cheval des anciens temples souterrains bouddhiques a disparu; les daghobas ne s’y montrent également que d’une fagon exceptionnelle.
« L’énumération et la description de tous les temples d’Ellora nécessiteraient a elles seules un volume... Les plus remarquables de la série sont le temple d’Indra et le Kailasa... Comme forme extérieure, le temple central du Kailasa se rapproche de ceux qui semblent avoir servi de types aux temples dravidiens du sud de I'Inde, et dont la répétition se retrouve dans les gopuras. Ce type primitif se voit également a Mahavelli-
L’ART HINDOUISTE, 75
pore... Le temple monolithique du Kailasa est placé dans une cour rectangulaire dont les cétés sont formés par les parois de la montagne elle-méme. Dans
FIG. 17. — GROTTES D’ELLORA. LE DOURNAR EAYRA.
ces parois sont creusées de nombreuses salles souterraines ornées de sculptures. Le temple, situé au centre de la cour, est formé d'un seul bloc; il a 30 métres environ de hauteur. On pénétre dans la cour par un
portique orné de pilastres: L’intérieur du temple forme une grande salle supportée par des piliers et des pilastres, et entourée de chapelles, L’édifice entier est entouré par des lions, des éléphants et divers animaux fantastiques qui semblent le soutenir.
« Auprés du temple se trouvent deux obélisques... On voit aussi deux gigantesques éléphants d’une seule piece, En excavant la montagne, l’architecte a dé ménager les masses nécessaires pour tailler le temple, les deux éléphants, les deux obélisques, diverses chapelles et les ponts qui les réunissent...
« Surles flancs du précipice qu'il a fallu créer pour isoler ce bloc gigarttesque, des mains d’artistes appartenant a un monde bien différent du nétre ont creusé une série de temples qui se perdent dans les flancs de la montagne. Toutes ces constructions sont recouvertes de statues de dieux, de déesses, de monstres et d’animaux dans toutes les attitudes que l’imagination la plus délirante puisse réver... On finit par avoir le vertige et par se croire transporté dans le monde des enchantements. Il y a loin des froides et rigides statues de nos cathédrales gothiques a ce peuple de pierre aux formes si vivantes et si vraies qu’on dirait ae va s’animer. Ce n’est pas le Taje d’Agra qui vaut, a lui seul, comme on l’a prétendu, le voyage de I’'Inde, mais bien le temple d'Indra et le Kailasa d’Ellora?. »
Pour €tre moins merveilleuses, les grottes d’Elephanta*ne méritent pas moins d’étre citées, parce que,
. Gy Le. Bon, Civitisations, p- 523. Grindlay, Scenery, etc. ‘ tiddces) 1830, 2, Patterson, Essays in History and Art, pi 4072 | a ve
L’ART HINDOUISTE. 77° avec les temples d’Ellora, elles aident a comprendre * ld filiation néo-brahmanique des monuments de I’Inde— niéridionale, C'est dans Vi Te oo prés: bles
Bombay, que les Hindous;-.,9 nt creusé et sculpté ces caves (fig. 12) auxquelles on accéde par de hauts escaliers taillés dans le grés et ol Von compte jusqu’a quatre cents gradins menant a
une terrasse assez Hye ae vaste ou donnent |i Pa ro lesportesd’entrée tlw Ah.
circonscrites par
; FIG, 18, — BAS-RELIEF DES GROTTES de massifs piliers SUE RE ANT: Ags
au-dessus~ des-
quels la roche de la montagne, taillée a pic, forme un © entablement en surplomb. Les salles souterraines se —
succédent, avec leurs rangées de colonnes et leurs parois, leurs plafonds chargés de sculptures, dans une demi-obscurité ot les figures des bas-reliefs semblent animées d’un mystérieux mouvement, interrompu par places dans ces endroits dénudés par les sauvages mutilations des premiers.conquérants portugais (fig. 18). Le fanatisme des soldats et des moines d’Occident
a laissé 14 son empreinte comme en tous les points
de l’Inde ot pénétrérent les néfastes Lusitaniens. La
salle principale présente encore trente-six colonnes . reliant les caissons sculptés du plafond au sol; il y enavait primitivement quarante-huit. Des salles accessoires s’ouvrent sur ce hall avec des cours, des étangs’ profonds, des chapelles recevant le jour par des puits, des vérandas. A l’entrée principale (fig. 12) se dressent deux lions de basalte qui, jadis placés dans Vintérieur du temple, en ornent aujourd’hui le perron. Partout des traces de couleurs passées attestent oad toutes les sculptures étaient peintes.
On s’accorde généralement a dater les caves d’Elephanta du viur* siécle de notre ére, au moins pour leur période brahmanique. Sans doute, les bouddhistes avaient-ils commencé a les creuser bien avant. D’aprés Popinion commune, ces temples sont abandonnés depuis le xvi siécle, époque de l’invasion portugaise . qui les ruina. On peut croire, cependant, que les musulmans d’Arabie et de Perse leur avaient déja, alors, rendu visite. Quoi qu'il en soit, les Hindous n’accordent plus a Elephanta de caractére saint. Tous les ans il s’y tient cependant une foire religieuse ‘ou affluent les pélerins qui viennent offrir des guirlandes de fleurs au lingam}.
1, L. Rousselet, l’Inde des Radjahs, p. 52.
L’ART HINDOUISTE. 79,
g II