L’ ARCHITECTURE BOUDDHIQUE
Lubke, Geschichte der Plastik, Leipzig, 1880, in-4°, — Schnaase, Geschichte der Kunst in Alterthum, Dusseldorf, 1874, in-8°, tome I, — Lassen, Indische Alterthum Kunde, etc. Outre ces ouvrages classiques, consulter : G. Le Bon, les Civilisations de V’'Inde, Paris, 1887, in-4°. — Du méme, l’Inde monumentale, Paris, 1885, 5 vol. in-fo. — L. Rousselet, l’Inde des Rajahs, Paris, 1877, in-fo. — Alexander Cunningham, The Stupa of Bharhut, Londres, 1879. — Fergusson, Famous Monuments of Central India, Londres, 1886. Du méme, History of Eastern Architecture, Londres, 1891, in-8°. — Fergusson et Burgess, Caves temples in India, Londres, 1880-83. — Patterson, Essays of History and Art, Londres, 1861. — Grindlay, Scenery, Costumes and Architecture, Chiefly on the West-Side of India,
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Londres, 1830. — Birwood, The industrial Arts of India, Londres, 1880, in-8°, tome I, chap. xxxu : The Hindu Temples. — L. de Milloué, Guide illustré du Musée Guimet, Paris, 1897, in-12. — Du méme, Histoire des Religions de I’ Inde, Paris, 1890, in-8°, et le Bouddhisme dans le Monde, Paris, 1893, in-8°. — Marquis de la Mazeliére, Moines et Ascétes indiens, Paris, 1898. — Grande Encyclopédie, article Inde, par Sylvain Lévi, 1893.
C’a été longtemps une mode parmi les érudits, de reculer prodigieusement l’antiquité des civilisations indiennes. De I’Inde nous était tout venu, la connais-. sance des dieux, la langue, les coutumes et les premiers instruments de la vie matérielle, la domestication du bétail, d’autres choses encore. A y regarder de plus prés, on en vint a considérer la pauvreté des sources et a s’apercevoir que toutes ces prétendues traditions étaient autant de légendes. L’Inde ne nous a rien laissé de son histoire non plus que de ses anciens monuments. Et nous savons aujourd’hui que les plus anciens d’entre eux ne sont guére postérieurs aux derniers siécles ot s’éteignit le flambeau de nos civilisations classiques. On peut avancer qu’aucune architecture actuellement relevée dans l’Inde, a en excepter les monuments primitifs dont nous venons de parler sommairement, n’est méme contemporaine des expéditions d’Alexandre. On a essayé d’expliquer cette pauvreté par des suppositions ingénieuses. Une des plus raisonnables est que |’Inde ne connaissait alors d’autres’ constructions que celles faites de bois, matiére qui, comme chacun sait, ne résiste pas longtemps aux agents extérieurs. On doit aussi considéser que bien des temples, bien des palais furent sans doute alors
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élevés dont la charpente en bois soutenait des murs de briques. Sous les actions incessantes et réguliérement répétées des pluies torrentielles et des sécheresses torrides, les murailles de briques, quelle que fat leur épaisseur, ne devaient pas résister bien longtemps. I] y a encore d’autres causes.
Tous ceux qui ont voyagé dans les régions indiennes ont remarqué avec quelle profusion les ruines sont accumulées sur le sol, ruines souvent tout actuelles, qu'il s’agisse d’humbles logis ou de merveilleuses pagodes. Pour une raison ou pour une autre, toute une population quitte un pays pour s’installer un peu plus loin, mais aussi pour disparaitre parfois complétement. A la suite d’une épidémie, d’une famine, d’une guerre, des villes entiéres ont été et sont encore abandonnées. La végétation a vite fait de recouvrir les palais et les masures, car sous l’eau du ciel et la chaleur du soleil, les arbres ont bientét poussé de vigoureuses racines qui* disjoignent les pierres, réduisent les briques en une bouillie lavée par les pluies. Pour résister a de tels parasites, il n’a fallu rien moins que les admirables appareils de granit ol reposent les lourdes corniches dravidiennes, ou les blocs de marbre savamment disposés des édifices élevés aux belles époques. I] est probable qu’avant le christianisme, Inde ne sut rien édifier de pareil. Mais elle savait déja attacher des milliers de travailleurs aux flancs des montagnes pour les évider en dentelle de pierre, comme les grandes fourmis s’entendent a faire une guipure des vieilles souches enfouies dans le terreau des foréts. Comme elles aussi, les Indiens amoncelaient les briques de
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leurs monticules arrondis pour en faire des topes, dérivés sans doute de leurs anciens tumuli. Avec son sentiment observateur et contemplatif, ’autochtone de VInde s’inspira facilement des divers modéles que la nature lui mettait chaque jour sous les yeux. Le pays aux plaines immenses et unies ot se dressaient les montagnes en terrasses abruptes et cubiques, étagées a Pinfini, lui conseilla ’aplomb massif de ses solides pagodes, le travail des fourmis et des termites le poussa a sculpter dans la montagne elle-méme ses temples souterrains, puis étagés jusqu’au sommet de la roche. Et sans doute commenga-t-il par prendre le mont comme premier élément de construction avant que de se risquer a élever de toutes piéces le temple qu’il avait d’abord faconné en déchiquetant le ghat, la montagne indienne.
Quoi qu’il en soit, tout porte a croire que les premiers architectes de |’Inde firent leurs édifices en bois, par cela méme que les plus anciens édifices de pierre reproduisent des poutres, des balustrades de bois, dont ils imitent la disposition et les joints. Et ces piliers, ces balustrades de pierre sont les plus anciens monuments que les archéologues aient relevés en Inde. Ils appartiennent a la période bouddhique et datent de 250 ans, au plus, avant notre ére.
A cette époque, le roi Acoka étendait son ‘pouvoir sur la plus grande partie de l’Inde septentrionale et moyenne. - Petit-fils du Sandracotos, contemporain d’Alexandre, et qui est le Tchandragoupta des Hindous, Acoka n’était que de basse caste, pour tout dire, un Coudra. Sans doute, sa qualité précaire de succes-
seur de souverains usurpateurs, vint-elle ajouter chez ce Coudra au désir de répudier le régime des castes brahmaniques; il se convertit bruyamment au bouddhisme, entrainant avec lui ses peuples dans la religion qui recevait petits et grands dans son sein. Acoka couvrit son empire de monuments, témoignages de son zéle pour le Bouddha Cakia-Mouni. Et s’il n’ett tenu qu’a lui, la péninsule entiére efit adopté le nouveau culte officiel, car il envoya partout des missionnaires, fit graver en tous lieux ses instructions religieuses sur les rochers, érigea en maints endroits ces l/dts ou piliers de pierre que lon voitencore aujourd’hui. Sous le régne d’Acoka, le bouddhisme put se croire définitivement victorieux. Mais a la mort du souverain commencga une réaction brahmanique qui finit par avoir raison de la religion démocratique que répudiait le caractére hindou. Les monuments bouddhiques furent détruits et les Musulmans vinrent ensuite parachever leur ruine. Ceux qui survécurent ne durent leur -préservation qu’a leur situation excentrique, dans des régions désertes ou d’accés difficile, comme a Sanchi, dont les topes sont en partie conservés, Ce que l’on posséde aujourd’hui de ces témoins de pierre sont les lats ou piliers, les topes ou stoupas, les chaityas et les monastéres ou viharas,
« Le lat, dit M. Sylvain Lévy, est un simple pilier surmonté d’une image symbolique : roue de la loi, dragon, etc., et propre a recevoir une inscription. Il existe 4 l'état isolé, mais se combine surtout avec les stoupas ou les chaityias, comme un motif de décoration (lats d’Allahabad, de Delhi, etc.),.. » On appelle
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aussi ces lats des stambhas; ils portent des inscriptions en langue pali, qui énoncent des édits d’Acoka, des prescriptions religieuses, des mentions de rois. Sans doute, ces piliers furent-ils rarement isolés; mais, dans la plupart des cas, les monuments dont ils dépendaient ont disparu. Tels qu’on les voit, ils représentent encore aujourd’hui les sources les plus précieuses de Vhistoire de ’Inde', que nous ne connaissions guére que par ses monu-
ments’, et c’est d’aprés eux que James Prinseps put rétablir l’ancien alphabet pali « dont la tradition était complétement perdue? ».
Lorsque ces ats sont réunis entre eux par des traverses horizontales, également faites de pierres, ils forment les balustrades sacrées, comme celle qui entoure le fameux tope de Sanchi (fig. 1). Ces balustrades, alors qu’elles étaient construites en bois,